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    Hausse des suicides dans l'armée canadienne

    La major Michelle Mendes se serait suicidée jeudi soir à Kandahar

    25 avril 2009 |Alec Castonguay | Actualités en société
    La mission en Afghanistan affecte la santé mentale des soldats. Les spécialistes ne sont donc pas étonnés de constater une hausse des suicides.
    Photo: Agence France-Presse (photo) La mission en Afghanistan affecte la santé mentale des soldats. Les spécialistes ne sont donc pas étonnés de constater une hausse des suicides.
    Ottawa — La major Michelle Mendes, 30 ans, a été retrouvée morte jeudi après-midi dans son baraquement militaire de la base de Kandahar, en Afghanistan. Une enquête a été ouverte pour déterminer la cause de son décès.

    Mais selon les informations obtenues par Le Devoir, les premières constatations de la police militaire font état d'un suicide qui aurait été commis avec son arme de service.

    La major Mendes, originaire de l'Ontario, était rattachée au quartier général de la mission canadienne à Kandahar. L'armée n'a pas précisé ses fonctions, mais il semble que Michelle Mendes était spécialisée en renseignement. Elle avait déjà été déployée à Kandahar en 2006.

    Michelle Mendes ne serait pas la première des Canadiens à s'enlever la vie en Afghanistan. Le 29 août 2007, le major Raymond Ruckpaul s'était tiré une balle dans la tête dans sa chambre du quartier général de l'OTAN, à Kaboul. La presque totalité des militaires qui s'enlèvent la vie ne le font toutefois pas sur le champ de bataille, mais à la maison.

    Si la thèse du suicide se confirme, la mort de la major Mendes viendra gonfler le nombre des suicides dans l'armée, qui connaissent une nouvelle hausse depuis trois ans. L'ampleur de l'augmentation n'est toutefois pas claire, les chiffres des Forces canadiennes et ceux d'un chercheur de l'Université Laval se contredisant.

    En février dernier, un document des Forces canadiennes soutenait que 7 soldats s'étaient enlevé la vie en 2006, 9 en 2007 et 13 en 2008. Ce dernier chiffre est le plus élevé depuis 1998. D'après l'armée, la moyenne depuis 15 ans est inférieure à dix suicides par année. La hausse serait donc légère.

    L'armée exclut toutefois de son calcul les militaires de la réserve, dont plusieurs centaines ont été déployés en Afghanistan depuis le début de la mission à Kandahar, en 2006. L'armée affirme que ces statistiques sont impossibles à obtenir. Environ 14 % des 2800 soldats canadiens à Kandahar sont des réservistes.

    Mais un chercheur de l'Université Laval, qui est également militaire de carrière, arrive à des chiffres différents. En utilisant des rapports de la police militaire obtenus grâce à la Loi d'accès à l'information, le major Michel Santori, qui fait un doctorat sur le suicide dans l'armée, conclut que le nombre de soldats à s'être enlevé la vie est plus élevé.

    En 2006, 20 soldats se seraient enlevé la vie, alors qu'en 2007, le nombre bondirait à 36 militaires. Selon ses recherches, entre 1994 et 2007, en moyenne 16 soldats par année se sont suicidés. Michel Sartori a dévoilé ses chiffres à la CBC l'an dernier. Il n'a pas été possible de le joindre hier.

    Des chiffres incomplets?

    Mais est-ce que ces chiffres sur le suicide dans l'armée sont complets, d'un côté comme de l'autre? Probablement pas, tranche le plus récent rapport de l'ombudsman des Forces canadiennes, Mary MacFadyen. En decembre, elle recommandait de créer une nouvelle base de données pour colliger les suicides et les tentatives de suicide chez les membres actuels et anciens des Forces canadiennes. «Si un suicide ou une tentative de suicide se déroule à l'extérieur d'un établissement militaire, l'incident fait l'objet d'une enquête civile et les Forces canadiennes ne sont pas toujours informés de la cause exacte du décès», peut-on lire.

    Une chose est certaine, la mission en Afghanistan affecte la santé mentale des soldats. Les spécialistes ne sont donc pas étonnés de constater une hausse.

    Des documents internes du ministère de la Défense obtenus par Le Devoir montrent que 4 % des soldats de retour de Kandahar éprouvent des tendances suicidaires, alors que 4,6 % ont des symptômes de dépression majeure. En tout, près de 15 % des soldats qui reviennent de Kandahar souffrent d'un problème de santé mentale. En nombre absolu, il s'agit de plus de 1200 soldats depuis 2006.

    Depuis quelques années, le traitement des problèmes de santé mentale est devenu une priorité pour l'armée, qui a ouvert plusieurs centres d'aide à travers la pays. «On reconnaît que les soldats ont besoin de soins. L'Afghanistan, ce n'est pas un Club Med», explique au Devoir la lieutenant-colonel Suzie Rodrigue, chef de la pratique du service social au sein des Forces canadiennes. «On a mis en place beaucoup de ressources depuis quelques années et on encourage les soldats à demander de l'aide. On fait aussi plus d'évaluations médicales, avant et après le déploiement.»

    Selon une toute nouvelle étude de l'Université du Manitoba, menée auprès de 8000 soldats encore actifs, ce n'est pas le fait de participer à un déploiement qui fait augmenter les risques de suicides, mais ce que le soldat vit lors de sa mission.

    Par exemple, voir des atrocités (meurtres, blessures graves, etc.) ferait doubler les risques de vouloir s'enlever la vie. Des risques qui quadruplent chez ceux qui ont tué ou blessé quelqu'un, conclut cette étude de la chercheuse Shay-Lee Belik, dévoilé en février dernier. À l'opposé, ceux qui ne sortent jamais de la base de Kandahar ont peu de chances de souffrir de tendances suicidaires.

    Une mission plus pénible

    La mission en Afghanistan est différente des précédents mandats des Forces canadiennes, soutient Gregory Passey, qui a été psychiatre dans l'armée avant de se lancer dans la pratique privée à Vancouver. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes des troubles psychologiques chez les soldats.

    «Le Rwanda et les premières années de la Yougoslavie étaient très intenses, mais la période d'exposition aux atrocités a été assez courte, dit-il depuis son bureau où nous l'avons joint. L'Afghanistan, c'est violent pendant une longue période de temps. On est là depuis plusieurs années, et certains en sont à leur deuxième ou troisième tour.»

    Cela impose un stress non seulement au soldat, mais aussi à la famille, ce qui peut aggraver les problèmes personnels des militaires. Par exemple, une rupture avec sa conjointe va miner le moral du soldat et ainsi contribuer à élever les risques de suicides. «C'est souvent une combinaison de facteurs, dit M. Passey. La mission a un lien parfois direct, en raison des atrocités, mais parfois un lien indirect. Chaque personne est un cas particulier.»

    L'étude de l'Université du Manitoba ajoute que le passé de chaque personne — notamment les traumatismes de la jeunesse — pèserait même plus lourd que la participation à des combats.

    Par exemple, si une personne a été battue par ses parents ou agressée sexuellement à l'adolescence, les risques de suicide augmentent rapidement. Les combats au front s'ajoutent alors aux traumatismes et cela devient parfois invivable.
     
     
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