Giorgio Bassani - De lettres et de lumière
« Le film doit se détacher du livre, il doit être autre chose qu'un roman»
L’oeuvre de Giorgio Bassani est marquée au fer rouge du sort des Juifs pendant l’Holocauste.
Lorsqu'elle pense à son enfance, Paola Bassani-Pacht se remémore ses longs dimanches passés à admirer les tableaux dans les églises de Rome en compagnie de son frère et de son père, le célèbre Giorgio Bassani. «Mon père a été mon maître» explique celle qui est devenue historienne de l'art. «Il avait le guide, on regardait les peintures, puis on discutait durant des heures... C'était vraiment incroyable.»
Pour rendre hommage au «passionné des arts», mais aussi à l'emblème du cinéma et de la littérature italienne de l'après-guerre, Paola Bassani-Pacht a monté l'exposition Jardins de livres, qui sera présentée du 16 mai au 22 juin à la Cinémathèque québécoise. Surtout connu du public québécois pour l'adaptation cinématographique de son roman Les Jardins des Finzi-Contini, elle espère faire découvrir l'étendue et la richesse de l'oeuvre de son géniteur.
«Nous avons choisi des peintures qu'il aimait, des livres de sa collection personnelle et des scénarios qu'il a écrits... On voulait trouver des objets qui allaient rapprocher le public de Ferrara et l'univers de Bassani.»
Être juif sous Mussolini
L'univers de Bassani, c'est d'abord et avant tout l'Italie. Né à Bologne en 1916 et élevé à Ferrara au sein d'une famille juive de classe moyenne, il vit une adolescence qu'il qualifiera plus tard dans l'un de ses poèmes «des plus heureuses que l'on puisse imaginer». Mais lorsqu'il termine ses études universitaires en 1938, tout bascule. La loi raciale est promulguée par Mussolini. Les Juifs, pourtant très assimilés à la société, perdent alors tous droits civils. Ils seront plus tard envoyés dans les camps de concentration. On connaît la suite tragique...
L'oeuvre de Bassani est marquée au fer rouge du sort des Juifs pendant l'Holocauste. À travers ses livres, ses poèmes et ses nouvelles, il tente de comprendre comment un tel massacre a pu se produire. Sans pourtant faire du Juif la victime.
«Mon père a essayé de comprendre la société juive de Ferrera sans prendre de parti pris, sans tenter de la mystifier, affirme Paola Bassani-Pacht. Il a essayé de les représenter de manière lucide, sans dire qu'ils étaient extraordinaires, purs ou antifascistes, parce qu'ils ont eu leur part de responsabilité dans ce qui est arrivé. Il a d'ailleurs été vertement critiqué par les autres Juifs, qui refusaient d'être représentés comme ils étaient.»
À son avis, l'oeuvre de son père se démarque par le souci du détail historique. Bassani fut également l'un des premiers auteurs de l'après-guerre à oser aborder ce qui est arrivé aux Juifs. «Toute la gauche marxiste ne parlait jamais de ça. Sa littérature était une littérature qui se révoltait, qui jetait un regard nouveau sur l'Italie, qui n'essayait pas de faire un mythe du présent.»
Du livre à la pellicule
Giorgio Bassani s'est également démarqué par son travail en tant que directeur et vice-président de la chaîne de télévision publique RAI. Il contribue également à la scénarisation et à la mise en scène de plusieurs films.
Il signera, entre autres, la mise en scène du film d'Alessandro Blasetti, Tempi nostri (Zibaldone), le scénario du film La prigionera della montagna de Luis Trenke et la réalisation du film de Luigi Zampa, La Romana, tiré du récit de Moravia. Il sera même figurant dans un rôle d'enseignant dans le film Le ragazze di piazza di Spagna de Luciano Emmer.
«Pour lui, le cinéma était très amusant», remarque celle qui préside aujourd'hui la fondation qui porte le nom de son père. «Lorsqu'il a commencé à en faire, dans les années 50, il n'avait pas d'argent. C'était une façon de gagner sa vie. Je me rappelle qu'à cette époque, mes parents m'ont acheté mon premier petit manteau chic! Mais en même temps, le cinéma lui a servi, poursuit-elle. Son écriture le démontre. Il m'a déjà expliqué qu'il écrivait parfois comme s'il effectuait des mouvements de caméra.»
Plusieurs oeuvres de Bassani ont également été portées au grand écran. La plus célèbre des adaptations, Le Jardin des Finzi-Contini, l'a vraiment déçu. «Il s'est senti trahi, affirme sa fille. On lui avait demandé de faire le scénario et à la dernière minute, on a mis de côté le travail qu'il avait effectué. Il y a même eu un procès.»
Les deux autres adaptations, celles des Lunettes d'or et de Una notte del 43, l'ont toutefois satisfait. «Il était assez intelligent pour comprendre que le film doit se détacher du livre, qu'il doit être autre chose qu'un roman.»
Un homme de fragilité
Avec l'exposition présentée à la Cinémathèque, Paola Bassani-Pacht veut exposer des parcelles de l'oeuvre de son paternel, mais d'abord, le personnage. «C'était quelqu'un d'extrêmement enthousiaste. Il avait une vitalité incroyable, c'était un passionné qui avait besoin de se dépasser dans tout ce qu'il faisait, même dans le sport», dit-elle.
«En même temps, il était quelqu'un de très fragile... Il avait un caractère extrêmement limpide. C'était quelqu'un qui avait des hauts et des bas terribles. Quand il a terminé son dernier roman, Le Héron, je me souviens de l'avoir vu chez nous, à Rome, complètement détruit. Je lui ai dit "mais qu'est-ce que tu as, papa?" et il m'a répondu "j'ai terminé ce roman et je sens que c'est horrible, j'ai écrit quelque chose qui ne vaut rien". Il avait des crises d'inconfort énormes.»
C'est toutefois cette sensibilité qui rend l'ensemble du travail de Bassani intemporel. «Ce sont des oeuvres universelles qui donnent des émotions à tout le monde et même s'il écrit de Ferrara, il dit des choses que tous peuvent saisir, comprendre. Je m'émeus encore lorsque je lis mon père. C'est quelqu'un qui nous a donné tellement de choses, de forces, c'est pour ça qu'on en fait tant pour lui, pour que son oeuvre soit le plus possible découverte», conclut-elle.
Collaboratrice du Devoir
Pour rendre hommage au «passionné des arts», mais aussi à l'emblème du cinéma et de la littérature italienne de l'après-guerre, Paola Bassani-Pacht a monté l'exposition Jardins de livres, qui sera présentée du 16 mai au 22 juin à la Cinémathèque québécoise. Surtout connu du public québécois pour l'adaptation cinématographique de son roman Les Jardins des Finzi-Contini, elle espère faire découvrir l'étendue et la richesse de l'oeuvre de son géniteur.
«Nous avons choisi des peintures qu'il aimait, des livres de sa collection personnelle et des scénarios qu'il a écrits... On voulait trouver des objets qui allaient rapprocher le public de Ferrara et l'univers de Bassani.»
Être juif sous Mussolini
L'univers de Bassani, c'est d'abord et avant tout l'Italie. Né à Bologne en 1916 et élevé à Ferrara au sein d'une famille juive de classe moyenne, il vit une adolescence qu'il qualifiera plus tard dans l'un de ses poèmes «des plus heureuses que l'on puisse imaginer». Mais lorsqu'il termine ses études universitaires en 1938, tout bascule. La loi raciale est promulguée par Mussolini. Les Juifs, pourtant très assimilés à la société, perdent alors tous droits civils. Ils seront plus tard envoyés dans les camps de concentration. On connaît la suite tragique...
L'oeuvre de Bassani est marquée au fer rouge du sort des Juifs pendant l'Holocauste. À travers ses livres, ses poèmes et ses nouvelles, il tente de comprendre comment un tel massacre a pu se produire. Sans pourtant faire du Juif la victime.
«Mon père a essayé de comprendre la société juive de Ferrera sans prendre de parti pris, sans tenter de la mystifier, affirme Paola Bassani-Pacht. Il a essayé de les représenter de manière lucide, sans dire qu'ils étaient extraordinaires, purs ou antifascistes, parce qu'ils ont eu leur part de responsabilité dans ce qui est arrivé. Il a d'ailleurs été vertement critiqué par les autres Juifs, qui refusaient d'être représentés comme ils étaient.»
À son avis, l'oeuvre de son père se démarque par le souci du détail historique. Bassani fut également l'un des premiers auteurs de l'après-guerre à oser aborder ce qui est arrivé aux Juifs. «Toute la gauche marxiste ne parlait jamais de ça. Sa littérature était une littérature qui se révoltait, qui jetait un regard nouveau sur l'Italie, qui n'essayait pas de faire un mythe du présent.»
Du livre à la pellicule
Giorgio Bassani s'est également démarqué par son travail en tant que directeur et vice-président de la chaîne de télévision publique RAI. Il contribue également à la scénarisation et à la mise en scène de plusieurs films.
Il signera, entre autres, la mise en scène du film d'Alessandro Blasetti, Tempi nostri (Zibaldone), le scénario du film La prigionera della montagna de Luis Trenke et la réalisation du film de Luigi Zampa, La Romana, tiré du récit de Moravia. Il sera même figurant dans un rôle d'enseignant dans le film Le ragazze di piazza di Spagna de Luciano Emmer.
«Pour lui, le cinéma était très amusant», remarque celle qui préside aujourd'hui la fondation qui porte le nom de son père. «Lorsqu'il a commencé à en faire, dans les années 50, il n'avait pas d'argent. C'était une façon de gagner sa vie. Je me rappelle qu'à cette époque, mes parents m'ont acheté mon premier petit manteau chic! Mais en même temps, le cinéma lui a servi, poursuit-elle. Son écriture le démontre. Il m'a déjà expliqué qu'il écrivait parfois comme s'il effectuait des mouvements de caméra.»
Plusieurs oeuvres de Bassani ont également été portées au grand écran. La plus célèbre des adaptations, Le Jardin des Finzi-Contini, l'a vraiment déçu. «Il s'est senti trahi, affirme sa fille. On lui avait demandé de faire le scénario et à la dernière minute, on a mis de côté le travail qu'il avait effectué. Il y a même eu un procès.»
Les deux autres adaptations, celles des Lunettes d'or et de Una notte del 43, l'ont toutefois satisfait. «Il était assez intelligent pour comprendre que le film doit se détacher du livre, qu'il doit être autre chose qu'un roman.»
Un homme de fragilité
Avec l'exposition présentée à la Cinémathèque, Paola Bassani-Pacht veut exposer des parcelles de l'oeuvre de son paternel, mais d'abord, le personnage. «C'était quelqu'un d'extrêmement enthousiaste. Il avait une vitalité incroyable, c'était un passionné qui avait besoin de se dépasser dans tout ce qu'il faisait, même dans le sport», dit-elle.
«En même temps, il était quelqu'un de très fragile... Il avait un caractère extrêmement limpide. C'était quelqu'un qui avait des hauts et des bas terribles. Quand il a terminé son dernier roman, Le Héron, je me souviens de l'avoir vu chez nous, à Rome, complètement détruit. Je lui ai dit "mais qu'est-ce que tu as, papa?" et il m'a répondu "j'ai terminé ce roman et je sens que c'est horrible, j'ai écrit quelque chose qui ne vaut rien". Il avait des crises d'inconfort énormes.»
C'est toutefois cette sensibilité qui rend l'ensemble du travail de Bassani intemporel. «Ce sont des oeuvres universelles qui donnent des émotions à tout le monde et même s'il écrit de Ferrara, il dit des choses que tous peuvent saisir, comprendre. Je m'émeus encore lorsque je lis mon père. C'est quelqu'un qui nous a donné tellement de choses, de forces, c'est pour ça qu'on en fait tant pour lui, pour que son oeuvre soit le plus possible découverte», conclut-elle.
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