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    560 millions de bouteilles au dépotoir en 2008

    Du milliard de contenants d'eau mis en circulation au Québec, seuls 44% seront recyclés

    Les consommateurs québécois vont utiliser cette année un milliard de bouteilles de plastique contenant des eaux plates ou gazéifiées, selon la dernière évaluation faite par Recyc-Québec. Toutefois, seulement 44 % de ces contenants de plastique empruntent actuellement le chemin de la récupération et du recyclage, ce qui implique qu'environ 550 millions de ces bouteilles de tout format aboutiront cette année dans les sites d'enfouissement, précisait au Devoir hier le porte-parole de Recyc-Québec, Richard Goulet.

    Ces chiffres, ajoutait-il, sont le résultat d'extrapolations basées sur des renseignements récents obtenus par la société d'État, qu'on a jouxtés à l'inventaire technique réalisé en 2006 avec l'aide des embouteilleurs et de l'Institut québécois de la statistique. La prochaine validation de la consommation des contenants d'eau embouteillée portera précisément sur l'année en cours. Les chiffres seront disponibles l'an prochain.

    Si Québec imposait une consigne sur ces bouteilles et que leur taux de récupération rejoignait celui des bouteilles de boissons gazeuses, c'est plus de 77 % de ces contenants qui pourraient prendre le chemin du recyclage, convenait M. Goulet. Mais, malgré l'examen de la question par une commission parlementaire au printemps, Québec tarde toujours à se brancher dans ce dossier. Il a d'ailleurs été impossible hier soir d'obtenir un commentaire du cabinet de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, pour savoir si ce ministère va continuer de miser sur la collecte sélective et d'autres initiatives spécialisées pour réduire la pollution visuelle et l'encombrement inutile des sites d'enfouissement où ces bouteilles pourraient prendre plus de 600 ans avant de se dégrader, soit au moins deux fois plus longtemps que les sacs de plastique.

    London ouvre le bal

    La question des contenants de plastique d'eau embouteillée a drainé beaucoup d'attention médiatique au cours des derniers jours, alors que la Ville de London, en Ontario, adoptait un règlement qui en interdit la vente dans tous les établissements municipaux, arénas et centres communautaires y compris. Hier, le maire de Toronto, David Miller, déclarait qu'il songeait lui aussi à adopter une telle mesure et qu'un rapport sur la question lui sera remis cet automne en vue d'un examen par le conseil municipal.

    L'affaire a débuté en 2005 quand les responsables de la gestion des déchets de London ont fait une découverte surprenante. Les camions à déchets devaient ramasser constamment plus de déchets avec les mêmes camions alors que le poids de leur chargement s'allégeait. Ils ont ainsi découvert que le volume des déchets de cette ville avait augmenté de 60 % en cinq ans mais que le poids de ces déchets n'avait augmenté que de 20 % durant la même période. Cette augmentation du volume s'expliquait principalement par la multiplication invraisemblable des contenants de plastique qui, même vides, bouffent un espace considérable autant dans les camions à déchets que dans les sites d'enfouissement, avec tous les coûts additionnels que cela impose à la collectivité.

    Au Québec, aucune ville n'a manifesté jusqu'ici l'intention de bannir la vente d'eau embouteillée dans ses édifices, alors qu'au Canada anglais, Kitchener, Ottawa et Vancouver songent ouvertement à emboîter le bas à London et à Toronto.

    Les industriels ont évidemment dénoncé ce coup de semonce, contraire, disent-ils, à la liberté de choix des consommateurs. Ces contenants, ajoutent-ils, répondent à un besoin car il n'y a pas toujours une buvette disponible là où on les utilise. Et au problème des bouteilles d'eau s'ajoutent les millions de bouteilles similaires, contenant des jus, du lait ou d'autres liquides alimentaires, dont un faible pourcentage est présentement recyclé.

    Progression fulgurante

    Les travaux de Recyc-Québec démontrent que, si le Québec ne réagit pas autant que le Canada anglais sur cette question, il suit néanmoins les tendances nationales.

    Selon la société d'État québécoise, les Québécois consommaient en 1992 quelque 70 millions de bouteilles d'eau. Dix ans plus tard, en 2002, la consommation québécoise passait à 175 millions de bouteilles d'eau par année, pour atteindre le chiffre faramineux de 775 millions trois ans plus tard. C'est cette progression moyenne de 20 % par année de ce marché hyper-lucratif depuis 1992 — même si l'eau embouteillée se vend plus cher que le litre de pétrole en moyenne! — qui conduit Recyc-Québec à évaluer actuellement l'utilisation des contenants d'eau embouteillée autour du milliard en 2008.

    Les contenants d'eau embouteillée, précise Richard Goulet, correspondent à eux seuls à environ 15 % des 4,7 milliards de contenants de plastique de toutes sortes qu'on utilise chaque année au Québec.

    Et le recyclage, même s'il est en progression, dit-il, ne parvient pas à réduire la masse de ces déchets qui encombrent de plus en plus nos dépotoirs. Les chiffres disponibles sur l'augmentation du nombre de bouteilles jetées au dépotoir ont toutefois une portée limitée, car ils ne touchent que le secteur résidentiel et le seul contenu des bacs de recyclage. Les chercheurs y ont découvert cependant que les bouteilles d'eau y étaient récupérées dans une proportion de 12 % en 2002 et de 57 % en 2005. Mais comme ces chiffres s'appliquent à des quantités en progression fulgurante, la masse réelle de ces contenants qui filent au dépotoir augmente, année après année.

    Un doute rentable

    Experts et écologistes en conviennent: l'explosion des ventes d'eau embouteillée résulte d'un marketing systématique qui a ancré l'idée que l'eau des villes n'est pas sécuritaire et qu'il était même plus écologique de boire cette eau qui n'est pas toujours extraite des nappes phréatiques. Certains embouteilleurs utilisent d'ailleurs l'eau de grandes villes québécoises qu'ils filtrent comme on le ferait avec un pichet équipé d'un filtre de charbon activé sans plus, confondant ces consommateurs qui craignent l'eau du robinet.

    Hier, le maire de Toronto soutenait que l'eau de sa ville était de meilleure qualité que la plus populaire des eaux embouteillées dans sa province.

    Au Québec, les villes importantes utilisent des systèmes de traitement qui font souvent l'objet de dizaines, voire de centaines de tests par jour. Les consommateurs qui veulent se débarrasser des quelques molécules de chlore dans l'eau de leur ville ou de trihalométhanes, un sous-produit de la désinfection des eaux, peuvent utiliser des pichets avec filtres de charbon activé disponibles partout pour obtenir une eau qui se compare avec celle des embouteilleurs. Beaucoup d'entreprises, explique Richard Goulet de Recyc-Québec, offrent d'ailleurs à leurs employés une eau purifiée au charbon activé à la fontaine, ce qui n'empêche pas les bouteilles d'eau de proliférer sur les bureaux, comme dans la salle de rédaction du Devoir...

    Mais ces bouteilles, qui sont fabriquées à partir d'un mélange d'éthylène glycol et d'acide téréphtalique, ne sont pas sans problème. D'abord, ces deux types de molécules sont extraits d'hydrocarbures, une ressource de moins en moins abondante, comme en témoignent les prix de l'essence.

    Et de tous les plastiques, les bouteilles de polyéthylène téréphtalate sont celles dont la fabrication exige la plus importante quantité d'énergie. Les émissions de gaz à effet de serre associées à leur fabrication sont 150 fois plus importantes que celles nécessaires à la production de l'eau du robinet, laquelle, ajoute Eau-Secours, peut coûter jusqu'à 5000 fois moins cher que l'eau en bouteille.

    Selon Carole Poliquin, la réalisatrice du film Homo toxicus, qui sera présenté à Télé-Québec cet automne, les études sur le polyéthylène téréphtalate indiquent que ces bouteilles rejettent entre 30 et 100 fois plus d'antimoine que l'eau du robinet peut en contenir. Quant aux phtalates, il s'agit de molécules toxiques dont la présence croissante dans le sang des humains inquiète de plus en plus les chercheurs en raison de leurs impacts sur le système endocrinien.

    «Très peu d'études et surtout très peu d'études de long terme, explique Carole Poliquin, ont examiné la migration des phtalates dans l'eau embouteillée et ses impacts. Une seule étude italienne faite en 1994 a vraiment abordé de front cette question. On y apprend que la migration des phtalates augmente avec le temps d'entreposage. Et d'autres études indiquent que, si chaque molécule de phtalates en soi semble avoir peu d'impacts sur la santé, y compris dans le cas de l'eau embouteillée, l'accumulation de différents phtalates dans l'organisme humain aurait des effets exponentiels qui ne sont pas négligeables.»












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