Un dépotoir nucléaire à Blanc-Sablon ?
Le projet Securad prend forme à Montréal
Pendant que les producteurs de déchets nucléaires amorçaient hier leur campagne «d'information» sur les bienfaits du stockage de déchets nucléaires dans les roches profondes du Bouclier canadien, des ingénieurs, des spécialistes et des gens d'affaires regroupés dans le projet Securad poursuivaient le travail amorcé en 1994 pour construire un tel site sur la Basse-Côte-Nord, pas très loin d'ailleurs du projet hydro-électrique de la Romaine.
Selon un document de Securad, cette société montréalaise fondée par l'ingénieur Guy Arbour a consacré 11 ans d'efforts pour obtenir enfin «le nécessaire soutien local envers le projet» visant à entreposer — en vue d'un éventuel retraitement — le combustible irradié par les producteurs non seulement canadiens, mais aussi étrangers.
«Securad, lit-on dans le document obtenu par Le Devoir, a réussi à créer un consensus parmi les maires des municipalités de la Basse-Côte-Nord pour procéder à l'examen du projet et aux études de faisabilité et d'impacts environnementaux pertinents. Le temps est venu de revendiquer ce projet d'envergure pour l'économie du Québec.»
Securad n'est qu'un des projets qui seront examinés par la Société de gestion des déchets nucléaires du Canada, laquelle tenait une sorte de «portes ouvertes» hier à Montréal sur la nécessité et les bienfaits de doter le Canada d'un site d'entreposage souterrain.
«L'objectif immédiat de Securad, lit-on sur le site Internet totalement unilingue de cette société montréalaise, est de fournir à l'humanité une solution éprouvée à un problème environnemental d'actualité.» Securad se présente comme une société canadienne, dirigée par une équipe de scientifiques et de gens d'affaires «du Canada et d'autres pays» non cités.
Securad affirme dans le document obtenu par Le Devoir qu'elle a trouvé les formations géologiques «les plus stables» du Bouclier Canadien. Elle priorise un site accessible exclusivement par la mer, ce qui est le cas de la Basse-Côte-Nord, «ce qui écarte toute possibilité de voir des Greenpeace avec des pancartes se pointer par ici», expliquait au Devoir un membre du conseil municipal de Blanc-Sablon, favorable au projet.
Et, ajoute le document, le site doit se caractériser par une «très faible densité de population» sans préciser pourquoi.
«La portion de territoires ainsi sélectionnée, poursuit le document, s'étend tout le long de la côte, de la Romaine jusqu'à Blanc-Sablon, jusqu'à la région du lac Melville au Labrador.»
Selon Securad, la construction du site devrait coûter 1,5 milliard. Une autre tranche de 6,5 milliards proviendrait des frais d'entreposage.
Présentement, Hydro-Québec entrepose les déchets de Gentilly-2 d'abord dans une piscine d'eau lourde pendant sept ans pour en faire décroître la radio-activité et, par la suite, les barres d'uranium hautement radio-actives sont entreposées dans des silos refroidis à l'air libre dans un endroit confiné à haute sécurité.
Selon le site Internet de Securad, les revenus du site proviendraient des quatre provinces impliquées dans le nucléaire — l'Ontario avec sa vingtaine de réacteurs, le Québec avec Gentilly-2, le Nouveau-Brunswick avec Point Lepreau et la Saskatchewan avec ses mines et ses concentrateurs d'uranium — grâce à la portion de 0,001 cent du kilowattheure que les propriétaires de centrales nucléaires sont obligés de mettre de côté pour les démanteler un jour. Chaque centrale produit, selon Securad, entre 30 et 200 tonnes de matériel hautement radio-actif par année, ce qui implique un dépôt en fiducie de huit millions en moyenne. La production mondiale de déchets d'uranium atteint 12 000 tonnes par an.
Mais comme cet uranium se retrouve après usage mélangé avec du plutonium, lequel peut servir à la fabrication de bombes atomiques, il faut, selon Securad empêcher tout accès à des terroristes, l'enfouir à au moins 300 m et là où la densité de la population se situe à «zéro par 100 km2».
Projets voisins
Securad n'est pas la seule firme qui rêve de construire un dépotoir pour les déchets nucléaires canadiens. En Ontario, la Nuclear Waste Management Organization, constituée par l'Ontario Power Generation (OPG), voudrait construire un site d'entreposage en profondeur dans la municipalité de Kincardine dans des couches de roches qui n'auraient pas bougé d'un iota depuis 450 millions d'années. En 2005, Kincardine a tenu un référendum et obtenu une majorité en faveur du projet. OPG espère commencer la construction en 2012.
Aux États-Unis, on sonde les couches rocheuses profondes dans tout le pays depuis 30 ans. Mais le seul projet susceptible de voir le jour parce qu'il était le plus avancé, celui de la Yucca Mountain, au Nevada, vient d'être annulé par le président Obama. On s'inquiète là-bas moins de la sécurité des roches profondes que des aléas du transport du matériel radioactif par camion sous escorte dans tout le pays. Ce problème est d'ailleurs évoqué comme un avantage par Securad vu que le seul accès à la Basse-Côte-Nord, du moins pour l'instant, c'est la mer.
Mais le projet Securad risque de rencontrer une forte opposition au Québec, pas seulement des «soi-disant environnementalistes», comme les qualifiait Guy Arbour dans une lettre au Devoir en 2003, mais aussi des députés de l'Assemblée nationale qui ont voté — à l'unanimité — une résolution l'automne dernier pour s'opposer à toute importation de déchets nucléaires au Québec.
Mais pour l'instant, notait hier Gordon Edwards, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, seul le Manitoba a adopté une loi interdisait formellement l'importation de matériel nucléaire sur son territoire. Et aux États-Unis, ajoute Gordon Edwards, le retraitement du combustible irradié, qui permet de séparer l'uranium du plutonium, est carrément interdit en raison des risques de l'opération et de l'intense pollution susceptible d'en résulter.
Securad, de son côté, insiste pour voir dans l'uranium irradié une source d'énergie de l'avenir, insistant sur le fait que son projet ne consiste pas à enfouir des déchets nucléaires pour l'éternité, mais plutôt à entreposer du matériel qui a encore une importante valeur énergétique.
Gordon Edwards et Daniel Breton, du collectif MCN21, entendent se battre bec et ongles avec tout le milieu environnemental contre tout projet qui ferait du Québec la «poubelle nucléaire» du Canada, insistant sur le fait que l'on ne produit ici qu'environ 4 % de ces matières radioactives.
Daniel Breton estime pour sa part qu'Hydro-Québec ne devrait plus siéger avec les producteurs de déchets «en contravention du voeu de l'Assemblée nationale, car sa seule présence dans l'organisme canadien garde la porte ouverte à l'implantation d'un site québécois».
Selon un document de Securad, cette société montréalaise fondée par l'ingénieur Guy Arbour a consacré 11 ans d'efforts pour obtenir enfin «le nécessaire soutien local envers le projet» visant à entreposer — en vue d'un éventuel retraitement — le combustible irradié par les producteurs non seulement canadiens, mais aussi étrangers.
«Securad, lit-on dans le document obtenu par Le Devoir, a réussi à créer un consensus parmi les maires des municipalités de la Basse-Côte-Nord pour procéder à l'examen du projet et aux études de faisabilité et d'impacts environnementaux pertinents. Le temps est venu de revendiquer ce projet d'envergure pour l'économie du Québec.»
Securad n'est qu'un des projets qui seront examinés par la Société de gestion des déchets nucléaires du Canada, laquelle tenait une sorte de «portes ouvertes» hier à Montréal sur la nécessité et les bienfaits de doter le Canada d'un site d'entreposage souterrain.
«L'objectif immédiat de Securad, lit-on sur le site Internet totalement unilingue de cette société montréalaise, est de fournir à l'humanité une solution éprouvée à un problème environnemental d'actualité.» Securad se présente comme une société canadienne, dirigée par une équipe de scientifiques et de gens d'affaires «du Canada et d'autres pays» non cités.
Securad affirme dans le document obtenu par Le Devoir qu'elle a trouvé les formations géologiques «les plus stables» du Bouclier Canadien. Elle priorise un site accessible exclusivement par la mer, ce qui est le cas de la Basse-Côte-Nord, «ce qui écarte toute possibilité de voir des Greenpeace avec des pancartes se pointer par ici», expliquait au Devoir un membre du conseil municipal de Blanc-Sablon, favorable au projet.
Et, ajoute le document, le site doit se caractériser par une «très faible densité de population» sans préciser pourquoi.
«La portion de territoires ainsi sélectionnée, poursuit le document, s'étend tout le long de la côte, de la Romaine jusqu'à Blanc-Sablon, jusqu'à la région du lac Melville au Labrador.»
Selon Securad, la construction du site devrait coûter 1,5 milliard. Une autre tranche de 6,5 milliards proviendrait des frais d'entreposage.
Présentement, Hydro-Québec entrepose les déchets de Gentilly-2 d'abord dans une piscine d'eau lourde pendant sept ans pour en faire décroître la radio-activité et, par la suite, les barres d'uranium hautement radio-actives sont entreposées dans des silos refroidis à l'air libre dans un endroit confiné à haute sécurité.
Selon le site Internet de Securad, les revenus du site proviendraient des quatre provinces impliquées dans le nucléaire — l'Ontario avec sa vingtaine de réacteurs, le Québec avec Gentilly-2, le Nouveau-Brunswick avec Point Lepreau et la Saskatchewan avec ses mines et ses concentrateurs d'uranium — grâce à la portion de 0,001 cent du kilowattheure que les propriétaires de centrales nucléaires sont obligés de mettre de côté pour les démanteler un jour. Chaque centrale produit, selon Securad, entre 30 et 200 tonnes de matériel hautement radio-actif par année, ce qui implique un dépôt en fiducie de huit millions en moyenne. La production mondiale de déchets d'uranium atteint 12 000 tonnes par an.
Mais comme cet uranium se retrouve après usage mélangé avec du plutonium, lequel peut servir à la fabrication de bombes atomiques, il faut, selon Securad empêcher tout accès à des terroristes, l'enfouir à au moins 300 m et là où la densité de la population se situe à «zéro par 100 km2».
Projets voisins
Securad n'est pas la seule firme qui rêve de construire un dépotoir pour les déchets nucléaires canadiens. En Ontario, la Nuclear Waste Management Organization, constituée par l'Ontario Power Generation (OPG), voudrait construire un site d'entreposage en profondeur dans la municipalité de Kincardine dans des couches de roches qui n'auraient pas bougé d'un iota depuis 450 millions d'années. En 2005, Kincardine a tenu un référendum et obtenu une majorité en faveur du projet. OPG espère commencer la construction en 2012.
Aux États-Unis, on sonde les couches rocheuses profondes dans tout le pays depuis 30 ans. Mais le seul projet susceptible de voir le jour parce qu'il était le plus avancé, celui de la Yucca Mountain, au Nevada, vient d'être annulé par le président Obama. On s'inquiète là-bas moins de la sécurité des roches profondes que des aléas du transport du matériel radioactif par camion sous escorte dans tout le pays. Ce problème est d'ailleurs évoqué comme un avantage par Securad vu que le seul accès à la Basse-Côte-Nord, du moins pour l'instant, c'est la mer.
Mais le projet Securad risque de rencontrer une forte opposition au Québec, pas seulement des «soi-disant environnementalistes», comme les qualifiait Guy Arbour dans une lettre au Devoir en 2003, mais aussi des députés de l'Assemblée nationale qui ont voté — à l'unanimité — une résolution l'automne dernier pour s'opposer à toute importation de déchets nucléaires au Québec.
Mais pour l'instant, notait hier Gordon Edwards, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, seul le Manitoba a adopté une loi interdisait formellement l'importation de matériel nucléaire sur son territoire. Et aux États-Unis, ajoute Gordon Edwards, le retraitement du combustible irradié, qui permet de séparer l'uranium du plutonium, est carrément interdit en raison des risques de l'opération et de l'intense pollution susceptible d'en résulter.
Securad, de son côté, insiste pour voir dans l'uranium irradié une source d'énergie de l'avenir, insistant sur le fait que son projet ne consiste pas à enfouir des déchets nucléaires pour l'éternité, mais plutôt à entreposer du matériel qui a encore une importante valeur énergétique.
Gordon Edwards et Daniel Breton, du collectif MCN21, entendent se battre bec et ongles avec tout le milieu environnemental contre tout projet qui ferait du Québec la «poubelle nucléaire» du Canada, insistant sur le fait que l'on ne produit ici qu'environ 4 % de ces matières radioactives.
Daniel Breton estime pour sa part qu'Hydro-Québec ne devrait plus siéger avec les producteurs de déchets «en contravention du voeu de l'Assemblée nationale, car sa seule présence dans l'organisme canadien garde la porte ouverte à l'implantation d'un site québécois».
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