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    Les femmes et la politique

    6 septembre 2008 |Denise Bombardier | Actualités en société
    Comment peut-on croire que la présence des femmes en politique adoucit nécessairement les moeurs, humanise les comportements, transforme l'exercice du pouvoir en acte de vertu? La bataille pour l'accès des femmes à la politique demeure légitime et nécessaire, car on croit à l'égalité des sexes. Aucune femme ne devrait souffrir de discrimination. Mais à partir de ce principe, les extrapolations sur les avantages supposés de la féminisation de la classe politique relèvent plutôt de l'idéologie ou d'une conception idéalisée de la nature de la femme.

    Sarah Palin, Hillary Clinton, Ségolène Royal, Pauline Marois, aussi différentes soient-elles les unes des autres, sont de fortes femmes qui ne s'embarrassent guère de sensiblerie, qui peuvent user des larmes comme des armes et qui ont réussi à se hisser au-dessus de leurs pairs grâce à l'ambition, la pugnacité, le sang-froid, toutes ces qualités peu «féminines».

    Prenons le cas de Sarah Palin, le pitbull avec du rouge à lèvres, comme elle se désigne elle-même. Pourquoi entend-on depuis sa nomination comme colistière de John McCain qu'elle est une femme alibi, une fausse femme, en quelque sorte, à cause des idées qu'elle incarne et défend avec une vigueur toute virile, pour user d'un stéréotype?

    Sarah Palin est une vraie mère de famille et, comme un certain nombre d'entre elles, elle instrumentalise ses enfants pour ses propres intérêts. Il existe de vraies mauvaises mères, et Sarah Palin en est une. On en veut pour preuve l'utilisation qu'elle a faite de son bébé de cinq mois en l'amenant dans ce stade bondé à l'atmosphère électrisée, au milieu d'effroyables bruits et éclairages, et ce, durant près de deux heures. Une bonne mère ne fait pas subir pareil traitement à son bébé. Et il fallait la voir sur scène, s'assurant que la figure du petit soit bien en vue face à la foule et évidemment aux caméras. Il y avait de quoi être choqué puisque le poupon est trisomique et que la redoutable colistière veut sans doute «humaniser» son image. Pourquoi une femme opposée à l'avortement, qui déplore l'éducation sexuelle à l'école, qui s'oppose au contrôle des armes à feu, ne serait-elle pas une «vraie» femme?

    Hillary Clinton, dont les idées sont à l'extrême opposé de celles de Sarah Palin, est-elle plus «féminine» du simple fait de son appartenance à la gauche libérale? Son arrogance, son attitude hautaine, ses coups fourrés contre Barack Obama, voire la maîtrise froide et parfaite avec laquelle elle s'est ralliée à son opposant lors du Congrès démocrate à Denver, au Colorado, correspondent-ils à la supposée nouvelle culture politique qu'entraînerait l'arrivée des femmes dans les lieux de pouvoir?

    Quant à Ségolène Royal, elle n'a pas réussi à vaincre ses adversaires mâles à coups de mouchoir, à ce qu'on sache. Elle a déployé ses armes personnelles de guerre. Elle s'est battue en lionne sans états d'âme, sans remords, écartant des alliés d'hier, excommuniant des amis politiques de longue date. Et ça n'est pas le fait d'être femme qui l'a fait perdre ses élections, mais avant tout le cul-de-sac politique dans lequel se trouve son parti, comme en témoignent les luttes intestines qui se poursuivent avec férocité au sein des troupes socialistes.

    Et que dire de Pauline Marois, cette maîtresse femme? Pense-t-on que c'est en maternant ses collègues qu'elle est enfin parvenue à la tête du PQ? À vrai dire, c'est son côté traditionnel de mère supérieure qui lui a parfois nui plutôt que ses qualités de guerrière, qu'on ne doit pas sous-estimer.

    Il faut en finir une fois pour toutes avec ces supposées qualités spécifiques de l'un ou l'autre sexe. La politique demeure un terrain d'affrontement, de compétition, où la quête du pouvoir implique la trahison, la feinte, l'esquive, la manipulation. Une femme politique qui se refuse à ces pratiques a peu d'avenir. Et cet argument pourrait vraisemblablement s'étendre à l'ensemble des secteurs d'activité.

    Loin de nous l'idée que la politique soit réservée aux seuls cyniques et arrivistes des deux sexes. Mais force est d'admettre que les femmes qui aspirent à gouverner ou gouvernent ne sont pas différentes de leurs confrères mâles. Et si ces qualités dites féminines avaient plutôt découlé du rôle qui leur était jadis attribué dans la société traditionnelle? La discrétion, la modestie, la délicatesse, la réserve, la douceur correspondaient à l'image de la mère et de l'épouse telle qu'on la souhaitait.

    La femme moderne, décomplexée, affranchie, ambitieuse, parfois en quête de pouvoir, a fracassé cette image de la féminité. La non-différenciation des sexes dans l'espace public est devenue une réalité de l'époque. La féminité et la masculinité, bien malin celui qui peut les définir de nos jours. C'est pourquoi, selon les critères anciens, on pourrait dire que Stéphane Dion, cet homme d'allure frêle et délicate, visiblement incapable de s'imposer et de mettre le poing sur la table, est plus féminin que le pitbull de l'Alaska, voire qu'Hillary Clinton, la belliqueuse démocrate.
     
     
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