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    Verglas - Des tempêtes de glace tombées dans l'oubli

    Un an avant le grand verglas de 1998 (notre photo), une tempête de pluie verglaçante a durement touché plusieurs régions. Le verglas a de tout temps provoqué de petites crises au Québec.
    Photo: Agence Reuters Un an avant le grand verglas de 1998 (notre photo), une tempête de pluie verglaçante a durement touché plusieurs régions. Le verglas a de tout temps provoqué de petites crises au Québec.
    Quand Louise Major a vu à la télévision les images de branches cassées et de transformateurs qui explosaient lors du grand verglas de 1998, elle n'a pu que compatir avec les sinistrés du «triangle noir». La mairesse de Rawdon, alors conseillère municipale, avait encore en mémoire la tempête verglaçante qui a frappé sa région en 1997, soit un an auparavant, presque jour pour jour.

    «C'est sûr que ç'a été moins dramatique qu'en 1998 parce que l'ampleur était moindre et la superficie du territoire affecté était moins grande, relate Mme Major. Sauf qu'en voyant les images du verglas de 98, on se disait: "Nous aussi, la même chose nous est arrivée l'an passé." Les images de branches cassées et de transformateurs qui sautent, on les avait eues de façon identique.»

    La pluie verglaçante qui s'est abattue les 4 et 5 janvier 1997 a privé 250 000 foyers d'électricité dans les régions de Lanaudière, des Laurentides, de la Montérégie et de la Mauricie-Bois-Francs, certains pour quelques heures et d'autres pendant plusieurs jours.

    Chantal Fournier, de Joliette, dont la résidence a été plongée dans le noir pendant des jours, se souvient des décors féeriques, mais également de l'angoisse sourde qu'elle a ressentie devant le paysage glacé. «Le verglas, c'est à la fois fascinant et épeurant. Avec nos enfants, on passait d'une fenêtre à l'autre et on voyait les branches d'arbres qui se brisaient et tombaient sur le sol glacé. C'était un peu inquiétant, mais on avait pris quelques photos tellement c'était féerique et beau», raconte-t-elle.

    La ville de Joliette a été chanceuse dans sa malchance. Tout comme Sherbrooke et sept autres villes au Québec, elle gère son propre réseau hydroélectrique, indépendant d'Hydro-Québec. Ses équipes, déjà sur place, ont pu être dépêchées rapidement là où les fils avaient flanché sous le poids du verglas ou celui des branches tombées. «Après 24 heures, les secteurs névralgiques étaient rebranchés. Ç'a été plus long pour les unifamiliales et des immeubles à logements multiples. On avait ouvert un refuge pour les sinistrés, mais il a été très peu utilisé», se rappelle Robert Parent, directeur général d'Hydro-Joliette, qui avait dû travailler 56 heures d'affilé avant de pouvoir prendre quelques heures de repos.

    Quand le verglas a sévi à Montréal et en Montérégie en 1998, Robert Parent n'a pas hésité à offrir les services de ses équipes à Hydro-Québec, qui a rapidement été débordée par l'ampleur des pannes.

    Comme Joliette, la municipalité de Rawdon a été épargnée en 1998 et l'aide aux sinistrés du «triangle noir» ne s'est pas fait attendre. «En 1998, ici, on a fait des corvées pour ramasser des biens qu'on envoyait dans des centres d'hébergement de la Rive-Sud, et on a recruté des bénévoles afin d'aller aider les sinistrés. Les gens savaient pertinemment ce que le verglas représentait. On n'a pas eu besoin de faire de grands discours pour mobiliser les gens», explique Louise Major.

    Qualifié d'«événement climatique le plus marquant du XXe siècle», le grand verglas de 1998, dont on rappelle les moments marquants ces jours-ci, résultait d'un phénomène qui n'a rien d'exceptionnel. Selon Environnement Canada, Montréal reçoit en moyenne chaque année entre 12 et 17 épisodes de précipitations verglaçantes et chaque épisode dure généralement quelques heures. C'est la durée des précipitations, soit cinq jours, et leur quantité, soit 100 millimètres, qui ont fait du verglas de 1998 un événement si unique. Chez Environnement Canada, on considère la pluie verglaçante et le verglas comme les pires dangers de l'hiver. «En petite quantité, la pluie verglaçante est dangereuse. En grande quantité, elle est catastrophique», note David Phillips, climatologue principal à Environnement Canada dans une analyse qu'il a rédigée au sujet de la «pire tempête de verglas de l'histoire canadienne».

    Les épisodes de verglas intense passent rarement inaperçus. Pendant la période des Fêtes de 1942, la région de Montréal reçoit 39 mm de pluie verglaçante assortie de vents soufflant jusqu'à 60 km à l'heure. Dans son édition du 31 décembre 1942, Le Devoir rapporte qu'il s'agit de la pire tempête depuis 1933. Les puisards débordent, le service de tramway est perturbé, la ville fait face à de nombreuses pannes d'électricité. Un peu partout dans la métropole, le verglas endommage de nombreux arbres et fait tomber des poteaux et des fils électriques .

    Mais en février 1961, Montréal connaît l'une des pires tempêtes de verglas de son histoire. À l'époque, la pluie verglaçante est rapidement suivie par des bourrasques de neige privant des milliers de familles d'électricité. Trois à six centimètres de glace se forment sur les fils électriques et de nombreux arbres s'effondrent, alourdis par le verglas. Le service ferroviaire est interrompu, tout comme la circulation aérienne, les écoles sont fermées, les postes de radio et de télévision doivent cesser la diffusion de leurs émissions pendant de longues périodes et des mesures d'urgence sont mises en place. De nombreuses maisons ne sont plus chauffées malgré le froid qui sévit. Même les offices religieux doivent être reportés...

    En 1973, c'est la région de Québec qui y goûte alors que l'effet combiné du verglas, du froid et de la neige cause de nombreuses pannes d'électricité. À Sainte-Foy, quelque 40 000 abonnés sont privés d'électricité et d'eau à deux jours de Noël, la tempête ayant perturbé le fonctionnement de l'usine de filtration de cette municipalité. Ceux qui restent chez eux sans électricité font du camping dans leur propre maison à la lueur des chandelles en buvant du «gros gin des Fêtes», rapporte un journal de l'époque.

    À Montréal, les festivités de Noël 1986 sont assombries par une pluie verglaçante aux effets dévastateurs. Les policiers montréalais comptabilisent plus de 500 accidents survenus les 24 et 25 décembre alors que la Sûreté du Québec signale un carambolage impliquant 30 véhicules à l'approche du pont Champlain, sur la Rive-Sud. Sur l'autoroute métropolitaine, 14 véhicules s'emboutissent. La conduite automobile est tellement hasardeuse que les ponts Champlain et Jacques-Cartier sont fermés à la circulation pendant quelques heures après qu'une quinzaine d'accidents y soient survenus.












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