Le héros honni
La controverse et l'opposition? Le Dr Henry Morgentaler en a vu d'autres! Il reçoit l'Ordre du Canada dans une énième polémique, mais cette figure emblématique de la décriminalisation de l'avortement hausse les épaules: abonné aux injures, il s'attendait même à «plus de violence» que les protestations émises cette semaine à son endroit.
Sa vie est une longue course à obstacles. Pas étonnant qu'il accueille avec philosophie les grognements causés par un insigne. Dès qu'il commença à défendre publiquement l'idée de l'avortement légal, vers la fin des années 1960, sa lutte fut jalonnée d'obstacles: dans les cliniques où il pratiquait, des descentes policières; des arrestations; des attaques à la bombe; puis des procès; et un emprisonnement de 10 mois.
Vingt ans après le jugement de la Cour suprême qui lui donna raison et décriminalisa l'avortement, Henry Morgentaler estime qu'il a maintenant droit aux honneurs. L'Ordre du Canada salue son âpre lutte pour le droit des femmes à un avortement sans risque pour leur vie ou leur santé. Nous croyons qu'il s'agit d'une distinction méritée dont la valeur devrait être jaugée en dehors du spectre de la controverse.
Le spectacle qui s'est joué cette semaine n'est qu'une reprise d'un scénario déjà présenté en 2005, alors que la University of Western Ontario remettait un doctorat honorifique au célèbre personnage, sous une salve d'applaudissements mêlée de quelques huées bien senties. Héros honni? La légalisation de l'avortement a beau avoir 20 ans, les déchirements moraux qui l'entourent sont latents. Hormis au Québec, où l'unanimité en faveur du choix des femmes est plus visible, la question soulève partout ailleurs de vives passions, l'Église catholique étant bien ancrée dans le camp des pro-vie.
Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, cette réticence a emprunté un virage politique. Le projet de loi C-484 fut présenté comme une protection juridique pour les femmes enceintes, mais en octroyant des droits au foetus, il constitue plutôt une menace à l'avortement. Le premier ministre s'est d'ailleurs vite dissocié de l'honneur fait au Dr Morgentaler, soulignant que l'Ordre du Canada devait «unir» plutôt que «diviser» les Canadiens.
Une précision ici s'impose: cet honneur récompense «une vie vouée au service d'une collectivité, d'un groupe ou d'un champ d'activité». Dans des champs aussi variés que l'art, la politique ou l'environnement, rien ne contraint à la théorique unanimité. Les membres du comité de sélection, comme ceux de la University of Western Ontario avant eux, ont jugé le parcours du médecin sans s'arrêter au consensus collectif.
Certains faits, assurément, ont retenu leur attention. Le Canada, comme d'autres pays qui ont fait de l'avortement un droit, ne souffre plus de conditions médiévales dans lesquelles, ailleurs sur le globe, quelque 70 000 femmes meurent encore chaque année, en plus de millions d'autres qui porteront à jamais les séquelles d'interventions clandestines. Des hommes tels que Henry Morgentaler ont contribué à cet avancement social manifeste. Sachons le reconnaître.
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machouinard@ledevoir.com
Sa vie est une longue course à obstacles. Pas étonnant qu'il accueille avec philosophie les grognements causés par un insigne. Dès qu'il commença à défendre publiquement l'idée de l'avortement légal, vers la fin des années 1960, sa lutte fut jalonnée d'obstacles: dans les cliniques où il pratiquait, des descentes policières; des arrestations; des attaques à la bombe; puis des procès; et un emprisonnement de 10 mois.
Vingt ans après le jugement de la Cour suprême qui lui donna raison et décriminalisa l'avortement, Henry Morgentaler estime qu'il a maintenant droit aux honneurs. L'Ordre du Canada salue son âpre lutte pour le droit des femmes à un avortement sans risque pour leur vie ou leur santé. Nous croyons qu'il s'agit d'une distinction méritée dont la valeur devrait être jaugée en dehors du spectre de la controverse.
Le spectacle qui s'est joué cette semaine n'est qu'une reprise d'un scénario déjà présenté en 2005, alors que la University of Western Ontario remettait un doctorat honorifique au célèbre personnage, sous une salve d'applaudissements mêlée de quelques huées bien senties. Héros honni? La légalisation de l'avortement a beau avoir 20 ans, les déchirements moraux qui l'entourent sont latents. Hormis au Québec, où l'unanimité en faveur du choix des femmes est plus visible, la question soulève partout ailleurs de vives passions, l'Église catholique étant bien ancrée dans le camp des pro-vie.
Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, cette réticence a emprunté un virage politique. Le projet de loi C-484 fut présenté comme une protection juridique pour les femmes enceintes, mais en octroyant des droits au foetus, il constitue plutôt une menace à l'avortement. Le premier ministre s'est d'ailleurs vite dissocié de l'honneur fait au Dr Morgentaler, soulignant que l'Ordre du Canada devait «unir» plutôt que «diviser» les Canadiens.
Une précision ici s'impose: cet honneur récompense «une vie vouée au service d'une collectivité, d'un groupe ou d'un champ d'activité». Dans des champs aussi variés que l'art, la politique ou l'environnement, rien ne contraint à la théorique unanimité. Les membres du comité de sélection, comme ceux de la University of Western Ontario avant eux, ont jugé le parcours du médecin sans s'arrêter au consensus collectif.
Certains faits, assurément, ont retenu leur attention. Le Canada, comme d'autres pays qui ont fait de l'avortement un droit, ne souffre plus de conditions médiévales dans lesquelles, ailleurs sur le globe, quelque 70 000 femmes meurent encore chaque année, en plus de millions d'autres qui porteront à jamais les séquelles d'interventions clandestines. Des hommes tels que Henry Morgentaler ont contribué à cet avancement social manifeste. Sachons le reconnaître.
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