Il faut éviter de sombrer dans le pessimisme
Line Beauchamp admet toutefois que nos démocraties pensent trop à court terme
Photo : Agence France-Presse
Québec — Steven Guilbeault, un des écologistes les plus en vue au Québec (maintenant chez Équiterre), ressent un malaise lorsqu'on lui soumet les thèses d'un David Shearman ou d'un Hans Jonas. Il dit toutefois «comprendre le désespoir» des gens comme Shearman, qui militent depuis longtemps et en deviennent frustrés de voir que ça n'avance pas assez vite.
Il doute fort, du reste, que le défaut en cause soit celui de la démocratie. «C'est plutôt nos politiciens qui ont du mal à se projeter dans un avenir qui dépasse le prochain rendez-vous avec l'électorat.» À ses yeux, les entreprises ont un défaut similaire, et peut-être plus grave, puisque leur horizon se limite souvent au prochain trimestre.
La ministre québécoise de l'Environnement, Line Beauchamp, dit comprendre qu'on reproche aux politiciens de ne penser qu'à court terme. Elle souligne que plusieurs citoyens lui ont souvent fait part de leur déception à cet égard. Mais avec la Loi sur le développement durable, «adoptée à l'unanimité», souligne-t-elle, de même que le Fonds vert, le «gouvernement a prouvé qu'il faisait des efforts». Le vocabulaire, même dans des domaines qui ne sont pas à caractère environnemental, tend à évoluer, selon elle. Elle donne l'exemple du Fonds des générations, une cagnotte visant à diminuer le poids de la dette québécoise.
Toutefois, s'habituer à penser à plus long terme commande «l'invention» d'un nouveau droit pour les politiciens, croit Mme Beauchamp: celui du «droit à l'erreur». «Actuellement, on n'accepte pas qu'un politicien dise qu'il s'est trompé!» Or avoir une vue à long terme implique qu'il y aura nécessairement, à l'avenir, des «réajustements à une trajectoire donnée».
En blaguant, elle dit excuser ce qu'elle estime être une «erreur» de la part de David Suzuki: cette déclaration de février (voir texte ci-dessous) selon laquelle il faudrait emprisonner les politiciens qui ne «respectent pas les données scientifiques». La science elle-même évolue par essais et erreurs, souligne Mme Beauchamp. Il y a par exemple un débat sur l'effet exact des coupes dans la forêt boréale. Greenpeace soutient que ces coupes émettent environ 36 millions de tonnes de carbone. «Sur le phénomène des algues bleues, par exemple, la compréhension évolue constamment.» Souvent, donc, il faut plusieurs études avant de conclure définitivement. Remet-elle ainsi en question le consensus sur les changements climatiques? Non, triple non (elle insiste: c'est «indéniable»!). «Il demeure que la science évolue» et que des consensus peuvent évoluer, se raffiner.
Optimisme
Steven Guilbeault juge aussi que les choses progressent en matière d'environnement. «On a le seul gouvernement en Amérique du Nord qui a dit: "On va atteindre les objectifs de Kyoto." Pourquoi? Parce que la population est là. Elle est prête à ça.» Selon lui, on peut établir un parallèle avec la prohibition de la cigarette, chose impensable il y a seulement 20 ans. À partir du moment où il y a eu un consensus assez fort à propos du lien entre la cigarette, les cancers et les problèmes de santé publique, certains ont arrêté de fumer et la démocratie s'est mise en branle. D'autres n'ont pas cessé tout de suite, mais «le consensus a permis au gouvernement, un peu partout [...], de mettre en place des réglementations beaucoup plus sévères pour encadrer ça».
Chez Greenpeace, Éric Darier (ancien collègue de M. Guilbeault) croit tout de même que la «démocratie libérale» a des problèmes bien à elle: certains «intérêts économiques bien organisés en lobbys» en ont «kidnappé les mécanismes», soutient-il. Cela entraîne du cynisme au sein de la population, une réduction de la participation citoyenne. Alors, l'autoritarisme? Non! C'est là une solution simpliste à des problèmes complexes. Au contraire, il faut plus de démocratie. «Selon moi, la voie démocratique, même si elle peut être plus frustrante et lente, doit demeurer afin de mobiliser le plus de monde possible autour des solutions aux changements climatiques. Ce sont les crises environnementales et le déficit démocratique qui risquent de nous conduire à des régimes autoritaires!» Comme l'a déjà dit l'ancien chef du Parti vert du Québec, Scott McKay (toujours candidat dans Bourget le 12 mai), il vaut mieux vivre dans «une démocratie vert pâle plutôt que dans une autocratie vert foncé».
Il doute fort, du reste, que le défaut en cause soit celui de la démocratie. «C'est plutôt nos politiciens qui ont du mal à se projeter dans un avenir qui dépasse le prochain rendez-vous avec l'électorat.» À ses yeux, les entreprises ont un défaut similaire, et peut-être plus grave, puisque leur horizon se limite souvent au prochain trimestre.
La ministre québécoise de l'Environnement, Line Beauchamp, dit comprendre qu'on reproche aux politiciens de ne penser qu'à court terme. Elle souligne que plusieurs citoyens lui ont souvent fait part de leur déception à cet égard. Mais avec la Loi sur le développement durable, «adoptée à l'unanimité», souligne-t-elle, de même que le Fonds vert, le «gouvernement a prouvé qu'il faisait des efforts». Le vocabulaire, même dans des domaines qui ne sont pas à caractère environnemental, tend à évoluer, selon elle. Elle donne l'exemple du Fonds des générations, une cagnotte visant à diminuer le poids de la dette québécoise.
Toutefois, s'habituer à penser à plus long terme commande «l'invention» d'un nouveau droit pour les politiciens, croit Mme Beauchamp: celui du «droit à l'erreur». «Actuellement, on n'accepte pas qu'un politicien dise qu'il s'est trompé!» Or avoir une vue à long terme implique qu'il y aura nécessairement, à l'avenir, des «réajustements à une trajectoire donnée».
En blaguant, elle dit excuser ce qu'elle estime être une «erreur» de la part de David Suzuki: cette déclaration de février (voir texte ci-dessous) selon laquelle il faudrait emprisonner les politiciens qui ne «respectent pas les données scientifiques». La science elle-même évolue par essais et erreurs, souligne Mme Beauchamp. Il y a par exemple un débat sur l'effet exact des coupes dans la forêt boréale. Greenpeace soutient que ces coupes émettent environ 36 millions de tonnes de carbone. «Sur le phénomène des algues bleues, par exemple, la compréhension évolue constamment.» Souvent, donc, il faut plusieurs études avant de conclure définitivement. Remet-elle ainsi en question le consensus sur les changements climatiques? Non, triple non (elle insiste: c'est «indéniable»!). «Il demeure que la science évolue» et que des consensus peuvent évoluer, se raffiner.
Optimisme
Steven Guilbeault juge aussi que les choses progressent en matière d'environnement. «On a le seul gouvernement en Amérique du Nord qui a dit: "On va atteindre les objectifs de Kyoto." Pourquoi? Parce que la population est là. Elle est prête à ça.» Selon lui, on peut établir un parallèle avec la prohibition de la cigarette, chose impensable il y a seulement 20 ans. À partir du moment où il y a eu un consensus assez fort à propos du lien entre la cigarette, les cancers et les problèmes de santé publique, certains ont arrêté de fumer et la démocratie s'est mise en branle. D'autres n'ont pas cessé tout de suite, mais «le consensus a permis au gouvernement, un peu partout [...], de mettre en place des réglementations beaucoup plus sévères pour encadrer ça».
Chez Greenpeace, Éric Darier (ancien collègue de M. Guilbeault) croit tout de même que la «démocratie libérale» a des problèmes bien à elle: certains «intérêts économiques bien organisés en lobbys» en ont «kidnappé les mécanismes», soutient-il. Cela entraîne du cynisme au sein de la population, une réduction de la participation citoyenne. Alors, l'autoritarisme? Non! C'est là une solution simpliste à des problèmes complexes. Au contraire, il faut plus de démocratie. «Selon moi, la voie démocratique, même si elle peut être plus frustrante et lente, doit demeurer afin de mobiliser le plus de monde possible autour des solutions aux changements climatiques. Ce sont les crises environnementales et le déficit démocratique qui risquent de nous conduire à des régimes autoritaires!» Comme l'a déjà dit l'ancien chef du Parti vert du Québec, Scott McKay (toujours candidat dans Bourget le 12 mai), il vaut mieux vivre dans «une démocratie vert pâle plutôt que dans une autocratie vert foncé».
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