Une entrevue avec Helen Stavridou - Au delà de l'esthétique
«Le design est un moteur économique extraordinaire»
Tous secteurs économiques confondus, il ne se passe pratiquement pas une journée sans qu'un nouveau produit ne voie le jour. Longtemps développées uniquement sur des bases de marché, de production et de rentabilité, la plupart de ces nouveautés sont aujourd'hui également pensées en termes de design. Pour Helen Stavridou, directeur exécutif de l'Institut de design de Montréal, l'apport possible du design demeure tout de même largement sous-estimé par l'entreprise privée. Une situation à laquelle l'organisme de promotion espère toutefois remédier en gagnant, secteur après secteur, de plus en plus d'entrepreneurs à sa cause. Première cible: le vaste domaine du transport.
Préoccupé depuis toujours par la promotion du travail des designers, l'Institut de design de Montréal se dotait en avril 2002 d'une approche stratégique pour l'intégration du design à l'entreprise privée. Une démarche ouvertement axée sur le développement de marchés, mais aussi sur un important changement de culture. «Pour beaucoup de gens, le design fait encore uniquement référence à l'aspect esthétique des choses. C'est d'ailleurs ce qui explique le fait que, dans beaucoup d'entreprises, les designers sont encore très souvent mis à contribution à la toute fin seulement de la chaîne de développement d'un produit. Pourtant, le travail des designers a une portée beaucoup plus large et concrète que cela et une entreprise peut tirer beaucoup d'avantages d'une plus grande intégration du design à ses activités.»
Concrètement, après consultation auprès de plus de 150 intervenants du milieu — entreprises, universités, designers, gouvernement, etc. — l'organisme a identifié quatre secteurs d'action prioritaires: le vieillissement de la population, l'écodesign, l'aluminium et le transport. Pour chacun de ces domaines, des tables de discussion, sortes de «laboratoires d'idées», ont été mises en place.
Objectifs avoués de l'exercice: identifier de nouvelles applications du design pour chacun de ces domaines, examiner la manière dont le design peut améliorer les produits actuellement sur le marché, créer des opportunités et même développer de nouveaux produits. «Nous avons identifié des thématiques, regroupé des personnes intéressées par la question et identifié les produits réels que l'on pourrait améliorer ou même carrément développer. Nous faisons des recherches multidisciplinaires, nous impliquons les universités, les designers, les ingénieurs, etc. Si des pistes concrètes se dégagent, nous allons ensuite en faire la présentation aux entreprises privées susceptibles d'être intéressées. En s'ouvrant sur de nouvelles possibilités, c'est comme si notre réflexion avait pour résultat de rendre les entreprises de chez nous plus performantes sur la scène locale, nationale et internationale. Nous agissons en quelque sorte comme une bougie d'allumage», explique Mme Stavridou.
Premières retombées et perspectives
C'est dans le domaine du transport que les travaux sont pour le moment les plus avancés. Les trois rencontres effectuées jusqu'à présent ont en effet déjà permis d'identifier différentes avenues de croissance. À titre d'exemple, le groupe de réflexion s'est penché sur les différentes possibilités de développement qu'offre le célèbre autobus jaune. «À la base, l'autobus jaune est un succès. On l'a dessiné et produit ici, et on continue encore de le vendre très largement. Les fabricants n'ont donc aucune raison de vouloir changer quelque chose à leur manière de faire. Pourquoi changer quelque chose qui va bien? Pourtant, très rapidement, nos discussions ont permis d'identifier des opportunités de marché très intéressantes pour ce véhicule, notamment pour les clientèles aînées qui vont en augmentant. Le raisonnement est simple: en ce moment, l'autobus jaune est utilisé à peine quelques heures par jour pour le transport des écoliers. Pourquoi ne pas faire en sorte qu'il puisse servir à d'autres fins? Il suffirait de l'adapter et à cet égard, le design peut faire toute la différence.»
Le marché des petits véhicules électriques, telle la voiturette de golf, sera aussi exploré plus attentivement par le sous-groupe des transports. Là encore, les opportunités d'affaires que présente le marché ont suffi pour que les intervenants réunis autour de la table jugent nécessaire de pousser l'analyse plus loin. «Ce qui aurait pu prendre des années à émerger dans des entreprises privées a été identifié en quelques rencontres à peine. Le travail des groupes de réflexion permet une sorte d'accélération des choses parce qu'il réunit plusieurs personnes qui ont, à la base, des connaissances complémentaires, mais ne se croisent malheureusement pas souvent. Ce que l'un ne voit pas, l'autre le voit et vice versa. Ça permet d'avancer très rapidement.»
En fait, l'IDM est si satisfait des résultats obtenus jusqu'à présent qu'il pense déjà à identifier d'autres pistes d'action prioritaires et à créer de nouveaux groupes de travail. «Le design peut faire la différence dans plusieurs autres domaines que ceux auxquels nous nous sommes intéressés jusqu'à présent. D'ici deux mois, d'autres groupes de réflexion stratégiques seront formés. Des groupes constitués de penseurs, sociologues, universitaires, etc. Des groupes de brassage d'idées.»
Plus que des idées, Helen Stavridou espère toutefois que les travaux amorcés mèneront vers des réalisations concrètes: «Pourquoi ne pourrions-nous pas profiter du fait que Montréal est une plaque tournante importante en termes de transport pour développer autre chose? Pourquoi ne pas explorer dès maintenant des nouveaux marchés plutôt que d'attendre que quelqu'un le fasse aux États-Unis? Après tout, il n'y a aucune raison que l'on ne soit pas en mesure de développer ici des produits pour d'autres marchés et de créer du même coup de nombreux nouveaux emplois. Le design est un moteur économique extraordinaire. Il est temps qu'il assume pleinement ce rôle.»
Préoccupé depuis toujours par la promotion du travail des designers, l'Institut de design de Montréal se dotait en avril 2002 d'une approche stratégique pour l'intégration du design à l'entreprise privée. Une démarche ouvertement axée sur le développement de marchés, mais aussi sur un important changement de culture. «Pour beaucoup de gens, le design fait encore uniquement référence à l'aspect esthétique des choses. C'est d'ailleurs ce qui explique le fait que, dans beaucoup d'entreprises, les designers sont encore très souvent mis à contribution à la toute fin seulement de la chaîne de développement d'un produit. Pourtant, le travail des designers a une portée beaucoup plus large et concrète que cela et une entreprise peut tirer beaucoup d'avantages d'une plus grande intégration du design à ses activités.»
Concrètement, après consultation auprès de plus de 150 intervenants du milieu — entreprises, universités, designers, gouvernement, etc. — l'organisme a identifié quatre secteurs d'action prioritaires: le vieillissement de la population, l'écodesign, l'aluminium et le transport. Pour chacun de ces domaines, des tables de discussion, sortes de «laboratoires d'idées», ont été mises en place.
Objectifs avoués de l'exercice: identifier de nouvelles applications du design pour chacun de ces domaines, examiner la manière dont le design peut améliorer les produits actuellement sur le marché, créer des opportunités et même développer de nouveaux produits. «Nous avons identifié des thématiques, regroupé des personnes intéressées par la question et identifié les produits réels que l'on pourrait améliorer ou même carrément développer. Nous faisons des recherches multidisciplinaires, nous impliquons les universités, les designers, les ingénieurs, etc. Si des pistes concrètes se dégagent, nous allons ensuite en faire la présentation aux entreprises privées susceptibles d'être intéressées. En s'ouvrant sur de nouvelles possibilités, c'est comme si notre réflexion avait pour résultat de rendre les entreprises de chez nous plus performantes sur la scène locale, nationale et internationale. Nous agissons en quelque sorte comme une bougie d'allumage», explique Mme Stavridou.
Premières retombées et perspectives
C'est dans le domaine du transport que les travaux sont pour le moment les plus avancés. Les trois rencontres effectuées jusqu'à présent ont en effet déjà permis d'identifier différentes avenues de croissance. À titre d'exemple, le groupe de réflexion s'est penché sur les différentes possibilités de développement qu'offre le célèbre autobus jaune. «À la base, l'autobus jaune est un succès. On l'a dessiné et produit ici, et on continue encore de le vendre très largement. Les fabricants n'ont donc aucune raison de vouloir changer quelque chose à leur manière de faire. Pourquoi changer quelque chose qui va bien? Pourtant, très rapidement, nos discussions ont permis d'identifier des opportunités de marché très intéressantes pour ce véhicule, notamment pour les clientèles aînées qui vont en augmentant. Le raisonnement est simple: en ce moment, l'autobus jaune est utilisé à peine quelques heures par jour pour le transport des écoliers. Pourquoi ne pas faire en sorte qu'il puisse servir à d'autres fins? Il suffirait de l'adapter et à cet égard, le design peut faire toute la différence.»
Le marché des petits véhicules électriques, telle la voiturette de golf, sera aussi exploré plus attentivement par le sous-groupe des transports. Là encore, les opportunités d'affaires que présente le marché ont suffi pour que les intervenants réunis autour de la table jugent nécessaire de pousser l'analyse plus loin. «Ce qui aurait pu prendre des années à émerger dans des entreprises privées a été identifié en quelques rencontres à peine. Le travail des groupes de réflexion permet une sorte d'accélération des choses parce qu'il réunit plusieurs personnes qui ont, à la base, des connaissances complémentaires, mais ne se croisent malheureusement pas souvent. Ce que l'un ne voit pas, l'autre le voit et vice versa. Ça permet d'avancer très rapidement.»
En fait, l'IDM est si satisfait des résultats obtenus jusqu'à présent qu'il pense déjà à identifier d'autres pistes d'action prioritaires et à créer de nouveaux groupes de travail. «Le design peut faire la différence dans plusieurs autres domaines que ceux auxquels nous nous sommes intéressés jusqu'à présent. D'ici deux mois, d'autres groupes de réflexion stratégiques seront formés. Des groupes constitués de penseurs, sociologues, universitaires, etc. Des groupes de brassage d'idées.»
Plus que des idées, Helen Stavridou espère toutefois que les travaux amorcés mèneront vers des réalisations concrètes: «Pourquoi ne pourrions-nous pas profiter du fait que Montréal est une plaque tournante importante en termes de transport pour développer autre chose? Pourquoi ne pas explorer dès maintenant des nouveaux marchés plutôt que d'attendre que quelqu'un le fasse aux États-Unis? Après tout, il n'y a aucune raison que l'on ne soit pas en mesure de développer ici des produits pour d'autres marchés et de créer du même coup de nombreux nouveaux emplois. Le design est un moteur économique extraordinaire. Il est temps qu'il assume pleinement ce rôle.»
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