Vendre son corps au plus offrant
Les femmes ne cesseront jamais de m'étonner et de me décevoir, je dois bien l'avouer. Alors qu'elles se battent depuis si longtemps pour enfin faire reconnaître leur égalité, il a suffi qu'une agence de publicité (Boss pour ne pas la nommer) se présente avec une offre de calendrier pour que certaines d'entre elles acceptent de poser nues, dans des poses de victimes et de soumises, en sachant qu'elles serviraient à vendre de la bière à tous les «Serge» du pays comme ça se faisait autrefois, quand les femmes étaient toujours au fond du baril.
La seule chose qui me console devant tant d'insouciance, c'est qu'il s'est trouvé en même temps des femmes pour dire «Ça suffit!» haut et fort et pour obliger tout le monde à regarder en face le mépris du commanditaire et du publicitaire en question.
Le fameux «Serge», ce bonhomme que nous croisons tous les jours, paraît-il, et qui ne jure que par «le sport, la bière et le sexe», trouvera une partie de sa satisfaction en zieutant les pages d'un certain calendrier où 12 jolies jeunes femmes auront accepté de se dévêtir en échange d'une somme d'argent assez substantielle, du moins je l'espère pour elles, tout en permettant aux mâles de se croire les maîtres de ce harem fait sur mesure pour eux. Que les images soient dégradantes pour les femmes ne dérangent pas ces gars-là, non monsieur. Je dirais même qu'au contraire, ça les excite. Et c'est ce qu'ils cherchent.
La question est bien sûr beaucoup plus: pourquoi les femmes le font-elles? Probablement pour l'argent d'abord. Les femmes en général ne sont pas riches et la pauvreté change forcément la donne. Pour les femmes, l'argent que leur permettent de gagner les fantasmes des hommes sert souvent à survivre. C'est la plupart du temps le cas dans le monde de la prostitution où il est connu que les sommes qui circulent sont importantes. Demandez à une danseuse de poteau ce qu'elle gagne en une journée et il est probable que c'est plus payant que le taxi. Les femmes qui vendent leur corps réagissent en disant: je suis jeune, je suis belle, je n'ai pas honte de le montrer. La décision devient un défi qui leur sert à défier les tabous. Une sorte de vengeance contre «l'enfermement du corps des femmes» que des siècles d'hypocrisie avaient transformé en vertu.
Ce qui choque, c'est beaucoup la dégradation du corps des femmes pour annoncer quoi que ce soit, y compris la dégradation liée à la nudité dans le but avoué de vendre de la bière ou tout autre produit de consommation. Déshabiller une femme, lui attacher les mains pour vendre de l'eau de Cologne plutôt que de la bière, c'est du mépris. Déshabiller un homme, l'égratigner dans le dos (laissant entendre par l'image qu'une femme ne pourrait lui résister) pour vendre un slip, serait aussi un abus. Coucher une femme ou un homme sur un capot de voiture pour vendre la voiture... c'est une insulte à l'intelligence humaine, qu'elle soit mâle ou femelle.
Les femmes qui ont posé pour le calendrier de bière ont invoqué l'exemple des pompiers qui ont posé dénudés avec des allures de conquérants pour venir en aide à une oeuvre de charité. La fin, dans ce cas, aurait-elle justifié le moyen? Je propose que tout le monde aille se rhabiller. Pour redonner à la nudité un peu d'attrait, il faudrait qu'on cesse d'en trouver partout. L'imagination, ça devrait encore pouvoir servir à quelque chose, non?
Mon calendrier à moi
Mon calendrier idéal ne contiendrait qu'une seule photo, celle d'Ingrid Betancourt, parce que depuis sa libération de la jungle colombienne, elle a réussi le tour de force d'être un exemple de cohérence et d'équilibre, de force et de fragilité, de lucidité et d'espoir.
Retenue prisonnière par les FARC pendant plus de six ans, privée du plus élémentaire confort pour un être humain, obligée de se déplacer à pied sans arrêt dans la jungle inhospitalière si touffue qu'elle l'empêchait même de voir le ciel, sans médicament pour soigner son corps malade, pensant mourir chaque jour, une femme seule parmi des hommes, elle n'a jamais abandonné le goût de vivre et de témoigner.
Elle aurait pu régler ses comptes une fois libre. Elle a plutôt choisi de protéger les otages qui sont encore retenus par les FARC et de mesurer ses confidences afin de ne pas jeter d'huile sur le feu.
Elle a répondu à presque toutes les questions prudemment, toujours consciente de la responsabilité qu'elle porte en elle. À CNN qui voulait savoir si elle avait été torturée ou malmenée, elle a répondu: «Je ne désire pas parler de ces choses-là, je ne répondrai pas à cette question.»
Son désir de voir libérer les autres otages, ceux qu'elle a laissés derrière elle, lui dicte son comportement. Il est évident que cette femme a souffert, mais au lieu de se donner en spectacle devant les médias rassemblés, elle a choisi la discrétion. On a voulu la briser. Elle en est sortie plus grande que jamais. Ça vaut bien tout un calendrier pour toute l'année.
La seule chose qui me console devant tant d'insouciance, c'est qu'il s'est trouvé en même temps des femmes pour dire «Ça suffit!» haut et fort et pour obliger tout le monde à regarder en face le mépris du commanditaire et du publicitaire en question.
Le fameux «Serge», ce bonhomme que nous croisons tous les jours, paraît-il, et qui ne jure que par «le sport, la bière et le sexe», trouvera une partie de sa satisfaction en zieutant les pages d'un certain calendrier où 12 jolies jeunes femmes auront accepté de se dévêtir en échange d'une somme d'argent assez substantielle, du moins je l'espère pour elles, tout en permettant aux mâles de se croire les maîtres de ce harem fait sur mesure pour eux. Que les images soient dégradantes pour les femmes ne dérangent pas ces gars-là, non monsieur. Je dirais même qu'au contraire, ça les excite. Et c'est ce qu'ils cherchent.
La question est bien sûr beaucoup plus: pourquoi les femmes le font-elles? Probablement pour l'argent d'abord. Les femmes en général ne sont pas riches et la pauvreté change forcément la donne. Pour les femmes, l'argent que leur permettent de gagner les fantasmes des hommes sert souvent à survivre. C'est la plupart du temps le cas dans le monde de la prostitution où il est connu que les sommes qui circulent sont importantes. Demandez à une danseuse de poteau ce qu'elle gagne en une journée et il est probable que c'est plus payant que le taxi. Les femmes qui vendent leur corps réagissent en disant: je suis jeune, je suis belle, je n'ai pas honte de le montrer. La décision devient un défi qui leur sert à défier les tabous. Une sorte de vengeance contre «l'enfermement du corps des femmes» que des siècles d'hypocrisie avaient transformé en vertu.
Ce qui choque, c'est beaucoup la dégradation du corps des femmes pour annoncer quoi que ce soit, y compris la dégradation liée à la nudité dans le but avoué de vendre de la bière ou tout autre produit de consommation. Déshabiller une femme, lui attacher les mains pour vendre de l'eau de Cologne plutôt que de la bière, c'est du mépris. Déshabiller un homme, l'égratigner dans le dos (laissant entendre par l'image qu'une femme ne pourrait lui résister) pour vendre un slip, serait aussi un abus. Coucher une femme ou un homme sur un capot de voiture pour vendre la voiture... c'est une insulte à l'intelligence humaine, qu'elle soit mâle ou femelle.
Les femmes qui ont posé pour le calendrier de bière ont invoqué l'exemple des pompiers qui ont posé dénudés avec des allures de conquérants pour venir en aide à une oeuvre de charité. La fin, dans ce cas, aurait-elle justifié le moyen? Je propose que tout le monde aille se rhabiller. Pour redonner à la nudité un peu d'attrait, il faudrait qu'on cesse d'en trouver partout. L'imagination, ça devrait encore pouvoir servir à quelque chose, non?
Mon calendrier à moi
Mon calendrier idéal ne contiendrait qu'une seule photo, celle d'Ingrid Betancourt, parce que depuis sa libération de la jungle colombienne, elle a réussi le tour de force d'être un exemple de cohérence et d'équilibre, de force et de fragilité, de lucidité et d'espoir.
Retenue prisonnière par les FARC pendant plus de six ans, privée du plus élémentaire confort pour un être humain, obligée de se déplacer à pied sans arrêt dans la jungle inhospitalière si touffue qu'elle l'empêchait même de voir le ciel, sans médicament pour soigner son corps malade, pensant mourir chaque jour, une femme seule parmi des hommes, elle n'a jamais abandonné le goût de vivre et de témoigner.
Elle aurait pu régler ses comptes une fois libre. Elle a plutôt choisi de protéger les otages qui sont encore retenus par les FARC et de mesurer ses confidences afin de ne pas jeter d'huile sur le feu.
Elle a répondu à presque toutes les questions prudemment, toujours consciente de la responsabilité qu'elle porte en elle. À CNN qui voulait savoir si elle avait été torturée ou malmenée, elle a répondu: «Je ne désire pas parler de ces choses-là, je ne répondrai pas à cette question.»
Son désir de voir libérer les autres otages, ceux qu'elle a laissés derrière elle, lui dicte son comportement. Il est évident que cette femme a souffert, mais au lieu de se donner en spectacle devant les médias rassemblés, elle a choisi la discrétion. On a voulu la briser. Elle en est sortie plus grande que jamais. Ça vaut bien tout un calendrier pour toute l'année.
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