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Les vieux

Dans l'ancien temps où l'on désignait les personnes âgées sous le nom de «vieux», on les fréquentait davantage que de nos jours, où le mot est devenu tabou. On aime se donner bonne conscience tout en niant la dure réalité de la vieillesse avec des expressions ridicules comme «l'âge d'or» ou cette autre, aseptisée, «les aînés», qui devrait normalement comprendre tous ceux qui sont les aînés de leur famille, ce qui inclut l'enfant de trois ans par rapport à son frère de onze mois. Bref, on a changé de vocabulaire mais, hélas, de comportement aussi.

Les gens âgés ne sont plus des «vieux», ce qui nous donne sans doute une justification pour les abandonner à leur sort dans des hospices rebaptisés «résidences» — c'est moins brutal — où l'on se rend à reculons quand on a réussi à ne pas reculer au moment d'y aller. «Trop dur de voir tous ces éclopés de l'âge», disent certains. «Ça me prend deux jours à m'en remettre après une visite», avouent les âmes fragiles. «Je n'ai pas besoin de visiter souvent mon père (ou ma mère). Il a perdu la notion du temps», affirment les réalistes.

Quant au choix du foyer, il se fait en fonction avant tout de critères financiers. Il y a ceux qui paient, ceux qui ne veulent pas trop payer, ceux qui ne le peuvent tout simplement pas et les enfants qui ne veulent pas voir leur héritage englouti dans un foyer trop luxueux. L'argent devient ainsi le moyen le plus discriminatoire de départage des vieux. Or la justice immanente reprend ses droits, si l'on peut dire, parce que tout le monde meurt. Hélas, le discours social sur la dignité humaine, le respect de la personne, la protection de l'intimité est bafoué au quotidien dans nos mouroirs, où le personnel qualifié ou non qualifié, sous-payé, limité en nombre, vit lui-même dans des conditions déplorables devant lesquelles il est impuissant et devient vite épuisé. À la lumière de l'enquête de nos confrères de La Presse publiée cette semaine, quel est celui qui va jouer à l'innocent, au surpris ou au scandalisé?

Notre avenir

Nous connaissons la situation, car nous avons tous mis les pieds un jour dans un de ces foyers. Nous y avons entraîné parfois nos enfants et leurs réactions, un mélange de peur, d'accablement et d'impatience, nous portent à croire que notre avenir de vieux ne sera pas rose. C'est peu dire que les nouvelles générations n'ont pas été éduquées dans le culte de la famille, dont elles ont connu plutôt l'éclatement avec, pour conséquence, leur éloignement, voire leur séparation de la tranche maternelle ou paternelle.

La fréquentation des vieux dans les centres d'accueil ne peut aller qu'en diminuant. Si bien que la qualité générale non seulement des soins mais aussi du climat de ces foyers devrait être un objectif social, faute d'être un objectif personnel. Les docteurs clowns si chers à la ministre Marguerite Blais, qui les finance pour dérider les vieillards afin de leur faire oublier qu'ils n'ont accès qu'à un ou deux bains par semaine, ne suffisent pas pour humaniser ces centres. Au contraire, il y a quelque chose d'odieux à envoyer des amuseurs en compensation d'un manque de personnel qualifié et compétent. Les personnes âgées souriraient davantage si on les traitait selon le respect dû à leur âge et à leur contribution au Québec d'aujourd'hui.

Ce que l'on tait quand il s'agit de définir une politique juste concernant les personnes âgées, c'est qu'on n'a pas les moyens financiers de le faire. Avec le sous-financement chronique des soins de santé, des hôpitaux, des universités, des écoles, des infrastructures, que reste-t-il pour ceux qui représentent le passé et dont les compétences sont à la retraite? Brutalement dit, les vieux n'appartiennent pas à l'efficacité sociale et il n'y a pas de rentabilité politique à en faire une des priorités de l'État.

La vie moderne nous happe tous. Le temps qui nous est imparti pour la vie privée se réduit en peau de chagrin. L'esprit de sacrifice est fracassé sur le mur de l'épanouissement personnel, et certains commencent à rêver à une forme de jeunesse éternelle, la technologie médicale et la pharmacopée aidant. Pourquoi alors «investir» dans les vieux, ceux qui ne servent plus à rien et qui coûtent temps et argent?

La seule réponse est morale. C'est l'idée même que l'on se fait de l'Homme qui ici est en cause. Les vieux sont inutiles et, en cela, ils sont essentiels à notre humanisation personnelle et collective. Être attentif à eux, leur consacrer du temps, accepter de se priver financièrement selon ses moyens respectifs pour assurer leur mieux-être est une façon de combattre l'égoïsme ambiant, un moyen d'échapper à l'indifférence dans laquelle on se drape pour se protéger de la vie même.

L'indignité seule explique notre «ignorance» des conditions de vie de ceux qui nous ont précédés. La tendresse, l'empathie, l'altruisme et le respect générationnel sont des qualités en berne. Nos centres d'accueil pour personnes âgées dans les secteurs public et privé sont, hélas, tributaires de cet affaissement vertueux auquel n'échappent que des âmes bien nées spirituellement.

***

denbombardier@videotron.ca
 
 
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  • André Doré - Abonné
    23 mai 2009 01 h 57
    De l'aide!!! On déprime...!!!
    Je suis le treizième d'une famille de 17, et nous sommes encore 10 enfants vivants. Presque tous sont à la retraite. Si l'on ajoute les conjoints, les oncles et tantes qui restent et qui ont tous dans les 80-90 ans (une quizaine de plus), et, ayant un frère qui possède un foyer de personnes âgées autonomes, on peut compter sur une trentaine d'autres personnes, tous des "vieux" (Oups!... le mot!...) Ça fait pas mal de monde, au total. J'aimerais savoir s'il existe des subventions ou une aide quelconque pour notre famille qui aimerait bien engager un Clown à temps plein pour nous expliquer et nous vulgariser en langage d'enfants, les mensonges des politiciens, les comptes de dépenses exagérés, nous faire rire avec la diminution de nos placements de retraite, et, pour ceux qui ont un cancer ou une autre maladie terminale, le clown pourrait se travestir en Clown triste, quelques jours, à l'occasion, pour tenter réjouir et faire parler ceux qui n'ont pas compris les farces des autres jours... en sympathisant avec eux...

    Pour les bains on a pensé installer un petit "Human-Wash" automatique à jets et sans contact, sur tapis roulant, à la fin duquel on pourrait nous aperger d'une crème de corps recyclée pour ceux d'entre nous qui avons besoin d'un peu d'huile sur leur peau. Tapis plus rugueux, bien sûr, à la fin, pour éviter les glissades et les fractures de hanches... malgré que le Clown pourrait quand même nous expliquer, le cas échéant, qu'il vaut mieux en rire...

    Pour le personnel d'aide ou la nourriture, nos besoins sont vraiment minimes et il n'y a pas lieu de s'inquiéter, en autant que nous puissions repasser dans le "Human-Wash" à volonté pour les fois que nous sommes arrivés quelques secondes trop tard à la toilette...

    Mais pour le Clown, ça c'est vraiment une nécessité. Il doit vraiment venir nous faire rire car nous n'en pouvons plus... Avec tout ce qu'on entend et voit à la télé... on déprime parfois... Il nous faut un Clown, au plus vite... Quoi? Vous ne connaissez pas l'expression "services essentiels"?
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  • Georges Paquet - Abonné
    23 mai 2009 05 h 54
    Faire ce qu'il faut... oui, et aujourd'hui même.
    Ce n'est pas demain qu'il faut mener le bon combat, c'est maintenant. Pour cela, il faut être courageux et cohérent. On ne peut pas, en même temps, exiger plus d'argent et plus de personnel pour les vieux, pour les garderies et pour les hopitaux et organiser des démonstration contre l'augmentation des frais de scolarité, l'augmentation du prix de l'électricité, contre l'exportation de l'électricité, contre la construction de barrages hydroélectriques, contre l'exploitation des sources de matières premières, contre l'aménagement d'axes de transport convenables pour une grande ville. Il ne s'agît pas de tout laisser faire, mais de contribuer à une réflexion sensée sur les moyens de maintenir une société cohérente et viable pour les jeunes autant que pour les vieux.
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  • Marie Mance Vallée - Inscrite
    23 mai 2009 07 h 37
    La loi du retour...
    Et si les boomers devaient subir de la part de leur enfant, souvent unique, le sort qu'ils ont réservé à leurs parents depuis des décennies maintenant, ce ne serait que le juste retour des choses.

    Mais les boomers n'ont-ils pas droit à tout? N'ont-ils pas profité à outrance de la révolution tranquille? Du syndicalisme? Du progressisme? Ne sont-ils pas les champions de l'individualisme?

    Le sort des boomers n'est pas très enviable, à moins qu'ils ne trouvent une manière de contourner les difficultés qui les attendent. Ils seront sans doute au premier rang et feront des neuvaines de démarches auprès des gouvernements pour réclamer plus de services qu'ils feront payer aux générations qui suivent.

    Marie Mance Vallée
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  • Paul Caghassi - Inscrit
    23 mai 2009 11 h 18
    tout est a refaire
    Superbe article mais qui dépeint malheureusement une situation navrante.... une société est évalué par la maniere dont elle traite ses ainés....l'évacuation des valeurs fondamendales familiales , la primauté du moi d'abord, l'égoisme des babyboomers et finalement le materialisme a l'exces me pousse a dire que cette situation est irreversible et que tout le beaux discours ne serviront a rien...
    faut il laisser tomber la serviette pour autant ..NON il faut repartir a la base... en EDUQUANT( a L'école)en parler et precher par l'exemple... politiquement le gouvernement doit donner plus d'avantages financiers aux aidants naturels...car c'est par eux que la solution passe et passera....
    au fond c'est une affaire de gros Sous.. a voir les batailles de marketing que les résidences se font en sont la preuve.... d'ailleurs comme vous pouvez le voir ses batailles s'étendent jusqu'a dans la mort.. les annonceurs les plus actifs a la radio ainsi que les annonces sur tous les autobus de la ville sont les CIMETIERES!!!!
    Madame Bombardier ,SVP continez a en parler.....
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  • John Mokawi - Inscrit
    23 mai 2009 11 h 42
    de la bouche d'une boomer
    J'abonde avec Marie Mance Vallée: des propos pareils, sortant de la bouche d'une baby-boomer, ça n'a pas énormément de force...

    Mais vous êtes chanceux. Les générations qui vous suivent sont de plus en plus portés vers la famille. Même si les raisons structurelles (que ce brûlot de conscience évite soigneusement de mentionner) sont toujours présentes; même si les enfants ne seront plus capable pour encore longtemps de s'occuper de leurs vieux à temps plein, et qu'il faudra toujours les "placer" dans des établissements minables, les X et les Y auront moins tendance à se cacher que vous.

    Évidemment, s'il y en avait plus, des X et des Y, ça aiderait bien...
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  • Guy Laramee - Inscrit
    23 mai 2009 15 h 16
    Un jour...
    ...ce sera NOTRE tour, et nous récolterons alors ce que nous aurons semé: nos enfants auront certes la mentalité à laquelle nous les aurons exposés, soit de parquer les vieux et de les oublier.

    Les établissements et le sytème seront ceux que nous aurons mis en place, i-e désolants, froids et isolants.

    Et nous, nous pourrons continuer à faire ce que nous aurons toujours fait: blâmer quelqu'un d'autre.
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  • Normand Chaput - Abonné
    23 mai 2009 18 h 09
    les vieux
    nous avons tendance `voir les vieux comme étant toutes des personnes sages, bonnes et victimes de cette méchante société qui ne leur donne pas l'amour dont elles auraient supposément droit du seul fait de leur âge. Premièrement, si après plus de soixante-dix ans, ils n'ont pas prévu mieux dans leur plan de retraite, il y a peut-être lieu de se poser la question sur leur prévoyance. Deuxio, pourquoi, du seul fait d'être vieille, une personne gagnerait en dignité?
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  • Jacques Baril - Inscrit
    23 mai 2009 18 h 43
    C'est en naissant que je mourais...
    Quoi de neuf docteur (!)
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  • Fernande Trottier - Abonnée
    23 mai 2009 19 h 12
    Vieillesse..
    J'étais enfant et un oncle disait : un couple peut élever 10 enfants mais les 10 enfants ne prendront jamais soin de leurs parents.. comme ma grandmère vivait avec ma famille, décédée à
    94 ans, je ne croyais pas cela et pourtant la réalité m'a rattra-
    pée, je dois me rendre à l'évidence que c'est comme cela aujourd'hui et moi qui suis seule, j'espère pouvoir mourir dans mon appartement et surtout qu'un clown ne s'y présente pas car je sais qu'il ne me fera pas rire, je trouve scandaleuse que cette décision de Madame Blais, alors que les vrais besoins des vieillards sont urgents et ailleurs...comment en est-on venu à cela ??

    F. Trottier - Arthabaska
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  • Paul Lafrance - Inscrit
    24 mai 2009 11 h 18
    hôpitaux pour personnes âgées
    Mon épouse, elle-même âgée de 73 ans, a offert de jouer gratuitement du piano une fois par semaine à l'hôpital stué près de notre résidence. Or, il n'y a pas de piano dans les salles communes. Nous avons appris que la fondation de l'hôpital dispose de sommes d'argent assez imposantes mais qu'elle n'a pas les moyens d'acheter un piano. Je me demande ou va l'argent qu'on nous demande de donner à la fondation, si ce n'est pas dans le but de rendre aux patients(es) leurs dernières années moins déprimantes.
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  • Le Percheron - Inscrit
    24 mai 2009 12 h 49
    C'est pas partout pareil
    Bonjour Madame,
    Juste une petite note en passant. Peut être qu'il sagit plutôt de petites vieilles car je pense que les CSHLD sont remplis a 80-85% de madames. Pour les petits vieux, il faudrait plutôt aller voir ce qu'il se passe sur les bancs de parcs mais bon....
    Dans un petit village en quelque part loin de l'île de Pâque (Montréal) presqu'à tous les semaines, l'école du village envoye une gang de petits enfants au CSHLD. Ils installent les mémés en rond dans la salle. Les enfants sont au centre et bricolent sur des tables, chantent des cantines, gesticulent, braillent, etc.
    Tout le monde en ont pour leur compte. Les uns ont de nouvelles grand-mamans, les autres se souviennent, rient aux éclats, embrassent les petits etc....
    Et ca coûte rien.
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  • Michel Dufour - Inscrit
    24 mai 2009 23 h 15
    @ Normand Chaput
    Vous connaîssez l'arroseur arrosé? Vous serez vieux aussi un jour! Honte à vous!
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  • Hubert Gratton - Inscrit
    25 mai 2009 12 h 44
    Plus à espérer des amis . .
    Vous avez probablement raison de dire que « les nouvelles générations n'ont pas été éduquées dans le culte de la famille » et que « l'on se rend à reculons quand on a réussi à ne pas reculer au moment [d'aller à la résidence].

    Je crois moi aussi que « c'est peu dire » que pour les enfants, neveux et nièces et petits-enfants c'est «trop dur de voir tous ces éclopés de l'âge» --ce qui me porte à croire qu'en réalité il faut plutôt miser sur nos contemporains, c'est-à-dire nos amis.
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  • Léonard Sauvageau - Inscrit
    20 juillet 2009 11 h 14
    Aînesse sauvageau.léonard@videotron.ca
    Ma bonne dame, je crois que l'histoire n'est pas votre fort. Les vieux d'antan n'était sûrement pas mieux considérés et respectés hier qu'aujourd'hui. Pensez aux mots: hospice, et asile si utilisés jadis pour loger les vieillards qui étaient les vieux d'alors et vous verrez que les résidences des aînés d'aujourd'hui leur sont quand même supérieurs.
    Néanmoins ceci ne signifie pas que la question de l'exploitation des vieux réglée pour autan.
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