Dessine-moi une famille
En manque de renforts, la famille d'accueil traditionnelle doit se forger une nouvelle identité
Photo : Jacques Nadeau
Léa* a huit mois et la promesse d'une jolie fossette sur la joue droite. Mais ça, personne ne le sait parce que la petite n'a jamais même eu la chance d'esquisser l'ébauche d'un premier sourire. Négligée et manifestement violentée à répétition, Léa n'aura attendu que quelques heures avant d'être placée en famille d'accueil une fois son dossier remis entre les mains des centres jeunesse. Mais rien ne dit que son périple s'arrêtera là...
Le temps où les centres jeunesse pouvaient compter sur un grand nombre de familles d'accueil traditionnelles avec papa au boulot et maman à la maison est en effet révolu. Le problème a pris une telle ampleur, spécialement dans les milieux urbains, que les centres jeunesse doivent maintenant se résoudre à placer des enfants dans une famille qui n'est pas toujours la mieux outillée pour eux, déplore Anne-Marie Fournier, chef de service auprès des intervenants qui travaillent avec les familles d'accueil au Centre jeunesse de Montréal.
«Idéalement, on aimerait avoir un bassin de familles assez important pour pouvoir offrir à chaque enfant une famille faite sur mesure pour lui et ce, sur-le-champ. Mais avec 850 familles pour toute l'île, on n'a plus cette liberté et on place de plus en plus d'enfants en attendant. Puis on les déplace, alors que c'est ce qu'on cherche pourtant à éviter à tout prix.»
Des petits êtres brisés comme Léa, Sylvie en a accueilli plusieurs à quelques heures d'avis seulement depuis qu'elle est devenue famille d'accueil, il y a 12 ans. Ces jours-ci, ils sont pas moins de cinq, de trois à dix ans, à partager ce paisible toit de transition niché dans une rue tranquille de Montréal. «Ça passe, ça circule! En tout, on en a eu près d'une trentaine, de tous les âges», calcule Sylvie. Sans oublier les deux enfants du couple, maintenant âgés de 19 et 21 ans.
Aussi loin qu'elle se souvienne, Sylvie a toujours rêvé d'être famille d'accueil. Ce qui n'a pas empêché la réalité de la prendre quelque peu de court les premiers mois. «On essaie de tout prévoir, on s'imagine que l'enfant va nous arriver en pleurant et qu'il va suffire de le prendre dans nos bras pour tout effacer. Mais ça n'arrive jamais comme ça.» Et pour cause. Le placement en famille d'accueil est considéré comme un dernier recours par les centres jeunesse, qui ne s'y résignent que dans 40 % des cas.
Les enfants qui sont placés ont pour la plupart été négligés ou maltraités et affichent des séquelles bien visibles. D'autres ont été bafoués, écrasés ou abusés à répétition sans que rien n'y paraisse au premier regard. Mais tous sans exception sont aux prises avec une détresse qui fait d'eux des grands brûlés de l'âme, se chagrine Sylvie. «Tout ne peut pas s'effacer. Il faut chercher à les outiller, à mieux les équiper pour affronter la vie. Et c'est dur, parce qu'on le fait toujours avec un seul but en tête: travailler au retour de l'enfant dans sa famille.»
Des perles rares qui, comme Sylvie, sauront redonner leurs ailes aux enfants brisés sont dures à dénicher. Sur 100 familles intéressées, seules deux seront retenues au fil d'une sélection marathon aux règles extrêmement rigides. «Élever ses enfants est une chose, élever ceux des autres est un tout autre contrat. On ne naît pas famille d'accueil, on le devient. Et ce n'est vraiment pas donné à tous», résume Anne-Marie Fournier.
Bienvenue aux familles atypiques
Les centres jeunesse de partout au Québec en sont conscients et ont entrepris de se mettre au goût du jour en recrutant des familles là où on ne les attendait pas. C'est ainsi que des couples qui ont un emploi à l'extérieur, des couples gais, des couples locataires (auparavant non éligibles), des personnes seules, mais aussi des couples aux origines culturelles de plus en plus diverses font maintenant l'objet de toute leur attention. Leur qualité commune? La stabilité, une qualité essentielle pour affronter les tempêtes qui viennent avec chaque placement, même ceux qui se passent dans les meilleures conditions, raconte Stéphanie Gadoury, intervenante auprès des familles d'accueil au Centre jeunesse des Laurentides.
Car il ne suffit pas d'être des parents de substitution. Il faut aussi être des accompagnateurs patients, mais fermes, insiste Mme Gadoury. «Une bonne famille d'accueil aime les enfants, ça transparaît.» C'est aussi une famille solide qui a une sécurité personnelle et une maturité affective presque à toute épreuve. C'est enfin une famille «qui ne portera pas de jugements de valeur. Il faut à tout prix éviter que l'enfant se retrouve en conflit de loyauté avec ses parents naturels, qu'il continue de fréquenter régulièrement».
Le spectre de la famille d'origine prend en effet une place importante dans le quotidien d'une famille d'accueil, qui doit composer avec les droits de visite des parents et les rêves brisés des enfants. «Je trouve toujours dur d'entendre un enfant qui a été roué de coups à la maison me dire qu'il aime mieux être battu que de vivre loin de sa famille», confie Sylvie. Sans oublier le fait que l'enfant arrive bien souvent sans que son histoire complète ne soit connue. Ce qui peut décontenancer même les familles d'accueil les plus expérimentées.
Pour Sylvie, ce jour-là est survenu avec le placement en urgence d'un petit bonhomme de quatre ans. Farouche et irritable, le petit a entrepris de tout maculer avec ses selles. Un réflexe qui a perduré pendant des mois. «Ils appellent ça le syndrome de la moufette. Quand un enfant a été abusé physiquement ou sexuellement, il cherche à s'isoler pour que personne ne s'approche de lui», raconte cet ange de patience faite femme, qui estime que «personne n'est prêt à faire face à une douleur aussi intense».
Le syndrome de la moufette n'est qu'un symptôme parmi des milliers d'autres de l'extrême détresse dans laquelle sont plongés certains enfants, confirme Anne-Marie Fournier. «C'est une technique de défense assez courante. D'autres vont plutôt répondre par la violence ou le rejet, ce qui peut être extrêmement difficile à gérer, même pour des familles d'accueil aguerries qui ont elles aussi besoin de soutien et de suivi.»
Mais malgré les jours difficiles qui deviennent parfois des semaines sinon des mois, Sylvie vit un grand bonheur entourée de ses petits pensionnaires. Un bonheur qui n'est toutefois pas sans nuages. Financièrement, l'avenir s'annonce difficile, voire impossible à concilier avec la mission qu'elle s'est donnée. «Il m'arrive de penser qu'il va me falloir arrêter parce que je ne veux pas hypothéquer ma retraite. Je n'ai pas de salaire, donc pas de REER, et on n'a même pas droit à la Régie des rentes. Bref, je me retrouve devant rien. Et ça m'effraie.»
Retourner au travail? Elle n'en aurait pas les moyens. «On n'a pas droit aux allocations familiales ni aux déductions des frais de garde ou autres.» En plus, cela l'obligerait à mettre une croix sur les 0 à 5 ans avec lesquels elle fait des merveilles. Les centres jeunesse jugent en effet qu'un poupon qu'on place n'a pas la force de subir un second traumatisme en étant aussitôt placé en garderie. Il faut d'abord le stabiliser, confirme Sylvie, qui chérit ces moments précieux. «Jamais je ne me sens aussi utile qu'avec ces enfants-là. Il n'y a pas un autre travail au monde qui soit autant fait sur mesure pour moi.»
De vieux réflexes missionnaires
Les familles comme celles de Sylvie se font toutefois de plus en plus rares, regrette la directrice générale de la Fédération des famille d'accueil du Québec, Huguette Blais. Selon elle, le peu d'enthousiasme des jeunes familles perdurera tant et aussi longtemps que cette institution gardera ses vieux réflexes de missionnaire. «La génération de familles d'accueil qui a porté le système à bout de bras est en voie de disparaître et la prochaine n'acceptera jamais de faire les même sacrifices. Pour qu'elle prenne la relève, il va falloir en faire un vrai partenaire et combler une fois pour toutes le gouffre financier qui ne cesse de se creuser.»
Le cliché voulant que certaines familles d'accueil le deviennent pour des raisons monétaires a beau perdurer, il est désormais bien loin de la réalité, poursuit Anne-Marie Fournier. Avec un tarif quotidien de base de 18 $, «on est encore pris avec un modèle très judéo-chrétien, en ce sens qu'on demande aux familles mille sacrifices sans rien leur donner en retour, sinon de maigres compensations qui ne servent qu'à assurer le minimum vital à l'enfant».
Les deux femmes s'entendent d'ailleurs pour dire qu'un salaire viendrait consolider cette institution à bout de souffle qui peine à trouver grâce aux yeux des jeunes couples salariés, lesquels ne voient aucun avantage à ces maigres compensations. «Les gens n'en aimeraient pas moins les enfants qu'on leur confie, mais ils auraient au moins le sentiment qu'on reconnaît que l'amour ne suffit pas, qu'il faut aussi éduquer et accompagner l'enfant, ce qui est un vrai travail», juge Huguette Blais.
À la fédération, on déplore également le fait que la complexité et l'intensité de la tâche qui incombe aux familles d'accueil soient constamment niées, même par Québec, qui rechigne à leur donner le minimum auquel elles ont droit. «Les familles doivent souvent se battre pour obtenir des mesures qui leur sont dues, mais qu'on persiste à leur contester ou à leur accorder au compte-gouttes de manière tout à fait arbitraire. C'est très démotivant.»
Huguette Blais s'inquiète aussi de la faiblesse des suivis. Techniquement, les familles sont tenues par la loi de suivre des formations. Mais dans la réalité, la majorité passe son tour, faute de temps et d'énergie. «Les enfants nous arrivent de plus en plus souffrants, mais on n'a aucun moyen d'obliger les familles à mieux s'outiller. Pour ça, il faudrait donner des dents à la loi.» Selon Mme Blais, le temps est venu de «reconnaître le travail des familles d'accueil à leur juste valeur, sinon ce sera la fin de cette institution».
***
*Tous les noms des enfants et des parents des familles d'accueil ont été changés de manière à préserver la confidentialité des personnes qui ont aimablement accepté de témoigner pour ce dossier.
Le temps où les centres jeunesse pouvaient compter sur un grand nombre de familles d'accueil traditionnelles avec papa au boulot et maman à la maison est en effet révolu. Le problème a pris une telle ampleur, spécialement dans les milieux urbains, que les centres jeunesse doivent maintenant se résoudre à placer des enfants dans une famille qui n'est pas toujours la mieux outillée pour eux, déplore Anne-Marie Fournier, chef de service auprès des intervenants qui travaillent avec les familles d'accueil au Centre jeunesse de Montréal.
«Idéalement, on aimerait avoir un bassin de familles assez important pour pouvoir offrir à chaque enfant une famille faite sur mesure pour lui et ce, sur-le-champ. Mais avec 850 familles pour toute l'île, on n'a plus cette liberté et on place de plus en plus d'enfants en attendant. Puis on les déplace, alors que c'est ce qu'on cherche pourtant à éviter à tout prix.»
Des petits êtres brisés comme Léa, Sylvie en a accueilli plusieurs à quelques heures d'avis seulement depuis qu'elle est devenue famille d'accueil, il y a 12 ans. Ces jours-ci, ils sont pas moins de cinq, de trois à dix ans, à partager ce paisible toit de transition niché dans une rue tranquille de Montréal. «Ça passe, ça circule! En tout, on en a eu près d'une trentaine, de tous les âges», calcule Sylvie. Sans oublier les deux enfants du couple, maintenant âgés de 19 et 21 ans.
Aussi loin qu'elle se souvienne, Sylvie a toujours rêvé d'être famille d'accueil. Ce qui n'a pas empêché la réalité de la prendre quelque peu de court les premiers mois. «On essaie de tout prévoir, on s'imagine que l'enfant va nous arriver en pleurant et qu'il va suffire de le prendre dans nos bras pour tout effacer. Mais ça n'arrive jamais comme ça.» Et pour cause. Le placement en famille d'accueil est considéré comme un dernier recours par les centres jeunesse, qui ne s'y résignent que dans 40 % des cas.
Les enfants qui sont placés ont pour la plupart été négligés ou maltraités et affichent des séquelles bien visibles. D'autres ont été bafoués, écrasés ou abusés à répétition sans que rien n'y paraisse au premier regard. Mais tous sans exception sont aux prises avec une détresse qui fait d'eux des grands brûlés de l'âme, se chagrine Sylvie. «Tout ne peut pas s'effacer. Il faut chercher à les outiller, à mieux les équiper pour affronter la vie. Et c'est dur, parce qu'on le fait toujours avec un seul but en tête: travailler au retour de l'enfant dans sa famille.»
Des perles rares qui, comme Sylvie, sauront redonner leurs ailes aux enfants brisés sont dures à dénicher. Sur 100 familles intéressées, seules deux seront retenues au fil d'une sélection marathon aux règles extrêmement rigides. «Élever ses enfants est une chose, élever ceux des autres est un tout autre contrat. On ne naît pas famille d'accueil, on le devient. Et ce n'est vraiment pas donné à tous», résume Anne-Marie Fournier.
Bienvenue aux familles atypiques
Les centres jeunesse de partout au Québec en sont conscients et ont entrepris de se mettre au goût du jour en recrutant des familles là où on ne les attendait pas. C'est ainsi que des couples qui ont un emploi à l'extérieur, des couples gais, des couples locataires (auparavant non éligibles), des personnes seules, mais aussi des couples aux origines culturelles de plus en plus diverses font maintenant l'objet de toute leur attention. Leur qualité commune? La stabilité, une qualité essentielle pour affronter les tempêtes qui viennent avec chaque placement, même ceux qui se passent dans les meilleures conditions, raconte Stéphanie Gadoury, intervenante auprès des familles d'accueil au Centre jeunesse des Laurentides.
Car il ne suffit pas d'être des parents de substitution. Il faut aussi être des accompagnateurs patients, mais fermes, insiste Mme Gadoury. «Une bonne famille d'accueil aime les enfants, ça transparaît.» C'est aussi une famille solide qui a une sécurité personnelle et une maturité affective presque à toute épreuve. C'est enfin une famille «qui ne portera pas de jugements de valeur. Il faut à tout prix éviter que l'enfant se retrouve en conflit de loyauté avec ses parents naturels, qu'il continue de fréquenter régulièrement».
Le spectre de la famille d'origine prend en effet une place importante dans le quotidien d'une famille d'accueil, qui doit composer avec les droits de visite des parents et les rêves brisés des enfants. «Je trouve toujours dur d'entendre un enfant qui a été roué de coups à la maison me dire qu'il aime mieux être battu que de vivre loin de sa famille», confie Sylvie. Sans oublier le fait que l'enfant arrive bien souvent sans que son histoire complète ne soit connue. Ce qui peut décontenancer même les familles d'accueil les plus expérimentées.
Pour Sylvie, ce jour-là est survenu avec le placement en urgence d'un petit bonhomme de quatre ans. Farouche et irritable, le petit a entrepris de tout maculer avec ses selles. Un réflexe qui a perduré pendant des mois. «Ils appellent ça le syndrome de la moufette. Quand un enfant a été abusé physiquement ou sexuellement, il cherche à s'isoler pour que personne ne s'approche de lui», raconte cet ange de patience faite femme, qui estime que «personne n'est prêt à faire face à une douleur aussi intense».
Le syndrome de la moufette n'est qu'un symptôme parmi des milliers d'autres de l'extrême détresse dans laquelle sont plongés certains enfants, confirme Anne-Marie Fournier. «C'est une technique de défense assez courante. D'autres vont plutôt répondre par la violence ou le rejet, ce qui peut être extrêmement difficile à gérer, même pour des familles d'accueil aguerries qui ont elles aussi besoin de soutien et de suivi.»
Mais malgré les jours difficiles qui deviennent parfois des semaines sinon des mois, Sylvie vit un grand bonheur entourée de ses petits pensionnaires. Un bonheur qui n'est toutefois pas sans nuages. Financièrement, l'avenir s'annonce difficile, voire impossible à concilier avec la mission qu'elle s'est donnée. «Il m'arrive de penser qu'il va me falloir arrêter parce que je ne veux pas hypothéquer ma retraite. Je n'ai pas de salaire, donc pas de REER, et on n'a même pas droit à la Régie des rentes. Bref, je me retrouve devant rien. Et ça m'effraie.»
Retourner au travail? Elle n'en aurait pas les moyens. «On n'a pas droit aux allocations familiales ni aux déductions des frais de garde ou autres.» En plus, cela l'obligerait à mettre une croix sur les 0 à 5 ans avec lesquels elle fait des merveilles. Les centres jeunesse jugent en effet qu'un poupon qu'on place n'a pas la force de subir un second traumatisme en étant aussitôt placé en garderie. Il faut d'abord le stabiliser, confirme Sylvie, qui chérit ces moments précieux. «Jamais je ne me sens aussi utile qu'avec ces enfants-là. Il n'y a pas un autre travail au monde qui soit autant fait sur mesure pour moi.»
De vieux réflexes missionnaires
Les familles comme celles de Sylvie se font toutefois de plus en plus rares, regrette la directrice générale de la Fédération des famille d'accueil du Québec, Huguette Blais. Selon elle, le peu d'enthousiasme des jeunes familles perdurera tant et aussi longtemps que cette institution gardera ses vieux réflexes de missionnaire. «La génération de familles d'accueil qui a porté le système à bout de bras est en voie de disparaître et la prochaine n'acceptera jamais de faire les même sacrifices. Pour qu'elle prenne la relève, il va falloir en faire un vrai partenaire et combler une fois pour toutes le gouffre financier qui ne cesse de se creuser.»
Le cliché voulant que certaines familles d'accueil le deviennent pour des raisons monétaires a beau perdurer, il est désormais bien loin de la réalité, poursuit Anne-Marie Fournier. Avec un tarif quotidien de base de 18 $, «on est encore pris avec un modèle très judéo-chrétien, en ce sens qu'on demande aux familles mille sacrifices sans rien leur donner en retour, sinon de maigres compensations qui ne servent qu'à assurer le minimum vital à l'enfant».
Les deux femmes s'entendent d'ailleurs pour dire qu'un salaire viendrait consolider cette institution à bout de souffle qui peine à trouver grâce aux yeux des jeunes couples salariés, lesquels ne voient aucun avantage à ces maigres compensations. «Les gens n'en aimeraient pas moins les enfants qu'on leur confie, mais ils auraient au moins le sentiment qu'on reconnaît que l'amour ne suffit pas, qu'il faut aussi éduquer et accompagner l'enfant, ce qui est un vrai travail», juge Huguette Blais.
À la fédération, on déplore également le fait que la complexité et l'intensité de la tâche qui incombe aux familles d'accueil soient constamment niées, même par Québec, qui rechigne à leur donner le minimum auquel elles ont droit. «Les familles doivent souvent se battre pour obtenir des mesures qui leur sont dues, mais qu'on persiste à leur contester ou à leur accorder au compte-gouttes de manière tout à fait arbitraire. C'est très démotivant.»
Huguette Blais s'inquiète aussi de la faiblesse des suivis. Techniquement, les familles sont tenues par la loi de suivre des formations. Mais dans la réalité, la majorité passe son tour, faute de temps et d'énergie. «Les enfants nous arrivent de plus en plus souffrants, mais on n'a aucun moyen d'obliger les familles à mieux s'outiller. Pour ça, il faudrait donner des dents à la loi.» Selon Mme Blais, le temps est venu de «reconnaître le travail des familles d'accueil à leur juste valeur, sinon ce sera la fin de cette institution».
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*Tous les noms des enfants et des parents des familles d'accueil ont été changés de manière à préserver la confidentialité des personnes qui ont aimablement accepté de témoigner pour ce dossier.
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