De l'Institut Nazareth à la Place des Arts
L'immeuble de la rue Sainte-Catherine fut démoli en 1958, après que ses superbes fresques pieuses, impossibles à préserver, eurent été méticuleusement photographiées
L’Institut Nazareth, photographié par Claude Décarie en avril 1948.
Alors que la 30e édition du Festival international de jazz de Montréal débutera demain sur un terrain nouvellement réaménagé, il est opportun de dresser un portrait de ce qui se trouvait autrefois dans ce quadrilatère du centre-ville, à une époque où les termes «Quartier des spectacles» n'avaient encore jamais été prononcés.
Bien avant la construction du Stade olympique et du métro de Laval, le projet de l'aménagement de la Place des Arts aura été, au cours des années 1960, un chantier qui aura coûté plus du double de ce que les experts avaient d'abord évalué.
Originellement estimé à 12 millions de dollars, une somme tout de même assez exorbitante pour l'époque, le projet de la construction de la Place des arts aura coûté en 1963 plus de 25 millions. Parmi les frais qui furent sous-estimés, notons par exemple les 4,5 millions de dollars déboursés en frais d'expropriation pour une trentaine d'immeubles situés dans le périmètre des rues Ontario, Sainte-Catherine, Jeanne-Mance et Saint-Urbain.
En plus des 32 propriétés mentionnées, d'une école de style ogival du XVIe siècle et d'un édifice de sept étages spécialisé dans l'ameublement de maison, ce projet gouvernemental aura également fait crouler sous le pic des démolisseurs l'Institut Dominique Savio, un orphelinat pour jeunes garçons.
L'Institut Nazareth
Solennellement béni le 23 décembre 1862, l'établissement fut d'abord connu sous le nom d'Institut Nazareth, une institution pour les jeunes aveugles, reconnue à l'époque comme une des premières du genre au Canada. On y enseignait notamment la lecture, l'écriture, les travaux d'artisanat pour les filles ainsi que des cours d'instruction religieuse.
En 1871, on érigea la seconde partie de l'édifice et l'on fit alors appel à Napoléon Bourassa, le père d'Henri Bourassa, afin d'orner de fresques pieuses la chapelle nouvellement construite.
Plusieurs décennies plus tard, l'établissement devint l'Institut les Buissonnets, puis l'Institut Dominique Savio,
un orphelinat et foyer pour les jeunes délinquants que plusieurs résidants surnommaient d'ailleurs les Beans, puis-que ce plat y était servi tous les vendredis.
Après une collecte organisée en 1956 par le cardinal Léger, un nouvel édifice fut érigé sur les anciennes terres des sulpiciens du quartier Ahuntsic. L'immeuble de la rue Sainte-Catherine, devenu vétuste, fut quant à lui démoli en 1958, après que ses superbes fresques pieuses, impossibles à préserver, eurent été méticuleusement photographiées.
En conséquence, bien que le terrain gazonné et les nombreux arbres du site aient désormais cédé leur place à un grand escalier de béton et à une fontaine que l'on se surprend à voir arborer une couleur différente chaque année, les gens qui fréquentent le site s'y sentent désormais en liberté, au contraire de ceux qui, à une certaine époque, se sont sans doute sentis enfermés et bien seuls dans la cour de récréation de leur orphelinat.
Bien avant la construction du Stade olympique et du métro de Laval, le projet de l'aménagement de la Place des Arts aura été, au cours des années 1960, un chantier qui aura coûté plus du double de ce que les experts avaient d'abord évalué.
Originellement estimé à 12 millions de dollars, une somme tout de même assez exorbitante pour l'époque, le projet de la construction de la Place des arts aura coûté en 1963 plus de 25 millions. Parmi les frais qui furent sous-estimés, notons par exemple les 4,5 millions de dollars déboursés en frais d'expropriation pour une trentaine d'immeubles situés dans le périmètre des rues Ontario, Sainte-Catherine, Jeanne-Mance et Saint-Urbain.
En plus des 32 propriétés mentionnées, d'une école de style ogival du XVIe siècle et d'un édifice de sept étages spécialisé dans l'ameublement de maison, ce projet gouvernemental aura également fait crouler sous le pic des démolisseurs l'Institut Dominique Savio, un orphelinat pour jeunes garçons.
L'Institut Nazareth
Solennellement béni le 23 décembre 1862, l'établissement fut d'abord connu sous le nom d'Institut Nazareth, une institution pour les jeunes aveugles, reconnue à l'époque comme une des premières du genre au Canada. On y enseignait notamment la lecture, l'écriture, les travaux d'artisanat pour les filles ainsi que des cours d'instruction religieuse.
En 1871, on érigea la seconde partie de l'édifice et l'on fit alors appel à Napoléon Bourassa, le père d'Henri Bourassa, afin d'orner de fresques pieuses la chapelle nouvellement construite.
Plusieurs décennies plus tard, l'établissement devint l'Institut les Buissonnets, puis l'Institut Dominique Savio,
un orphelinat et foyer pour les jeunes délinquants que plusieurs résidants surnommaient d'ailleurs les Beans, puis-que ce plat y était servi tous les vendredis.
Après une collecte organisée en 1956 par le cardinal Léger, un nouvel édifice fut érigé sur les anciennes terres des sulpiciens du quartier Ahuntsic. L'immeuble de la rue Sainte-Catherine, devenu vétuste, fut quant à lui démoli en 1958, après que ses superbes fresques pieuses, impossibles à préserver, eurent été méticuleusement photographiées.
En conséquence, bien que le terrain gazonné et les nombreux arbres du site aient désormais cédé leur place à un grand escalier de béton et à une fontaine que l'on se surprend à voir arborer une couleur différente chaque année, les gens qui fréquentent le site s'y sentent désormais en liberté, au contraire de ceux qui, à une certaine époque, se sont sans doute sentis enfermés et bien seuls dans la cour de récréation de leur orphelinat.
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