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Questions d'image - Le dernier de classe

Au tableau des professions aimées ou admirées, mon métier joue les derniers de classe. Précédant de peu les avocats et les politiciens! C'est comme ça. Je compose donc avec cette réalité depuis des lustres, concédant que jamais le publicitaire ne possédera l'aura d'un pompier, d'un pilote de ligne ou d'un grand chirurgien. Un célèbre confrère français, Jacques Séguéla, réaliste devant ce fait, avait jadis connu passablement de succès avec un livre au titre-choc: Ne dites pas à ma mère que je suis en publicité, elle me croit pianiste dans un bordel... C'est tout dire.

Et les choses n'ont guère évolué.

Il y a pire. Même si, autrefois, les publicitaires n'étaient guère portés aux nues, on appréciait toutefois leur créativité. Il fut même une époque pas si lointaine où les gens grouillaient et faisaient la queue devant le cinéma Outremont et le Cartier à Québec pour aller voir la crème de la crème, les gagnants du palmarès des messages publicitaires à Cannes, car il existe depuis plus de soixante ans, un autre festival de Cannes, celui du film publicitaire. Époque révolue puisque désormais, on peut voir les pubs sur YouTube dès leurs premières heures de mise en ondes — quand ce n'est pas la veille, comme ce fut le cas lors du dernier Super Bowl.

En soixante ans, la publicité a tellement envahi notre quotidien qu'elle a bien fini par récolter ce qu'elle avait semé. Ainsi, devant «l'écoeurantite » bien compréhensible qu'elle a provoquée, la voici désormais placée sous haute surveillance. N'ayant pas su faire preuve de retenue dans sa surexposition quotidienne — tous médias confondus —, elle est aujourd'hui plus tolérée que véritablement appréciée. Et je connais bien des gens pour qui, désormais, elle représente un fléau, une sale bibitte à combattre et à proscrire des ondes et des écrans, des pages de journaux ou de magazines, des écrans d'ordinateur, etc. Ainsi, au fil des temps, on assiste à son repli quand ce n'est pas à sa disparition pure et simple des chaînes publiques, de radio comme de télévision. Du reste, un récent rapport statistique publié dans le magazine professionnel Infopresse fait état de cette même érosion au niveau des chaînes généralistes privées. Le phénomène, sans être planétaire, est occidental. Faut-il s'en réjouir? Surtout pas.

La publicité a certes commis bien des erreurs. La première aura été de ne pas avoir su traiter sa visibilité avec modération. La seconde est sans doute de s'être prise trop au sérieux en donnant aux produits de consommation une place qu'ils n'occupent pas dans notre quotidien. Comme disait un de mes amis: «on ne se lève pas en pensant le matin à la marque de yogourt qu'on va manger dans la journée». La publicité délaisse trop souvent son aspect divertimento en préférant montrer son visage racoleur et ses instincts commerciaux, guidée en cela par l'omniprésence d'un marketing pur et dur. Pas étonnant, dans ce cas, que de plus en plus de marques, proposent alors à leurs consommateurs sur la Toile de créer et de réaliser eux-mêmes leur propre message publicitaire. Un épiphénomène créatif pour l'instant, mais une indication claire de ce qu'il adviendra si l'industrie du marketing et de la publicité ne se réforme pas plus profondément.

Une grande partie de l'activité publicitaire se passe sur Internet. Et du reste, les investissements publicitaires sur le Web représentent déjà plus de 20 % des investissements totaux. Cordonnière mal chaussée, voici donc la publicité réduite à claudiquer à essayer de protéger la consommation en général, sa propre industrie et les autres industries qu'elle fait vivre. Des centaines de milliers d'emplois au Canada. Alors, de grâce, ne crions plus «haro sur le baudet». Si je peux comprendre que personne ne pleure devant la baisse des revenus publicitaires des grands médias publics ou privés, il faut cependant s'en inquiéter. Telle une limace, la publicité n'attire plus plus les regards. Pourtant, elle joue un rôle utile, voire fondamental, dans les rouages de notre économie, surtout en ces temps difficiles. Sans elle, les médias souffriraient bien plus qu'ils ne souffrent. Les grands événements culturels et sportifs, tels le Festival de jazz ou le festival Juste pour rire (pour ne citer que ceux-là), n'existeraient plus. La production télévisuelle et cinématographique n'occuperait pas au Québec la place qu'elle occupe. Les quotidiens et les magazines d'information ne seraient certainement plus ce qu'ils sont. Cette semaine, Radio-Canada vient d'annoncer qu'en raison de la baisse des revenus publicitaires, elle ne renouvellerait pas la production de deux émissions certes populaires, mais hélas trop coûteuses.

Et croyez-moi, ce n'est pas fini.

La publicité est certes un cancre. Son décrochage aurait un effet catastrophique sur le reste de la société.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
 
 
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  • Jean François Bissonnette - Inscrit
    16 février 2009 07 h 09
    L'art de se rendre indispensable
    Monsieur Stréliski prétend comprendre l'écoeurite aiguë que suscitent les pratiques du milieu publicitaire, et pourtant, il persiste et signe! "Sans nous, tout est foutu!" Nulle alternative à l'omniprésence de la pub n'est possible. Partout, en tout temps, jusque dans les chiottes, et par tous les moyens, on traquera votre attention, pour imprimer, à votre corps défendant, au fond de votre conscience, le désir d'acheter.
    Non, monsieur Stréliski, il n'y a guère de métier plus nuisible que le vôtre, qui, à force de chercher à capter l'attention et à susciter le désir, finit par détruire l'une et l'autre.
    En attendant le jour béni où la volonté de lutter contre cette pollution de l'esprit se fera politique, il existe au moins un moyen de s'épargner un peu de harcèlement publicitaire, dont peuvent jouir les utilisateurs de Firefox: l'application Adblock Plus. À installer sans modération.
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  • Michel Samson - Abonné
    16 février 2009 08 h 02
    La publicité est certes un cancre...
    Il y manque un h à ce cancre. Le raisonnement de M. Stréliski sur l'utilité de la publicité est un peu comme celui que l'on pourrait tenir sur l'importance de la maladie. N'est-elle pas le motif par excellence pour justifier l'existence des hôpitaux, des médecins et des médicaments ? Nous sommes dans le registre des syllogismes en barbara : une table a quatre pattes, une vache a quatre pattes, donc une table est une vache...
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  • Marc Gendron - Abonné
    16 février 2009 09 h 21
    Tout faire pour ne pas la voir
    J'écoute la musique sur les nombreux choix de Galaxie, sans pub, la radio de SRC, aussi sans pub, j'enregistre mes émissions de télé, pour zapper la pub, je me débarrasse sans appel de la pub sur le Net ou je vais voir ailleurs.

    C'est devenu une règle: fuir ces niaiseries répétées ad nauseam, véritable pollution des médias. J'accepterais volontiers de payer ce qu'il faut pour une chaîne télé qui ignorerait la pub.

    C'est devenu une véritable plaie. On a déjà bien assez de supporter les fadaises des politiciens fabriqués pas les mêmes personnages.
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  • Guy Bergeron - Inscrit
    16 février 2009 09 h 38
    Au royaume des aveugles...
    Dans la partie mea culpa de son subtil plaidoyer , M. Strélisky oublie de mentionner la corruption de notre langue par les mauvaises traductions du jargon publicitaire anglo-saxon. Un exemple: « La nouvelle et améliorée Shitaki de Panda (mauvaise traduction littérale de « The new and improved Shitaki from Panda »), qui devrait se lire comme suit : « La nouvelle Shitaki améliorée de Panda ». Ce bombardement télévisuel d'aliénation culturelle renforce le rôle (anti-)pédagogique que joue parfois la télé. Pour paraphraser une autre pub du passé, ces gens enseignent à leurs enfants tout ce qu'ils savent sur la langue française.
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  • André Goyette - Abonné
    16 février 2009 10 h 17
    Il faut appeler un chat un chat.
    Le principe même de la publicité est de convaincre ...à tout prix. De manipuler. Même et surtout en politique:on peut voir que toute apparition de J. Charest sent le Parizella à plein nez. Il n'est donc pas question de "redorer" mais d'éliminer. Le coût de toute publicité est dans le prix du produit : moins de publicité = produit moins cher. La publicité est un mal non nécessaire, qu'il faut éviter. Je ne parle pas d'une information honnête, ce qui est la très très grande exception. Donc votre plaidoyer de ce jour ne tient pas la route. Merci.
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  • André Loiseau - Abonné
    16 février 2009 11 h 18
    La dictature publicitaire
    Un décrochage publicitaire bien planifié serait nécessaire. de bas en haut, en prenant soin de conserver l'aide aux grands événements (avec un aperçu sur l'aspect billetterie populaire de la chose). La publicité est devenue dictatoriale et monstrueuse. Elle est un gigantesque facteur d'abrutissement collectif qui met un accent exagéré sur l'importance de la consommation à outrance ou même de la consommation tout court. Tout nous est imposé, à partir des répétions à nous rendre fou jusqu'à l'augmentation systématique du volume. Sans mentionner le contrôle qu'elle a effectué sur la zapette qui lui permet d'imposer sa futilité à tous les canaux, à chaque pause (qui ne devient plus que source d'accablements). C'est une insatiable et sournoise pieuvre. J'en suis venu à m'acheter un disque dur d'enregistrenment pour éviter (en les sautant)ces encombrants envahisseurs, cette pollution sociétale, cette industrie de la fausseté et du mensonge au carré.
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  • Michel Simard - Abonné
    16 février 2009 18 h 07
    La pub, non merci
    Je partage les avis des différents commentateurs ici, qui vont tous dans le sens d'une aversion pour la publicité omniprésente et néfaste. Je trouve que c'est une bien curieuse conception de l'économie comme telle que de dire que l'absence de pub va retirer les événements culturels. C'est comme l'autre qui disait qu'il ne faudrait pas arrêter la pub sur la cigarette parce que ça met en danger le festival international du crabe de Saint-Pouet-Pouet.

    Les publicitaires devraient se rendre compte que les gens sont tannés de l'omniprésence de l'aguichage publicitaire sous toutes sortes de formes, de médias, sans que le "consommateur" ne demande toute cette publicité, parce que la publicité réduit les individus humains sociaux citoyens à des "consommateurs" et à des "segments de marché", parce que la publicité fait toujours appel aux facettes les plus primaires de la personne humaine (lire humour de bas étage et sensations fortes) et rarement à son intelligence, à son jugement et à sa dignité humaine, parce que la publicité nous transmet somme toute très peu d'informations pertinentes et factuelles sur les produits et services qui nous sont offerts et que ces informations sont souvent partielles et trompeuses, parce que la publicité pullule toujours dans les sphères de facilité de surconsommation où le "consommateur" en a peu pour son argent.

    En quoi est-ce une bonne chose que l'industrie automobile nous assome de publicité pour nous vendre ses chars qui ne répondent pas aux réels besoins des consommateurs et que cela représente jusqu'à un tiers des coûts de cette industrie ? Ne serait-il pas mieux de fabriquer des voitures répondant à de vrais besoins et de nous informer de ses réels attributs et avantages, de manière factuelle. De la pub drabe vous me direz. Peut-être est-ce ce que l'on cherche. Je préférerais de beaucoup produit amélioré et prix réduit que surcoût de publicité pour m'inciter à acheter n'importe quoi.

    En attendant, je m'abstiens d'être en contact avec les chaînes de télévision, les chaînes de radio, les journaux, les revues et les sites web où la publicité est reine. Au bout de quelques minutes de cette agression de la pub, je change de chaîne ou je ferme le journal, d'autant plus que le contenu véritable est très souvent très mince.

    Ce qui est décevant, c'est que lorsqu'il y a un bon film ou un bon article dans ces médias, on doit s'en priver parce que les annonces sont insupportables ou qu'on ne voit même pas l'article, tellement il est caché dans toute cette pub. Par ailleurs, quand on veut vraiment acheter quelque chose dont on a besoin, la recherche d'informations pertinentes pour comparer la concurrence est très laborieuse, puisque 99% des communications des marques sont faites de vide. Mais sans doute sommes-nous dans le 99e percentile des consommateurs plutôt imperméables à toute cette pub, les "entreprises" espérant vendre au "consommateur" médian, que les publicitaires confondent avec un véritable enfant de 5 ans d'âge mental, comme ils ont dû apprendre dans leurs cours de marketing.
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