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Un starchitecte pour le 2.22

«Je sens que Montréal est peut-être mûre pour s'activer à nouveau avec une certaine ambition», estime le célèbre Paul Andreu

Le Technology and Science Enterprising Center à Chengdu, en Chine
Le Technology and Science Enterprising Center à Chengdu, en Chine
Aux audacieux, la fortune... et quelques dépenses, aussi. Au printemps dernier, Christian Yaccarini, qui dirige la Société de développement Angus (SDA), a «osé écrire» un courriel à Paul Andreu pour lui proposer «tout humblement» de concevoir son «tout petit projet» d'une quinzaine de millions de dollars, le 2.22, le carrefour des deux Mains, dont le financement final a été annoncé hier matin à Montréal.

Paul Andreu! Un starchitecte européen de la haute classe des Jean Nouvel, Herzog & Meuron, Norman Foster, Christian de Portzamparc et autres Zahha Hadid. Le papa des aéroports Orly, Roissy-Charles de Gaulle, Kansaï (Japon) et Sanya (Chine). Le concepteur du terminal français du tunnel sous la Manche et de l'Arche de la Défense, à Paris. L'architecte du tout récent et très sublime Grand théâtre national de Pékin, un oeuf de verre et de titane de quelques centaines de millions de dollars déposé sur un lac artificiel, tout près de la Cité interdite. Paul Andreu, donc, qui a dit oui, pourquoi pas, presque immédiatement, pour ce «tout petit projet».

«Il n'y a pas de grands et de petits projets, il n'y en a que des bons et des mauvais», corrige l'affable nouveau septuagénaire (il est né en juillet 1938), rencontré en exclusivité par Le Devoir il y a quelques semaines. «Ça se sent quand les promoteurs ont le désir vrai de réaliser un bon projet. Beaucoup de Chinois veulent maintenant m'entraîner dans des plans ridicules, juste pour utiliser mon nom. Le 2.22, c'est autre chose, du sérieux, et une opportunité pour moi de travailler en Amérique plutôt qu'en Chine ou au Japon, comme je le fais depuis des années. Je veux aussi casser cette image qu'en dessous des réalisations aéroportuaires de 250 000 mètres carrés je ne suis bon à rien.»

Le 2.22, situé à l'intersection Sainte-Catherine et Saint-Laurent va abriter la vitrine culturelle, un équipement essentiel du Quartier des spectacle où seront écoulés les renseignements et les billets, la Société de musique contemporaine et une nouvelle antenne de l'excellente librairie Olivieri. Les négociations se poursuivent pour y intégrer la radio CIBL et des organismes des arts visuels. «On avait promis 75 % de vocation culturelle pour nos espaces et nous atteindrons vraisemblablement le palier des 90 %», dit fièrement Christian Yaccarini, président-directeur général de la SDA, maître d'oeuvre du 2.22, qui annonce aussi une terrasse et un toit végétalisé.

Pour fignoler tout ça, Paul Andreu travaille avec ses collègues québécois Guy Favreau, de la firme Aedifica, et Gilles Huot, de chez GHA Atelier d'architecture. «On bosse en liberté et en fraternité, dit l'architecte français. Il n'y a pas de petites mains et tout le monde crée. C'est très stimulant de travailler avec des gens qui ont le désir de réaliser quelque chose de bien.»

M. Andreu n'était pas revenu à Montréal depuis l'Expo. Un autre temps, un autre siècle, une autre époque où Montréal rêvait en grand et attirait des grosses signatures, comme Leoh Ming Pei et Mies van der Rohe. La disette des architectes étrangers durait depuis l'échec du stade olympique.

Il y a maintenant de quoi faire, pour eux comme pour les stars locales de l'aménagement. Les chantiers se multiplient autour de la Place des Arts et du Vieux-Montréal, mais la ville dynamique des années 1960-70 expose toujours d'innombrables plaies urbaines.

Christian Yaccarini raconte qu'après avoir commencé à plancher sur le 2.22, il a reçu une lettre de trois pages du ministère de la Culture l'enjoignant de respecter «la zone protégée du Monument-National», boulevard Saint-Laurent. «J'ai pris la sous-ministre par l'oreille (c'est une image) et je lui ai fait visité cette zone protégée, dit-il. Qu'est-ce que le ministère a protégé?, ai-je demandé. Les terrains vagues suivent les immeubles placardés et les façades qui menacent de s'écrouler.»

Paul Andreu relativise ce laisser-aller. «C'est un quartier très dégradé, bien sûr, dit l'architecte, rencontré au café du TNM. C'est un phénomène très américain, ça, et j'ai vu bien, bien pire aux États-Unis. [...] J'interviens dans une portion de ville qui s'est beaucoup dévitalisée mais qui a une histoire assez forte, avec des éléments encore forts tout autour. C'est un lieu à réinventer et qui en vaut la peine.»

En même temps, il demande de «ne pas trop accabler Montréal» puisqu'il y trouve «dans pas mal d'endroits, malgré l'absence d'architecture ostentatoire, une atmosphère très agréable et assez urbaine». Il rappelle aussi que les villes vivent par cycles, avec des moments d'ébullition créatrice suivis de périodes de dormance. «Même Paris a des moments de sommeil. Je sens que Montréal est peut-être mûr pour s'activer à nouveau avec une certaine ambition.»

Les plans se fignolent pour un édifice sans aucune contrainte d'insertion puisque le terrain à bâtir est complètement vierge. La proposition finale sera déposée en début d'année et l'architecte-concepteur ne veut évidemment pas en dire trop, ni même juste un peu à ce sujet. Chose certaine, l'artiste Jana Sterback réalisera une oeuvre intégrée à l'architecture.

M. Andreu passe trois jours aux trois semaines de ce côté-ci de l'Atlantique Nord pour produire en charrette. «Ça ne se passe jamais facilement parce que l'architecture, ce n'est jamais simple, dit M. Andreu. Je ne cherche d'ailleurs pas à être d'accord sur tout. Il faut qu'on se frotte. Moi, je me considère ici comme un invité et surtout pas comme un donneur de leçon. Il y a d'excellents architectes ici. En plus, j'apporte le regard frais d'un étranger aux querelles locales. La pollinisation croisée, c'est quand même la meilleure manière de féconder. Ça fait du bien aux plantes et aux architectes.»

La star de l'architecture et le président Yaccarini ont commencé à se tutoyer quelques semaines après le fameux courriel surchargé de témérité. Le chantier du 2.22 démarrera en mai prochain, avec une ouverture prévue un an plus tard. Et après? Paul Andreu, starchitecte, reviendra-t-il travailler sur d'autres projets montréalais? «Il n'y a rien à dévoiler», répond l'énigmatique et audacieux Christian Yaccarini. «Mais je suis très fier pour Montréal que Paul Andreu travaille ici. Je suis fier et content.»
 
 
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  • André Brière - Inscrit
    25 octobre 2008 06 h 15
    Ne pas répéter la tragédie du stade.......
    Tallibert nous a fait un monstre, éléphant blanc irrationnel qui nous a couter et coute encore des $M dix fois plus minimum que le cout anticiper original. Certes la maquette de Andreu semble original et futuriste à la fois. J'aime bien l'idée d'une terrasse et un toit végétalisé. Il s'agit maintenant de trouver un entrepreneur intelligent pour exploiter ce complexe à sa juste mesure ey surtout respecter le budget prévus et annoncer.

    André
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  • Rironie - Inscrit
    25 octobre 2008 09 h 58
    Quand Dieu le Père produit une connerie, ça demeure une connerie
    Si ce monolithe s'élève au centre-ville, nous n'auront plus à nous déplacer vers l'est pour voir un monstre. Ce bloc ressemble à une pierre brute, juste avant que le sculpteur ne s'y attaque. Faut-il vraiment que l'architecture se referme sue elle-même et tourne le dos à ce qui l'entoure?
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  • Pierre Lessard-Blais - Abonné
    25 octobre 2008 11 h 30
    Du rêve et de la beauté
    "Je sens que Montréal est peut-être mûr pour s'activer à nouveau avec une certaine ambition."

    Wow! Serait-ce une nouvelle vague de fraîcheur, de beauté et de rêve qui s'abat sur Montréal? Je le souhaite ardemment...
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  • Fortier Robert - Inscrit
    25 octobre 2008 13 h 21
    En architecture, même le Devoir bâcle le travail
    Tant de fautes pour un si court article! J'ai fait VISITÉ (!!!) la ministre... Pei l'architecte: son prénom commence par i pas L!!! Kansai: conçu notoirement par Renzo Piano, le génial architecte du Centre Beaubourg, une bien plus grande Starchitecte que ce pauvre Andreu qui n'a pas non plus conçu la Grande Arche, c'est le danois von Spreckelsen qui a gagné le concours et qui est malencontreusement décédé avant la construction; Andreu le tâcheron a repris le concept. C'est un bon bâtisseur mais comme créateur Montréal pouvait faire bien mieux que M. Andreu qui se vante d'ailleurs de ne pas avoir de théorie derrièere ses oeuvres.
    Pourrait-on s'attendre, au moins, que le Devoir fasse ses devoirs en architecture et rapporte les faits avec la rigueur qu'on lui connaît pour les sujets plus courants?

    Robert Fortier, B. Arch, MLIS
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  • Bourjoi - Abonné
    25 octobre 2008 16 h 36
    Montréal et arrondissements
    Pour avoir eu depuia dix ans à négotier avec les bureaux des permis et inspection de la ville centre et d'arrondissement de Montréal cela serait une excellente idée et surtout une urgente nécessité que les décideurs qui y sont planqués se fassent tirer les deux oreilles.

    Il y est pour ainsi dire impossible d'y faire accepter une architecture pour notre temps.

    Non seulement ils se mêlent de sécurité et de règles de l'art, ce qui est bien. Ils se mêlent également de style et d'esthétique alors qu'ils n'y connaissent rien et ne veulent surtout pas les voir évoluer.

    Observons ce qui arrive:

    Alors que la SHDM avait le mandat de réaliser un bâtiment à vocation culturelle.Ils n'y arrivent pas. Ils n'y arriveront pas. Ils trouveront toutes sortes de raisons importantes pour eux de ne pas le réaliser. La culture y occupant depuis longtemps une place plus que secondaire, nous ne devons pas nous attendre à voir surgir un projet à saveur culturelle de ces têtes là!

    L.Bourjoi
    Montréal


    info@bourjoi.com
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  • Ippersiel Mathieu - Inscrit
    26 octobre 2008 06 h 14
    Le stade est mort, vive le stade !
    C'est une très bonne chose qu'un projet architectural d'envergure voit le jour à Montréal. M. Paul Andreu parle avec justesse de cycles d'ébullition et de dormance propre à toute ville, et un peu d'ébullition ferait du bien au centre-ville de Montréal.

    Par contre, la lecture des différentes réactions à cet article m'interroge. Pendant combien de temps le spectre du stade sera-t-il un parasite à tous les projets d'envergure à Montréal ? N'en finira-t-on jamais de le brandir pour éviter de se mouiller dans quelque projet que ce soit et rester dans un immobilisme aux conséquences économiques certes plus confortables, mais déplorables pour le développement urbain ?

    Quant au protectionnisme national de certaines réactions...
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  • Stéphane Leclair - Abonné
    26 octobre 2008 13 h 49
    Drôle d'illustration
    Je signale à mes co-commentateurs que l'illustration montre un édifice en plein champ, sur le bord d'une autoroute; ça m'étonnerait qu'il s'agisse d'une esquisse de l'édifice prévu pour l'angle Saint-Laurent et Sainte-Catherine. En fait, ça ressemble beaucoup à un édifice du complexe administratif de Chengdu (Chine), conçu par M. Andreu.
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  • Christian - Abonné
    30 octobre 2008 16 h 15
    le 2 22...projet québécois....
    Soulignons que l'architecte Paul Andreu se joint à une équipe québécoise soit Aedifica. Un autre architecte québécois Gilles Huot va se joindre à l'équipe. C'est Aedifica qui va réaliser les plans. M. Andreu étant dans l'équipe pour travailler avec les architectes québécois sur le concept. Il y a 60 millions de français. Andreu en est un Taillebert en est un autre.
    Je crois que l'implication d'un architecte comme Andreu est un plus. Le débat n'est pas qui a conçu l'Arche de la Défense mais de regarder l'oeuvre de Paul Andreu. Ensuite soulignons qu'aucune image n'est encore sorti concernant le travail d'Aedifica et de Paul Andreu. Peux t-on pour une fois donner la chance au coureur. Nous ferons de plus une consultation publique sur notre propre base pour soumettre non propositions. De plus soulignons que tout dépassement de couts est la responsabilité de la Société de développement Angus (un organisme à but non lucratif en passant.)
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