Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Monsieur vélo s'en va «aux États»

    Excursion impressionniste dans le sympathique bric-à-brac de Pierrot

    Pierrot posant devant son Museovelo.
    Photo: Yan Doublet Pierrot posant devant son Museovelo.
    Québec — Québec a son patron des vélos. Il s'appelle Pierrot, et sa science des roues roule cette semaine au New Jersey, le temps d'un colloque assez particulier. Le Devoir a fait une petite excursion impressionniste dans son sympathique bric-à-brac.

    «Je suis tout énervé, parce que c'est ma consécration», nous dit Pierrot à la veille de son départ pour le Congrès international de l'histoire du cyclisme. Le congrès en question a débuté mercredi dans la petite ville de Freehold, au New Jersey. Au menu des conférences: «Le capitaine Henri Gérard et sa bicyclette pliante», «Les nazis ont-ils interdit la course de bicyclette sur six jours?» ou encore: «Les prédicateurs à vélo: les hommes du clergé et l'acceptation de la bicyclette, 1881-1887».

    Pierrot, lui, a été invité à faire une présentation sur le rôle du vélo dans la roue de l'existence, depuis la pomme qui roule en tombant de l'arbre jusqu'aux vélos ultrasophistiqués qu'il vend dans son magasin de la rue Saint-Jean.

    «C'est le cadeau que je me fais pour les 30 ans de mon bi», résume-t-il en pointant le vieux vélocipède à grande roue qu'il promène depuis 20 ans dans la ville. Chapeau haut de forme et queue-de-pie compris. C'est que Pierrot, Pierre Bernier de son vrai nom, est d'abord un artiste. Avant d'acheter la boutique, en 2006, il a été assistant à la mise en scène pour le spectacle Elseneur, d'Ex Machina. Robert Lepage l'a ensuite engagé pour manipuler les marionnettes du spectacle La Face cachée de la lune.

    Bien avant cela, cet homme qui se décrit comme «un autodidacte organisé» a fait le tour du Canada comme mime et comme acrobate. Dans sa boutique, des photographies nous le montrent tenant un vélo avec son menton ou jouant au «cycle-balle», une sorte de soccer à bicyclette. On se dit que pour un ex-mime, Pierrot n'est pas très silencieux. Pendant la pose photo, il pousse son répertoire de vieilles chansons cyclistes. «Le vélocipède est à la mode car tout le monde peut le posséder. / Ça coûte pas cher pis c'est commode. / Dans sa chambre on peut le remiser.» Ou encore, «Les vélos d'Amsterdam, font des beaux culs aux dames...» En moins de deux, une petite foule se masse autour de la boutique, intriguée.

    Dans le quartier, tout le monde le connaît. Une jeune femme qui attend la fin du reportage pour être servie nous dit que ça ne l'embête pas d'attendre. «On a toujours du bon service ici.»

    Les affaires sont visiblement très bonnes, mais Pierrot s'ennuie de la vie d'artiste. «C'était ben plus payant quand j'étais à la pige que depuis que j'ai mon commerce. [...] Je travaille

    96 heures par semaine, il faut être malade à quelque part.» On s'en doute: quelques-unes de ces heures servent à animer le magasin et le Museovelo qu'il abrite.

    — Combien je te dois? demande la jeune femme.

    — Une pinte, de répondre l'autre.

    — Je n'ai pas de liquide de toute façon.

    — C'est sûr que pour une pinte, ça va poser problème.

    Une philosophie

    Pour Pierrot, le vélo est une philosophie. «Le cycliste n'est pas un automobiliste déchu, c'est un piéton miraculé», se plaît-il à répéter, citant le poète Jacques Faizant. Il s'est même présenté aux dernières élections municipales en ces temps anciens où les candidats se comptaient presque par dizaines. «Régis Labeaume a repris mon idée», signale-t-il à propos du projet de remonte-pentes pour cyclistes entre la vieille ville de Sillery et la Promenade Samuel-de-Champlain. Cette année, il est trop occupé pour être de la course, nous dit-il.

    Mais encore, Québec est-elle une ville de vélos? lui demande-t-on. «Si tu regardes dans le monde, toutes les villes de vélos sont des villes plates. Pas dans le sens de "pas le fun", dans le sens de plat. Copenhague, Amsterdam, Ferrara en Italie.»

    Assise au beau milieu du magasin, une fillette écoute, captivée, le discours de notre orateur pendant que sa maman lui fait de grands signes à l'entrée du magasin. Pierrot poursuit. «Montréal est mieux placée pour être une ville de vélos. Nous, à Québec, on est tout le temps dans les côtes.» Mais on est en forme, poursuit-il, non sans fierté.

    Si ce n'était que de Pierrot Vélo, on enverrait toutes les bagnoles à la casse et on installerait des remonte-pentes dans chacune des côtes de la ville de Québec. Exalté, il nous montre un catalogue de bicyclettes européen. Sur les photos, de beaux messieurs en complet cravate se rendent au travail sur des modèles design et ultralégers. Quand on lui fait remarquer que c'est cher, il est lancé. «Les gens s'achètent des super écrans machin, mais quand ils s'achètent un bicycle, il faut que ce soit "cheap"! [...] Henry Ford le disait lui-même: les plus belles choses au monde sont celles dont tout poids en trop a été éliminé. 1893!» Wow!

    La fillette a fini par aller rejoindre sa mère. Le soleil aidant, les cyclistes se massent autour de la boutique. Courtois, Pierrot s'interrompt pour saluer une dame qui passe par là.

    — Comment ça va?

    — Ça roule!

    ***

    Museovelo

    463, rue Saint-Jean

    Québec

    http://www.cycling-history.org/












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.