Cheveux gris demandés
Tournant le dos aux préjugés, des entreprises tablent sur l'expérience
Photo : Jacques Nadeau
Lyne Trudeau, une employée d’un magasin Rona de Montréal, fait partie de cette précieuse main-d’oeuvre expérimentée que le géant de la quincaillerie recherche afin de mettre sa clientèle en confiance.
Ottawa — Au Canada comme en France, à partir de 45 ans, les travailleurs sont désormais considérés comme des «demi-vieux» qui représentent un poids lourd plutôt qu'une valeur ajoutée dans leur milieu de travail. Certaines entreprises, comme Rona, le plus grand détaillant canadien de produits de quincaillerie, de rénovation et de jardinage, commencent toutefois à voir d'un autre oeil cette main-d'oeuvre plus âgée qu'elles cherchent à retenir, voire à recruter, en raison de ses multiples qualités pour l'entreprise et pour la clientèle.
«En France, l'âge est le premier facteur de discrimination dans l'emploi, bien avant le handicap, le genre et l'origine ethnique. Quelqu'un de 45 ans et plus a trois fois moins de chances que quelqu'un de 30 ans d'être convoqué à une audition [sic] pour obtenir un emploi. Les employeurs hésitent à former et à promouvoir les employés de 45 ans et plus. Or, comme on rentre tard sur le marché du travail, à 30 ans, la vie professionnelle est donc très courte», a fait remarquer la sociologue Anne-Marie Guillemard de l'Université Paris Descartes en France, lors d'un colloque qui avait lieu dans le cadre du congrès de l'Acfas, qui se déroule cette semaine à l'Université d'Ottawa.
Dans de nombreux secteurs, autant dans l'entreprise privée que dans la fonction publique au Québec, un travailleur est considéré comme dépassé à partir du moment où il s'approche de la cinquantaine, poursuit Martine Lagacé du département de communications de l'Université d'Ottawa. «On estime ses habiletés désuètes. On nourrit l'idée que les travailleurs âgés ne sont pas motivés, ne pensent qu'à la retraite, ne sont pas productifs, sont lents et sont handicapés au niveau technologique. Or, ces préjugés accroissent le risque que le travailleur finisse par intérioriser ces croyances. Beaucoup de travailleurs seniors prennent une retraite anticipée qui n'est pas entièrement volontaire, mais qui a été incitée par de tels préjugés à leur égard», dit-elle.
L'origine du problème réside en partie dans le discours public qu'on entretient envers le vieillissement en général, croit Mme Lagacé. La jeunesse est très valorisée alors qu'il est tabou de vieillir dans nos sociétés. «Pour garder les travailleurs vieillissants au travail, il faut d'abord changer les mentalités. Il faut contrecarrer l'âgisme, qui est la troisième forme d'hostilité et d'exclusion dans nos sociétés, après le racisme et le sexisme. Il faut miser sur l'expérience des travailleurs seniors. Il faut créer des équipes mixtes de travail dans lesquelles les jeunes donneront aux seniors et les seniors feront du mentorat, et ainsi se sentiront valorisés dans leur travail.»
Des exemples positifs
Certaines entreprises commencent toutefois à prendre conscience de l'intérêt de maintenir au travail leurs employés seniors. «Le secteur bancaire commence à renverser son processus de recrutement et à vouloir maintenir en place ses travailleurs seniors, car on a compris que les employés doivent refléter la clientèle», a souligné Mme Lagacé.
Le quincaillier Rona a pour sa part doublé le nombre de ses employés âgés de 50 ans et plus au cours des cinq dernières années. Alors que ceux-ci comptaient pour 8 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise en 2003, ils en constituaient 15 % en 2008.
«Les seniors font partie intégrante du plan stratégique de notre entreprise. Non seulement nous essayons de retenir nos employés seniors, mais nous avons aussi changé notre image de recrutement pour parler aux personnes plus âgées», a indiqué Éric Methot, directeur principal Personnes et culture chez Rona, avant de relater les résultats d'une étude réalisée à l'interne qui a révélé une nette préférence des clients pour les vendeurs plus âgés. «Devant deux vendeurs, un jeune et un aîné, neuf clients sur dix allaient consulter le vendeur le plus âgé, même s'ils ne savaient rien de sa formation et de son expérience», a-t-il raconté, tout en soulignant que les employés seniors permettent de fidéliser la clientèle. «Nous avons un employé qui depuis 30 ans sert les clients au comptoir de la peinture d'un de nos magasins. Quand il est absent, les clients demandent quand il sera de retour et reviennent plus tard.»
«Quand on va acheter du matériel pour rénover notre maison, on va plutôt faire confiance à une personne de 50-60 ans qui a déjà acheté une maison qu'à un jeune employé de 18-20 ans», a commenté Mme Lagacé.
«Rona ne pourra pas concurrencer les géants américains tels que Home Depot et Costco; c'est pourquoi nous misons sur le service aux clients. Vous ne venez pas chez Rona pour le prix uniquement, mais pour le service», a poursuivi M. Methot, avant de spécifier que les meilleurs employés de son organisation sont âgés de 50 ans et plus. Pour Rona, les travailleurs seniors ont de nombreuses qualités: ils possèdent un grand éventail d'expériences, ils respectent l'autorité, ils tirent une gratification de l'effort fourni et ils sont assidus au travail, a précisé le directeur.
Pour retenir ses travailleurs seniors, Rona propose une retraite progressive et des aménagements dans les horaires de travail. «Également, l'environnement de travail doit être chaleureux, dynamique, respectueux et démocratique. L'employé senior doit pouvoir échanger avec son superviseur et avoir une influence sur le processus décisionnel», a-t-il indiqué.
«Même si les employés seniors entraînent un coût plus élevé pour l'organisation en matière de cotisations au régime d'assurance pour les soins de santé, ils donnent une valeur ajoutée qui est largement supérieure aux coûts», a-t-il souligné.
«En France, l'âge est le premier facteur de discrimination dans l'emploi, bien avant le handicap, le genre et l'origine ethnique. Quelqu'un de 45 ans et plus a trois fois moins de chances que quelqu'un de 30 ans d'être convoqué à une audition [sic] pour obtenir un emploi. Les employeurs hésitent à former et à promouvoir les employés de 45 ans et plus. Or, comme on rentre tard sur le marché du travail, à 30 ans, la vie professionnelle est donc très courte», a fait remarquer la sociologue Anne-Marie Guillemard de l'Université Paris Descartes en France, lors d'un colloque qui avait lieu dans le cadre du congrès de l'Acfas, qui se déroule cette semaine à l'Université d'Ottawa.
Dans de nombreux secteurs, autant dans l'entreprise privée que dans la fonction publique au Québec, un travailleur est considéré comme dépassé à partir du moment où il s'approche de la cinquantaine, poursuit Martine Lagacé du département de communications de l'Université d'Ottawa. «On estime ses habiletés désuètes. On nourrit l'idée que les travailleurs âgés ne sont pas motivés, ne pensent qu'à la retraite, ne sont pas productifs, sont lents et sont handicapés au niveau technologique. Or, ces préjugés accroissent le risque que le travailleur finisse par intérioriser ces croyances. Beaucoup de travailleurs seniors prennent une retraite anticipée qui n'est pas entièrement volontaire, mais qui a été incitée par de tels préjugés à leur égard», dit-elle.
L'origine du problème réside en partie dans le discours public qu'on entretient envers le vieillissement en général, croit Mme Lagacé. La jeunesse est très valorisée alors qu'il est tabou de vieillir dans nos sociétés. «Pour garder les travailleurs vieillissants au travail, il faut d'abord changer les mentalités. Il faut contrecarrer l'âgisme, qui est la troisième forme d'hostilité et d'exclusion dans nos sociétés, après le racisme et le sexisme. Il faut miser sur l'expérience des travailleurs seniors. Il faut créer des équipes mixtes de travail dans lesquelles les jeunes donneront aux seniors et les seniors feront du mentorat, et ainsi se sentiront valorisés dans leur travail.»
Des exemples positifs
Certaines entreprises commencent toutefois à prendre conscience de l'intérêt de maintenir au travail leurs employés seniors. «Le secteur bancaire commence à renverser son processus de recrutement et à vouloir maintenir en place ses travailleurs seniors, car on a compris que les employés doivent refléter la clientèle», a souligné Mme Lagacé.
Le quincaillier Rona a pour sa part doublé le nombre de ses employés âgés de 50 ans et plus au cours des cinq dernières années. Alors que ceux-ci comptaient pour 8 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise en 2003, ils en constituaient 15 % en 2008.
«Les seniors font partie intégrante du plan stratégique de notre entreprise. Non seulement nous essayons de retenir nos employés seniors, mais nous avons aussi changé notre image de recrutement pour parler aux personnes plus âgées», a indiqué Éric Methot, directeur principal Personnes et culture chez Rona, avant de relater les résultats d'une étude réalisée à l'interne qui a révélé une nette préférence des clients pour les vendeurs plus âgés. «Devant deux vendeurs, un jeune et un aîné, neuf clients sur dix allaient consulter le vendeur le plus âgé, même s'ils ne savaient rien de sa formation et de son expérience», a-t-il raconté, tout en soulignant que les employés seniors permettent de fidéliser la clientèle. «Nous avons un employé qui depuis 30 ans sert les clients au comptoir de la peinture d'un de nos magasins. Quand il est absent, les clients demandent quand il sera de retour et reviennent plus tard.»
«Quand on va acheter du matériel pour rénover notre maison, on va plutôt faire confiance à une personne de 50-60 ans qui a déjà acheté une maison qu'à un jeune employé de 18-20 ans», a commenté Mme Lagacé.
«Rona ne pourra pas concurrencer les géants américains tels que Home Depot et Costco; c'est pourquoi nous misons sur le service aux clients. Vous ne venez pas chez Rona pour le prix uniquement, mais pour le service», a poursuivi M. Methot, avant de spécifier que les meilleurs employés de son organisation sont âgés de 50 ans et plus. Pour Rona, les travailleurs seniors ont de nombreuses qualités: ils possèdent un grand éventail d'expériences, ils respectent l'autorité, ils tirent une gratification de l'effort fourni et ils sont assidus au travail, a précisé le directeur.
Pour retenir ses travailleurs seniors, Rona propose une retraite progressive et des aménagements dans les horaires de travail. «Également, l'environnement de travail doit être chaleureux, dynamique, respectueux et démocratique. L'employé senior doit pouvoir échanger avec son superviseur et avoir une influence sur le processus décisionnel», a-t-il indiqué.
«Même si les employés seniors entraînent un coût plus élevé pour l'organisation en matière de cotisations au régime d'assurance pour les soins de santé, ils donnent une valeur ajoutée qui est largement supérieure aux coûts», a-t-il souligné.
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