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Entrevue avec le designer Helmer Joseph - Au fil de la création

7 mars 2009  Actualités en société
Helmer Joseph cumule 16 diplômes d’autant d’écoles de mode.
Photo : Jacques Grenier
Helmer Joseph cumule 16 diplômes d’autant d’écoles de mode.
Helmer, qui a défilé cette semaine dans le cadre de la Semaine de mode de Montréal, c'est Helmer Joseph, un styliste original qui possède une expérience de haute couture plutôt rare chez les designers de mode québécois. Conversation éclairante sur un parcours unique.

Le Devoir. On raconte que vous ne dormez pas avant un défilé. Pourquoi donc?

Helmer Joseph. Avant un défilé, je rentre chez moi une nuit sur deux et je ne dors pas les dernières 36 heures. À la dernière minute, au moment des essayages, on a envie de tout modifier: une longueur, un chapeau... C'est de la création, je ne vends pas des copies trois mois à l'avance. Le créateur travaille jusqu'à la dernière minute.

On a besoin de l'urgence? On doit souffrir?

Pas du tout: on fait de la mode. Un designer qui fait des vêtements devant être présentés à une équipe qui les vend pourra être prêt deux semaines à l'avance. Le créateur de mode, lui, prend toutes les responsabilités et, jusqu'au défilé, il intervient.

Je vous raconte. J'étais chez Dior. Lors des essayages, nous présentons une grande blouse à pois noirs sur fond blanc. Je travaillais avec un modéliste vietnamien extraordinaire. Le modèle passe en essayage et les gens disent qu'ils préféreraient des pois blancs sur fond noir: il fallait tout recommencer. Mon ami y avait mis deux semaines de travail. Il refait donc la blouse mais, finalement, chez Dior, on préfère la première. Ici, les designers de mode ne font pas assez de caprices, ils ne sont pas assez exigeants! La mode, ça se fait à la dernière minute, je suis désolé!

Et c'est comme cela dans toutes les grandes maisons?

C'est comme ça en création. À Paris, les défilés du lundi donnent le ton et, selon la réaction du public, tout le monde changera quelque chose à sa collection. Le Figaro du mardi annonce les longueurs et tout le monde coupera! Sinon, ils ne seront pas sélectionnés par les magazines et les magasins.

Pourquoi revenir à Montréal?

Je suis rentré pour des raisons familiales. Quand je suis revenu, je voulais m'éloigner de la mode, enseigner, faire des contrats, pas des collections, pas du prêt-à-porter. J'avais assez donné. Mais si je me suis éloigné de Paris, j'y ai toujours mon appartement et je prends des contrats dans les grandes maisons de couture.

Quel regard portez-vous sur le milieu de la mode montréalais?

Ce que je déplore à Montréal, c'est que les gens refusent de faire la différence entre la mode et le vêtement. Le vêtement est pour le quotidien, la mode, c'est de la recherche, de la création, on se défonce pour trouver des idées nouvelles. Le vêtement est une partie noble de la profession, c'est ce secteur qui rapporte de l'argent, mais les gens de l'industrie associent mode et vêtement. On ne comprend pas la différence et la mode n'est pas assez encouragée, encadrée: on ne comprend pas ça à Montréal.

Y a-t-il un marché pour le luxe à Montréal?

Oui et non. Les gens qui ont les moyens voyagent, ils peuvent se permettre la couture internationale. Pour les touristes qui viennent à Montréal, il n'y a pas d'unité. C'est une des seules grandes villes du monde où il n'y a pas un quartier où trouver les grands designers québécois. Il faut aussi une unité de style pour qu'on puisse dire «la mode montréalaise» ou «québécoise»: c'est la recette qu'ont employée les Japonais pour s'imposer, ainsi que les Anglais et maintenant les Belges. On peut dire d'un vêtement qu'il est italien avant de savoir que c'est Valentino.

Vous ne craignez pas de dire, vous, que vous faites de la haute couture.

«Haute couture», ça ne se dit quasiment plus. Maintenant, on dit «Couture», avec un C majuscule qui s'entend. La Couture comme l'ont faite Claude Montana ou Thierry Mugler, ou Gaultier qui est présenté dans les défilés... Il y a de la création, de l'audace, de la provocation, il faut connaître ces techniques mais pas forcément les utiliser.

Quel est votre rapport avec l'artisanat?

C'est vital. Au total, j'ai fait 16 écoles de mode et j'ai 16 diplômes; deux écoles de broderie, une de chapeau, d'art textile, de sérigraphie, de maquillage... Je suis un touche-à-tout. C'est pour ça que je travaille beaucoup à Paris; je fais des recherches de détails pour les maisons de haute couture. Quand j'ai commencé, je n'avais pas dix ans. Puis j'ai eu la chance d'avoir une formation de tailleur pour hommes à l'ancienne en Haïti, ce qui m'a aidé à entrer en haute couture.

Quelles sont vos ambitions?

Je parlerais plutôt de défis. Ce rêve de mode est impossible à réaliser maintenant à Montréal. Un designer de mode a besoin d'un partenaire financier. C'est comme pour un mariage: j'ai le trousseau, mais pas le prince charmant. Je pourrais épouser les ambitions de quelqu'un et aller plus loin, mais moi, seul, je me contente de faire mon travail.

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