Une entrevue avec Diane Lavallée - Trente ans d'actions sociales
«Qui peut se plaindre de vivre dans une société plus démocratique?»
Il y a 30 ans cette année, le Conseil du statut de la femme (CSF) voyait le jour. À coups de manifestations et d'images percutantes, les femmes revendiquaient alors la fin des stéréotypes et l'établissement de rapports égalitaires entre les hommes et les femmes. Un défi ambitieux, mais tout de même en partie relevé, au point que toute la société québécoise puisse aujourd'hui en bénéficier, selon la présidente du CSF, Diane Lavallée. Héritage de militantes et promesses de luttes à venir.
En trois décennies d'existence, les interventions du Conseil ont été multiples. Travail, partage des tâches ménagères, éducation, image sociale de la femme, accession au pouvoir... Rares sont en effet les thèmes qui n'ont pas été explorés par l'organisme, et ce, tant dans les sphères privées que publiques. «Nous avons sorti les femmes de la sphère privée à laquelle elles étaient confinées en revendiquant diverses choses, dont le droit de vivre dans une société plus humaine et égalitaire», explique la présidente.
Concrètement, la toute première intervention du CSF sera d'intervenir en faveur de la réforme des manuels scolaires. L'objectif avoué est alors de transformer l'image de la femme qui y est véhiculée. Terminées les sempiternelles illustrations de la ménagère, balai à la main, fichu sur la tête, arrimée à ses fourneaux coûte que coûte. «Pour faire changer les mentalités, nous devions nous attaquer à la perception sociale des femmes. Après les livres, nous avons dénoncé le sexisme dans la publicité en créant les prix Méritas et Déméritas. C'est dire combien nous partions de loin et pourtant il n'y a pas si longtemps de cela.»
Impacts sociaux
Le chemin parcouru au cours des 30 dernières années en matière de condition féminine est en effet majeur. Aujourd'hui majoritaires dans de nombreuses facultés universitaires, les femmes sont aussi de plus en plus nombreuses à accéder aux postes de direction et de pouvoir. Pour Diane Lavallée, il ne fait aucun doute que ces changements ont su profiter à toute la société québécoise. «Qui peut se plaindre de vivre dans une société plus démocratique parce que permettant des rapports plus égalitaires entre les hommes et les femmes? Le féminisme a même été rentable au plan monétaire. Grâce à l'accès des femmes au marché du travail, le développement économique des familles a été favorisé et, par conséquent, celui de toute la société. Si nous sommes aussi riches aujourd'hui, c'est donc en partie aux femmes et à leurs revendications que nous le devons.»
Tous ne partagent pas le même point de vue quant aux retombées du féminisme. Régulièrement au cours des dernières années, les militantes se sont fait accuser d'être responsables de l'actuelle débâcle masculine: taux de suicide en hausse, difficultés scolaires des garçons, etc. De faux débats, selon la présidente du CSF. «La seule chose par rapport à laquelle les groupes féministes peuvent plaider coupables, c'est d'avoir travaillé sans relâche à changer les choses et d'y être arrivés dans certains cas. Ce qui est vrai aussi, c'est qu'en permettant aux femmes de s'affirmer, l'action féministe a bouleversé les traditions. Il est possible que les changements qui en ont découlé déstabilisent certaines personnes. Toute transformation entraîne des périodes d'ajustement normales. Mais tout cela ne change rien au fait que les luttes menées devaient être faites.»
Poussant plus loin sa réflexion, Diane Lavallée affirme que les accusations lancées contre les groupes féministes sont de toute façon le fait d'une minorité d'individus puisque, insiste-t-elle, les gains obtenus étaient voulus par l'ensemble de la société. «Aucune des lois qui ont été votées pour permettre une plus grande égalité dans les rapports et la fin de la discrimination n'a pu être adoptée sans que des hommes ne l'endossent. Qu'on le veuille ou non, ils sont encore majoritaires au Parlement. Il fallait donc qu'ils soient d'accord avec ce que nous avons revendiqué pour lui donner forme de loi. On parle ici de choix sociaux et non pas de la préséance des intérêts d'un groupe sur un autre. Si elles n'avaient pas été portées par l'ensemble de la société, les revendications féministes n'auraient pas pu avoir les retombées que l'on connaît aujourd'hui.»
Continuer ensemble
La programmation préparée par le CSF pour son 30e anniversaire témoigne de cette vision des choses. Ainsi, mis à part le fait qu'il permettra aux femmes de venir parler entre elles de pouvoir, d'éducation, de famille, d'économie, d'emploi et plus largement d'avenir, le grand rassemblement de Montréal, prévu pour les 23 et 24 mai prochains, permettra aussi de souligner la contribution des hommes à la cause des femmes. Un concours grand public a même été lancé pour identifier, partout au Québec, des figures masculines ayant travaillé à l'avancement des femmes dans la sphère publique. «Nous voulons dire merci aux hommes qui nous ont soutenus, mais surtout les inviter à poursuivre la route avec nous», explique à ce sujet la présidente du CSF.
C'est que, malgré les gains obtenus, beaucoup reste encore à faire. «Les femmes sont aujourd'hui très nombreuses sur le marché du travail, mais il y a encore un écart de 25 % entre les salaires des hommes et des femmes, et ce, malgré une scolarité accrue. Elles demeurent aussi encore minoritaires dans les structures hiérarchiques et les postes de pouvoir.»
Qu'on se le tienne pour dit, donc: ce n'est pas demain la veille que le mouvement des femmes baissera les bras. «Nos filles sont nombreuses aujourd'hui à nous dire qu'elles ne sentent pas la discrimination. En fait, c'est généralement vrai jusqu'à 25 ans, ou jusqu'à ce qu'elles entrent sur le marché du travail. Il faut les sensibiliser. Parler de l'importance de s'affirmer, du droit à être travailleuse, femme et mère. C'est l'enjeu des prochaines années.»
En trois décennies d'existence, les interventions du Conseil ont été multiples. Travail, partage des tâches ménagères, éducation, image sociale de la femme, accession au pouvoir... Rares sont en effet les thèmes qui n'ont pas été explorés par l'organisme, et ce, tant dans les sphères privées que publiques. «Nous avons sorti les femmes de la sphère privée à laquelle elles étaient confinées en revendiquant diverses choses, dont le droit de vivre dans une société plus humaine et égalitaire», explique la présidente.
Concrètement, la toute première intervention du CSF sera d'intervenir en faveur de la réforme des manuels scolaires. L'objectif avoué est alors de transformer l'image de la femme qui y est véhiculée. Terminées les sempiternelles illustrations de la ménagère, balai à la main, fichu sur la tête, arrimée à ses fourneaux coûte que coûte. «Pour faire changer les mentalités, nous devions nous attaquer à la perception sociale des femmes. Après les livres, nous avons dénoncé le sexisme dans la publicité en créant les prix Méritas et Déméritas. C'est dire combien nous partions de loin et pourtant il n'y a pas si longtemps de cela.»
Impacts sociaux
Le chemin parcouru au cours des 30 dernières années en matière de condition féminine est en effet majeur. Aujourd'hui majoritaires dans de nombreuses facultés universitaires, les femmes sont aussi de plus en plus nombreuses à accéder aux postes de direction et de pouvoir. Pour Diane Lavallée, il ne fait aucun doute que ces changements ont su profiter à toute la société québécoise. «Qui peut se plaindre de vivre dans une société plus démocratique parce que permettant des rapports plus égalitaires entre les hommes et les femmes? Le féminisme a même été rentable au plan monétaire. Grâce à l'accès des femmes au marché du travail, le développement économique des familles a été favorisé et, par conséquent, celui de toute la société. Si nous sommes aussi riches aujourd'hui, c'est donc en partie aux femmes et à leurs revendications que nous le devons.»
Tous ne partagent pas le même point de vue quant aux retombées du féminisme. Régulièrement au cours des dernières années, les militantes se sont fait accuser d'être responsables de l'actuelle débâcle masculine: taux de suicide en hausse, difficultés scolaires des garçons, etc. De faux débats, selon la présidente du CSF. «La seule chose par rapport à laquelle les groupes féministes peuvent plaider coupables, c'est d'avoir travaillé sans relâche à changer les choses et d'y être arrivés dans certains cas. Ce qui est vrai aussi, c'est qu'en permettant aux femmes de s'affirmer, l'action féministe a bouleversé les traditions. Il est possible que les changements qui en ont découlé déstabilisent certaines personnes. Toute transformation entraîne des périodes d'ajustement normales. Mais tout cela ne change rien au fait que les luttes menées devaient être faites.»
Poussant plus loin sa réflexion, Diane Lavallée affirme que les accusations lancées contre les groupes féministes sont de toute façon le fait d'une minorité d'individus puisque, insiste-t-elle, les gains obtenus étaient voulus par l'ensemble de la société. «Aucune des lois qui ont été votées pour permettre une plus grande égalité dans les rapports et la fin de la discrimination n'a pu être adoptée sans que des hommes ne l'endossent. Qu'on le veuille ou non, ils sont encore majoritaires au Parlement. Il fallait donc qu'ils soient d'accord avec ce que nous avons revendiqué pour lui donner forme de loi. On parle ici de choix sociaux et non pas de la préséance des intérêts d'un groupe sur un autre. Si elles n'avaient pas été portées par l'ensemble de la société, les revendications féministes n'auraient pas pu avoir les retombées que l'on connaît aujourd'hui.»
Continuer ensemble
La programmation préparée par le CSF pour son 30e anniversaire témoigne de cette vision des choses. Ainsi, mis à part le fait qu'il permettra aux femmes de venir parler entre elles de pouvoir, d'éducation, de famille, d'économie, d'emploi et plus largement d'avenir, le grand rassemblement de Montréal, prévu pour les 23 et 24 mai prochains, permettra aussi de souligner la contribution des hommes à la cause des femmes. Un concours grand public a même été lancé pour identifier, partout au Québec, des figures masculines ayant travaillé à l'avancement des femmes dans la sphère publique. «Nous voulons dire merci aux hommes qui nous ont soutenus, mais surtout les inviter à poursuivre la route avec nous», explique à ce sujet la présidente du CSF.
C'est que, malgré les gains obtenus, beaucoup reste encore à faire. «Les femmes sont aujourd'hui très nombreuses sur le marché du travail, mais il y a encore un écart de 25 % entre les salaires des hommes et des femmes, et ce, malgré une scolarité accrue. Elles demeurent aussi encore minoritaires dans les structures hiérarchiques et les postes de pouvoir.»
Qu'on se le tienne pour dit, donc: ce n'est pas demain la veille que le mouvement des femmes baissera les bras. «Nos filles sont nombreuses aujourd'hui à nous dire qu'elles ne sentent pas la discrimination. En fait, c'est généralement vrai jusqu'à 25 ans, ou jusqu'à ce qu'elles entrent sur le marché du travail. Il faut les sensibiliser. Parler de l'importance de s'affirmer, du droit à être travailleuse, femme et mère. C'est l'enjeu des prochaines années.»
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