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Comprendre la réaction des arbres au stress de la ville

Montréal compte 675 000 arbres dont on ignore l'état de santé

Pour améliorer le sort des arbres urbains, la Ville de Montréal a appelé la science et la technologie à la rescousse. Pierre Jutras, agronome à la Division de l'horticulture et de l'arboriculture de la Ville, a non seulement entrepris de dresser un inventaire précis des arbres montréalais, il s'est également intéressé aux effets que peut avoir un environnement hostile sur la santé des arbres plantés en bordure de rue. Objectif de ses travaux: mieux cibler les interventions menées par les arrondissements et optimiser les ressources.

Montréal compte 675 000 arbres publics sur son territoire. Bien qu'on connaisse les essences qui composent la population arboricole, on ne dispose pas encore d'outils précis pour mesurer la santé des arbres et les effets du stress sur leur croissance.

Depuis 2001, la Division de l'horticulture et de l'arboriculture de la Ville dispose d'un protocole de suivi à long terme de 1500 arbres répartis dans les arrondissements de Ville-Marie, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont-Petite-Patrie et Plateau Mont-Royal. La croissance et la santé de ces arbres plantés le long de rues commerciales et résidentielles permettront de mieux évaluer leurs réactions aux agressions dont ils sont victimes.

Mais la Ville a un projet plus ambitieux: répertorier tous les arbres montréalais afin d'en dresser un inventaire géoréférencé qui se transposera éventuellement à celui des immeubles de la ville. Pierre Jutras a donc développé de nouveaux paramètres qui ont jusqu'à maintenant été utilisés par deux arrondissements, ceux du Sud-Ouest et de Lachine.

En 2007, un avion muni d'un faisceau laser et d'une caméra multispectrale a survolé la ville de Lachine jusqu'à Hochelaga-Maisonneuve en passant par le Sud-Ouest et le centre-ville. Les données recueillies de la sorte ont permis de relever la position exacte de tous les arbres, publics et privés, et de déterminer leurs dimensions. On s'est servi de la caméra multispectrale pour déterminer l'essence de chaque arbre.

Ces données seront précieuses non seulement pour dresser le bilan de santé des arbres montréalais mais également pour faciliter la gestion de toute épidémie de maladies ou d'infestation d'insectes ravageurs. On appréhende particulièrement l'arrivée éventuelle du longicorne asiatique ou de l'agrile du frêne, des insectes qui représentent une sérieuse menace pour les arbres montréalais. Le longicorne, susceptible de s'attaquer à 75 % des arbres de la métropole, a fait son apparition à Toronto en 2003, et on a dû abattre tous les arbres se trouvant dans un rayon de 400 mètres des foyers d'infestation.

À plus long terme, Pierre Jutras souhaite notamment mesurer l'ensoleillement et déterminer les types d'agressions subies par chaque arbre planté en bordure de rue. «Le fait de calculer le nombre d'heures d'ensoleillement permettrait de déterminer quelles essences d'arbres sont les mieux adaptées. Et dans certains arrondissements, à des endroits précis, on pourrait recommander de ne pas planter d'arbres du tout parce que la lumière est insuffisante», signale-t-il.

Toutefois, pour croître, un arbre ne doit pas avoir les pieds à l'étroit. Agrandir les fosses de plantation représente un défi de taille à Montréal à cause de l'étroitesse de certains trottoirs. Pierre Jutras s'est donc intéressé à un nouveau mélange de sol élaboré par l'Institut d'horticulture urbaine de l'université Cornell. Composé essentiellement de petites roches auxquelles on ajoute un volume déterminé de terre, ce mélange favorise le développement des racines et le drainage de l'eau tout en supportant les trottoirs. C'est d'ailleurs ce matériau qu'on a utilisé sous les nouveaux trottoirs construits en 2001 le long du boulevard de Maisonneuve, à l'ouest de la rue de Bleury. Jusqu'à maintenant, les arbres qui s'y trouvent se portent bien.

En collaboration avec les universités de Sherbrooke et McGill, la Ville de Montréal a entrepris de tester le comportement de ce mélange de sol dans le contexte montréalais. On veut vérifier sa réaction au gel et au dégel ainsi que sa performance en matière de drainage, de portance et de fertilité tout en s'assurant qu'il ne concentre pas les sels de déglaçage. Cet été, Pierre Jutras procédera à l'étude des racines des arbres qui ont servi de cobayes en pépinière afin de voir si le produit tient ses promesses.

Une histoire à suivre.
 
 
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