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Macadam - Loisir et porte-bonheur, le fer à cheval

Luc Lallemand et Jean Kenny, amateurs de fers à cheval
Photo : Jacques Grenier
Luc Lallemand et Jean Kenny, amateurs de fers à cheval
On entend de loin le bruit des morceaux de métal qui s'entrechoquent rudement, suivi de cris de victoire ou de déception. Le temps des duels chevaleresques serait-il revenu? Non, il s'agit plutôt du bon vieux jeu de fers à cheval, qui anime encore une poignée de parcs montréalais.

«C'est une passion pour moi; les fers, j'en mange!», confie avec un enthousiasme communicatif le vigoureux Michel Laramée, qui mène une ligue amicale depuis 12 ans dans le parc Grand Tronc du quartier Pointe-Saint-Charles. Son plus grand regret: l'état lamentable des deux seules «boîtes» (terrains) du site, qui décourage les joueurs.

«Si j'avais plus de boîtes, je recruterais au-dessus de 80 joueurs», rêve le double champion du Québec (2006 et 2007).

D'ici là, un petit groupe essentiellement masculin croise ses fers «tous les soirs où il fait beau», en individuel ou en double. Lancés en style «un tour et quart» ou «à bascule», les fers de deux livres et demie fendent l'air pour atterrir 40 pieds plus loin. L'heureux élu du «ringer» (encerclement de la tige de fer) cumule trois points, sinon celui le plus près de la tige, à une distance de moins de six pouces, remporte un point.

«Il n'y a pas beaucoup de femmes qui jouent, mais les meilleurs au monde sont des femmes», dit M. Laramée. La clé de leur succès, selon lui: «les femmes jouent à 30 pieds de la tige!» Pour la Québécoise Sylvianne Moisan, joueuse de Blainville qui a remporté quatre titres mondiaux de 2000 à 2003 — et qui s'est classée aux trois premiers rangs depuis! —, c'est plutôt une affaire de talent naturel et de passion familiale.

«Je joue depuis 30 ans et j'ai 43 ans, confie celle-ci au Devoir. C'est une passion transmise par ma mère.» Ce qui l'attire dans ce jeu? «Ça demande un peu de tout: du talent, de la coordination et de la force», répond celle qui a lancé 1444 fers en trois jours lors du dernier championnat en août, et qui a réalisé 1237 encerclements.

S'il n'y a pas de ligue officielle à Montréal, des matchs informels se disputent dans quelques parcs. Avec ses installations refaites à neuf en 2004, le parc Masson (du Pélican) reste l'endroit le plus fréquenté par les joueurs de fer montréalais.

Le jeu chéri de Napoléon Plouffe compte beaucoup plus d'adeptes qu'il n'y paraît. La Fédération des clubs de fers du Québec (FCFQ) réunit une quinzaine de clubs dans les régions du Québec pour un total de 250 membres officiels. Mais les amateurs non déclarés multiplieraient ce chiffre «au moins par cinq», selon André Leclerc, directeur général de la Fédération québécoise des jeux récréatifs, qui englobe la FCFQ. Il cite l'exemple de la ligue de Blainville, la plus importante de la province, qui compte à elle seule 128 joueurs, dont seulement 20 sont membres de la FCFQ.

«On sent qu'il y a une recrudescence du jeu dans la décennie actuelle, note-t-il de surcroît, comme dans les années 1960 et 1980. On le voit par les demandes d'informations, de règlements, de fers qu'on reçoit. La compagnie HP [le seul fabricant de fers québécois] prétend qu'elle vend plus de fers que jamais depuis quelques années.»

Difficile de remonter aux origines de ce jeu vieux comme le monde et lié à l'apparition du fer à cheval, elle-même un peu floue. Il dériverait du lancer du disque chez les Grecs, et les centurions romains l'auraient pratiqué avec les fers inutilisés de leurs montures. Une trace documentée lors de la guerre d'indépendance américaine confirme l'hypothèse du jeu militaire, indique M. Leclerc.

«Le duc de Wellington mentionnerait une bataille gagnée grâce aux lanceurs de fers à cheval. Même les troupes américaines stationnées en Irak se sont installées des jeux de fer. L'association américaine, la NHPA, collabore pour faire envoyer des fers là-bas.»

Pratique surtout nord-américaine, les fers ont conquis les Québécois au début du siècle dernier, pour le plaisir de jouer en famille, et peut-être aussi par superstition: l'objet en forme de U (ou de C, initiale du Christ!) était réputé pour ses vertus de porte-bonheur.

«Chez ma mère, je me souviens, il y avait toujours un fer accroché au mur», évoque Michel Laramée avec, dans le sourire, un scepticisme bien contemporain.
 
 
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