La ville pour frigo
Nancy Klehm est un drôle d'oiseau urbain. Depuis 15 ans, cette cuisinière communautaire et herboriste accomplie vit de ce que la ville laisse pousser entre briques et bitume et de tout ce qui émerge de jardins parcellaires créés sur son toit et celui d'amis à Chicago. Herbes, racines, fruits, noix: la glaneuse a fait de sa ville un frigo à ciel ouvert.
Inutile de dire que le style de vie de Nancy Klehm n'est pas pour tout le monde. Plus qu'un style de vie, c'est un métier à plein temps. Pour se nourrir, cette glaneuse herbivore passe le plus clair de son temps à sillonner les terrains laissés en friche. Non seulement cueille-t-elle les fruits et les noix d'arbres qui poussent à l'état sauvage dans les moindres interstices de la ville, mais elle creuse le sol pour en extirper diverses racines comestibles.
Il y a, assure-t-elle, plein de choses à manger en ville, à commencer par les feuilles de pissenlit, de moutarde, les feuilles d'ortie en décoction et des racines de bardane. Lors d'une récente visite en avril à Montréal, Nancy Klehm a repéré de l'ail sauvage, des violettes, du trèfle mauve et cette fameuse racine de bardane qu'elle appelle «navet chinois». «Il y avait beaucoup de choses à Montréal, et à l'automne, on pourra y trouver des pommes sauvages, des prunes, des mûres et de l'épinard sauvage», ajoute-t-elle.
La vie de chasseur-cueilleur, va pour l'homme des cavernes, mais aujourd'hui, à quoi bon se donner tout ce mal? «Pour moi, les épiceries ne sont pas des lieux créatifs et je n'aime pas me faire dire quoi manger. C'est un choix personnel plus que politique. J'aime entrer en relation avec la ville, les rues, les aliments, et je récolte les choses que je vois en me promenant à vélo. Évidemment, les plantes sauvages ont aussi un goût très différent», explique cette végétarienne endurcie.
Presque autosuffisante, Klehm ensemence et cultive sa petite cour et celles d'amis, et troque en échange une partie des récoltes. L'hiver venu, la fourmi déshydrate, met en conserve et emmagasine ses végétaux, et donne des cours de cuisine pour payer son loyer. Elle garde des poules et des cailles sur son toit (c'est permis à Chicago!), dont elle ne mange que les oeufs. À la fin de la journée, elle récupère les surplus des maraîchers quand les marchés publics ferment leurs portes.
«Je mange gratuitement, mais c'est un travail à temps plein. Il faut connaître les plantes sur le bout de ses doigts. Pour moi, c'est amusant et fascinant. Contrairement aux freegans [voir texte principal], je ne suis pas en révolte contre la société. Même si je suis critique envers le système, je cherche simplement à vivre une expérience totale», relance-t-elle.
Non seulement Nancy Klehm se nourrit de ce que produit la ville, mais elle confectionne aussi huiles, tisanes, vins, pesto, lotions, savons et médicaments à partir des mêmes razzias urbaines. Évidemment, il faut pouvoir distinguer le grain de l'ivraie. «Certaines plantes peuvent être vénéneuses, il faut être sûr à 100 %», dit-elle. Quant à la pollution, elle dit faire attention où elle grappille ces herbes et évite les sites contaminés. «Mais à petite dose, ça ne peut pas faire plus de mal que de respirer de l'air pollué à longueur d'année!», lance-t-elle.
À sa descente d'avion à Montréal, Klehm a d'ailleurs eu la chance de croiser un chauffeur de taxi d'origine indienne qui lui a refilé de bons tuyaux pour trouver de la moutarde à Montréal. «Pour le commun des mortels, j'ai l'air très bizarre. Mais pour des tas d'immigrants, ça fait partie de leur culture. Je lui ai donné un très bon pourboire!»
Pas si excentrique que ça, la Klehm, puisque en France la tendance de l'heure dans les restos BCBG est aux plantes sauvages. Certaines toques n'en ont plus que pour les chicorées, pourpiers, plantains et oxalys cueillis en plein Paris pour orner leurs assiettes!
***
Voir autre texte à l'adresse suivante:
http://www.ledevoir.com/societe/villes.html
Inutile de dire que le style de vie de Nancy Klehm n'est pas pour tout le monde. Plus qu'un style de vie, c'est un métier à plein temps. Pour se nourrir, cette glaneuse herbivore passe le plus clair de son temps à sillonner les terrains laissés en friche. Non seulement cueille-t-elle les fruits et les noix d'arbres qui poussent à l'état sauvage dans les moindres interstices de la ville, mais elle creuse le sol pour en extirper diverses racines comestibles.
Il y a, assure-t-elle, plein de choses à manger en ville, à commencer par les feuilles de pissenlit, de moutarde, les feuilles d'ortie en décoction et des racines de bardane. Lors d'une récente visite en avril à Montréal, Nancy Klehm a repéré de l'ail sauvage, des violettes, du trèfle mauve et cette fameuse racine de bardane qu'elle appelle «navet chinois». «Il y avait beaucoup de choses à Montréal, et à l'automne, on pourra y trouver des pommes sauvages, des prunes, des mûres et de l'épinard sauvage», ajoute-t-elle.
La vie de chasseur-cueilleur, va pour l'homme des cavernes, mais aujourd'hui, à quoi bon se donner tout ce mal? «Pour moi, les épiceries ne sont pas des lieux créatifs et je n'aime pas me faire dire quoi manger. C'est un choix personnel plus que politique. J'aime entrer en relation avec la ville, les rues, les aliments, et je récolte les choses que je vois en me promenant à vélo. Évidemment, les plantes sauvages ont aussi un goût très différent», explique cette végétarienne endurcie.
Presque autosuffisante, Klehm ensemence et cultive sa petite cour et celles d'amis, et troque en échange une partie des récoltes. L'hiver venu, la fourmi déshydrate, met en conserve et emmagasine ses végétaux, et donne des cours de cuisine pour payer son loyer. Elle garde des poules et des cailles sur son toit (c'est permis à Chicago!), dont elle ne mange que les oeufs. À la fin de la journée, elle récupère les surplus des maraîchers quand les marchés publics ferment leurs portes.
«Je mange gratuitement, mais c'est un travail à temps plein. Il faut connaître les plantes sur le bout de ses doigts. Pour moi, c'est amusant et fascinant. Contrairement aux freegans [voir texte principal], je ne suis pas en révolte contre la société. Même si je suis critique envers le système, je cherche simplement à vivre une expérience totale», relance-t-elle.
Non seulement Nancy Klehm se nourrit de ce que produit la ville, mais elle confectionne aussi huiles, tisanes, vins, pesto, lotions, savons et médicaments à partir des mêmes razzias urbaines. Évidemment, il faut pouvoir distinguer le grain de l'ivraie. «Certaines plantes peuvent être vénéneuses, il faut être sûr à 100 %», dit-elle. Quant à la pollution, elle dit faire attention où elle grappille ces herbes et évite les sites contaminés. «Mais à petite dose, ça ne peut pas faire plus de mal que de respirer de l'air pollué à longueur d'année!», lance-t-elle.
À sa descente d'avion à Montréal, Klehm a d'ailleurs eu la chance de croiser un chauffeur de taxi d'origine indienne qui lui a refilé de bons tuyaux pour trouver de la moutarde à Montréal. «Pour le commun des mortels, j'ai l'air très bizarre. Mais pour des tas d'immigrants, ça fait partie de leur culture. Je lui ai donné un très bon pourboire!»
Pas si excentrique que ça, la Klehm, puisque en France la tendance de l'heure dans les restos BCBG est aux plantes sauvages. Certaines toques n'en ont plus que pour les chicorées, pourpiers, plantains et oxalys cueillis en plein Paris pour orner leurs assiettes!
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