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Toujours, le goût de l'avenir (1) - Pour en finir avec Les Années molles

Michel Venne - Directeur général de l'Institut du Nouveau Monde  7 avril 2009  Actualités en société
En avril 2004, Michel Venne annonçait en ces pages la création de l'Institut du Nouveau Monde (inm.qc.ca). Cinq ans plus tard, il se demande: où en est le Québec? Un rendez-vous, ici, tous les mardis d'avril. Voici le premier d'une série de quatre articles.

Comment qualifier les cinq dernières années? À mes yeux, ce sont Les Années molles. Années de piétinement sur les plans politique et social, de recul sur le plan économique et d'hésitation sur le plan culturel.

J'ai déjà écrit, et j'y crois, que le Québec est en marche. Cela peut paraître contradictoire avec ce que je viens d'énoncer. Ça ne l'est pas. Partout, dans toutes les régions et tous les secteurs, des Québécois inventifs, téméraires et persévérants produisent de la richesse, développent des territoires, créent des univers culturels, tissent des liens, transforment la vie en fête et sont les meilleurs dans leur domaine.

Notre société semble toutefois incapable de faire converger ces énergies individuelles pour porter plus loin l'ensemble de la collectivité.

Certains indicateurs ne mentent pas. Un peuple qui sait ce qu'il veut et qui se voit offrir ce qu'il souhaite, n'élit pas des gouvernements minoritaires. D'ailleurs, ce peuple vote. Or, le nôtre a perdu confiance dans un système politique qui l'ennuie et le déçoit, tous partis confondus.

***

Années molles? Ce sont des années au cours desquelles les pouvoirs publics ont semblé incapables de faire face à la musique et de livrer la marchandise ni de réguler ou de surveiller des pouvoirs privés qui en ont profité.

Incapables de construire un hôpital: la coûteuse saga du CHUM est une honte! Incapables de diplômer plus de 69 % de nos jeunes à l'âge de 20 ans. Incapables de donner accès à un médecin de famille à chaque citoyen. Incapables de garantir la sécurité des infrastructures routières. Incapables de garder le métro propre et de faire rouler les trains de banlieue à l'heure. Incapables d'éliminer la pauvreté et d'améliorer substantiellement notre bilan environnemental.

La gestion est molle. Le vérificateur général du Québec en fait la démonstration dans chacun de ses rapports. Et les gouvernants s'esquivent devant les chantiers qui demandent de grandes remises en question.

L'organisation et le financement du système de santé requièrent une nouvelle mobilisation, des transformations profondes dans la manière de livrer les services, de payer les médecins, de distribuer les tâches, d'agir en prévention. C'est à pas de tortue que l'on avance dans ce domaine. Tout le monde a peur de tout le monde. Les rapports de force décident des orientations. Les coûts du système de santé croissent de 1,5 milliard de dollars cette année. Et l'on s'interdit d'explorer de nouvelles façons de le financer.

Les réformes issues des fusions et des défusions ont créé un enchevêtrement de structures dans lequel Montréal s'embourbe. Le développement de nos régions gagnerait à une gestion décentralisée, responsable et souple selon les territoires, mais nous trébuchons dans les guerres de clocher et de pouvoir. L'agriculture québécoise est en crise. Les universités sont déficitaires. L'école publique perd toujours des plumes au profit de l'école privée. Notre capacité d'innovation sur le plan économique, social et technologique stagne.

Il y a longtemps qu'est apparue une invention québécoise qui révolutionne les pratiques. Nous avons pourtant une tradition à cet égard. L'aurions-nous perdue?

***

Je ne crois pas que nous ayons perdu notre capacité d'inventer. Mais je trouve peu d'exemples dans le paysage de leaders, et de relais médiatiques et intellectuels qui donnent le goût de nous porter plus loin, de sortir d'une époque ordinaire, molle.

À cette mollesse, certains opposent quelques coups de gueule, des opinions fracassantes parfois désobligeantes, le poing sur la table, la dictature éclairée, la morale, toutes recettes simplistes et ridicules qui ne mènent à aucune solution durable, car elles font fi de l'information rigoureuse, de la délibération ouverte et de la démocratie.

Pendant ce temps, des dogmes et des idéologies, des préjugés et des succédanés de réflexion d'avenir nous sont offerts et, provisoirement, triomphent dans l'espace public. Le progressisme légendaire du Québec n'est plus l'ombre de lui-même.

Le conservatisme a eu bonne presse ces dernières années. Quant à la gauche, elle ne sait pas comment se définir.

Un certain repli identitaire se fait jour. Une peur de l'étranger qui engendre de la discrimination. Confiants en notre petite nation, en ses forces et ses capacités, nous apprivoisions depuis 50 ans le nouveau caractère pluraliste de notre société, et avec raison. Avons-nous besoin d'une pause? Si c'est le cas, espérons qu'elle sera de courte durée. Car notre avenir repose dans notre capacité à agir avec confiance dans le monde et d'accueillir ici les bonnes volontés de toutes couleurs et de toutes origines.

L'affirmation collective de la nation québécoise a été, pendant des années, un moteur de notre développement. C'est avec circonspection que l'on aborde aujourd'hui le sujet.

***

Il est temps d'en finir avec Les Années molles. Il n'y a pas de recette miracle. Je proposerai dans les prochaines semaines quelques pistes de réflexion.

michel_venne@inm.qc.ca
 
 
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