Toujours plus de bébés au Québec
Photo : Jacques Nadeau
Le nombre de naissances a augmenté pour une cinquième année de suite au Québec, mais on ne peut pas encore parler d’un véritable baby-boom.
Sans parler de baby-boom, le Québec poursuit sur sa lancée... et fait de plus en plus de bébés. Le nombre de naissances a augmenté pour une cinquième année consécutive en 2007 et les données préliminaires pour 2008 s’annoncent tout aussi prometteuses, révèle le plus récent Bilan démographique produit par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Quelque 84 200 petits Québécois ont vu le jour en 2007, contre 82 100 l’année précédente, soit une hausse de 3 %.
«C’est une augmentation intéressante. Mais on est tellement dans un ordre de grandeur différent. Environ 2 000 bébés de plus que l’année d’avant, ça peut paraître dans les unités d’obstétriques et ça va paraître plus tard dans les garderies, mais en 1959, il y avait eu 144 000 naissances», tempère Chantal Girard, démographe à l’ISQ. L’indice synthétique de fécondité est de 1,65 enfant par femme, contre 1,62 en 2006, et pour la première fois depuis 1959, il supplante celui du Canada. N’empêche, on est encore bien loin du seuil de renouvellement des naissances de 2,1 enfants par femme.
Mais alors, comment expliquer la prolifération des poupons? Difficile à dire, mais cette fois les femmes immigrantes — qui ont généralement un taux de fécondité plus élevé — ne sont pas responsables des allers-retours plus fréquents de la cigogne.
Chantal Girard parle plutôt d’un «momentum», un effet de «timing» qui fait en sorte qu’en 2007, les Québécoises de plus de 30 ans étaient plus nombreuses à avoir des enfants, de même que celles dans la vingtaine, mais dans une proportion beaucoup moindre. Ainsi, entre 2000 et 2007, la fécondité a connu une hausse de 30 % chez les femmes de 30 à 34 ans et de 60 % en moyenne chez celles de 35 et 44 ans. «C’est comme si les femmes dans la trentaine avaient maintenant choisi de faire des enfants, plutôt que dans la vingtaine. La situation de l’emploi est peut-être meilleure, il y a différents facteurs qui peuvent expliquer ça», a-t-elle soutenu.
Somme toute légère, l’augmentation des naissances chez les femmes dans la vingtaine constitue une bonne nouvelle puisque la tendance était à la baisse durant la décennie 1990 et au début des années 2000. L’équation est simplette: plus on commence tôt à fonder une famille, plus grandes sont les chances que celle-ci soit nombreuse. «Mais la grande question demeure: “Est-ce que ces filles-là qui sont dans la vingtaine vont continuer d’avoir des enfant dans la trentaine ou si elles vont arrêter plus tôt d’en avoir?”», s’est interrogée Chantal Girard.
Autre bonne nouvelle pour la fécondité, la proportion de Québécoises qui n’ont pas d’enfants a diminué à 19 % alors qu’il fut un temps pas si lointain où près d’une femme sur quatre (25 %) n’allait jamais devenir maman.
Population et espérance de vie
À force de répéter que le taux de fécondité du Québec est l’un des plus bas dans le monde, certains pourraient croire que la population décroît dans la province. Or, c’est faux. Elle croît, affirme Chantal Girard. À pas de tortue, certes, mais elle croît. Elle a même augmenté de 59 300 personnes en 2007, contre 53 000 en 2006, soit l’augmentation absolue la plus importante depuis 1990. En juillet 2008, les Québécois étaient 7,75 millions.
«La population du Québec ne diminue pas. Elle vieillit, augmente moins vite qu’à une certaine époque et moins vite que ses voisins, mais elle augmente», insiste la démographe de l’ISQ.
Le solde migratoire international un peu plus élevé a certes donné un coup de pouce. N’empêche, le Québec perd au change dans ses échanges avec le Canada. Le bilan de l’accroissement de la population demeure négatif avec le reste du Canada, et la Belle Province perd des habitants au profit de l’Ontario, mais surtout de l’Alberta.
Dans la course à la longévité, les hommes, qui vivent en moyenne jusqu’à 78,3 ans, tendent à rattraper l’écart qui s’était creusé entre eux et les femmes, même si celles-ci vivent toujours plus longtemps (jusqu’à 83,2 ans en moyenne). L’espérance de vie a ainsi augmenté de 2 ans chez les messieurs, contre 1,3 an chez les dames. Pour expliquer ce phénomène, les facteurs de santé y sont pour beaucoup, croit Barthélémy Kuate-Defo, démographe à l’Université de Montréal. «Il semble que des modifications du style de vie, la consommation de cigarettes et d’alcool soient des facteurs qui jouent beaucoup sur la durée de vie», avance ce spécialiste des questions de la santé des populations. «Étant donné les efforts de la santé publique, les hommes québécois semblent beaucoup plus conscients des effets bénéfiques d’une bonne nutrition et d’un mode de vie sain», ajoute-t-il en mentionnant qu’il ne faudrait pas se limiter à ces seuls facteurs. La diminution de la mortalité par des maladies de l’appareil circulatoire (AVC, hypertension, infarctus) chez les hommes pourraient également servir d’explication. Les hommes auraient-ils enfin décidé de prendre soin d’eux?
Moins de mariages gais
Grand baromètre social s’il en est un, le mariage fait aussi partie des phénomènes observés par les démographes. N’étant permis que depuis mars 2004, les mariages entre conjoints de même sexe n’ont pas un long historique statistique. N’empêche, on y remarque que pour la première fois en 2007, ils ont connu une baisse significative alors que seulement 470 couple ont convolé en justes noces, contre 621 en 2006. Un essoufflement normal, constate la démographe, puisque ceux qui voulaient se marier depuis longtemps l’ont fait tout juste après que la législation l’eut permis.
Quant aux mariages de couples hétérogènes, ils ont stagné à 22 000 pour la troisième année consécutive. Cette tendance devrait se maintenir en 2008. Selon les calculs sophistiqués des démographes, la «propension au mariage» afficherait un taux très bas. Ainsi, en extrapolant les données de 2007 sur le long terme, 28 % des hommes se marieraient au moins une fois avant leur 50e anniversaire, contre 31% des femmes. Fait intéressant, dans 35 % des cas, au moins un des deux époux n’en est pas à sa première union. Les temps ont changé et les divorces sont légion. «Mais au moins, on fait encore des bébés», a conclu la démographe de l’ISQ.
«C’est une augmentation intéressante. Mais on est tellement dans un ordre de grandeur différent. Environ 2 000 bébés de plus que l’année d’avant, ça peut paraître dans les unités d’obstétriques et ça va paraître plus tard dans les garderies, mais en 1959, il y avait eu 144 000 naissances», tempère Chantal Girard, démographe à l’ISQ. L’indice synthétique de fécondité est de 1,65 enfant par femme, contre 1,62 en 2006, et pour la première fois depuis 1959, il supplante celui du Canada. N’empêche, on est encore bien loin du seuil de renouvellement des naissances de 2,1 enfants par femme.
Mais alors, comment expliquer la prolifération des poupons? Difficile à dire, mais cette fois les femmes immigrantes — qui ont généralement un taux de fécondité plus élevé — ne sont pas responsables des allers-retours plus fréquents de la cigogne.
Chantal Girard parle plutôt d’un «momentum», un effet de «timing» qui fait en sorte qu’en 2007, les Québécoises de plus de 30 ans étaient plus nombreuses à avoir des enfants, de même que celles dans la vingtaine, mais dans une proportion beaucoup moindre. Ainsi, entre 2000 et 2007, la fécondité a connu une hausse de 30 % chez les femmes de 30 à 34 ans et de 60 % en moyenne chez celles de 35 et 44 ans. «C’est comme si les femmes dans la trentaine avaient maintenant choisi de faire des enfants, plutôt que dans la vingtaine. La situation de l’emploi est peut-être meilleure, il y a différents facteurs qui peuvent expliquer ça», a-t-elle soutenu.
Somme toute légère, l’augmentation des naissances chez les femmes dans la vingtaine constitue une bonne nouvelle puisque la tendance était à la baisse durant la décennie 1990 et au début des années 2000. L’équation est simplette: plus on commence tôt à fonder une famille, plus grandes sont les chances que celle-ci soit nombreuse. «Mais la grande question demeure: “Est-ce que ces filles-là qui sont dans la vingtaine vont continuer d’avoir des enfant dans la trentaine ou si elles vont arrêter plus tôt d’en avoir?”», s’est interrogée Chantal Girard.
Autre bonne nouvelle pour la fécondité, la proportion de Québécoises qui n’ont pas d’enfants a diminué à 19 % alors qu’il fut un temps pas si lointain où près d’une femme sur quatre (25 %) n’allait jamais devenir maman.
Population et espérance de vie
À force de répéter que le taux de fécondité du Québec est l’un des plus bas dans le monde, certains pourraient croire que la population décroît dans la province. Or, c’est faux. Elle croît, affirme Chantal Girard. À pas de tortue, certes, mais elle croît. Elle a même augmenté de 59 300 personnes en 2007, contre 53 000 en 2006, soit l’augmentation absolue la plus importante depuis 1990. En juillet 2008, les Québécois étaient 7,75 millions.
«La population du Québec ne diminue pas. Elle vieillit, augmente moins vite qu’à une certaine époque et moins vite que ses voisins, mais elle augmente», insiste la démographe de l’ISQ.
Le solde migratoire international un peu plus élevé a certes donné un coup de pouce. N’empêche, le Québec perd au change dans ses échanges avec le Canada. Le bilan de l’accroissement de la population demeure négatif avec le reste du Canada, et la Belle Province perd des habitants au profit de l’Ontario, mais surtout de l’Alberta.
Dans la course à la longévité, les hommes, qui vivent en moyenne jusqu’à 78,3 ans, tendent à rattraper l’écart qui s’était creusé entre eux et les femmes, même si celles-ci vivent toujours plus longtemps (jusqu’à 83,2 ans en moyenne). L’espérance de vie a ainsi augmenté de 2 ans chez les messieurs, contre 1,3 an chez les dames. Pour expliquer ce phénomène, les facteurs de santé y sont pour beaucoup, croit Barthélémy Kuate-Defo, démographe à l’Université de Montréal. «Il semble que des modifications du style de vie, la consommation de cigarettes et d’alcool soient des facteurs qui jouent beaucoup sur la durée de vie», avance ce spécialiste des questions de la santé des populations. «Étant donné les efforts de la santé publique, les hommes québécois semblent beaucoup plus conscients des effets bénéfiques d’une bonne nutrition et d’un mode de vie sain», ajoute-t-il en mentionnant qu’il ne faudrait pas se limiter à ces seuls facteurs. La diminution de la mortalité par des maladies de l’appareil circulatoire (AVC, hypertension, infarctus) chez les hommes pourraient également servir d’explication. Les hommes auraient-ils enfin décidé de prendre soin d’eux?
Moins de mariages gais
Grand baromètre social s’il en est un, le mariage fait aussi partie des phénomènes observés par les démographes. N’étant permis que depuis mars 2004, les mariages entre conjoints de même sexe n’ont pas un long historique statistique. N’empêche, on y remarque que pour la première fois en 2007, ils ont connu une baisse significative alors que seulement 470 couple ont convolé en justes noces, contre 621 en 2006. Un essoufflement normal, constate la démographe, puisque ceux qui voulaient se marier depuis longtemps l’ont fait tout juste après que la législation l’eut permis.
Quant aux mariages de couples hétérogènes, ils ont stagné à 22 000 pour la troisième année consécutive. Cette tendance devrait se maintenir en 2008. Selon les calculs sophistiqués des démographes, la «propension au mariage» afficherait un taux très bas. Ainsi, en extrapolant les données de 2007 sur le long terme, 28 % des hommes se marieraient au moins une fois avant leur 50e anniversaire, contre 31% des femmes. Fait intéressant, dans 35 % des cas, au moins un des deux époux n’en est pas à sa première union. Les temps ont changé et les divorces sont légion. «Mais au moins, on fait encore des bébés», a conclu la démographe de l’ISQ.
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