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Syndicalisme - Face à des défis de taille

« Les femmes continuent à gagner moins que les hommes »

Selon Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, les femmes éprouvent des difficultés particulières en rapport avec la crise économique, «notamment parce qu’elles occupent des emplois à statut précaire et parce que, très souvent, elles n’on
Selon Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, les femmes éprouvent des difficultés particulières en rapport avec la crise économique, «notamment parce qu’elles occupent des emplois à statut précaire et parce que, très souvent, elles n’on
Claudette Carbonneau dirige la Confédération des syndicats nationaux (CSN) depuis mai 2002. Elle a été réélue pour un troisième mandat à la barre du deuxième regroupement syndical en importance au Québec, en mai 2008. Placée au coeur de l'action, elle repère et cerne les enjeux actuels des femmes au travail dans la société québécoise.

Équité salariale et conciliation travail-famille viennent en tête de liste des préoccupations de Claudette Carbonneau, mais pas question de fermer les yeux sur la déplorable situation économique qui a cours et qui fragilise encore davantage les femmes sur le marché du travail: «On ne peut pas aujourd'hui parler des milieux de travail sans dire quelques mots au sujet de la crise économique et financière. C'est très présent et les manifestations les plus visibles existent dans le secteur manufacturier, là où beaucoup de femmes ont été malmenées, particulièrement dans l'industrie du vêtement.»

La situation s'aggrave: «La récession amène un frein sur le plan de la consommation, et d'autres milieux qui sont très féminins commencent à être affectés; je pense au commerce de détail, à la restauration et à l'hôtellerie, où il y a énormément de femmes, souvent à bas salaires, qui risquent de faire les frais de cette période difficile.»

Impossible de rester les bras croisés: «Il est évident qu'il faut mettre en place des plans de soutien et de relance de l'emploi, de même que d'autres mesures qui visent à favoriser une certaine protection sociale; je pense d'abord à l'amélioration de notre système d'assurance emploi, qui est devenu tout à fait archaïque à la suite des coupes que le fédéral a effectuées là-dedans au début des années 1990. Pour la première fois, on va vivre une crise très importante en présence d'un dispositif mal foutu.» Les femmes seront particulièrement affectées: «Il y a moins d'un travailleur sur deux se retrouvant en chômage qui peut avoir accès à l'assurance emploi. À cet égard, les femmes éprouvent des difficultés particulières, notamment parce qu'elles occupent des emplois à statut précaire et parce que, très souvent, elles n'ont pas le nombre d'heures requis pour recevoir quelque protection en cas de période de chômage. Voilà des questions brûlantes d'actualité.»

Encore et encore l'équité

Une fois cette mise au point apportée, Mme Carbonneau passe au dossier de l'équité salariale, qu'elle place en tête de liste: «On en a beaucoup parlé, mais la loi est en révision et elle demeure extrêmement importante pour les femmes québécoises. En même temps, on est obligé de constater qu'il y a environ la moitié des entreprises au Québec qui ont effectué le travail à accomplir sur cette question, contrairement à la croyance populaire.»

Elle exprime ses attentes dans l'état actuel de la situation: «J'espère que, à l'occasion de la révision de la loi, on n'en profitera pas pour en contester les fondements, bien au contraire. Éventuellement, on devra se montrer assez concret sur un certain nombre de moyens d'approche et sur la fixation de nouveaux délais. Bref, on devra apporter une nouvelle impulsion pour compléter le travail qui a été commencé, et cela demeure toujours un enjeu majeur en 2009, quand on voit que, après tant d'années de lutte, les femmes continuent à gagner moins que les hommes pour un travail de valeur équivalente. On a indéniablement fait des pas dans ce dossier, mais il en reste à faire.»

Des vies à harmoniser

Il s'est abattu beaucoup de boulot au Québec en matière de conciliation famille-travail: la preuve en est qu'existent aujourd'hui les services de garde et les congés parentaux. Pourtant, le bât blesse toujours quelque part, constate la présidente: «Mon Dieu qu'on a de la misère à faire quelque chose dans les milieux de travail. Comment au quotidien, sur une période de 20 ans, concilier travail et famille? Voilà qui est vrai pour les parents qui ont de plus jeunes enfants, mais une telle réalité peut être aussi compliquée quand on a des ados ou quand on est en présence de parents vieillissants.»

Il importe de trouver des solutions: «On doit réfléchir à des aménagements nouveaux autour du temps de travail et autour de mesures avantageuses pour les gens. Il s'est agi là d'une thématique majeure du dernier congrès de la CSN, sur laquelle nos syndicats se sont engagés à faire en sorte qu'on marque une différence au cours des trois prochaines années et que vienne le temps des réalisations.» À ce propos, elle cite en exemple les progrès obtenus récemment par les travailleurs de l'hôtellerie.

De plus, la centrale planche sur cette question: «On est en train de produire un guide qui servira à nos syndicats pour mener une enquête dans leur propre milieu, dans le but de bien recenser les besoins des salariés et de commencer à réfléchir à une série de mesures qui pourraient être proposées aux employeurs.» Elle ajoute: «Il faut avancer sur ce front. À l'heure où se profilent des pénuries de main-d'oeuvre, cette conciliation va être déterminante au cours des prochaines années. La réalité, c'est que les hommes comme les femmes sont au travail et qu'il faut trouver les moyens de leur faciliter la vie.»

Des statuts d'un autre temps

Claudette Carbonneau désigne un troisième enjeu d'importance pour les femmes au travail: «Je dirais que c'est une certaine lutte contre la discrimination sur les statuts d'emploi.» Elle développe sa pensée: «Les femmes sont très concentrées dans des statuts à temps partiel ou un peu atypiques. Elles travaillent dans des agences et elles sont considérées comme des travailleuses autonomes, alors que ce n'est pas toujours vrai. Voilà qui est la cause d'une grande disparité, pour ne pas dire d'une discrimination, dans les milieux de travail. Tout en pratiquant le même métier que d'autres personnes à temps plein, elles n'ont pas droit à des congés fériés, à des congés de maladie, à des protections d'assurance ou de retraite; dans certains cas, elles n'obtiennent pas le même salaire. C'est assez odieux et moyenâgeux comme situation, tout en étant monnaie courante au Québec.»

Il existe des solutions pour enrayer un tel traitement réservé aux femmes: «Il faut aller de l'avant, et il y a deux moyens de le faire: par la négociation là où il y a des syndicats»; dans d'autres cas, il importe qu'il y ait une mobilisation des femmes et des organisations qui les appuient pour défendre la cause de groupes comme les travailleuses domestiques ou les travailleuses en service de garde familiale.

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