Un organisme d'alphabétisation à la rue
La vente d'une église à Longueuil a de sévères répercussions pour la Boîte à lettres
Les suites de la vente de l'église Saint-Pierre-Apôtre de Longueuil se révèlent douloureuses pour le réputé organisme la Boîte à lettres (BAL), qui vient en aide aux jeunes analphabètes de 16 à 25 ans: Le Devoir a appris que celui-ci se retrouve aujourd'hui à la rue, ses activités en veilleuse.
Incapable de s'entendre avec le nouveau propriétaire du presbytère où il logeait depuis 12 ans, l'organisme a dû vider ses locaux le 30 juin. Un autre organisme du quartier, Le Fablier, a accepté d'entreposer les meubles de la BAL pour l'été... mais un problème d'eau survenu depuis force maintenant Le Fablier à déménager lui aussi.
Ceci fait en sorte que la BAL est aujourd'hui complètement itinérante, ses meubles sur les bras. La situation a évidemment forcé l'organisme à suspendre la plupart de ses activités. Selon la coordonnatrice Suzanne Daneau, cet arrêt forcé aura d'importantes conséquences sur la clientèle du centre. «On tente de donner aux jeunes un véritable milieu de vie, avec des repas communautaires et des ateliers d'alphabétisation, dit-elle. C'est très déstabilisant pour eux de subir cette incertitude.»
C'est pourquoi la BAL préfère «mettre les activités au ralenti» quelques mois, le temps de trouver de nouveaux locaux. La direction de l'organisme cherche à acheter dans le même secteur. En attendant, seules certaines activités de prévention réalisées avec des professeurs de la région pourront être maintenues.
La situation de la BAL rappelle l'incertitude dans laquelle se trouve toujours la direction du Refuge des jeunes de Montréal, affecté par la vente de l'église Saint-Louis-de-France dans l'arrondissement Plateau-Mont-Royal.
SHDL
Les ennuis de la BAL ont commencé en novembre dernier, quand le diocèse de Saint-Jean-Longueuil a cédé l'église Saint-Pierre-Apôtre et son presbytère à la Société d'habitation et de développement de Longueuil (SHDL). Montant de la transaction: 500 000 $.
En janvier, la BAL et la SHDL ont entamé des négociations devant permettre à l'organisme de racheter le presbytère. Le nouveau propriétaire demandait 450 000 $ pour le bâtiment. Après des débuts encourageants, les négociations ont dérapé pour se conclure sur un échec complet. Les deux parties se renvoient aujourd'hui les accusations de mauvaise foi et de manque de sérieux.
Du côté de la BAL, on a perçu que la SHDL voulait bâcler la vente, n'était pas disposée à négocier quoi que ce soit et refusait de fournir les documents qui auraient permis au dossier de cheminer correctement. «Nous avons offert [le 1er juin] de payer la valeur de l'évaluation du bâtiment, soit 375 000 $, affirme Suzanne Daneau. Mais la SHDL a été choquée de l'offre et n'a même pas déposé de contre-offre. Au lieu, on nous a rappelés pour nous indiquer qu'il faudrait "déguerpir" le 30 juin.»
Le financement de la BAL était en fait conditionnel à ce que les prêteurs puissent consulter les documents légaux associés à la vente: l'acte de copropriété avec l'église attenante, le cadastre, l'évaluation environnementale (pour détecter notamment la présence d'amiante dans les murs). «Nous avons demandé 100 fois ces documents, et il n'y a jamais eu de dépôt officiel, affirme Suzanne Daneau. La SHDL semblait vouloir que nous fassions affaire avec un prêteur privé, qui lui n'exigeait pas les documents.»
À cette étape, le maire de Longueuil, Claude Gladu, est intervenu et a obtenu de la SHDL une promesse de prolongation de bail d'un an pour permettre aux négociations de se poursuivre. Selon la BAL, le président de la SHDL, Pierre Pontbriand, a toutefois changé d'idée quelques jours plus tard. Pour rester dans ses locaux en 2009-10, la BAL aurait dû payer près du double du loyer précédent (3200 $), ce que l'organisme a refusé, indique Mme Daneau.
Mais à la SHDL, Pierre Pontbriand voit les choses d'un tout autre oeil. «Notre position a toujours été claire, et les seuls à ne pas l'avoir comprise, ce sont eux, dit-il. Ils ne comprennent pas une situation de la vie, ils ont fait leur choix. [...] Le prix qu'ils offraient était de beaucoup inférieur à la valeur marchande. [...] Pour moi, il n'y a pas de débat, le dossier est clos. Ce sont des gens coupés de la réalité. Ils n'ont pas voulu acheter ou offrir un prix raisonnable, ils n'ont pas voulu que je rencontre leur conseil d'administration.»
Le diocèse enquête
Un autre élément litigieux s'ajoute à ce dossier. Car la vente de l'église pose elle aussi des problèmes, mais cette fois au diocèse.
Le diocèse a en effet demandé des éclaircissements à la SHDL cet été, après avoir été mis au parfum de la présence dans l'église d'un groupe de pentecôtistes, l'Église de Dieu évangélique Rive-Sud. Cette Église n'est pas actuellement reconnue par la Conférence des évêques du Canada.
L'hebdomadaire Point Sud a pu vérifier qu'au moins deux cérémonies religieuses dirigées par l'Église de Dieu évangélique Rive-Sud ont eu lieu dans l'église Saint-Pierre-Apôtre, à la fin du mois de juin. Selon le journal, le pasteur de cette Église créole, Nixon Compère, désire acheter Saint-Pierre-Apôtre au nom de l'organisme Centre communautaire A.B.C. de Longueuil, un organisme qu'il dirige.
L'acte de vente signé entre le diocèse et la SHDL précise pourtant que l'église ne pourra recevoir de rassemblement religieux célébrant un culte qui n'est pas reconnu par la Conférence des évêques du Canada. «Nous avons demandé à la SHDL de vérifier parce que ça nous inquiète, indique le porte-parole du diocèse, Sébastien Héroux. Si jamais le contrat n'est pas respecté, nous pourrions reprendre le bâtiment.»
Mais à la SHDL, Pierre Pontbriand nie catégoriquement. «Nous n'avons jamais loué à cette Église, et nous n'avons pas vendu le bâtiment.»
Incapable de s'entendre avec le nouveau propriétaire du presbytère où il logeait depuis 12 ans, l'organisme a dû vider ses locaux le 30 juin. Un autre organisme du quartier, Le Fablier, a accepté d'entreposer les meubles de la BAL pour l'été... mais un problème d'eau survenu depuis force maintenant Le Fablier à déménager lui aussi.
Ceci fait en sorte que la BAL est aujourd'hui complètement itinérante, ses meubles sur les bras. La situation a évidemment forcé l'organisme à suspendre la plupart de ses activités. Selon la coordonnatrice Suzanne Daneau, cet arrêt forcé aura d'importantes conséquences sur la clientèle du centre. «On tente de donner aux jeunes un véritable milieu de vie, avec des repas communautaires et des ateliers d'alphabétisation, dit-elle. C'est très déstabilisant pour eux de subir cette incertitude.»
C'est pourquoi la BAL préfère «mettre les activités au ralenti» quelques mois, le temps de trouver de nouveaux locaux. La direction de l'organisme cherche à acheter dans le même secteur. En attendant, seules certaines activités de prévention réalisées avec des professeurs de la région pourront être maintenues.
La situation de la BAL rappelle l'incertitude dans laquelle se trouve toujours la direction du Refuge des jeunes de Montréal, affecté par la vente de l'église Saint-Louis-de-France dans l'arrondissement Plateau-Mont-Royal.
SHDL
Les ennuis de la BAL ont commencé en novembre dernier, quand le diocèse de Saint-Jean-Longueuil a cédé l'église Saint-Pierre-Apôtre et son presbytère à la Société d'habitation et de développement de Longueuil (SHDL). Montant de la transaction: 500 000 $.
En janvier, la BAL et la SHDL ont entamé des négociations devant permettre à l'organisme de racheter le presbytère. Le nouveau propriétaire demandait 450 000 $ pour le bâtiment. Après des débuts encourageants, les négociations ont dérapé pour se conclure sur un échec complet. Les deux parties se renvoient aujourd'hui les accusations de mauvaise foi et de manque de sérieux.
Du côté de la BAL, on a perçu que la SHDL voulait bâcler la vente, n'était pas disposée à négocier quoi que ce soit et refusait de fournir les documents qui auraient permis au dossier de cheminer correctement. «Nous avons offert [le 1er juin] de payer la valeur de l'évaluation du bâtiment, soit 375 000 $, affirme Suzanne Daneau. Mais la SHDL a été choquée de l'offre et n'a même pas déposé de contre-offre. Au lieu, on nous a rappelés pour nous indiquer qu'il faudrait "déguerpir" le 30 juin.»
Le financement de la BAL était en fait conditionnel à ce que les prêteurs puissent consulter les documents légaux associés à la vente: l'acte de copropriété avec l'église attenante, le cadastre, l'évaluation environnementale (pour détecter notamment la présence d'amiante dans les murs). «Nous avons demandé 100 fois ces documents, et il n'y a jamais eu de dépôt officiel, affirme Suzanne Daneau. La SHDL semblait vouloir que nous fassions affaire avec un prêteur privé, qui lui n'exigeait pas les documents.»
À cette étape, le maire de Longueuil, Claude Gladu, est intervenu et a obtenu de la SHDL une promesse de prolongation de bail d'un an pour permettre aux négociations de se poursuivre. Selon la BAL, le président de la SHDL, Pierre Pontbriand, a toutefois changé d'idée quelques jours plus tard. Pour rester dans ses locaux en 2009-10, la BAL aurait dû payer près du double du loyer précédent (3200 $), ce que l'organisme a refusé, indique Mme Daneau.
Mais à la SHDL, Pierre Pontbriand voit les choses d'un tout autre oeil. «Notre position a toujours été claire, et les seuls à ne pas l'avoir comprise, ce sont eux, dit-il. Ils ne comprennent pas une situation de la vie, ils ont fait leur choix. [...] Le prix qu'ils offraient était de beaucoup inférieur à la valeur marchande. [...] Pour moi, il n'y a pas de débat, le dossier est clos. Ce sont des gens coupés de la réalité. Ils n'ont pas voulu acheter ou offrir un prix raisonnable, ils n'ont pas voulu que je rencontre leur conseil d'administration.»
Le diocèse enquête
Un autre élément litigieux s'ajoute à ce dossier. Car la vente de l'église pose elle aussi des problèmes, mais cette fois au diocèse.
Le diocèse a en effet demandé des éclaircissements à la SHDL cet été, après avoir été mis au parfum de la présence dans l'église d'un groupe de pentecôtistes, l'Église de Dieu évangélique Rive-Sud. Cette Église n'est pas actuellement reconnue par la Conférence des évêques du Canada.
L'hebdomadaire Point Sud a pu vérifier qu'au moins deux cérémonies religieuses dirigées par l'Église de Dieu évangélique Rive-Sud ont eu lieu dans l'église Saint-Pierre-Apôtre, à la fin du mois de juin. Selon le journal, le pasteur de cette Église créole, Nixon Compère, désire acheter Saint-Pierre-Apôtre au nom de l'organisme Centre communautaire A.B.C. de Longueuil, un organisme qu'il dirige.
L'acte de vente signé entre le diocèse et la SHDL précise pourtant que l'église ne pourra recevoir de rassemblement religieux célébrant un culte qui n'est pas reconnu par la Conférence des évêques du Canada. «Nous avons demandé à la SHDL de vérifier parce que ça nous inquiète, indique le porte-parole du diocèse, Sébastien Héroux. Si jamais le contrat n'est pas respecté, nous pourrions reprendre le bâtiment.»
Mais à la SHDL, Pierre Pontbriand nie catégoriquement. «Nous n'avons jamais loué à cette Église, et nous n'avons pas vendu le bâtiment.»
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