Mères déficitaires
Des femmes n'ont pas droit à leur congé parental en raison d'un mauvais arrimage entre le programme fédéral d'assurance-emploi et le programme québécois de retrait préventif
Photo : Jacques Nadeau
Léa, 13 mois, dans les bras de sa mère, Charlène Boucher.
La ministre du Développement des ressources humaines du Canada, Jane Stewart, pourrait recevoir d'ici la mi-juin la visite d'un groupe de femmes qui voient leur congé de maternité amputé en raison d'un imbroglio administratif entre le programme d'assurance-emploi et le programme québécois de retrait préventif. Au cabinet de la ministre Stewart, on a précisé que cette question ne pourra pas être réglée avant l'automne prochain. Pourtant, la ministre s'était engagée en février à régler rapidement ce dossier, qui «concerne une petite minorité de femmes du Québec», a précisé sa porte-parole, ajoutant que les fonctionnaires tentent toujours de trouver des pistes de solution.
L'hiver dernier, on s'en rappelle, le Comité des mères brimées (sic) de leur congé de maternité et parental, qui regroupe une centaine de femmes, avait interpellé la ministre Stewart. En effet, des femmes qui ont eu recours à l'assurance-emploi au cours de l'année et qui bénéficient par la suite d'un retrait préventif voient leur congé parental considérablement réduit puisque, un an après la demande d'assurance-emploi, ces mères ne peuvent plus recevoir de prestations. «Cela touche surtout des employées à statut précaire dans l'enseignement, en garderie, ou des travailleuses saisonnières», a expliqué Denis Poudrier, du Mouvement action chômage de l'Estrie.
Des cas
Chantal Valade, mère d'une petite fille depuis un mois seulement, est durement éprouvée par ce problème. Elle a eu recours à l'assurance-emploi en octobre dernier après que son employeur eut procédé à des mises à pied temporaires. Trois semaines plus tard, elle était rappelée au travail, mais à un nouveau poste de travail, nuisible à la santé du foetus. Son médecin a donc jugé qu'un retrait préventif était nécessaire.
Or, selon la loi, les semaines pendant lesquelles elle a eu droit à des prestations de la CSST augmentées de légères prestations d'assurance-emploi (35 $ par semaine dans son cas) réduisent d'autant la durée des prestations de maternité et de congé parental. «Financièrement, je ne peux pas rester sans salaire», a expliqué cette mère, déçue de ne pas avoir droit au congé parental d'une année entière.
Danielle-Christine Houde, elle aussi maman d'un bébé d'un mois, a décidé de prendre son congé à ses frais. «Je ne me voyais pas rentrer au travail avec un bébé de quelques mois», a-t-elle expliqué, ajoutant que cette décision a été déchirante. Comme plusieurs autres mères à qui nous avons parlé, cette jeune maman a le sentiment d'avoir été flouée: «On m'avait dit au départ que mes semaines de retrait préventif seraient reportées à la fin de mon congé.»
Une autre enseignante, Charlaine Boucher, a souligné que son conjoint a dû faire beaucoup d'heures supplémentaires pour lui permettre de rester à la maison. «Mon chum a moins vu les enfants. Ç'a été une grosse période de stress.»
Une solution
La solution est pourtant simple, selon Marc Bellemare, de la FTQ: «Il suffirait de donner le choix aux femmes en retrait préventif de toucher ou non des prestations de chômage pour compléter leurs prestations de la CSST. Leurs semaines de retrait préventif pourraient donc être reportées sur leur congé parental.»
La pression pourrait monter d'un cran, selon Jocelyne Wheelhouse, vice-présidente de la CSQ, qui a écrit à la ministre Stewart le 24 mai dernier pour solliciter une rencontre. «Il faut que cela se règle avant les vacances. C'est une honte. Et, en plus, c'est l'argent des travailleuses qui dort dans la caisse de l'assurance-emploi», s'exclame la dirigeante syndicale.
Le député du Bloc québécois Paul Crête considère lui aussi que le gouvernement pourrait régler le dossier rapidement: «Avec l'unanimité des partis, un projet de loi peut être adopté en une journée.» Il ajoute que ces problèmes ne se poseraient pas si le gouvernement fédéral avait accepté de verser sa part au programme québécois d'assurance parentale.
L'hiver dernier, on s'en rappelle, le Comité des mères brimées (sic) de leur congé de maternité et parental, qui regroupe une centaine de femmes, avait interpellé la ministre Stewart. En effet, des femmes qui ont eu recours à l'assurance-emploi au cours de l'année et qui bénéficient par la suite d'un retrait préventif voient leur congé parental considérablement réduit puisque, un an après la demande d'assurance-emploi, ces mères ne peuvent plus recevoir de prestations. «Cela touche surtout des employées à statut précaire dans l'enseignement, en garderie, ou des travailleuses saisonnières», a expliqué Denis Poudrier, du Mouvement action chômage de l'Estrie.
Des cas
Chantal Valade, mère d'une petite fille depuis un mois seulement, est durement éprouvée par ce problème. Elle a eu recours à l'assurance-emploi en octobre dernier après que son employeur eut procédé à des mises à pied temporaires. Trois semaines plus tard, elle était rappelée au travail, mais à un nouveau poste de travail, nuisible à la santé du foetus. Son médecin a donc jugé qu'un retrait préventif était nécessaire.
Or, selon la loi, les semaines pendant lesquelles elle a eu droit à des prestations de la CSST augmentées de légères prestations d'assurance-emploi (35 $ par semaine dans son cas) réduisent d'autant la durée des prestations de maternité et de congé parental. «Financièrement, je ne peux pas rester sans salaire», a expliqué cette mère, déçue de ne pas avoir droit au congé parental d'une année entière.
Danielle-Christine Houde, elle aussi maman d'un bébé d'un mois, a décidé de prendre son congé à ses frais. «Je ne me voyais pas rentrer au travail avec un bébé de quelques mois», a-t-elle expliqué, ajoutant que cette décision a été déchirante. Comme plusieurs autres mères à qui nous avons parlé, cette jeune maman a le sentiment d'avoir été flouée: «On m'avait dit au départ que mes semaines de retrait préventif seraient reportées à la fin de mon congé.»
Une autre enseignante, Charlaine Boucher, a souligné que son conjoint a dû faire beaucoup d'heures supplémentaires pour lui permettre de rester à la maison. «Mon chum a moins vu les enfants. Ç'a été une grosse période de stress.»
Une solution
La solution est pourtant simple, selon Marc Bellemare, de la FTQ: «Il suffirait de donner le choix aux femmes en retrait préventif de toucher ou non des prestations de chômage pour compléter leurs prestations de la CSST. Leurs semaines de retrait préventif pourraient donc être reportées sur leur congé parental.»
La pression pourrait monter d'un cran, selon Jocelyne Wheelhouse, vice-présidente de la CSQ, qui a écrit à la ministre Stewart le 24 mai dernier pour solliciter une rencontre. «Il faut que cela se règle avant les vacances. C'est une honte. Et, en plus, c'est l'argent des travailleuses qui dort dans la caisse de l'assurance-emploi», s'exclame la dirigeante syndicale.
Le député du Bloc québécois Paul Crête considère lui aussi que le gouvernement pourrait régler le dossier rapidement: «Avec l'unanimité des partis, un projet de loi peut être adopté en une journée.» Il ajoute que ces problèmes ne se poseraient pas si le gouvernement fédéral avait accepté de verser sa part au programme québécois d'assurance parentale.
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