Canada - La lutte pour la survivance
L'immigration québécoise garantit la présence du français au Canada
Que ce soit en Afrique, en Europe ou en Amérique, près de 170 millions de personnes sont francophones à travers le monde. Selon le dernier recensement, le territoire du Canada en compterait plus de sept millions, soit le quart de la population canadienne. Les provinces de Québec, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, à elles seules, renferment 97 % de ces francophones. Le reste se trouve réparti sur l'immensité du territoire. Pour cette population éparpillée, conserver une pratique vivante de la langue française est un combat de tous les jours. Portrait de la francophonie canadienne.
Le français est la langue étrangère la plus enseignée dans le monde, après l'anglais. Trente pays en ont fait une langue officielle et 15,2 % de la population mondiale est apte à communiquer dans cette langue. Même le Comité international olympique utilise équitablement le français et l'anglais. Le poids culturel et démographique de la langue de Molière est énorme. Néanmoins, plusieurs dangers la menacent et la pratique du français au Canada est maintenant en péril.
Selon la directrice générale de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, Iseut Friolet, s'il est vrai que l'«on entend de plus en plus de personnes parler en français et que la proportion de gens s'exprimant dans cette langue augmente en nombre réel, le pourcentage de la population francophone demeure relativement stable». Environ 55 000 personnes sont francophones en Colombie-Britannique, soit 1,7 % de la population. Pour sa part, le secrétaire d'État à la Francophonie, à l'Amérique latine et à l'Afrique, Denis Paradis, croit que «le français reprend une certaine vigueur. À Vancouver, c'est même devenu une mode d'apprendre le français».
Si le nombre d'individus apprenant le français comme deuxième langue tend à augmenter, la proportion de personnes qui se disent francophones régresse. Il existe évidemment une différence énorme entre être capable de parler français et vivre quotidiennement dans cette langue. En Saskatchewan, seulement 1,9 % de la population se dit francophone. «Ici, la communauté francophone est faible et répartie sur un vaste territoire. Donc, pour nous, les politiques gouvernementales et les concepts nationaux de protection de la langue ne s'appliquent même pas», affirme le directeur général de l'Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Desgagné.
L'exode des francophones: un mythe?
Il n'est pas rare d'entendre que les provinces canadiennes se vident de leur population de francophones. Est-ce un mythe ou une réalité? «C'est une combinaison des deux, croit le secrétaire d'État à la Francophonie, à l'Amérique latine et à l'Afrique. Avec la baisse du taux de natalité de notre société, une portion importante de notre augmentation de population vient de l'immigration. En ouvrant davantage nos portes aux immigrants francophones, cela nous permet au moins de maintenir la présente situation.»
Pour Iseut Friolet, la mobilité des francophones entre les provinces ne fait pas de doute: «Près de la moitié des francophones qui demeurent en Colombie-Britannique viennent du Québec. Cette émigration québécoise constitue le plus gros du mouvement des francophones au Canada.»
Lui-même émigré québécois établi en Saskatchewan depuis plusieurs années, Denis Desgagnés croit que cet exode contribue grandement à l'assimilation des francophones. «Les jeunes qui terminent leurs études ici partent pour aller en Ontario et en Alberta. Ils délaissent également les régions rurales pour aller s'établir dans les centres urbains», majoritairement anglophones.
Les facteurs de l'assimilation
Selon les données du ministère des Relations internationales du Québec (MRI), le taux d'assimilation linguistique de la population francophone canadienne hors Québec est passé de 27 % en 1971 à 36 % en 1996. Plusieurs facteurs contribuent à cette augmentation.
Outre la baisse du taux de natalité et l'immigration massive, qui provoquent une transformation rapide de notre société, la mondialisation des échanges entraîne un nivellement de la langue. L'anglais devenant la langue la plus répandue à travers le globe, l'usage du français à la maison et au travail est remis en cause; il est attirant pour les minorités linguistiques francophones réparties à la grandeur de l'immense territoire canadien de délaisser le français pour vivre dans cette autre langue qui les envahit.
Selon le MRI, la métropole québécoise est aussi menacée de connaître un déclin de sa majorité francophone dans le futur. L'étalement urbain qui entraîne les francophones en périphérie de l'île de Montréal augmente la fragilité de sa situation linguistique. Dans un rapport sur la situation du français dans la région montréalaise, commandé par le MRI, les auteurs en sont venus à la conclusion que «d'ici 20 à 40 ans, les francophones seront minoritaires dans l'île de Montréal si rien n'est fait pour modifier les tendances présentement observables». La situation s'avère assez grave, car Montréal constitue le coeur économique du Québec, la seule province majoritairement francophone du pays. Et comme le confiait le secrétaire d'État à la Francophonie, «on n'aurait pas un pays bilingue si ce n'était du Québec».
Beaucoup de chemin accompli
Bien que ces menaces pour les communautés francophones canadiennes soient préoccupantes, certains signes demeurent encourageants dans les provinces où le français reste une langue minoritaire. «Si l'on part de la génération qui a connu le Ku Klux Klan, au sein de laquelle on avait le réflexe de parler français uniquement au foyer et de se fondre dans la masse anglophone une fois en dehors, on a fait énormément de progrès. Au niveau politique, notre minorité francophone a de plus en plus une oreille pour l'écouter», relate Denis Desgagné.
Même constat pour Iseut Friolet: «Notre situation s'améliore, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, dit-elle. Notre prochaine bataille consiste à rétablir les services pour les francophones dans le réseau de la santé, où il n'y a presque pas de services qui sont offerts en français.» Elle affirme cependant que, même si l'actuel gouvernement fédéral n'a pas encore rétabli les coupures effectuées dans l'aide aux communautés francophones du pays, il a néanmoins fait un effort, avec l'article 41, pour obliger les ministères à se préoccuper des minorités linguistiques.
Dans son discours du Trône du 30 septembre dernier, le premier ministre canadien reconnaissait que «la dualité linguistique est au coeur de notre identité collective». Il annonçait vouloir mettre l'accent sur l'enseignement des langues minoritaires. Il promettait également d'«appuyer le développement des communautés minoritaires d'expressions française et anglaise et de rendre plus accessibles les services dans leur langue dans des domaines tels que la santé».
«La dynamique francophone est importante au Parlement, affirme Denis Paradis, qui confie avoir été surpris du nombre de ministres francophones provenant de l'extérieur du Québec. J'aime mieux parler de fierté que de me plaindre de la situation. Il faut trouver des moyens pour mettre en évidence notre particularité française. Vous savez, 44 États américains ont des regroupements de francophones, certains atteignent même plus de 1000 membres! C'est remarquable.»
Malgré tout, vivre en français à l'extérieur du Québec n'est pas toujours facile. «C'est une revendication constante, dit Denis Desgagnés. Personnellement, j'ai été épaté du combat que les gens de la Saskatchewan mènent depuis si longtemps pour conserver leur particularité française. C'est facile de l'oublier quand on vit constamment dedans, mais ici, c'est tellement fragile que c'est devenu un réel élément de fierté. Moi, c'est ici que j'ai découvert ma francophonie.»
Le français est la langue étrangère la plus enseignée dans le monde, après l'anglais. Trente pays en ont fait une langue officielle et 15,2 % de la population mondiale est apte à communiquer dans cette langue. Même le Comité international olympique utilise équitablement le français et l'anglais. Le poids culturel et démographique de la langue de Molière est énorme. Néanmoins, plusieurs dangers la menacent et la pratique du français au Canada est maintenant en péril.
Selon la directrice générale de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, Iseut Friolet, s'il est vrai que l'«on entend de plus en plus de personnes parler en français et que la proportion de gens s'exprimant dans cette langue augmente en nombre réel, le pourcentage de la population francophone demeure relativement stable». Environ 55 000 personnes sont francophones en Colombie-Britannique, soit 1,7 % de la population. Pour sa part, le secrétaire d'État à la Francophonie, à l'Amérique latine et à l'Afrique, Denis Paradis, croit que «le français reprend une certaine vigueur. À Vancouver, c'est même devenu une mode d'apprendre le français».
Si le nombre d'individus apprenant le français comme deuxième langue tend à augmenter, la proportion de personnes qui se disent francophones régresse. Il existe évidemment une différence énorme entre être capable de parler français et vivre quotidiennement dans cette langue. En Saskatchewan, seulement 1,9 % de la population se dit francophone. «Ici, la communauté francophone est faible et répartie sur un vaste territoire. Donc, pour nous, les politiques gouvernementales et les concepts nationaux de protection de la langue ne s'appliquent même pas», affirme le directeur général de l'Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Desgagné.
L'exode des francophones: un mythe?
Il n'est pas rare d'entendre que les provinces canadiennes se vident de leur population de francophones. Est-ce un mythe ou une réalité? «C'est une combinaison des deux, croit le secrétaire d'État à la Francophonie, à l'Amérique latine et à l'Afrique. Avec la baisse du taux de natalité de notre société, une portion importante de notre augmentation de population vient de l'immigration. En ouvrant davantage nos portes aux immigrants francophones, cela nous permet au moins de maintenir la présente situation.»
Pour Iseut Friolet, la mobilité des francophones entre les provinces ne fait pas de doute: «Près de la moitié des francophones qui demeurent en Colombie-Britannique viennent du Québec. Cette émigration québécoise constitue le plus gros du mouvement des francophones au Canada.»
Lui-même émigré québécois établi en Saskatchewan depuis plusieurs années, Denis Desgagnés croit que cet exode contribue grandement à l'assimilation des francophones. «Les jeunes qui terminent leurs études ici partent pour aller en Ontario et en Alberta. Ils délaissent également les régions rurales pour aller s'établir dans les centres urbains», majoritairement anglophones.
Les facteurs de l'assimilation
Selon les données du ministère des Relations internationales du Québec (MRI), le taux d'assimilation linguistique de la population francophone canadienne hors Québec est passé de 27 % en 1971 à 36 % en 1996. Plusieurs facteurs contribuent à cette augmentation.
Outre la baisse du taux de natalité et l'immigration massive, qui provoquent une transformation rapide de notre société, la mondialisation des échanges entraîne un nivellement de la langue. L'anglais devenant la langue la plus répandue à travers le globe, l'usage du français à la maison et au travail est remis en cause; il est attirant pour les minorités linguistiques francophones réparties à la grandeur de l'immense territoire canadien de délaisser le français pour vivre dans cette autre langue qui les envahit.
Selon le MRI, la métropole québécoise est aussi menacée de connaître un déclin de sa majorité francophone dans le futur. L'étalement urbain qui entraîne les francophones en périphérie de l'île de Montréal augmente la fragilité de sa situation linguistique. Dans un rapport sur la situation du français dans la région montréalaise, commandé par le MRI, les auteurs en sont venus à la conclusion que «d'ici 20 à 40 ans, les francophones seront minoritaires dans l'île de Montréal si rien n'est fait pour modifier les tendances présentement observables». La situation s'avère assez grave, car Montréal constitue le coeur économique du Québec, la seule province majoritairement francophone du pays. Et comme le confiait le secrétaire d'État à la Francophonie, «on n'aurait pas un pays bilingue si ce n'était du Québec».
Beaucoup de chemin accompli
Bien que ces menaces pour les communautés francophones canadiennes soient préoccupantes, certains signes demeurent encourageants dans les provinces où le français reste une langue minoritaire. «Si l'on part de la génération qui a connu le Ku Klux Klan, au sein de laquelle on avait le réflexe de parler français uniquement au foyer et de se fondre dans la masse anglophone une fois en dehors, on a fait énormément de progrès. Au niveau politique, notre minorité francophone a de plus en plus une oreille pour l'écouter», relate Denis Desgagné.
Même constat pour Iseut Friolet: «Notre situation s'améliore, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, dit-elle. Notre prochaine bataille consiste à rétablir les services pour les francophones dans le réseau de la santé, où il n'y a presque pas de services qui sont offerts en français.» Elle affirme cependant que, même si l'actuel gouvernement fédéral n'a pas encore rétabli les coupures effectuées dans l'aide aux communautés francophones du pays, il a néanmoins fait un effort, avec l'article 41, pour obliger les ministères à se préoccuper des minorités linguistiques.
Dans son discours du Trône du 30 septembre dernier, le premier ministre canadien reconnaissait que «la dualité linguistique est au coeur de notre identité collective». Il annonçait vouloir mettre l'accent sur l'enseignement des langues minoritaires. Il promettait également d'«appuyer le développement des communautés minoritaires d'expressions française et anglaise et de rendre plus accessibles les services dans leur langue dans des domaines tels que la santé».
«La dynamique francophone est importante au Parlement, affirme Denis Paradis, qui confie avoir été surpris du nombre de ministres francophones provenant de l'extérieur du Québec. J'aime mieux parler de fierté que de me plaindre de la situation. Il faut trouver des moyens pour mettre en évidence notre particularité française. Vous savez, 44 États américains ont des regroupements de francophones, certains atteignent même plus de 1000 membres! C'est remarquable.»
Malgré tout, vivre en français à l'extérieur du Québec n'est pas toujours facile. «C'est une revendication constante, dit Denis Desgagnés. Personnellement, j'ai été épaté du combat que les gens de la Saskatchewan mènent depuis si longtemps pour conserver leur particularité française. C'est facile de l'oublier quand on vit constamment dedans, mais ici, c'est tellement fragile que c'est devenu un réel élément de fierté. Moi, c'est ici que j'ai découvert ma francophonie.»
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