L'Europe prend la tête de la bataille du climat
Les États-Unis saluent le leadership européen alors que le Canada est élu «Fossile de l'année»
Photo : Agence France-Presse
Alors que le Canada obtenait à Poznan le prix Fossile de la 14e conférence internationale sur les changements climatiques pour son obstruction dans les principaux dossiers en négociation, les États-Unis, dans un geste rare, saluaient le «leadership» de l'Europe, qui a réussi hier matin à conclure un accord politique sur la répartition du fardeau de réduction de ses émissions d'ici 2020, devançant ainsi la communauté internationale d'au moins un an.
John Kerry, le président de la Commission des affaires étrangères au Sénat étasunien, qui représentait à Poznan le président Obama, a déclaré que l'accord conclu hier matin à Bruxelles était un «exemple fantastique» pour la communauté internationale, laquelle semblait plutôt avancer sur la pointe des pieds hier matin dans ses dossiers techniques et financiers.
«Je le pense vraiment, a déclaré John Kerry, c'est un exemple fantastique. L'Union européenne nous dit aujourd'hui: oui, nous pouvons le faire et voici comment. C'est une véritable démonstration de leadership qui aura un impact sur Poznan et sur Copenhague» l'an prochain.
Effectivement, c'est la conclusion de l'accord de Bruxelles par les 27 qui aura réveillé le ballet diplomatique feutré de Poznan hier. Pour l'ancien vice-président Al Gore, qui s'adressait à la plénière, cette percée sans équivalent ouvre la voie à un accord international l'an prochain à Copenhague. L'accord politique conclu par les Européens, résumait-il en une phrase désormais célèbre, prouve que «oui, on peut le faire», le désormais célèbre «Yes, we can!» du président Obama le soir de son élection.
À Bali, l'an dernier, les 192 signataires de la Convention sur les changements climatiques de Rio et les 183 signataires du protocole de Kyoto convenaient de négocier un accord d'ici la fin de 2009 pour réduire les émissions anthropiques de 25 à 40 % d'ici 2020 à titre de relève au protocole de Kyoto, lequel prend fin en 2012. Cet objectif a été maintenu hier à Poznan malgré les tentatives du Canada, de la Russie et du Japon de l'effacer de l'ardoise politique.
L'Europe, de son côté, s'est donné comme objectif au début de l'été de réduire de 20 % ses émissions de GES d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990; de réserver 20 % de son bilan énergétique aux énergies renouvelables et de réduire sa consommation d'énergie de 20 % d'ici là. Restait à partager cet effort entre les 27, ce qui a soulevé au cours des dernières semaines d'importantes résistances de la part de l'Allemagne, de l'Italie et de la Pologne, ainsi qu'hier matin de la Hongrie. Ces pays craignaient que la crise économique ne fragilise leurs industries de façon irréversible si le fardeau de réduction de GES qu'on leur impose s'avérait trop grand.
Ce fardeau proviendra principalement de la vente des permis d'émissions de GES, gratuits durant la période de réductions actuelle mais qui cesseraient de l'être dès 2013. Pour ce qui est des trois pays réticents, leurs industriels ne seront pas obligés d'acheter tous leurs permis en 2013 et cette obligation s'accroîtra progressivement jusqu'en 2020. De plus, cet accroissement cessera, ou sera réduit, si leurs concurrents internationaux du Japon et des États-Unis n'assument pas un fardeau similaire au leur.
Quant aux centrales thermiques de la Pologne, qui produisent plus de 95 % de l'électricité du pays avec du charbon, elles ne paieront pas leurs permis d'émissions en 2013 mais devront le faire en 2019 pour la totalité.
Ces concessions, négociées par le président Sarkozy, ont été qualifiées de trop généreuses par les grands groupes environnementaux d'Europe, qui ont qualifié «d'échec» la conférence de Bruxelles.
Mais le président Sarkozy, très satisfait, déclarait plutôt à l'issue de cette conférence qu'«il n'y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes».
Pour le grand patron du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et responsable des traités sur le climat, Yvo de Boer, «l'entente intervenue en Europe envoie un message clair aux négociateurs de Poznan que les difficultés rencontrées sur notre chemin, parfois chaotique, peuvent être surmontées et résolues. C'est le signe de la volonté et du courage que peuvent afficher les pays développés, un signe qu'attendait à Poznan le reste du monde. Il démontre aussi au monde entier que des réductions ambitieuses peuvent être accomplies d'ici 2020 en même temps qu'une reconstruction axée sur une économie plus verte».
Des accords importants
Plusieurs accords importants mais d'allure plus technique ont par ailleurs été conclus à Poznan. Ainsi, un nouveau fonds destiné à aider les pays plus pauvres à s'adapter aux changements climatiques a été mis sur pied. Il sera doté de 300 millions par année. Les pays en développement ne voulaient pas qu'il soit intégré au Fonds environnemental global (GEF), jugé trop contraignant et dominé par les Occidentaux. Ils avaient obtenu, au moment de mettre sous presse hier soir, un accès plus direct à ce financement, jugé impératif pour des pays susceptibles d'être noyés en raison du relèvement des mers, comme Tuvalu.
Toutefois, le mode de financement de ce nouveau fonds était encore en négociation passé minuit. Les négociateurs planchaient sur la création d'une sorte de taxe Tobin ou redevance de 2 % sur toutes les transactions enregistrées dans les Bourses de carbone de la planète, ce qui engendrerait un système de financement à l'abri des humeurs changeantes des gouvernements. Il s'agirait de la première taxe internationale, un précédent dont plusieurs mesuraient l'ampleur avec gravité.
L'Europe va pour sa part expérimenter un autre mode de financement susceptible d'être imité, car les milliards obtenus par la vente des permis d'émission de GES vont lui permettre d'aider ses pays moins riches à atteindre leurs objectifs, et une partie de cet argent servira d'aide aux pays en développement.
Pour un observateur de longue date du dossier des changements climatiques comme Steven Guilbeault, d'Équiterre, avec les accords sur les forêts et celui qui semblait devoir être conclu sur le fonds consacré à l'adaptation, la communauté internationale est passée, depuis Kyoto en 1997 à Poznan en 2008, «de la maternelle à l'université».
«Pour parvenir à un accord solide post-2012, dit-il, il faut trois choses: que les 36 pays occidentaux de l'Annexe 1 de Kyoto s'entendent sur de nouveaux objectifs, ce que l'entente de Bruxelles prépare clairement; il faut aussi que les pays en développement puissent compter sur une aide constante et substantielle, ce que l'entente en vue, ce soir ou dans les prochains mois, sur le nouveau fonds d'adaptation permet; et troisièmement, il faut que les pays émergents participent sérieusement à l'effort général. On peut dire qu'avec le "momentum" de Poznan, deux de ces trois voies sont bien ouvertes, ce qui augure bien pour la prochaine année malgré l'énormité des enjeux encore sur la table.»
Le Canada s'enfonce
En remportant le douteux honneur du prix Fossile de la conférence de Poznan, le Canada s'est enfoncé davantage dans le rôle de l'empêcheur de tourner en rond malgré les pétitions de bonne volonté de son ministre de l'Environnement, Jim Prentice. Le Canada a notamment bloqué jeudi l'inclusion d'une mention des droits des nations autochtones dans le dossier sur la protection des forêts malgré un important consensus international.
La décision annoncée par le Mexique hier de plafonner ses émissions a fait davantage pâlir l'image du Canada, qui n'a rien de tel en chantier. Le Mexique, qui demande un coup de main financier pour atteindre cet objectif, devient ainsi le premier pays en développement à annoncer l'imposition éventuelle d'un plafond de réductions en chiffres absolus.
La ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, avait annoncé la veille que le Québec adhérait à l'International Carbon Action Partnership (ICAP), dont la Californie est l'un des membres fondateurs. Parlant hier devant la plénière de Poznan au nom de l'Alliance Climat, Mme Beauchamp a plaidé pour l'engagement de tous les ordres de gouvernement. La veille, elle déclarait que le Québec adhère à l'objectif de stabilisation du climat autour de deux centigrades, soit l'objectif avoué de l'Europe, qui pourrait toutefois s'avérer plus difficile à atteindre, selon l'ancien vice-président Al Gore. Ce dernier a soutenu à Poznan que de plus en plus de scientifiques affirment qu'il faut ramener les concentrations de CO2 de 386 ppm à 350 pour stabiliser la hausse du climat et non viser 450 ppm, comme l'ont soutenu les experts de l'ONU dans leur dernier rapport.
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Avec l'Agence France-Presse
John Kerry, le président de la Commission des affaires étrangères au Sénat étasunien, qui représentait à Poznan le président Obama, a déclaré que l'accord conclu hier matin à Bruxelles était un «exemple fantastique» pour la communauté internationale, laquelle semblait plutôt avancer sur la pointe des pieds hier matin dans ses dossiers techniques et financiers.
«Je le pense vraiment, a déclaré John Kerry, c'est un exemple fantastique. L'Union européenne nous dit aujourd'hui: oui, nous pouvons le faire et voici comment. C'est une véritable démonstration de leadership qui aura un impact sur Poznan et sur Copenhague» l'an prochain.
Effectivement, c'est la conclusion de l'accord de Bruxelles par les 27 qui aura réveillé le ballet diplomatique feutré de Poznan hier. Pour l'ancien vice-président Al Gore, qui s'adressait à la plénière, cette percée sans équivalent ouvre la voie à un accord international l'an prochain à Copenhague. L'accord politique conclu par les Européens, résumait-il en une phrase désormais célèbre, prouve que «oui, on peut le faire», le désormais célèbre «Yes, we can!» du président Obama le soir de son élection.
À Bali, l'an dernier, les 192 signataires de la Convention sur les changements climatiques de Rio et les 183 signataires du protocole de Kyoto convenaient de négocier un accord d'ici la fin de 2009 pour réduire les émissions anthropiques de 25 à 40 % d'ici 2020 à titre de relève au protocole de Kyoto, lequel prend fin en 2012. Cet objectif a été maintenu hier à Poznan malgré les tentatives du Canada, de la Russie et du Japon de l'effacer de l'ardoise politique.
L'Europe, de son côté, s'est donné comme objectif au début de l'été de réduire de 20 % ses émissions de GES d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990; de réserver 20 % de son bilan énergétique aux énergies renouvelables et de réduire sa consommation d'énergie de 20 % d'ici là. Restait à partager cet effort entre les 27, ce qui a soulevé au cours des dernières semaines d'importantes résistances de la part de l'Allemagne, de l'Italie et de la Pologne, ainsi qu'hier matin de la Hongrie. Ces pays craignaient que la crise économique ne fragilise leurs industries de façon irréversible si le fardeau de réduction de GES qu'on leur impose s'avérait trop grand.
Ce fardeau proviendra principalement de la vente des permis d'émissions de GES, gratuits durant la période de réductions actuelle mais qui cesseraient de l'être dès 2013. Pour ce qui est des trois pays réticents, leurs industriels ne seront pas obligés d'acheter tous leurs permis en 2013 et cette obligation s'accroîtra progressivement jusqu'en 2020. De plus, cet accroissement cessera, ou sera réduit, si leurs concurrents internationaux du Japon et des États-Unis n'assument pas un fardeau similaire au leur.
Quant aux centrales thermiques de la Pologne, qui produisent plus de 95 % de l'électricité du pays avec du charbon, elles ne paieront pas leurs permis d'émissions en 2013 mais devront le faire en 2019 pour la totalité.
Ces concessions, négociées par le président Sarkozy, ont été qualifiées de trop généreuses par les grands groupes environnementaux d'Europe, qui ont qualifié «d'échec» la conférence de Bruxelles.
Mais le président Sarkozy, très satisfait, déclarait plutôt à l'issue de cette conférence qu'«il n'y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes».
Pour le grand patron du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et responsable des traités sur le climat, Yvo de Boer, «l'entente intervenue en Europe envoie un message clair aux négociateurs de Poznan que les difficultés rencontrées sur notre chemin, parfois chaotique, peuvent être surmontées et résolues. C'est le signe de la volonté et du courage que peuvent afficher les pays développés, un signe qu'attendait à Poznan le reste du monde. Il démontre aussi au monde entier que des réductions ambitieuses peuvent être accomplies d'ici 2020 en même temps qu'une reconstruction axée sur une économie plus verte».
Des accords importants
Plusieurs accords importants mais d'allure plus technique ont par ailleurs été conclus à Poznan. Ainsi, un nouveau fonds destiné à aider les pays plus pauvres à s'adapter aux changements climatiques a été mis sur pied. Il sera doté de 300 millions par année. Les pays en développement ne voulaient pas qu'il soit intégré au Fonds environnemental global (GEF), jugé trop contraignant et dominé par les Occidentaux. Ils avaient obtenu, au moment de mettre sous presse hier soir, un accès plus direct à ce financement, jugé impératif pour des pays susceptibles d'être noyés en raison du relèvement des mers, comme Tuvalu.
Toutefois, le mode de financement de ce nouveau fonds était encore en négociation passé minuit. Les négociateurs planchaient sur la création d'une sorte de taxe Tobin ou redevance de 2 % sur toutes les transactions enregistrées dans les Bourses de carbone de la planète, ce qui engendrerait un système de financement à l'abri des humeurs changeantes des gouvernements. Il s'agirait de la première taxe internationale, un précédent dont plusieurs mesuraient l'ampleur avec gravité.
L'Europe va pour sa part expérimenter un autre mode de financement susceptible d'être imité, car les milliards obtenus par la vente des permis d'émission de GES vont lui permettre d'aider ses pays moins riches à atteindre leurs objectifs, et une partie de cet argent servira d'aide aux pays en développement.
Pour un observateur de longue date du dossier des changements climatiques comme Steven Guilbeault, d'Équiterre, avec les accords sur les forêts et celui qui semblait devoir être conclu sur le fonds consacré à l'adaptation, la communauté internationale est passée, depuis Kyoto en 1997 à Poznan en 2008, «de la maternelle à l'université».
«Pour parvenir à un accord solide post-2012, dit-il, il faut trois choses: que les 36 pays occidentaux de l'Annexe 1 de Kyoto s'entendent sur de nouveaux objectifs, ce que l'entente de Bruxelles prépare clairement; il faut aussi que les pays en développement puissent compter sur une aide constante et substantielle, ce que l'entente en vue, ce soir ou dans les prochains mois, sur le nouveau fonds d'adaptation permet; et troisièmement, il faut que les pays émergents participent sérieusement à l'effort général. On peut dire qu'avec le "momentum" de Poznan, deux de ces trois voies sont bien ouvertes, ce qui augure bien pour la prochaine année malgré l'énormité des enjeux encore sur la table.»
Le Canada s'enfonce
En remportant le douteux honneur du prix Fossile de la conférence de Poznan, le Canada s'est enfoncé davantage dans le rôle de l'empêcheur de tourner en rond malgré les pétitions de bonne volonté de son ministre de l'Environnement, Jim Prentice. Le Canada a notamment bloqué jeudi l'inclusion d'une mention des droits des nations autochtones dans le dossier sur la protection des forêts malgré un important consensus international.
La décision annoncée par le Mexique hier de plafonner ses émissions a fait davantage pâlir l'image du Canada, qui n'a rien de tel en chantier. Le Mexique, qui demande un coup de main financier pour atteindre cet objectif, devient ainsi le premier pays en développement à annoncer l'imposition éventuelle d'un plafond de réductions en chiffres absolus.
La ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, avait annoncé la veille que le Québec adhérait à l'International Carbon Action Partnership (ICAP), dont la Californie est l'un des membres fondateurs. Parlant hier devant la plénière de Poznan au nom de l'Alliance Climat, Mme Beauchamp a plaidé pour l'engagement de tous les ordres de gouvernement. La veille, elle déclarait que le Québec adhère à l'objectif de stabilisation du climat autour de deux centigrades, soit l'objectif avoué de l'Europe, qui pourrait toutefois s'avérer plus difficile à atteindre, selon l'ancien vice-président Al Gore. Ce dernier a soutenu à Poznan que de plus en plus de scientifiques affirment qu'il faut ramener les concentrations de CO2 de 386 ppm à 350 pour stabiliser la hausse du climat et non viser 450 ppm, comme l'ont soutenu les experts de l'ONU dans leur dernier rapport.
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Avec l'Agence France-Presse
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