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Alimentation - L'autruche perd des plumes

Les ratites et les gibiers d'élevage ont moins d'attrait pour les consommateurs

L'engouement des consommateurs pour les viandes exotiques ou inhabituelles semble pâlir un peu. Depuis le début du siècle, et après des années fastes, la plupart des élevages de gibiers mais aussi d'espèces animales moins prévisibles, comme l'autruche, l'oie, le lapin ou le canard, sont en effet en perte de vitesse un peu partout au pays, indique une récente étude de Statistique Canada. Un drame pour plusieurs éleveurs forcés de mettre désormais la clef sous la porte.

En raison «de problèmes de production» mais aussi «d'un manque d'intérêt de la part des consommateurs», écrivent les statisticiens fédéraux, les espèces animales dites alternatives ne se portent pas très bien au Canada. À preuve, en dix ans, le cheptel d'autruches a fondu de 81,5 % d'un océan à l'autre en passant de 15 000 têtes de bétail en 1996 à 2700 en 2006, révèlent les plus récentes données du recensement agricole. Les autres ratites, comme les émeus et les nandous, sont logés à la même enseigne, avec un déclin enregistré de 93 % durant cette décennie.

Pour cette catégorie d'animaux, la débâcle n'épargne pas le Québec, où le nombre de fermes versées dans ce type d'élevage est passé de 177 à... 27 dans les dix dernières années. Actuellement, 1200 de ces oiseaux coureurs rentrent parfois la tête dans les terres agricoles d'ici. Contre 2800 en 1996. Et l'hémorragie n'est pas sur le point d'être arrêtée, croit Claude Fournier, secrétaire de la filière des grands gibiers, du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).

«Cette baisse va se poursuivre, a-t-il indiqué hier au Devoir, parce que ce secteur est très mal organisé. Dans l'ensemble, il n'arrive pas à rejoindre les consommateurs avec ses produits et peine d'ailleurs à rentrer dans les réseaux de grande distribution [que forment les chaînes d'épiceries] en raison des faibles volumes de production et du manque de promotion. C'est dommage, car le Québec est sur le point de perdre une incroyable expertise qu'il avait réussi à se construire dans ce domaine depuis quelques années.»

Les canards battent de l'aile

Au-delà des autruches et de ses cousins germains, les sangliers mais également les chevreuils d'élevage pâtissent également d'une baisse d'affection des consommateurs, indiquent les responsables fédéraux du chiffre. En dix ans, la taille des troupeaux s'est érodée respectivement de 45 % et 8 %. Idem pour les lapins, dont un quart a disparu au pays, ou pour les canards, dont le cheptel bat un peu de l'aile au Canada, avec une diminution de 14 % depuis 2001. Au Québec seulement, un quart de ces oiseaux ont disparu des fermes d'élevage pendant la même période de temps.

La perte de vitesse de ces viandes, généralement plus maigres que le boeuf ou le porc et donc fortement recommandées dans les régimes alimentaires de populations vieillissantes, peut paraître paradoxale. Mais elle n'étonne pas vraiment Raymonde Garant, présidente de la Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec (FEGGQ) qui voit là, finalement, les conséquences d'un manque de communication mais aussi d'un marché agroalimentaire qui ne joue pas en faveur de ce type de production.

«Nous sommes en concurrence avec des viandes largement subventionnées et dont le prix est, de ce fait, artificiellement tiré vers le bas, dit-elle. Or, dans les élevages de sangliers, de bisons ou d'autruches, nous n'avons pas d'aide financière du gouvernement. De plus, nos élevages sont de petite taille et, pour survivre, nous sommes obligés de vendre plus cher», ce que les consommateurs ne comprennent pas toujours, déplore-t-elle.

L'exception du bison

Étrangement, le bison, dont le prix est également élevé, ne semble pas trop souffrir de cette situation. En effet, les troupeaux canadiens sont parmi les rares, dans le domaine des gibiers d'élevage, à vivre au temps de la croissance, selon les données de Statistique Canada. Depuis 1996, le pays en compte en effet 330 % de plus, avec un total actuel de 196 000 têtes. Le Québec ne fait d'ailleurs pas exception à cette règle: le nombre de ces bovidés à bosse y a doublé en une décennie en passant de 2200 à 4300 entre 1996 et 2006. «Et ça pourrait aller encore mieux, si les épiciers arrêtaient de s'approvisionner en bisons de l'Ouest canadien, là où les coûts de production sont moins élevés qu'au Québec», dit Mme Garant qui espère que la récente campagne de promotion des aliments locaux, annoncée par le gouvernement Charest, mais aussi un projet en cours de certification des grands gibiers du Québec viendront, à court terme, renverser cette tendance.

Les défenseurs de la biodiversité pourraient d'ailleurs le souhaiter eux aussi. Dans l'ensemble, en effet, le portrait livré hier par Statistique Canada n'est pas pour les réjouir en annonçant, au final, avec ce recul des espèces qualifiées d'alternatives par les fonctionnaires, une diminution importante de la diversité agricole au Canada. Or, cette question préoccupe au plus haut point l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui, à plusieurs reprises l'an dernier, a sonné l'alarme en incitant ses États membres à «freiner l'érosion des animaux de ferme».

Depuis sept ans, en raison de l'industrialisation des pratiques agricoles et du manque de soutien d'espèces moins productives, une race d'animal domestique disparaît chaque mois de la surface du globe, estime la FAO. La situation est préoccupante, selon elle, puisque la diversité génétique, dans le secteur agricole comme ailleurs, permet aux environnements de mieux faire face aux changements et aux maladies.
 
 
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  • Robert Mainville - Abonné
    8 janvier 2008 08 h 24
    Et le goût, bordel ?
    Non mais, pourquoi faudrait-il croire que parce que c'est disponible que l'on va en manger ? Gourmet gourmand, j'ai goûté à presque toutes ces viandes et, à l'exception du bison et du canard, je m'autorise à vous dire que ça (autruche, sanglier, lapin, etc) goûte, au mieux, le "bof", le "ouais" et le "j'espère qu'il y a autre chose au menu".
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  • Claude Archambault - Inscrit
    8 janvier 2008 10 h 13
    Le goût? Une question de goût
    Pour moi ce n'est pas une question de goût car du sanglier, du lapin et du canard c'est délicieux et j'en prendrait d'autre volontiers. Je n'ai jamais gouté au autres donc ne peu pas commenter. Mais pourquoi j'en achète pas? Le prix exorbitant, quand on pense au lapin ou on doit débourser près de $20 pour un repas pour 2, alors que le même lapin se vend régulièrement environ $6 au US. Oui $6 pour un lapin, c'est comme çà que j'ai fait découvrir ce délice à des amis dans la région d'Atlanta au USA. Ils en raffole et en mange maintenant régulièrement, alors que moi ici je ne fait que le regarder dans les comptoirs. Il n'y a pas de raison pourquoi ces viande devraient être si dispendieuse, autre que le fait qu'elle ont l'étiquette d'être exotiques.
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  • Jean Côté - Inscrit
    8 janvier 2008 11 h 16
    D'abord une question de culture avant le goût
    Ces viandes doivent vaincre la tradition qui fait les habitudes, et qui ont la couenne dure. Comme tout nouveau produit, les éleveurs doivent bien saisir, à la base, les obstacles à franchir, telle la résistance envers l'animal lui-même, l'ignorance des spécificités du produit et les façons d'apprêter les coupes, et enfin, le plus important, avoir accès aux recettes gustatives qui convaincront les plus sceptiques. Or, dans un premier temps, ce sont les éleveurs eux-mêmes qui doivent engranger les actions appropriées pour répondre à ces obstacles. Il serait intéressant de voir comment les éleveurs de bisons semblent y être parvenus.
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  • Roland Berger - Abonné
    8 janvier 2008 17 h 45
    Du boeuf intégral ?
    Question de mode. La petite et grande bourgeoisie auraient-ils déniché des sources de boeuf intégral, 100 % biologique et abattu parfaitement humainement ? Restera aux chroniqueurs de faire connaître cette nouvelle mode.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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  • Jean Demers - Abonné
    9 janvier 2008 18 h 54
    Concurrence des viandes largement subventionnées
    "Nous sommes en concurrence avec des viandes largement subventionnées". Allez pas chercher plus loin!
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