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Plaies vives à Montréal-Nord

Tensions palpables pour l'anniversaire de la mort de Fredy Villanueva

La mère de Fredy Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes, serrant contre elle son petit-fils au parc Aimé-Léonard de Montréal-Nord, hier.
Photo : Pascal Ratthé
La mère de Fredy Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes, serrant contre elle son petit-fils au parc Aimé-Léonard de Montréal-Nord, hier.
Les activités de commémoration de la mort de Fredy Villanueva, tombé sous les balles d'un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) il y a tout juste un an, ont culminé avec une grande manifestation à laquelle ont pris part quelques centaines de personnes hier après-midi dans le quartier de Montréal-Nord. À la tête de la marche: une famille Villanueva à la sensibilité à fleur de peau.

Des centaines de personnes, pour la plupart âgées de 18 à 30 ans, ainsi que des dizaines de représentants de différents groupes communautaires ont marché du parc Aimé-Léonard, riverain de la rivière des Prairies, vers l'est jusqu'au parc Henri-Bourassa, où a été abattu Fredy Villanueva le 9 août 2008.

«La mort de mon fils ne doit pas demeurer impunie», a déclaré la mère de Fredy Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes, après s'être recueillie devant l'arbre où a été élevé un autel à la mémoire de son fils dans le parc Henri-Bourassa, baptisé hier «parc Fredy Villanueva» par Montréal-Nord Républik. Plus tôt, prise de sanglots, Lilian Maribel Madrid Antunes, a été incapable de s'exprimer devant les personnes réunies devant elle. «Merci d'être avec moi», a-t-elle laissé tomber avant de fondre en pleurs.

«En plus d'avoir perdu un fils, ils doivent se battre pour faire la lumière sur les événements. Pourquoi le gouvernement veut-il cacher certaines choses? La famille ne devrait pas se battre pour connaître la vérité», a déclaré Will Prosper, le porte-parole de Montréal-Nord Républik.

La soeur de Fredy Villanueva, Patricia, s'est montrée pessimiste quant aux efforts de la Ville et de l'arrondissement pour insuffler une nouvelle dynamique dans le quartier. «Les choses n'ont pas changé depuis un an. Pas du tout. Il va falloir encore travailler fort. Le monde doit être rassuré», a-t-elle dit.

La famille Villanueva s'efforce toujours de panser ses plaies, a confié sa soeur. «Nous sommes vraiment détruits, nous sommes vraiment brisés en mille morceaux», a lancé Wendy Villanueva, les yeux mouillés, à l'aube des activités du week-end. «Ils ont pris la vie de mon frère, c'était le bébé de la famille. On ne peut pas trouver la paix à cause de cela.»

Les organisateurs de la manifestation — Montréal-Nord Républik et la coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) — ont profité de l'anniversaire de la mort de Fredy Villanueva pour rappeler la mémoire de tous ceux qui ont été victimes de la répression policière au fil des vingt-cinq dernières années à Montréal.

Le ton a d'ailleurs monté d'un cran peu avant que le coup d'envoi de la manifestation ne soit donné, à 18h, lorsque Andrée-Ann Cossette, la porte-parole de la CRAP et Mohamed Bennis, le père de Mohamed Anas Bennis — abattu par un policier en décembre 2005 alors qu'il revenait de sa prière matinale à la mosquée de Côte-des-Neiges — ont fait une charge à fond de train contre le Service de police, mais surtout contre la Fraternité des policiers et policières du SPVM. Derrière eux: des dizaines de manifestants brandissaient des affiches où étaient inscrits les noms de personnes «mortes aux mains du SPVM» depuis 1987.

Will Prosper avait demandé à la foule «d'être à la hauteur de la dignité de la famille Villanueva» tout juste avant que le mouvement de solidarité ne se mette en branle, mais, peu après 18h, des altercations verbales ont éclaté lorsque les manifestants ont rejoint une quinzaine de policiers à vélo qui les attendaient sur le boulevard Léger. «Lapointe, assassin!» et «Justice pour Fredy», ont notamment scandé des dizaines d'entre eux, pendant que des quolibets grossiers fusaient à l'égard d'agents de police jugés «trop près» du défilé et «trop visibles». Les parents, eux, étaient plongés dans le mutisme et retenaient leurs larmes.

En marge de la procession organisée par les proches de la famille Villanueva, le conseil des leaders religieux de Montréal-Nord a invité la communauté à se recueillir, à la mémoire de Fredy Villanueva, derrière la maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, en milieu d'après-midi. Un pasteur évangélique baptiste, un prêtre catholique et un imam ont lancé d'une seule voix un appel pour la paix. «Sans le pardon mutuel, il n'y aura pas de pas», a affirmé le pasteur évangélique baptiste Joseph St-Elme Valcin.

La Coalition montréalaise de la non-violence a, elle aussi, tenu à être présente et à se remémorer toutes les victimes de violence. Le fondateur de la Coalition, Gethro Auguste, a pour sa part appelé au changement des mentalités et au rejet de toute forme de violence.

Le maire de Montréal Gérald Tremblay s'est dit sensible aux besoins de la communauté de Montréal-Nord, et tout particulièrement des jeunes. «Il faut, dans un premier temps, qu'on s'occupe davantage des personnes qui sont dans le besoin. Et, dans un deuxième temps, qu'il y ait de la justice, par un meilleur partage des ressources que nous avons. C'est ce que nous essayons de faire, mais ça prend un peu de temps. Les gens voudraient avoir des changements immédiats, mais quand il y a un événement tragique, je pense que ça suscite une prise de conscience», a affirmé M. Tremblay hier. «Ce qu'il faut retenir, c'est que ça s'est fait dans l'harmonie et dans la paix. Il n'y a pas eu de casse. Je prends ça de façon très positive.»

Flanquée de sa candidate au poste de conseillère municipale dans le district Ovide-Clermont, la directrice des Fourchettes de l'espoir, Brunilda Reyes, la chef de Vision Montréal et candidate à la mairie, Louise Harel, a critiqué l'inaction de l'administration Tremblay durant les années qui ont précédé les funestes événements de 2008. «Je me réjouis des [investissements à Montréal-Nord]. Le seul problème est qu'ils aient eu lieu après les émeutes. Il ne faut pas attendre qu'il y ait des tragédies», a-t-elle affirmé. La Ville doit travailler d'arrache-pied à «reconstruire les liens sociaux» à Montréal-Nord, selon elle. «C'est possible de les reconstruire. Mais il faut le vouloir et avoir la confiance de tous les partis impliqués.» Louise Harel table sur les quartiers Saint-Michel et Hochelaga-Maisonneuve qui ont aussi connu «des événements tragiques» et qui se sont relevés.

Moins de 300 personnes avaient participé, la veille, à différentes conférences et un concert gratuit Hoodstock. Luck Mervil, Koriass et Los Playaz ont notamment foulé la scène du parc Aimé-Léonard. Les organisateurs se sont dits satisfaits de la participation populaire.
 
 
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