Tourisme et culture, le couple de l'heure
C'est désormais planétaire. Toutes les grandes villes du monde aspirent aujourd'hui à un rayonnement international. Certaines planchent sur leur richesse architecturale avec ses «starchitectes», d'autres sur de grandes icônes muséales ou quelque grandissime festival. Mais aucune d'entre elles ne peut passer outre au tourisme ni, par ricochet, à la culture, le couple de l'heure en matière de développement urbain.
Selon l'Organisation mondiale du tourisme, le tourisme culturel croît en moyenne de 15 % par année et 37 % de tous les voyages internationaux comportent une dimension culturelle. Et Montréal? Voyons voir. Dans un tel contexte, du reste exacerbé par la globalisation, la métropole québécoise doit se positionner. Urgent.
C'est à des réflexions de ce genre que se sont livrés quelque 200 participants à un colloque la semaine dernière, sous le thème «Culture et tourisme au coeur de l'identité urbaine», organisé par Tourisme Montréal en collaboration avec la Ville de Montréal et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine dans le cadre d'un partenariat tripartite et triennal sur le développement de ce type de tourisme.
L'un des éléments de discussion concernait le visiteur du XXIe siècle qui, loin de se contenter d'installations, si glorieuses soient-elles, réclame maintenant de «vivre une expérience».
Une expérience touristique? Qu'est-ce? Dans le cahier d'une centaine de pages remis aux participants du colloque, on parle «d'un tout répondant aux besoins et aux attentes du client, par lesquels il pourra, à travers d'autres cultures, se détendre, se divertir, s'émouvoir et même se réaliser. [...] Dans l'esprit des touristes, ces dimensions sont d'ailleurs souvent plus importantes que les services ou les prix quand vient le temps de choisir une destination.»
Inutile d'insister, donc, sur l'importance de la qualité de l'accueil «de première ligne» auprès des visiteurs, par des intervenants qu'on n'hésite pas à qualifier d'ambassadeurs: de l'agent de bord au chauffeur de taxi, de la réceptionniste de l'hôtel à celui du bureau d'information touristique... L'industrie ne peut pas faire l'économie de ce qu'on appelle «l'âme» d'une destination. Le touriste veut dormir, manger et se divertir selon ses besoins, certes, mais il s'attend aussi à «vivre» un contact humain et un échange culturel.
«On doit faire en sorte que la notion d'expérience se transmette dans le milieu de l'accueil direct, soutenait en marge du colloque Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat ESG-UQAM. Une notion qui sous-tend également beaucoup d'autres facteurs, tels un environnement agréable, la propreté dans la ville, l'esthétique de l'affichage commercial, la sécurité...» L'arrivée d'un Best Buy au coeur d'un quartier, par exemple, ne donne peut-être pas la meilleure image au visiteur, dit-il, poursuivant sur les néons criards des temples érotiques et autres carrefours du sexe, qui ne figurent pas tout à fait parmi les annonces les plus design en ville.
Il faut dire que les cités dont le paysage touristique et culturel se démarque aujourd'hui ont d'abord fait un bon travail de concertation. Devrait-on d'abord contrôler l'émission des permis commerciaux, à la base même de toute projection urbaine? On a vu des cités comme Bilbao, Lille ou Liverpool passer d'une vocation purement industrielle à un statut de destination culturelle...
À Montréal, toutefois, la structure de gouvernance semble plutôt rebutante, souligne M. Archambault, avec ses 19 mairies d'arrondissement auxquelles s'ajoutent le Conseil municipal (65 membres), le Comité exécutif (12 personnes), le Conseil d'agglomération (32 intervenants), la Conférence régionale des élus (11 instances de concertation et... 152 représentants)... «Ce qui n'est pas à même d'alléger les processus décisionnels!», lance le professeur.
Sans compter les dossiers qui doivent transiter par la filière provinciale et ceux de juridiction fédérale. Avec la représentation ministérielle du Québec dans le nouveau gouvernement Harper, la Belle Province devra sans doute faire la belle pour stimuler les collaborations! Et ce ne sont certainement pas les compressions assenées par Ottawa à la culture qui vont aider la cause.
Montréal, ville lumière
Pendant les deux jours d'échanges au colloque qui se déroulait à l'Ex-Centris, des idées pour améliorer l'offre touristico-culturelle de Montréal ont été mises sur la table. «Il a été suggéré, entre autres choses, de faire de la lumière un élément dominant de la ville, avec des concepts tels le "Plan lumière du Quartier des spectacles". Un quartier qui fait d'ailleurs l'unanimité pour qu'on en accélère la réalisation», soutenait Charles Lapointe, président-directeur général de Tourisme Montréal, en traçant un bilan de l'événement.
Aussi, un moyen simple et rapidement réalisable de soigner la vitrine culturelle de la métropole consisterait à intégrer les nombreux calendriers d'activités produits par différents organismes, dans une sorte de guichet unique de l'offre de spectacles et d'événements, qui serait facile de consultation pour les touristes.
L'élastique cassé
Quant à une reconnaissance internationale, Montréal a du pain sur la planche, selon M. Lapointe, compte tenu notamment de la nouvelle concurrence des destinations touristiques d'Europe de l'Est et d'Asie, devenues beaucoup plus accessibles ces dernières années. Lorsque nous lui avons parlé, en début de semaine, on venait juste d'annoncer la mort de la compétition de Formule Un à Montréal.
Manifestement, l'élastique a cassé et la stimulation cardiaque des millions allongés par nos gouvernements a échoué sur l'autel du bolide de course. Le prix du Grand Prix se faisait trop lourd. Le maire Tremblay et le ministre Bachand ont même eu besoin d'aller se le faire piteusement confirmer à Londres...
«Nous devons tourner la page et envisager autre chose, a laissé tomber M. Lapointe, même si les rassemblements aussi porteurs que la Formule Un sont rares. On cherche.» Tourisme Montréal a mis sur pied la semaine dernière un comité-conseil pour identifier des événements dont les organisateurs pourraient être attirés par la métropole et trouver des promoteurs intéressés.
Bien sûr, les retombées du Grand Prix «étaient» considérables, et la perte va faire mal, mais on ne nous fera pas croire que le «génie québécois», qui se balade sur les plus grandes scènes culturelles du monde, ne pourrait se déployer pour concevoir des événements d'envergure attirant chez nous les touristes étrangers. Un brin de sain chauvinisme ne nous ferait pas tort. Encore moins à notre image urbaine. Mais là, évidemment, il faudrait être prêt à y mettre le prix, sans le Grand.
Le tourisme culturel, ça peut aussi commencer par l'audace.
Selon l'Organisation mondiale du tourisme, le tourisme culturel croît en moyenne de 15 % par année et 37 % de tous les voyages internationaux comportent une dimension culturelle. Et Montréal? Voyons voir. Dans un tel contexte, du reste exacerbé par la globalisation, la métropole québécoise doit se positionner. Urgent.
C'est à des réflexions de ce genre que se sont livrés quelque 200 participants à un colloque la semaine dernière, sous le thème «Culture et tourisme au coeur de l'identité urbaine», organisé par Tourisme Montréal en collaboration avec la Ville de Montréal et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine dans le cadre d'un partenariat tripartite et triennal sur le développement de ce type de tourisme.
L'un des éléments de discussion concernait le visiteur du XXIe siècle qui, loin de se contenter d'installations, si glorieuses soient-elles, réclame maintenant de «vivre une expérience».
Une expérience touristique? Qu'est-ce? Dans le cahier d'une centaine de pages remis aux participants du colloque, on parle «d'un tout répondant aux besoins et aux attentes du client, par lesquels il pourra, à travers d'autres cultures, se détendre, se divertir, s'émouvoir et même se réaliser. [...] Dans l'esprit des touristes, ces dimensions sont d'ailleurs souvent plus importantes que les services ou les prix quand vient le temps de choisir une destination.»
Inutile d'insister, donc, sur l'importance de la qualité de l'accueil «de première ligne» auprès des visiteurs, par des intervenants qu'on n'hésite pas à qualifier d'ambassadeurs: de l'agent de bord au chauffeur de taxi, de la réceptionniste de l'hôtel à celui du bureau d'information touristique... L'industrie ne peut pas faire l'économie de ce qu'on appelle «l'âme» d'une destination. Le touriste veut dormir, manger et se divertir selon ses besoins, certes, mais il s'attend aussi à «vivre» un contact humain et un échange culturel.
«On doit faire en sorte que la notion d'expérience se transmette dans le milieu de l'accueil direct, soutenait en marge du colloque Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat ESG-UQAM. Une notion qui sous-tend également beaucoup d'autres facteurs, tels un environnement agréable, la propreté dans la ville, l'esthétique de l'affichage commercial, la sécurité...» L'arrivée d'un Best Buy au coeur d'un quartier, par exemple, ne donne peut-être pas la meilleure image au visiteur, dit-il, poursuivant sur les néons criards des temples érotiques et autres carrefours du sexe, qui ne figurent pas tout à fait parmi les annonces les plus design en ville.
Il faut dire que les cités dont le paysage touristique et culturel se démarque aujourd'hui ont d'abord fait un bon travail de concertation. Devrait-on d'abord contrôler l'émission des permis commerciaux, à la base même de toute projection urbaine? On a vu des cités comme Bilbao, Lille ou Liverpool passer d'une vocation purement industrielle à un statut de destination culturelle...
À Montréal, toutefois, la structure de gouvernance semble plutôt rebutante, souligne M. Archambault, avec ses 19 mairies d'arrondissement auxquelles s'ajoutent le Conseil municipal (65 membres), le Comité exécutif (12 personnes), le Conseil d'agglomération (32 intervenants), la Conférence régionale des élus (11 instances de concertation et... 152 représentants)... «Ce qui n'est pas à même d'alléger les processus décisionnels!», lance le professeur.
Sans compter les dossiers qui doivent transiter par la filière provinciale et ceux de juridiction fédérale. Avec la représentation ministérielle du Québec dans le nouveau gouvernement Harper, la Belle Province devra sans doute faire la belle pour stimuler les collaborations! Et ce ne sont certainement pas les compressions assenées par Ottawa à la culture qui vont aider la cause.
Montréal, ville lumière
Pendant les deux jours d'échanges au colloque qui se déroulait à l'Ex-Centris, des idées pour améliorer l'offre touristico-culturelle de Montréal ont été mises sur la table. «Il a été suggéré, entre autres choses, de faire de la lumière un élément dominant de la ville, avec des concepts tels le "Plan lumière du Quartier des spectacles". Un quartier qui fait d'ailleurs l'unanimité pour qu'on en accélère la réalisation», soutenait Charles Lapointe, président-directeur général de Tourisme Montréal, en traçant un bilan de l'événement.
Aussi, un moyen simple et rapidement réalisable de soigner la vitrine culturelle de la métropole consisterait à intégrer les nombreux calendriers d'activités produits par différents organismes, dans une sorte de guichet unique de l'offre de spectacles et d'événements, qui serait facile de consultation pour les touristes.
L'élastique cassé
Quant à une reconnaissance internationale, Montréal a du pain sur la planche, selon M. Lapointe, compte tenu notamment de la nouvelle concurrence des destinations touristiques d'Europe de l'Est et d'Asie, devenues beaucoup plus accessibles ces dernières années. Lorsque nous lui avons parlé, en début de semaine, on venait juste d'annoncer la mort de la compétition de Formule Un à Montréal.
Manifestement, l'élastique a cassé et la stimulation cardiaque des millions allongés par nos gouvernements a échoué sur l'autel du bolide de course. Le prix du Grand Prix se faisait trop lourd. Le maire Tremblay et le ministre Bachand ont même eu besoin d'aller se le faire piteusement confirmer à Londres...
«Nous devons tourner la page et envisager autre chose, a laissé tomber M. Lapointe, même si les rassemblements aussi porteurs que la Formule Un sont rares. On cherche.» Tourisme Montréal a mis sur pied la semaine dernière un comité-conseil pour identifier des événements dont les organisateurs pourraient être attirés par la métropole et trouver des promoteurs intéressés.
Bien sûr, les retombées du Grand Prix «étaient» considérables, et la perte va faire mal, mais on ne nous fera pas croire que le «génie québécois», qui se balade sur les plus grandes scènes culturelles du monde, ne pourrait se déployer pour concevoir des événements d'envergure attirant chez nous les touristes étrangers. Un brin de sain chauvinisme ne nous ferait pas tort. Encore moins à notre image urbaine. Mais là, évidemment, il faudrait être prêt à y mettre le prix, sans le Grand.
Le tourisme culturel, ça peut aussi commencer par l'audace.
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