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Université de Montréal - Les hauts cadres s'enrichissent malgré le déficit

Malgré ses difficultés financières, l'Université de Montréal bonifie le chèque de paye de ses hauts dirigeants. Le Devoir a appris que l'Université de Montréal aurait consenti des augmentations de salaire rétroactives pour 2007 et 2008 au recteur et à de hauts membres de la direction totalisant plus de 2,5 millions, et ce, malgré un budget de fonctionnement déficitaire pour l'année en cours.

Scandalisé de l'octroi de «tels bénéfices», le Syndicat général des professeurs de l'Université de Montréal (SGPUM) a écrit une lettre à la ministre de l'Éducation lui demandant de faire enquête. Il a même exigé le remboursement à l'université des sommes versées et dans certains cas, va jusqu'à réclamer «la démission des personnes responsables» de cette prise de décision. «On nous dit que l'université a des problèmes budgétaires. On nous demande d'en faire encore plus, d'augmenter nos groupes-cours parce qu'on ne pourvoit pas de postes. Tandis qu'on se serre la ceinture, de l'autre côté certains s'en mettent plein les poches», a déploré Louis Dumont, président du SGPUM.

Les chiffres qu'il a obtenus du secrétariat général de l'UdeM font état d'augmentations pour trois groupes de dirigeants, soit le rectorat, le décanat (doyens et vice-doyens, etc.) et les cadres supérieurs (directeurs généraux).

À lui seul, le recteur sortant, Luc Vinet, a reçu des paiements rétroactifs pour l'année 2007-08 totalisant 113 310 $, soit 44 % de la rémunération qu'il recevait en 2007, avant que ne soit prise la décision de l'augmenter. Depuis son embauche en 2005, son salaire est passé de 260 000 $ à 339 000 $, mais devrait atteindre 373 000 pour l'année 2009-10, a confirmé la direction de l'université.

Des doyens sont également visés par ces bonifications. Celui de la faculté de médecine a été gratifié d'un ajustement salarial, sa rémunération passant, de 2007 à aujourd'hui, de près de 232 000 $ à 311 489 $. Le doyen de la faculté de droit a quant à lui vu le salaire qu'il recevait en 2007 être bonifié de plus de 80 000 $. Chez les cadres administratifs supérieurs (directeurs du CEPSUM, des services aux étudiants ou des communications, etc.), le chèque de paye a été agrémenté de divers montants rétroactifs pouvant aller jusqu'à 28 000 $.

«Ce sont des compléments rétroactifs au salaire qui l'ont modifié à la hausse. Ce n'est pas qu'on attribue des montants forfaitaires additionnels aux dirigeants et qu'après on les ramène à leur échelle salariale initiale... ces montants-là restent», s'est inquiété Michel Seymour, professeur de philosophie et secrétaire du SGPUM.

Un recteur sous-payé

«Quand le recteur est entré en fonction en 2005, sa lettre d'embauche prévoyait déjà une augmentation de son salaire de 260 000 $. On voulait qu'il soit à la hauteur de celui des recteurs des grandes universités canadiennes, et on lui avait dit que ce serait rétroactif à partir de son année d'entrée en fonction», a dit Philippe Beauregard, vice-recteur adjoint aux communications de l'UdeM, pour expliquer l'augmentation de salaire du recteur. Luc Vinet serait parmi les moins bien payés des recteurs du G-13 (les 13 plus grosses universités de recherche), soit l'avant-dernier au classement des salaires. «Il est important de voir que les ajustements consentis au recteur sont inférieurs à ce à quoi il avait droit dans sa lettre d'embauche», a tenu à préciser M. Beauregard.

Ces différentes augmentations de salaire sont issues de la refonte de politiques qui ont été revues en 2007 jusqu'en 2008 par un comité de ressources humaines, puis qui ont été entérinées par le conseil de l'université. «Les pratiques étaient archaïques. Les augmentations des officiers [vice-recteur, vice-recteur adjoint, etc.] suivaient celle du recteur. Quand son salaire augmentait, celui de tout le monde augmentait. On trouvait que ce n'était pas une bonne pratique», a expliqué M. Beauregard. «C'est la même mécanique qui a été consentie aux professeurs en 2005. [...] Avec ce rattrapage, on boucle la boucle», a-t-il ajouté.

M. Beauregard a insisté sur le fait qu'en raison du déficit de l'Université (15 millions pour l'année courante), les salaires seront gelés «à partir de cette année».

Discorde sur les chiffres

La direction de l'Université de Montréal soutient que le dossier est complexe. Si elle ne conteste pas les chiffres comme tels, elle conteste toutefois leur interprétation et fait état de certaines omissions et de doublons. Selon M. Beauregard, s'il y a certes eu des augmentations et des rajustements salariaux rétroactifs, la masse salariale des membres du rectorat, par exemple, augmente de façon peu considérable en raison des postes abolis et le départ de personnes qui touchaient de gros salaires, remplacées par d'autres touchant des salaires moindres, explique-t-il. Étudiant la possibilité de poursuites, la direction de l'UdeM n'a pour l'instant pas donné suite à une mise en demeure quelle a envoyée au syndicat.

Le SGPUM défend ses chiffres, qu'il croit «béton» puisqu'obtenus du secrétariat général. Si ses analyses diffèrent quelque peu de celles de la direction, c'est que le SGPUM a notamment tenu compte du fait que certaines personnes ont continué de recevoir un salaire durant une certaine période après leur départ.

Le président du SGPUM qualifie de mensongère l'affirmation de la direction quant au gel des salaires puisqu'un avis émis en juin dernier confirmait que le salaire du recteur était désormais fixé à 373 000 $ pour sa cinquième et dernière année d'exercice, avance-t-il. «C'est effarant. On nous dit qu'il y a une augmentation après avoir dit qu'il n'y en aurait pas. On a perdu confiance», a dit M. Dumont.

Personne n'était disponible à l'UdeM pour commenter les données obtenues sur les augmentations de salaire des membres des décanats et des cadres supérieurs. Le syndicat s'attend à ce que la direction de l'université soit interrogée sur le sujet à l'assemblée universitaire ce lundi.

En négociations depuis 16 mois pour le renouvellement leur convention collective, les relations entre le SGPUM et la direction de l'UdeM sont plutôt tendues. Le déficit courant de 15 millions de l'Université de Montréal s'est notamment traduit par un gel de l'embauche. L'institution fait état d'un déficit accumulé de 153,8 millions pour juin 2010.
 
 
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