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Le couple, un accident de l'histoire?

Photo : Agence Reuters
Polyandre? Polygame? Homosexuel? Célibataire? Monogame? Tous les goûts sont dans la nature, et aussi dans la culture, si l'on en croit le dernier livre de l'intellectuel et touche-à-tout français Jacques Attali, qui retrace l'histoire des relations entre les hommes et les femmes à travers les âges dans un beau livre intitulé Amours, publié chez Fayard.

En cette journée de la Saint-Valentin, les mésadaptés de la monogamie obligatoire et totale seront peut-être ravis d'apprendre que cette forme de couple est une sorte d'accident de l'histoire, un concept essentiellement introduit par le christianisme et défendu, tant bien que mal, et somme toute avec un succès très relatif, par l'Église.

L'auteur commence son périple au pays de l'amour par un survol des relations animales, où on apprend par exemple que la punaise, dont le mâle perfore le corps de sa partenaire n'importe où, pratique la copulation comme un sport extrême, avec semble-t-il quelque 200 rapports sexuels par jour, pour moitié homosexuels.

Chez l'homme, les formes les plus complexes d'union existent depuis les débuts de l'humanité et, dans ce tableau, la monogamie n'apparaît en effet que bien tard, avec les débuts du christianisme. En fait, écrit Attali, si l'on considère l'histoire de l'humanité, «seule une relation sexuelle entre une mère et ses fils est universellement réprouvée».

Puis vient le christianisme. «Nul au monde, avant lui, n'a prétendu imposer à l'espèce humaine tout entière une monogamie absolue, une fidélité totale, une relation irréversible. Nulle religion n'a prétendu gérer avec une aussi grande précision la vie sexuelle de chaque fidèle. Pour Paul et ses disciples, le sexe constitue un scandale, alors que, pour les religions précédentes, c'est le célibat qui est insupportable. [...] La monogamie prend, dès lors, une forme absolue: une seule femme, un seul homme, toute une vie, dans le refus de la sensualité et sous la surveillance tatillonne de Rome», écrit-il.

La polyandrie, par laquelle une femme est unie à plusieurs hommes, est présente en particulier dans un contexte de guerre, quand de nombreux hommes sont susceptibles de mourir au combat, pour assurer l'avenir de la famille et éviter que la femme ne devienne veuve. Sur l'ensemble de la planète, avance Attali, elle est encore pratiquée par 1 % de la population, entre autres au Ladakh, en Inde, pour éviter le morcellement des terres, alors que seul l'aîné des garçons est autorisé à se marier, partageant sa femme et sa terre avec ses frères cadets. Dans certaines tribus, comme chez les Canelas, en Amazonie, une femme enceinte «doit avoir un maximum d'amants, pour nourrir le foetus, bloquer le sang, s'occuper de l'enfant, lui apporter du gibier et le former aux rituels».

Une liberté surtout masculine

On le sait cependant, la polygynie de l'homme est infiniment plus répandue que son opposé, et même au XIXe siècle, alors que la vie des couples se libère, raconte Attali, l'adultère féminin est beaucoup plus sévèrement condamné que celui des hommes. Attali cite d'ailleurs une réponse qu'un vizir du grand Soliman musulman donne à un envoyé de Charles Quint qui lui reproche sa polygynie, réponse qui a été mise en poème par Ben-Abdoul-Kiba: «Je te permets de boire, permets-moi d'aimer.»

Encore en 1804, en France, l'homme a le droit d'être adultère et polygame si ses épouses ne vivent pas toutes sous le même toit, tandis que la polyandrie et l'adultère féminin sont interdits par le Code civil. En Chine, dès les premiers royaumes, la polygynie est précisément hiérarchisée. Un paysan est monogame, un noble a deux épouses, un officier en a trois, un seigneur fieffé en a neuf et un roi en a douze, en plus de ses concubines. Selon Attali, c'est de ces rivalités entre femmes que naît la première littérature amoureuse, qui fait vivre par procuration à ses lecteurs passions, séduction, érotisme.

L'amour romantique arrive d'ailleurs relativement tard dans l'histoire de l'Occident, et c'est étonnamment par l'entremise d'une secte religieuse des Balkans, les bogomiles, qui haïssaient la sexualité, que l'amour courtois fait son apparition. «Débarrassé de la sexualité, l'amour s'installe d'abord dans la poésie des troubadours qui parcourent les châteaux des pays de langue d'oc, influencés, disent certains, par les cathares. Pour eux comme pour les cathares, le fin'amor ne doit jamais être physique et finit nécessairement de façon tragique», écrit Attali.

Dans un contexte où la sensualité est interdite et où même «s'aimer n'est jamais un sujet de conversation, le carnaval et désormais la Saint-Valentin sont l'occasion de libérations érotiques».

Reste que la liberté, voire le libertinage, n'a pas tardé à reprendre ses droits, entre autres en littérature, avec le marquis de Sade et Casanova en tête. À la fin du XVIIIe siècle, à Paris, écrit Attali, 30 % des naissances sont illégitimes. Dans un plaidoyer pour le divorce en France au XIXe siècle, Hippolyte Adolphe Taine écrit: «On s'étudie trois semaines; on s'aime trois mois; on se dispute trois ans; on se tolère trente ans: et les enfants recommencent.»

Le mariage économique

La monogamie, qui a été pratiquée tout au moins de façon provisoire partout sur terre, a cependant l'avantage de préserver l'équilibre des sexes, hommes et femmes étant à peu près aussi nombreux. Elle est aussi souvent largement affaire d'économie et trouve parfaitement sa place dans un contexte de capitalisme et d'obsession de l'épargne.

«Presque partout — aujourd'hui encore sur une large partie de la surface du globe — le mariage monogame n'est pas une histoire d'amour. Il est l'union de deux familles pour protéger des terres ou pour les réunir, et les époux n'ont pas leur mot à dire», écrit l'auteur.

La révolution d'aujourd'hui tient d'ailleurs du fait que «le droit à l'amour devient la première revendication véritablement planétaire», ajoute-t-il. Paradoxalement, les nouvelles techniques de reproduction permettent d'envisager l'humanité sous un jour entièrement nouveau, «pour en finir, peut-être, un jour, avec le besoin de l'Autre. Et donc avec l'Amour», écrit Attali, qui présente par conséquent son livre sur l'amour comme une «histoire merveilleuse et menacée».

***

Amours

Jacques Attali, Fayard, Paris, 2007, 240 pages
 
 
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  • Yvon Montoya - Abonné
    14 février 2008 06 h 22
    Punaise l'article...
    Attali le Grand. le pauvre, il n'avair rien d'autres à écrire. Que vous ne saviez pas tout ça bien avant. La punaise et nous, c'est la langue que nous lui tirons, la différence. Je n'ai aucune apologie à faire là-dessus mais écrire " les mésadaptés de la monogamie obligatoire..." me semble être si commun, si banal, si bête en somme, comme bis repetita de la modernité que je ne peux apprécier votre article. Je ne comprends pas ce "vent" pollué par une compréhension sans fondement.
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  • geo trotter - Inscrit
    14 février 2008 07 h 46
    29 coeurs vus du ciel
    Voici une série de 29 coeurs sur Google Earth : http://www.geo-trotter.com/cat-coeur.php
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    14 février 2008 07 h 51
    L'amour, selon Rome catholique
    Pour notre chère Église Catholique, c'est, comme écrit plus haut : «toute une vie, dans le refus de la sensualité». pour aller au ciel.

    Ceux qui déviaient de ça, sans le confesser au curé et le regretter fermement, héritaient...l'ENFER où DIEU précipitaient les pécheurs, à la fin des temps, pour aller y brûler pour l'éternité qui restait.

    Il y en a encore des millions de Catholiques qui croient encore à ça sauf pour l'histoire des Limbes que notre bon PAPE actuel a "scrappé" il y a un an et demi comme n'ayant jamais existé. Amen, Allluia et ceteta.
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  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    14 février 2008 11 h 22
    Monogame absolu!
    La monogamie absolue est un type amoureux très rare chez le mâle humain, mais il existe bel et bien et j'en suis un! Sauf qu'il confine le plus souvent au célibat forcé, faute que la Vie nous ait présenté la bien-aimée qu'il faut, soit parfaitement compatible. C'est bien désolant !
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  • andré michaud - Inscrit
    14 février 2008 11 h 34
    Monomanie et romantisme
    Ça me rappelle le livre la la "féministe" danoise Suzanne Broegger "Pour en finir une fois pour toute avec l'amour", qui dénoncait la monogamie qu'elle nommait MONOMANIE et le romantisme cucul que trop de gens appelle amour...

    Ça me rappelle aussi les études polynésienne de l'anthropologue Margaret Mead. Dans ces sociétés l'exclusivité sexuelle était impensable autant pour les femmes que pour les hommes...et les femmes entre elles se conseillaient ou déconseillaient tel ou tel partenaire.. Pour eux la sexualité n'était pas quelque chose de sale ou d'exclusif, mais un besoin naturel de jouer sexuellement...et la contraception consistait à éjaculer plusieurs fois par jour pour que les spermatozoides soient trop faibles, une contraception naturelle assumée par les hommes!
    La preuve que tout cela est CULTUREL et non inné!
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  • Claude Michaud - Abonné
    14 février 2008 12 h 09
    Progrès ou recul de civilisation
    Je n'ai pas lu le livre de Jacques Attali. Je réagis à parti de l'article de Caroline Montpetit à qui je suis reconnaissant de nous avoir présenté le résumé contenu dans Le Devoir du 14 février. Jacques Attali parle de la monogamie comme d'une espèce d'accident de l'histoire. Le couple, tel que nos mariages civils et religieux le célèbrent toujours, serait un concept réducteur sinon régressif introduit par le christianisme. Il aurait sonné le glas du plaisir. Finie la fête!
    Faudrait-il renoncer à voir l'idéologie ou l'utopie chrétienne comme un progrès de civilisation? Des indicateurs important permettent, au contraire, d'affirmer qu'elle a contribué de façon décisive à l'humanisation des rapports homme- femme. C'est de l'intérieur de l'Occident chrétien qu'est sortie lentement - et malheureusement à travers bien de tergiversations - la conviction de la dignité humaine et de l'égalité entre les sexes. Les grandes déclarations des droits de la femme, des droits de l'enfant sont pour une part décisive le fruit d'une certaine vision de la vie et de la personne promue par le meilleur de la tradition chrétienne.
    Je ne suis pas sûr qu'un recul ne nous menace pas en valorisant les comportements davantage marqués par l'égocentrisme que par l'amour en fermant les yeux sur le goût d'exclusivité inscrit au fond de l'humain. Alors que se poursuit le difficile combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes faudrait-il célébrer la tendance à l'adultère de ces derniers comme un indice de leur supériorité qui, ici, s'affirmerait dans leur propension à coucher dans plusieurs lits? Il faudrait s'en parler! On en raffolerait à « Tout le monde en parle »!
    Et si, par hasard, était encore valable la morale «dérangeante» promue par le christianisme parce qu'elle invite chacun chacune à aller plus loin sur le chemin où semble se loger le bonheur véritable?
    Claude Michaud est professeur à la retraite de psychologie du développement. Université d'Ottawa.
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    14 février 2008 20 h 58
    Les femmes manquent
    Je ne sais pas si Attali parlent dans son livre de ce phénomène inquiétant dans certains pays comme la Chine de foetus ou de bébés de sexe féminin qui sont sacrifiés sur l'autel...
    J'ai lu qu'il manque 30 millions de femmes en Chine. Si c'est vrai, le portrait des rapports homme-femme changera. M'est avis que les femmes auront bientôt le gros bout du bâton.
    Sylvio Le Blanc
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  • Bruno Déry - Inscrit
    15 février 2008 00 h 29
    On pourrait bien s'en passer
    "... la monogamie n'apparaît en effet que bien tard, avec les débuts du christianisme."

    Faux. La monogamie était déjà fortement enracinée chez les juifs bien avant Jésus-Christ. La distinction chrétienne a été d'abolir le divorce (une évolution...), en disant qu'à partir de maintenant, avec Jésus-Christ présent dans le mariage chrétien (Cana), l'engagement permanent d'un homme et d'une femme de s'aimer sans limites est maintenant possible, avec la grâce de Dieu, et ce malgré des hommes et des femmes aux coeurs trop dures...

    "... la punaise ..." a "... quelque 200 rapports sexuels par jour, pour moitié homosexuels."

    L'Homme a évolué, il est maintenant capable de faire la distinction entre un sexe et l'autre. L'hétérosexualité est une évolution...

    "Pour Paul et ses disciples, le sexe constitue un scandale..."

    Lecture simpliste du plus grand théologien de l'histoire. Sans doute que le livre de monsieur Attali n'est pas plus évolué que ce commentaire "fast-food"...

    On pourrait bien se passer de la lecture de ce livre après tout...
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