Recensement 2006 - Des minorités de plus en plus visibles
Photo : Agence France-Presse
Le portrait des minorités visibles change au Canada: non seulement cette population est en pleine croissance, sa composition évolue également. Pour la première fois, en 2006, les Sud-Asiatiques, comme ces trois Vietnamiennes, étaient ainsi plus nomb
Le Canada et le Québec sont peuplés de minorités de plus en plus visibles et de plus en plus diversifiées: pour la première fois, la population des minorités visibles a franchi en 2006 la barre des cinq millions de personnes, soit cinq fois plus qu'il y a 25 ans. Et cette tendance ira croissant.
Le dévoilement hier du dernier grand volet du recensement 2006 par Statistique Canada présente donc le portrait d'un Canada plus coloré que jamais. Les 31,2 millions de Canadiens recensés ont déclaré un total de plus de 200 origines ethniques différentes. Il y a un siècle, le pays ne comptait que 25 groupes ethniques.
Parmi ces groupes, 11 comptent plus d'un million de membres. L'origine «canadienne» domine, bien sûr (quelque dix millions au total), mais les origines anglaise, française, écossaise, irlandaise, allemande, italienne, chinoise, amérindienne, ukrainienne et néerlandaise ont aussi de solides racines au pays.
Cet ancrage multiculturel national se remarque également dans l'augmentation considérable de la population dite de minorité visible, qui représentait en 2006 plus de 16 % de l'ensemble de la population canadienne. Le taux de croissance de cette population s'est élevé à plus de 27 % entre 2001 et 2006, un rythme cinq fois supérieur à celui noté dans l'ensemble de la population. On prévoit que dans moins de dix ans, le cinquième de la population canadienne n'aura pas la peau blanche.
Toujours très nombreux, les Chinois ont toutefois perdu la première place au palmarès national de la minorité visible la plus visible: les Sud-Asiatiques sont désormais plus nombreux au pays (1,2 million, en hausse de 37 %). Les Noirs sont troisièmes avec 783 000 citoyens.
C'est à ce chapitre que le Québec se démarque dans ce portrait: en effet, les Noirs forment la minorité visible la plus importante de la province (2,5 % de la population québécoise; 28 % de celle des minorités). Suivent les Arabes (109 000 personnes recensées, une hausse de 48 % en cinq ans) et les Latino-Américains (89 000 personnes, en hausse de 50 %), les deux groupes qui grossissent le plus rapidement. Une explication se trouve dans le processus de sélection des immigrants, qui favorise ceux qui ont une certaine connaissance du français.
Au total, la province compte 654 000 membres de minorités visibles (8,8 % de la population), ce qui la place derrière l'Ontario et la Colombie-Britannique. En cinq ans, Statistique Canada a noté une augmentation de la population de couleur de 31 % au Québec, un taux de croissance sept fois plus rapide que celui de l'ensemble de la population.
Aucune surprise toutefois: le portrait québécois est surtout le portrait de la région de Montréal, où se concentrent 90 % des minorités visibles de la province. Ainsi, plus de 16 % de la population (13 % en 2001) de la région n'a pas la peau blanche, selon les critères établis par la Loi sur l'équité en matière d'emploi. Les Noirs sont généralement les plus présents, mais les Chinois règnent... à Brossard.
Pas de surprises
Tous les chiffres dévoilés hier ne brossent pas un tableau bien surprenant, reconnaissait hier Sylvie Bourbonnais, analyste à Statistique Canada. «Ça confirme les tendances observées au cours des dernières années», a-t-elle dit.
D'ailleurs, ces tendances ne sont pas totalement scientifiques: en ce qui concerne l'origine ethnique, Statistique Canada écrit qu'il s'agit d'un «concept fluide qui constitue probablement l'un des concepts les plus complexes mesurés dans le cadre du recensement». Officiellement, l'origine ethnique fait référence au groupe ethnique ou culturel auquel appartenaient les ancêtres du répondant.
Cependant, «un Maghrébin peut répondre qu'il est d'origine maghrébine, algérienne, berbère, a indiqué Mme Bourbonnais. Tout dépend de la façon dont les gens considèrent la question. Certains Québécois peuvent se dire d'origine canadienne-française parce que leur ancêtre est venu de France au XVIIe siècle, alors que d'autres vont considérer qu'ils sont seulement d'origine canadienne dans cette situation.»
Relevant elle aussi qu'il «n'y a pas de grande surprise dans ces données», la sociologue Michèle Labelle, directrice du Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (CRIEC) de l'UQAM, note d'ailleurs la persistance de certaines «considérations méthodologiques» dans les études de Statistique Canada sur ce sujet délicat, notamment cette option offerte aux répondants de pouvoir se désigner comme d'origine ethnique canadienne.
«C'est absurde. Le mot "québécois" va aussi prendre une connotation ethnique. On ne peut pas non plus parler d'ascendance culturelle autochtone. On peut encore s'interroger sur la volonté de tout ethniciser ou de mettre sur un même plan l'origine canadienne ou autochtone et celle des groupes minoritaires. Les catégories se brouillent et la méthodologie n'est pas neutre.»
Flux guerrier
Statistique Canada fonde en partie sa démarche sur de savantes consultations auprès de démographes et de sociologues. La professeure Labelle préfère analyser elle-même le résultat, les termes du recensement et leur évolution.
Elle note à ce propos que des recherches américaines ont mis en évidence d'étranges liens entre la démographie et les conflits. «Les recensements révèlent des flux migratoires liés aux interventions militaires des États-Unis, explique la spécialiste. Des réseaux se constituent à partir des interventions politiques, économiques et militaires de la société d'accueil dans le pays d'origine.» Les Européens ont été plus nombreux après la Deuxième Guerre mondiale, les Coréens après la guerre de Corée, les Irakiens dans la foulée de la première guerre du Golfe.
«On peut parier que les prochains recensements au Canada vont révéler la présence accrue d'Afghans au pays parce que le Canada intervient en Afghanistan actuellement», a poursuivi la professeure, ajoutant que les politiques d'immigration favorisant le regroupement familial ont des effets multiplicateurs.
«Les analyses ont montré qu'un Italien en entraînait 50 autres au Canada. Une nouvelle source de flux entraîne donc beaucoup de mouvement migratoire. Cette réalité explique pourquoi on retrouve de plus en plus d'immigrants d'origine arabe au Québec ou d'origine asiatique dans l'Ouest du Canada. Les concentrations ne sont pas arbitraires. Elles s'expliquent.»
Le dévoilement hier du dernier grand volet du recensement 2006 par Statistique Canada présente donc le portrait d'un Canada plus coloré que jamais. Les 31,2 millions de Canadiens recensés ont déclaré un total de plus de 200 origines ethniques différentes. Il y a un siècle, le pays ne comptait que 25 groupes ethniques.
Parmi ces groupes, 11 comptent plus d'un million de membres. L'origine «canadienne» domine, bien sûr (quelque dix millions au total), mais les origines anglaise, française, écossaise, irlandaise, allemande, italienne, chinoise, amérindienne, ukrainienne et néerlandaise ont aussi de solides racines au pays.
Cet ancrage multiculturel national se remarque également dans l'augmentation considérable de la population dite de minorité visible, qui représentait en 2006 plus de 16 % de l'ensemble de la population canadienne. Le taux de croissance de cette population s'est élevé à plus de 27 % entre 2001 et 2006, un rythme cinq fois supérieur à celui noté dans l'ensemble de la population. On prévoit que dans moins de dix ans, le cinquième de la population canadienne n'aura pas la peau blanche.
Toujours très nombreux, les Chinois ont toutefois perdu la première place au palmarès national de la minorité visible la plus visible: les Sud-Asiatiques sont désormais plus nombreux au pays (1,2 million, en hausse de 37 %). Les Noirs sont troisièmes avec 783 000 citoyens.
C'est à ce chapitre que le Québec se démarque dans ce portrait: en effet, les Noirs forment la minorité visible la plus importante de la province (2,5 % de la population québécoise; 28 % de celle des minorités). Suivent les Arabes (109 000 personnes recensées, une hausse de 48 % en cinq ans) et les Latino-Américains (89 000 personnes, en hausse de 50 %), les deux groupes qui grossissent le plus rapidement. Une explication se trouve dans le processus de sélection des immigrants, qui favorise ceux qui ont une certaine connaissance du français.
Au total, la province compte 654 000 membres de minorités visibles (8,8 % de la population), ce qui la place derrière l'Ontario et la Colombie-Britannique. En cinq ans, Statistique Canada a noté une augmentation de la population de couleur de 31 % au Québec, un taux de croissance sept fois plus rapide que celui de l'ensemble de la population.
Aucune surprise toutefois: le portrait québécois est surtout le portrait de la région de Montréal, où se concentrent 90 % des minorités visibles de la province. Ainsi, plus de 16 % de la population (13 % en 2001) de la région n'a pas la peau blanche, selon les critères établis par la Loi sur l'équité en matière d'emploi. Les Noirs sont généralement les plus présents, mais les Chinois règnent... à Brossard.
Pas de surprises
Tous les chiffres dévoilés hier ne brossent pas un tableau bien surprenant, reconnaissait hier Sylvie Bourbonnais, analyste à Statistique Canada. «Ça confirme les tendances observées au cours des dernières années», a-t-elle dit.
D'ailleurs, ces tendances ne sont pas totalement scientifiques: en ce qui concerne l'origine ethnique, Statistique Canada écrit qu'il s'agit d'un «concept fluide qui constitue probablement l'un des concepts les plus complexes mesurés dans le cadre du recensement». Officiellement, l'origine ethnique fait référence au groupe ethnique ou culturel auquel appartenaient les ancêtres du répondant.
Cependant, «un Maghrébin peut répondre qu'il est d'origine maghrébine, algérienne, berbère, a indiqué Mme Bourbonnais. Tout dépend de la façon dont les gens considèrent la question. Certains Québécois peuvent se dire d'origine canadienne-française parce que leur ancêtre est venu de France au XVIIe siècle, alors que d'autres vont considérer qu'ils sont seulement d'origine canadienne dans cette situation.»
Relevant elle aussi qu'il «n'y a pas de grande surprise dans ces données», la sociologue Michèle Labelle, directrice du Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (CRIEC) de l'UQAM, note d'ailleurs la persistance de certaines «considérations méthodologiques» dans les études de Statistique Canada sur ce sujet délicat, notamment cette option offerte aux répondants de pouvoir se désigner comme d'origine ethnique canadienne.
«C'est absurde. Le mot "québécois" va aussi prendre une connotation ethnique. On ne peut pas non plus parler d'ascendance culturelle autochtone. On peut encore s'interroger sur la volonté de tout ethniciser ou de mettre sur un même plan l'origine canadienne ou autochtone et celle des groupes minoritaires. Les catégories se brouillent et la méthodologie n'est pas neutre.»
Flux guerrier
Statistique Canada fonde en partie sa démarche sur de savantes consultations auprès de démographes et de sociologues. La professeure Labelle préfère analyser elle-même le résultat, les termes du recensement et leur évolution.
Elle note à ce propos que des recherches américaines ont mis en évidence d'étranges liens entre la démographie et les conflits. «Les recensements révèlent des flux migratoires liés aux interventions militaires des États-Unis, explique la spécialiste. Des réseaux se constituent à partir des interventions politiques, économiques et militaires de la société d'accueil dans le pays d'origine.» Les Européens ont été plus nombreux après la Deuxième Guerre mondiale, les Coréens après la guerre de Corée, les Irakiens dans la foulée de la première guerre du Golfe.
«On peut parier que les prochains recensements au Canada vont révéler la présence accrue d'Afghans au pays parce que le Canada intervient en Afghanistan actuellement», a poursuivi la professeure, ajoutant que les politiques d'immigration favorisant le regroupement familial ont des effets multiplicateurs.
«Les analyses ont montré qu'un Italien en entraînait 50 autres au Canada. Une nouvelle source de flux entraîne donc beaucoup de mouvement migratoire. Cette réalité explique pourquoi on retrouve de plus en plus d'immigrants d'origine arabe au Québec ou d'origine asiatique dans l'Ouest du Canada. Les concentrations ne sont pas arbitraires. Elles s'expliquent.»
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