Du triste sort souvent réservé aux grandes résidences familiales
Des villes souhaitent une deuxième vie pour les belles d'antan
Qui se promène à Montréal, qui visite le Québec voit souvent le résultat d'une attitude discriminatoire. Eh oui, il n'y a pas que les personnes qui voient leurs droits ne pas être reconnus: les résidences aussi.
Un peu partout sur l'île, à Montréal comme à Outremont ou Westmount, au début du siècle dernier, voire au siècle précédent, les notables de plus d'un secteur, de ce qui était alors juridiquement soit un village, soit une paroisse, se construisaient de grandes maisons, aussi vastes que les presbytères des paroisses les plus riches. Au fil des décennies, les familles ont diminué en taille, les revenus n'ont plus été les mêmes, et le goût du neuf aidant, couplé à une crainte de vivre dans des quartiers qui se dégradaient, tout cela a fait que de belles demeures ont non seulement perdu leur lustre mais ont été détournées de leur fonction initiale. Il ne faut donc pas se surprendre de constater ici et là que des résidences qu'on dirait aujourd'hui «de prestige» ont maintenant l'air de taudis.
Ailleurs, comme cela se fait encore à Outremont, quand certains achètent en vue d'aménager pour plusieurs personnes ce qui était jusque-là une unifamiliale de grande taille, on subdivise l'espace initial: combien de maisons dans Notre-Dame-de-Grâce sont ainsi devenues des duplex, sans que l'opération toutefois ne gâche le paysage urbain?
Mieux vaut d'ailleurs un tel sort que cet autre qui voue une maison de pierre aux grands balcons à lentement devenir un taudis, divers locataires occupant les lieux sans qu'aucun d'entre eux n'assume la responsabilité de l'environnement extérieur. Alors les piliers pourrissent, la pelouse devient champ, souvent jonché de détritus divers, et les surfaces extérieures, comme les fenêtres, les toits et les corniches, s'effritent.
Maisons de docteur et autres
Ce qui se vit à Montréal se vit partout ailleurs au Québec. Et pas que dans les grands centres. N'était-il pas en effet de mise, pour tout village digne de ce nom, d'avoir sa «maison du docteur» et une autre de même taille pour le notaire? Et il n'était pas question pour le maire d'être en reste. Et s'il y avait une industrie locale, les «patrons» devaient avoir une résidence de prestige.
Résultat: les paysages urbains se traçaient avec ici et là de ces belles grandes maisons, parfois en pierre ou en brique, souvent en bois, alors peintes en blanc, avec motifs décoratifs, jusqu'à la porte moustiquaire finement ouvragée. Nos villages avaient donc leurs «belles» et une petite municipalité pouvait souvent être fière d'un petit «château» (ainsi, à Chicoutimi, plus d'une famille le dimanche alla regarder de l'extérieur la maison des Murdoch implantée le long du boulevard qui menait à la route du «parc»).
Mais les fortunes locales ne sont souvent plus, les usines ont été délocalisées et les notables locaux ont quitté, les médecins se retrouvant dans les grands centres, et les jeunes, surtout diplômés, veulent vivre en «ville». Des parcs immobiliers de qualité connaissent alors un triste sort.
Villes d'ancienne grandeur
Dans les Cantons-de-l'Est, dans ce qui fut longtemps désigné comme les «Eastern Townships», des villes doivent cependant faire revivre leurs beaux quartiers: les anciens loyalistes savaient en effet construire, avec pour résultat qu'autour de Sherbrooke plus d'une municipalité contient de ces demeures dont la taille impose.
Il y a donc de belles rues à Cowansville et au Lac-Brôme, comme à Sutton et à Waterloo. Et, dans ce dernier cas, l'administration municipale passe présentement à l'action: «Nous possédons un bel environnement dortoir, affirme Louise Côté, une conseillère municipale de ce qui fut une belle ville, implantée dans un cadre naturel de qualité. Les gens de Montréal trouvent que Waterloo est un bijou méconnu.»
À Waterloo, tout est à refaire: un plan d'urbanisme s'impose donc, surtout quand on veut mettre un frein à l'exode qui touche ces villes de moyenne taille et qu'il n'est pas question de laisser à des initiatives sauvages toute liberté d'imposer à tous des solutions qui ne profitent, surtout financièrement, qu'à quelques-uns (on sait d'ailleurs qu'un débat local a présentement cours dans la même région, à Sutton cette fois, sur le projet de «revitalisation» de la ville). Il serait donc possible de revitaliser une ville sans pour autant sacrifier ce qui dans le passé a fait sa renommée.
Initiatives heureuses
Des organismes et des personnes, on le sait, mènent la lutte pour que la mémoire du temps soit inscrite physiquement dans les paysages: le Musée des beaux-arts de Montréal n'avait-il point eu à modifier son projet architectural pour éviter de démolir l'unité architecturale de la rue Sherbrooke? Dans le même quartier, l'université Concordia a dû modifier des plans, et tous se souviennent qu'une sortie d'autoroute a dû être déplacée lorsque Phyllis Lambert a sauvé de la démolition projetée la maison Shaughnessy, Montréal héritant en prime du Centre canadien d'architecture.
Ces gestes sont spectaculaires. D'autres le sont moins, quand il s'agit d'une seule résidence dans une rue donnée, les premiers occupants étant tombés dans l'oubli: ainsi, où est la maison de M. Lacombe, ce propriétaire foncier sur la terre duquel a été construite une grande partie de Côte-des-Neiges? Et celle de M. Resther, qui a vu ses champs se transformer en «plateau», celui qui porte le nom de Mont-Royal?
Pour se souvenir, toute société doit avoir des témoignages. Les maisons sont les assises du patrimoine urbain.
Un peu partout sur l'île, à Montréal comme à Outremont ou Westmount, au début du siècle dernier, voire au siècle précédent, les notables de plus d'un secteur, de ce qui était alors juridiquement soit un village, soit une paroisse, se construisaient de grandes maisons, aussi vastes que les presbytères des paroisses les plus riches. Au fil des décennies, les familles ont diminué en taille, les revenus n'ont plus été les mêmes, et le goût du neuf aidant, couplé à une crainte de vivre dans des quartiers qui se dégradaient, tout cela a fait que de belles demeures ont non seulement perdu leur lustre mais ont été détournées de leur fonction initiale. Il ne faut donc pas se surprendre de constater ici et là que des résidences qu'on dirait aujourd'hui «de prestige» ont maintenant l'air de taudis.
Ailleurs, comme cela se fait encore à Outremont, quand certains achètent en vue d'aménager pour plusieurs personnes ce qui était jusque-là une unifamiliale de grande taille, on subdivise l'espace initial: combien de maisons dans Notre-Dame-de-Grâce sont ainsi devenues des duplex, sans que l'opération toutefois ne gâche le paysage urbain?
Mieux vaut d'ailleurs un tel sort que cet autre qui voue une maison de pierre aux grands balcons à lentement devenir un taudis, divers locataires occupant les lieux sans qu'aucun d'entre eux n'assume la responsabilité de l'environnement extérieur. Alors les piliers pourrissent, la pelouse devient champ, souvent jonché de détritus divers, et les surfaces extérieures, comme les fenêtres, les toits et les corniches, s'effritent.
Maisons de docteur et autres
Ce qui se vit à Montréal se vit partout ailleurs au Québec. Et pas que dans les grands centres. N'était-il pas en effet de mise, pour tout village digne de ce nom, d'avoir sa «maison du docteur» et une autre de même taille pour le notaire? Et il n'était pas question pour le maire d'être en reste. Et s'il y avait une industrie locale, les «patrons» devaient avoir une résidence de prestige.
Résultat: les paysages urbains se traçaient avec ici et là de ces belles grandes maisons, parfois en pierre ou en brique, souvent en bois, alors peintes en blanc, avec motifs décoratifs, jusqu'à la porte moustiquaire finement ouvragée. Nos villages avaient donc leurs «belles» et une petite municipalité pouvait souvent être fière d'un petit «château» (ainsi, à Chicoutimi, plus d'une famille le dimanche alla regarder de l'extérieur la maison des Murdoch implantée le long du boulevard qui menait à la route du «parc»).
Mais les fortunes locales ne sont souvent plus, les usines ont été délocalisées et les notables locaux ont quitté, les médecins se retrouvant dans les grands centres, et les jeunes, surtout diplômés, veulent vivre en «ville». Des parcs immobiliers de qualité connaissent alors un triste sort.
Villes d'ancienne grandeur
Dans les Cantons-de-l'Est, dans ce qui fut longtemps désigné comme les «Eastern Townships», des villes doivent cependant faire revivre leurs beaux quartiers: les anciens loyalistes savaient en effet construire, avec pour résultat qu'autour de Sherbrooke plus d'une municipalité contient de ces demeures dont la taille impose.
Il y a donc de belles rues à Cowansville et au Lac-Brôme, comme à Sutton et à Waterloo. Et, dans ce dernier cas, l'administration municipale passe présentement à l'action: «Nous possédons un bel environnement dortoir, affirme Louise Côté, une conseillère municipale de ce qui fut une belle ville, implantée dans un cadre naturel de qualité. Les gens de Montréal trouvent que Waterloo est un bijou méconnu.»
À Waterloo, tout est à refaire: un plan d'urbanisme s'impose donc, surtout quand on veut mettre un frein à l'exode qui touche ces villes de moyenne taille et qu'il n'est pas question de laisser à des initiatives sauvages toute liberté d'imposer à tous des solutions qui ne profitent, surtout financièrement, qu'à quelques-uns (on sait d'ailleurs qu'un débat local a présentement cours dans la même région, à Sutton cette fois, sur le projet de «revitalisation» de la ville). Il serait donc possible de revitaliser une ville sans pour autant sacrifier ce qui dans le passé a fait sa renommée.
Initiatives heureuses
Des organismes et des personnes, on le sait, mènent la lutte pour que la mémoire du temps soit inscrite physiquement dans les paysages: le Musée des beaux-arts de Montréal n'avait-il point eu à modifier son projet architectural pour éviter de démolir l'unité architecturale de la rue Sherbrooke? Dans le même quartier, l'université Concordia a dû modifier des plans, et tous se souviennent qu'une sortie d'autoroute a dû être déplacée lorsque Phyllis Lambert a sauvé de la démolition projetée la maison Shaughnessy, Montréal héritant en prime du Centre canadien d'architecture.
Ces gestes sont spectaculaires. D'autres le sont moins, quand il s'agit d'une seule résidence dans une rue donnée, les premiers occupants étant tombés dans l'oubli: ainsi, où est la maison de M. Lacombe, ce propriétaire foncier sur la terre duquel a été construite une grande partie de Côte-des-Neiges? Et celle de M. Resther, qui a vu ses champs se transformer en «plateau», celui qui porte le nom de Mont-Royal?
Pour se souvenir, toute société doit avoir des témoignages. Les maisons sont les assises du patrimoine urbain.
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