L'Homo socialus, version XXIe siècle
Photo : Jacques Nadeau
Les êtres humains sont des animaux essentiellement grégaires, qui ont de tout temps éprouvé le besoin de créer des liens sociaux avec leurs semblables. La chose est connue. Or, les lieux et les moments de socialisation traditionnels ont eu tendance à s'effriter au cours des dernières décennies. D'où le besoin pour plusieurs de les réinventer, mais sur de nouvelles bases.
«Le filet social que représentaient les communautés naturelles comme la famille élargie, la paroisse, des gens qui se connaissent dans leurs quartiers, tout ça s'est amenuisé, constate la sociologue Micheline Milot. C'est notamment pour ça qu'il y a un regain important de la volonté de créer des communautés d'appartenance dans les quartiers.»
Bref, reprendre les discussions sur le parvis de l'église, la religion en moins.
On observe effectivement, depuis quelques années, une multiplication des initiatives qui visent à rebâtir un tissu social qui tend à s'amenuiser. Des résidants de différents quartiers se rassemblent désormais pour des repas collectifs, mais aussi pour organiser des ventes de garage communes ou une fête estivale. Les jardins communautaires se sont aussi multipliés, ainsi que les clubs de sport dans les entreprises. Les lieux de socialisation destinés aux personnes âgées sont également en constante augmentation, vieillissement de la population oblige. Mme Milot voit même une illustration de ce phénomène dans la multiplication des nouveaux marchés publics dans plusieurs villes de la province.
«Les gens ont besoin d'une interaction sociale saine, explique-t-elle. Il y a donc des lieux de convivialité qui sont créés pour que les gens ne soient pas uniquement en rapports fonctionnels les uns avec les autres. On le voit de plus en plus.» Il s'agit en fait de combler un besoin constant de recréer des liens avec ses semblables, mais que ceux-ci «soient adaptés aux besoins des individus, en fonction du contexte».
«Micro-communautés»
Ce besoin d'affiliation sociale s'exprime effectivement de façon nouvelle dans nos sociétés, souligne le sociologue Jacques Beauchemin. De plus en plus, les individus vont exprimer leurs besoins de liens sociaux dans de «micro-communautés». Ils désertent ainsi les macro-lieux d'appartenance traditionnels qu'étaient auparavant la nation ou la société.
Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour le mouvement souverainiste québécois, estime-t-il, «parce que les jeunes ont de moins en moins tendance à se référer à des lieux d'appartenance englobants. Ils vont plutôt vouloir établir des liens sociaux au sein de communautés plus étroites».
Ils sont membres de la communauté gaie, ils sont des jeunes, ils sont résidants du Plateau Mont-Royal, ils sont d'abord Montréalais et ensuite Québécois, etc. La même chose se produit dans le contexte du village planétaire. Grâce à Internet, les gens entrent en contact avec des personnes d'un peu partout sur la planète, «mais toujours dans le cadre assez restreint d'une activité en commun».
Avec pour conséquence que l'on assiste, dans certains cas, à l'émergence d'un certain «néo-corporatisme». M. Beauchemin résume ainsi le concept: «J'ai mon monde à moi, je suis solidaire dans ce monde-là, et le reste, je m'en fous. Le reste, c'est de la concurrence identitaire. Je veux une reconnaissance pour mon groupe, faites la même chose.»
Les manifestations de cette nouvelle tendance sont bien visibles et mettent en péril une forme de solidarité qui a déjà été omniprésente. «Quand on regarde les grèves dans le secteur public, il y a toujours cette expression du "public pris en otage", explique-t-il. Ce sont les syndiqués contre le monde des usagers, qui ne sent pas de solidarité avec les grévistes. Les usagers sont les victimes. Auparavant, quand la société était moins fragmentée, même les personnes pénalisées par une grève étaient capables de dire "moi, je les approuve, même si ça me nuit". En fait, ce qui est en train de disparaître, c'est l'idée d'un monde commun à l'intérieur duquel la solidarité est large.»
«Le filet social que représentaient les communautés naturelles comme la famille élargie, la paroisse, des gens qui se connaissent dans leurs quartiers, tout ça s'est amenuisé, constate la sociologue Micheline Milot. C'est notamment pour ça qu'il y a un regain important de la volonté de créer des communautés d'appartenance dans les quartiers.»
Bref, reprendre les discussions sur le parvis de l'église, la religion en moins.
On observe effectivement, depuis quelques années, une multiplication des initiatives qui visent à rebâtir un tissu social qui tend à s'amenuiser. Des résidants de différents quartiers se rassemblent désormais pour des repas collectifs, mais aussi pour organiser des ventes de garage communes ou une fête estivale. Les jardins communautaires se sont aussi multipliés, ainsi que les clubs de sport dans les entreprises. Les lieux de socialisation destinés aux personnes âgées sont également en constante augmentation, vieillissement de la population oblige. Mme Milot voit même une illustration de ce phénomène dans la multiplication des nouveaux marchés publics dans plusieurs villes de la province.
«Les gens ont besoin d'une interaction sociale saine, explique-t-elle. Il y a donc des lieux de convivialité qui sont créés pour que les gens ne soient pas uniquement en rapports fonctionnels les uns avec les autres. On le voit de plus en plus.» Il s'agit en fait de combler un besoin constant de recréer des liens avec ses semblables, mais que ceux-ci «soient adaptés aux besoins des individus, en fonction du contexte».
«Micro-communautés»
Ce besoin d'affiliation sociale s'exprime effectivement de façon nouvelle dans nos sociétés, souligne le sociologue Jacques Beauchemin. De plus en plus, les individus vont exprimer leurs besoins de liens sociaux dans de «micro-communautés». Ils désertent ainsi les macro-lieux d'appartenance traditionnels qu'étaient auparavant la nation ou la société.
Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour le mouvement souverainiste québécois, estime-t-il, «parce que les jeunes ont de moins en moins tendance à se référer à des lieux d'appartenance englobants. Ils vont plutôt vouloir établir des liens sociaux au sein de communautés plus étroites».
Ils sont membres de la communauté gaie, ils sont des jeunes, ils sont résidants du Plateau Mont-Royal, ils sont d'abord Montréalais et ensuite Québécois, etc. La même chose se produit dans le contexte du village planétaire. Grâce à Internet, les gens entrent en contact avec des personnes d'un peu partout sur la planète, «mais toujours dans le cadre assez restreint d'une activité en commun».
Avec pour conséquence que l'on assiste, dans certains cas, à l'émergence d'un certain «néo-corporatisme». M. Beauchemin résume ainsi le concept: «J'ai mon monde à moi, je suis solidaire dans ce monde-là, et le reste, je m'en fous. Le reste, c'est de la concurrence identitaire. Je veux une reconnaissance pour mon groupe, faites la même chose.»
Les manifestations de cette nouvelle tendance sont bien visibles et mettent en péril une forme de solidarité qui a déjà été omniprésente. «Quand on regarde les grèves dans le secteur public, il y a toujours cette expression du "public pris en otage", explique-t-il. Ce sont les syndiqués contre le monde des usagers, qui ne sent pas de solidarité avec les grévistes. Les usagers sont les victimes. Auparavant, quand la société était moins fragmentée, même les personnes pénalisées par une grève étaient capables de dire "moi, je les approuve, même si ça me nuit". En fait, ce qui est en train de disparaître, c'est l'idée d'un monde commun à l'intérieur duquel la solidarité est large.»
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