Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    D'une oeuvre de charité à une place publique

    31 août 2009 |Guillaume Saint-Jean | Actualités en société
    L’asile de la Providence depuis la rue Sainte-Catherine, photographié par feu Omer Desjardins en 1962.
    Photo: L’asile de la Providence depuis la rue Sainte-Catherine, photographié par feu Omer Desjardins en 1962.
    Désormais occupé par la place Émilie-Gamelin, le terrain situé à l'intersection des rues Berri et Sainte-Catherine Est aura changé de fonction à trois reprises au cours des cinquante dernières années. En effet, l'endroit aura d'abord abrité un couvent de religieuses, puis un terrain de stationnement municipal avant de devenir une aire de détente qui ne fait toujours pas l'unanimité.

    C'est sur un terrain de 56 000 pieds carrés acquis le 6 novembre 1841 pour la somme de 1200 louis que fut érigé à partir de l'année suivante l'asile des Soeurs de la Providence.

    L'institution servait alors à venir en aide aux malades, aux vieillards et aux sans-abri. C'est d'ailleurs en ces lieux que fut fondée l'Oeuvre de la soupe, une oeuvre charitable qui distribua pendant près de 120 ans pas moins de 500 bols de soupe par jour aux nécessiteux.

    La chapelle de l'immeuble, oeuvre de l'architecte et arpenteur John Ostell, à qui l'on doit notamment la réalisation des tours de la basilique Notre-Dame et du grand séminaire de la rue Sherbrooke, servit également de cathédrale à la ville de 1852 à 1855 à la suite de la destruction par un incendie de la cathédrale précédente.

    Toujours désireuses d'aider leurs prochains, les religieuses cédèrent en 1911 un local de l'institution à l'institut Bruchési, une oeuvre offrant des soins contre la tuberculose.

    Autrefois résidentiel, le secteur se transformait peu à peu, devenant de plus en plus commercial, notamment avec la popularité croissante de Dupuis Frères, le célèbre grand magasin voisin qui attire tous les francophones de Montréal. En 1962, la quiétude des lieux étant bel et bien devenue chose du passé, les Soeurs de la Providence déménagèrent dans leur maison mère nouvellement construite à Cartierville. Du coup, elles ferment l'asile et mettent leur terrain du centre-ville en vente.

    Alors que l'on prévoyait d'abord construire sur ce site un gratte-ciel de 26 étages, le terrain, auquel s'ajoute le lot situé à l'intersection nord-ouest du boulevard De Maisonneuve et de la rue Berri, sera finalement acheté par la Ville de Montréal au coût de 4,2 millions de dollars en 1963 afin de permettre la construction du métro.

    Entrepris dès la fin de l'automne de cette année-là, les travaux de démolition de l'asile s'accéléreront de façon inattendue dans la soirée du 16 décembre puisque le vieil édifice sera ravagé par un incendie nécessitant trois alertes.

    Le site sera alors occupé par un terrain de stationnement qui ne devait être ouvert que pendant la durée des travaux de construction du métro. Il restera pourtant en place pendant près de 30 ans.

    En 1984, le terrain sera pourtant alors le site idéal pour accueillir la salle de concert de l'Orchestre symphonique de Montréal. À la fin des années 1980, il fut plutôt décidé d'ériger la salle de concert aux côtés de la Place des Arts — salle dont les travaux de construction viennent finalement de s'amorcer cette année.

    Quant à l'ancien site des Soeurs de la Providence, on choisit plutôt d'en faire une place publique. Au départ, celle-ci devait être dotée d'une patinoire l'hiver et d'un café-terrasse l'été. Mais le square Berri, aménagé en 1992 et rebaptisé la place Émilie-Gamelin, en 1995, en l'honneur de la fondatrice des Soeurs de la Providence, ne deviendra jamais le lieu de prestige escompté.

    Utilisé à peine quelques fois par année lors de diverses festivités, le site est aujourd'hui surtout occupé par des sans-abri dont l'aspect miséreux nous démontre à quel point l'époque où une oeuvre de charité oeuvrait en ces lieux est malheureusement bien révolue.

    ***

    Collaboration spéciale












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.