Les vrais racistes
J'avais un ami qui était comme ça. Il lui arrivait de ne pas remarquer les choses les plus évidentes. Un jour, il est rentré chez lui alors que sa maison venait d'être cambriolée. Tout était sens dessus dessous, des vêtements traînaient par terre et les tiroirs des commodes étaient ouverts. Il était rentré sans rien remarquer et s'était mis au travail comme d'habitude. Jusqu'à ce que son épouse arrive et pousse un cri d'horreur en ouvrant la porte. Mon ami n'avait rien vu. Ou plutôt, il n'avait vu que ce qu'il voulait voir.
Notre débat sur ces pauvres chanteurs anglophones tour à tour bannis puis réintégrés avec moult excuses et autocritiques dans une simple fête de quartier me fait un peu penser à cela. Dans la plupart des pays, l'affaire n'aurait même pas retenu l'attention d'un chroniqueur de province. Tout au plus y aurait-on consacré une brève dans la page culturelle ou la rubrique municipale. Certainement pas la une d'un quotidien national. Des petits accrochages comme celui-là, il s'en produit des dizaines chaque semaine dans la plupart des pays et surtout là où des minorités ont entrepris la difficile tâche de coexister pacifiquement avec une majorité écrasante. Or, le Québec est certainement l'un des endroits du monde où il s'en produit le moins.
Mais, nous vivons une époque étonnante. Pendant que nos médias — repentance et culpabilité catholiques obligent! — ont entrepris de traquer le vieux fond raciste qui est censé se cacher en chaque Québécois, il leur arrive de ne pas voir la grosse enclume qui se balance au-dessus de leur tête.
Prenez l'UNESCO, cette organisation des Nations unies chargée de la culture et du patrimoine où le Québec se vante depuis deux ans d'avoir un représentant au sein de la délégation canadienne. Eh bien, saviez-vous qu'un grand nombre de pays caressaient le projet de nommer à sa direction un vrai raciste? Pas un pauvre bougre qui n'aime pas les chansons en anglais. Non, un vrai de vrai qui ne fait pas semblant. Et pourtant, alors que le scandale fait la manchette de la presse internationale depuis un mois, vous ne trouverez pas le moindre entrefilet sur ce sujet dans toute la presse québécoise. Qui a parlé d'ouverture sur le monde?
**
Regardons voir à quoi ressemblent les vrais racistes. Le candidat égyptien Farouk Hosni était jusqu'à récemment le favori pour succéder au directeur général de l'UNESCO, le Japonais Koïchiro Matsuura. Sauf que cet individu, qui est ministre de la Culture depuis 21 ans (!), n'y est jamais allé de main morte pour parler des Juifs. Interrogé l'an dernier sur la présence de livres en hébreu dans la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie, il n'a pas hésité à affirmer que, si ces livres existaient, il faudrait en faire un autodafé. «Brûlons ces livres; s'il s'en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous», a-t-il déclaré.
L'affaire semblait pourtant dans la poche, jusqu'à la publication dans Le Monde d'une lettre ouverte signée par Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Élie Wiesel. Farouk Hosni avait le soutien de la Ligue arabe, de l'Union africaine, de la Conférence islamique et de plusieurs pays européens, comme l'Espagne et la France. Même le nouveau premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, ne semblait pas s'y opposer. L'Égypte n'était-elle pas le premier pays arabe à avoir noué des liens diplomatiques avec l'État d'Israël? Le moment semblait venu d'élire un Arabe à la tête de l'UNESCO. Après l'élection de Barack Obama et le retour des États-Unis dans cette organisation, Farouk Hosni se voulait le symbole de la «normalisation» des relations avec le monde arabe.
Mais voilà, le personnage n'en était pas à sa première déclaration incendiaire. En 2001, il affirmait qu'Israël n'avait «jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit, car il n'a jamais fait que s'approprier le bien des autres». Un peu plus tard, il soutenait que la culture israélienne était «une culture inhumaine; c'est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple: voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l'approprier». La même année, il dénonçait «l'infiltration des Juifs dans les médias internationaux».
Le plus surprenant, c'est que Farouk Hosni ne nie aucune de ces déclarations. Il prétend simplement s'être laissé emporter et brigue toujours le poste de directeur général d'une organisation qui a pour mission de favoriser le dialogue des civilisations. En guise de mea culpa, son ministère vient d'annoncer qu'il allait faire traduire les livres des écrivains israéliens Amos Oz et David Grossman. Quelle grandeur d'âme!
Tant qu'à chasser les racistes, pourquoi ne pas chasser les vrais? En passant, le premier ministre du Québec, sa ministre de la Culture et son ministre des Relations internationales pourraient nous dire ce qu'ils pensent de la candidature d'un tel personnage à la tête d'une organisation où le Québec se targue d'avoir un représentant.
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crioux@ledevoir.com
Notre débat sur ces pauvres chanteurs anglophones tour à tour bannis puis réintégrés avec moult excuses et autocritiques dans une simple fête de quartier me fait un peu penser à cela. Dans la plupart des pays, l'affaire n'aurait même pas retenu l'attention d'un chroniqueur de province. Tout au plus y aurait-on consacré une brève dans la page culturelle ou la rubrique municipale. Certainement pas la une d'un quotidien national. Des petits accrochages comme celui-là, il s'en produit des dizaines chaque semaine dans la plupart des pays et surtout là où des minorités ont entrepris la difficile tâche de coexister pacifiquement avec une majorité écrasante. Or, le Québec est certainement l'un des endroits du monde où il s'en produit le moins.
Mais, nous vivons une époque étonnante. Pendant que nos médias — repentance et culpabilité catholiques obligent! — ont entrepris de traquer le vieux fond raciste qui est censé se cacher en chaque Québécois, il leur arrive de ne pas voir la grosse enclume qui se balance au-dessus de leur tête.
Prenez l'UNESCO, cette organisation des Nations unies chargée de la culture et du patrimoine où le Québec se vante depuis deux ans d'avoir un représentant au sein de la délégation canadienne. Eh bien, saviez-vous qu'un grand nombre de pays caressaient le projet de nommer à sa direction un vrai raciste? Pas un pauvre bougre qui n'aime pas les chansons en anglais. Non, un vrai de vrai qui ne fait pas semblant. Et pourtant, alors que le scandale fait la manchette de la presse internationale depuis un mois, vous ne trouverez pas le moindre entrefilet sur ce sujet dans toute la presse québécoise. Qui a parlé d'ouverture sur le monde?
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Regardons voir à quoi ressemblent les vrais racistes. Le candidat égyptien Farouk Hosni était jusqu'à récemment le favori pour succéder au directeur général de l'UNESCO, le Japonais Koïchiro Matsuura. Sauf que cet individu, qui est ministre de la Culture depuis 21 ans (!), n'y est jamais allé de main morte pour parler des Juifs. Interrogé l'an dernier sur la présence de livres en hébreu dans la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie, il n'a pas hésité à affirmer que, si ces livres existaient, il faudrait en faire un autodafé. «Brûlons ces livres; s'il s'en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous», a-t-il déclaré.
L'affaire semblait pourtant dans la poche, jusqu'à la publication dans Le Monde d'une lettre ouverte signée par Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Élie Wiesel. Farouk Hosni avait le soutien de la Ligue arabe, de l'Union africaine, de la Conférence islamique et de plusieurs pays européens, comme l'Espagne et la France. Même le nouveau premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, ne semblait pas s'y opposer. L'Égypte n'était-elle pas le premier pays arabe à avoir noué des liens diplomatiques avec l'État d'Israël? Le moment semblait venu d'élire un Arabe à la tête de l'UNESCO. Après l'élection de Barack Obama et le retour des États-Unis dans cette organisation, Farouk Hosni se voulait le symbole de la «normalisation» des relations avec le monde arabe.
Mais voilà, le personnage n'en était pas à sa première déclaration incendiaire. En 2001, il affirmait qu'Israël n'avait «jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit, car il n'a jamais fait que s'approprier le bien des autres». Un peu plus tard, il soutenait que la culture israélienne était «une culture inhumaine; c'est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple: voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l'approprier». La même année, il dénonçait «l'infiltration des Juifs dans les médias internationaux».
Le plus surprenant, c'est que Farouk Hosni ne nie aucune de ces déclarations. Il prétend simplement s'être laissé emporter et brigue toujours le poste de directeur général d'une organisation qui a pour mission de favoriser le dialogue des civilisations. En guise de mea culpa, son ministère vient d'annoncer qu'il allait faire traduire les livres des écrivains israéliens Amos Oz et David Grossman. Quelle grandeur d'âme!
Tant qu'à chasser les racistes, pourquoi ne pas chasser les vrais? En passant, le premier ministre du Québec, sa ministre de la Culture et son ministre des Relations internationales pourraient nous dire ce qu'ils pensent de la candidature d'un tel personnage à la tête d'une organisation où le Québec se targue d'avoir un représentant.
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