Abécédaire 2007
Il faudrait plus qu'un alphabet pour faire le bilan exhaustif de l'année 2007: énumérer tous les rapports sur les changements climatiques qui ont malgré tout laissé le Canada et les États-Unis de glace à la rencontre de Bali, rappeler à la fois les morts célèbres — de l'abbé Pierre à Benazir Bhutto — et les vendus de l'année (Alcan, BCE, la Bourse de Montréal juste pour le Québec), réexpliquer les drames qui se cachent derrière la forêt ou les mystérieux subprimes et ces tout aussi opaques PCAA. Redire le drame qu'évoquent dorénavant les prénoms Madeleine et Cédrika. Pour tout dire, il faudrait encore causer girouette, Myriam Bédard, château à l'île Bizard ou chauffeur pressé de ministre endormie. Féliciter Joachim Alcine, Robert Lepage et Céline Dion! Et décliner l'ensemble du dossier des accommodements raisonnables remplirait, à nouveau!, des pages et des pages de journal. Mais 26 lettres permettent quand même de faire ressortir bien des moments clés, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, artistiques ou sportifs. Voici donc l'abécédaire du Devoir et les définitions qu'en a tirées notre salle de rédaction... qui n'a maintenant plus qu'un souhait: que l'actualité de 2008 soit tout aussi inspirante! - Josée Boileau, directrice de l'information
Aveux. Dure année pour la drogue, disait l'autre. Geneviève Jeanson finit par se mettre à table en pleine télévision de Radio-Canada, Marion Jones fond en larmes en déballant la marchandise quand l'étau de la justice devient insupportable. Point commun: de longues années de mensonge... duquel certains autres n'arrivent toutefois pas à s'extirper. Floyd Landis perd sa couronne du Tour de France 2006, mais il continue de clamer son innocence, et le baseball majeur doit faire appel à une enquête indépendante pour ouvrir enfin le panier de crabes. Le sport organisé n'a pas fini de fouiller son lourd passé, même si une sombre interrogation se dégage: pour un qui se fait prendre, combien de dizaines qu'on n'arrivera jamais à pincer? - Jean Dion
Bye-bye Boisclair ! La dégringolade d'André Boisclair fut aussi brusque que son accession à la tête du Parti québécois fut flamboyante. Porté aux nues en novembre 2006 par les militants qui voyaient en lui l'occasion d'un renouvellement dynamique et un rajeunissement du PQ, André Boisclair a fait face à une contestation ouverte de son leadership 18 mois plus tard. Son règne tumultueux fut marqué par des déclarations maladroites et des manques de jugement à répétition. Les résultats électoraux furent un revers cinglant pour le PQ qui s'est retrouvé en troisième place. Sous la pression, André Boisclair a rendu les armes le 8 mai 2007, finalement remplacé par Pauline Marois. Il fera un retour à la vie active en janvier en enseignant à l'université Concordia, où il donnera un cours sur la gestion de crise. - Kathleen Lévesque
Crac ! Les fondements de l'expression «coulé dans le béton» ont été fortement ébranlés cette année. Si bien qu'on ne sait plus trop si cela réfère aujourd'hui à quelque chose de fiable ou de friable... Seule certitude: le béton québécois a connu des heures difficiles en 2007. Décortiqué miette après miette par la commission Johnson (d'avril à octobre), l'effondrement du viaduc de la Concorde aura fait prendre conscience à la population et aux autorités que les structures du Québec sont en piteux état. L'inspection de 135 ponts et viaducs imposée cet été par Pierre Marc Johnson l'a éloquemment démontré. Cela sans compter le «quasi-effondrement» du centre-ville de Montréal, dont toute l'assise semblait ne tenir qu'à une dalle fissurée en cette soirée du 24 août... - Guillaume Bourgault-Côté
Daltonisme. Celui de Stéphane Dion. Le chef du Parti libéral du Canada peut bien confondre les verts pâles et les jaunes, les violets et les bleus: dans un univers politique en noir et blanc, il fait le pari du gris. Cette nuance intellectuelle, dépeinte comme une faiblesse, lui a fait très mal. Liza Frulla n'est pas revenue, les élus Joe Comuzzi et Wajid Khan ont déserté, plusieurs ex-ministres ont pris leur retraite. Dion a perdu Outremont et, devant le désastre électoral appréhendé, s'est abstenu de renverser le gouvernement. L'homme espère que ses positions de principe (peine de mort, Omar Khadr) réussiront à séduire en 2008. - Hélène Buzzetti
Ex de la politique. Certains sont devenus des experts médiatiques, comme Le Club des ex justement, sur RDI, ou Michel Gauthier à TQS. Il y a aussi les «ex» qui servent de belle-mère, comme ce fut le cas de Bernard Landry avec André Boisclair. Mais les plus redoutables «ex», ce sont les anciens premiers ministres qui récrivent l'histoire dans leurs mémoires, au premier chef: Jean Chrétien et Brian Mulroney. Le premier a reçu un traitement de star au Salon du livre de Montréal et à Tout le monde en parle. Quant au deuxième, ça ne s'est pas passé comme prévu... - Paul Cauchon
Filou. Pour l'affaire Norbourg, qui a floué 9200 investisseurs et entraîné un procès de plus de 50 jours. Reconnu coupable d'avoir supervisé ce scandale de 115 millions de dollars, Vincent Lacroix connaîtra sa sentence le 28 janvier. Mais il ne se fait pas d'illusions. La saga, quant à elle, n'est pas terminée. Il y a aussi la possibilité d'accusations criminelles, un recours collectif et des centaines de victimes qui, en raison d'une loi qui n'indemnise pas les cas de fraude de cette nature, n'ont toujours pas vu la couleur de leur argent. - François Desjardins
Gâchis. Celui, immobilier, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a ébranlé tout autant ses finances que son image. L'université populaire avait fait le pari du développement en s'alliant au promoteur privé Busac pour le projet de l'îlot Voyageur. Résultat: sous-évaluation des coûts, surévaluation des revenus, double comptabilité, administrateurs tenus dans l'ignorance, contrat cadenassé avec Busac, intervention musclée du gouvernement du Québec et enquête du vérificateur général. L'endettement lié aux projets immobiliers s'élève aujourd'hui à 400 millions et atteindra le demi-milliard d'ici cinq ans. L'UQAM est maintenant sommée de retrouver l'équilibre budgétaire et tout le milieu universitaire est sous
surveillance. - Kathleen Lévesque
Haentjens. Brigitte de son prénom. Parce qu'elle vient de connaître une année exceptionnelle en mettant en scène un spectacle fort remarqué sur Virginia Woolf (Vivre), en travaillant à un Sarah Kane (Blasté) qui prendra l'affiche en mars et aussi parce qu'elle a reçu coup sur coup deux prix prestigieux: le Gascon-Thomas de l'École nationale de théâtre et le Siminovitch pour l'ensemble de son oeuvre. Bravo, madame H! - Michel Bélair
Imprévisible ! À Québec, la mairesse Boucher nous a pris au dépourvu jusqu'à la fin. Ainsi, le sort a voulu que le jour de son décès, la correspondante du Devoir à Québec se trouve à... Montréal. Doublement étonnante fut ensuite la tendance des uns à élever au rang de sainteté cette mairesse bien mal aimée de son vivant. Durant la course à sa succession, ses anciens adversaires ont tous osé se réclamer de son héritage, y compris la chef de l'opposition Ann Bourget. Mais, coup de théâtre, l'autre Mme B. a été détrônée in extremis par un certain Régis Labeaume qui a obtenu une majorité de près de 15 % supérieure à celle qu'avait obtenue Mme Boucher en 2005. - Isabelle Porter
Jos Louis. S'il fallait une preuve que le gouvernement Harper a une vision plutôt «sucrée» de la mission en Afghanistan, le ministre Maxime Bernier s'en est chargé à l'automne en distribuant des Jos Louis aux soldats à Kandahar. Les résidants de la Beauce ont sûrement apprécié que leur usine de gâteaux soit bien représentée, mais les partis d'opposition ont plutôt accusé le gouvernement de prendre la mission à la légère, surtout lorsqu'il est question des allégations de torture dans les prisons afghanes. De plus, un rapport sur l'Afghanistan déposé en février par le gouvernement brossait un portrait rose de la situation alors qu'au même moment, les hauts fonctionnaires écrivaient dans un document secret que l'année avait été pénible sur plusieurs fronts. - Alec Castonguay
Kif-kif. Trois partis à l'Assemblée nationale et aucun ne se démarque! Depuis les élections du 26 mars, qui ont donné un gouvernement minoritaire historique aux Québécois, les trois formations politiques pataugent dans la marge d'erreur pour ce qui est des intentions de vote. Chacune a eu ses bons moments: l'ADQ de mars jusqu'à juin (un sondage Léger lui a donné jusqu'à 38 % fin mars); «effet Pauline» aidant, le PQ a progressé à l'automne, assurent différents sondages. Quant au PLQ, la satisfaction à l'égard du gouvernement a crû. Seule tendance claire: l'ADQ et son chef sont maintenant en baisse. - Antoine Robitaille
Lacs. La multiplication des algues bleu-vert dans nos lacs l'été dernier n'est que la pointe de l'iceberg récemment désigné par le commissaire à l'environnement du Québec dans son premier rapport, où il constate l'inapplication généralisée de la politique nationale de l'eau. En tout, 258 lacs et portions de rivières du Québec ont connu des explosions d'algues bleu-vert, soit plus du double des 107 cas relevés en 2006. Destruction des berges naturelles par les agriculteurs et villégiateurs malgré les normes, destruction des milieux humides par les remblayeurs de l'immobilier, inefficacité croissante de plusieurs ouvrages d'épuration municipaux et industriels, fosses septiques incapables de retenir le phosphore et l'azote des rejets domestiques: tout est en place pour une réédition en 2008. - Louis-Gilles Francoeur
Mirage ? Non, ce n'est pas un mirage! On l'a enfin vue à travers la lentille du télescope Hubble. La matière sombre dont on avait indirectement deviné l'existence a été observée cette année plus distinctement que jamais. Cette observation exceptionnelle permettra aux chercheurs d'en élucider le comportement et la nature, qui demeurent jusqu'à maintenant une énigme. Alors que la matière visible formée des étoiles, des montagnes, des humains, soit de tous les corps émettant ou reflétant de la lumière, ne constitue que de 4 % à 5 % de l'univers, la matière sombre en compose le quart. Plus mystérieuse encore est l'énergie sombre qui forme l'essentiel de l'univers, soit 70 % de son ensemble. - Pauline Gravel
Notes ou cotes ? Voilà une question philosophique qu'a tranchée la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, au printemps dernier. Dès les premières semaines de son mandat, le gouvernement libéral s'est empressé de concrétiser cette promesse électorale de l'Action démocratique du Québec, ramenant en prime la moyenne de groupe, chassée lors de l'implantation de la réforme scolaire. Quelques mois et une rentrée scolaire plus tard, les directives ont fini par être transmises: les enseignants ont le choix entre continuer de noter avec des cotes pour ensuite les convertir en notes ou encore noter directement en notes. Bien noté? - Clairandrée Cauchy
Opposition. Comme celle, spectaculaire, des moines bouddhistes en Birmanie, descendus dans la rue en août et en septembre pour manifester contre le régime hideux des généraux qui sans sourciller, tiennent le pays en étau depuis le début des années 1960. R comme le réflexe répressif de la junte qui n'a pas hésité longtemps avant de lancer l'armée contre le soulèvement. C comme la flagrante complaisance, accompagnée pour la forme de quelques grincements de dents, de la communauté internationale envers la dictature. O comme l'oubli dans lequel sont redisparus les Birmans sitôt la situation ramenée «à la normale». - Guy Taillefer
Passe-passe. On ne peut pas vraiment dire que Vladimir Vladimirovitch Poutine s'accroche au pouvoir puisqu'il jouit d'une cote de popularité de 80 %. Le pouvoir, il l'exerce, il l'incarne, il est porté par lui et il le porte, d'autant plus facilement qu'il lui va comme un gant. Après avoir mis au pas les médias et les ONG, l'ancien agent du KGB a dû trouver un truc pour rester aux commandes. Vu que la Constitution lui interdit de solliciter un troisième mandat à la présidence, les partis qui le soutiennent viennent de lui désigner un dauphin, Dmitri Medvedev, qui a proposé à Poutine de devenir son premier ministre lorsque lui-même aura été élu président en mars 2008. Ô surprise! Vladimir Vladimirovitch a dit da. - Claude Lévesque
Qualité recherchée. Chine, plomb et qualité. Ce cocktail n'a pas été très digeste pour l'industrie mondiale du jouet qui, cette année, a dû rappeler plusieurs de ses produits. Fabriqués dans l'empire du Milieu, ces jeux étaient jugés non sécuritaires en raison de la teneur élevée de plomb, un métal neurotoxique, dans les peintures. Au total, plus de 21 millions de jouets ont dû être retirés du marché. Diego l'aventurier, Dora l'exploratrice et les membres de Sesame Street étaient du nombre, forçant ainsi la multinationale Mattel à gérer une grave crise de confiance chez des consommateurs désormais en quête de jouets de fabrication plus locale et mieux encadrée. - Fabien Deglise
Royale comme la vice-reine déchue. «Parlez-moi d'une déchéance royale»: on imagine bien Jean Lapointe prononcer cette phrase. Une enquête du Journal de Montréal a mis au jour les pratiques douteuses de Lise Thibault, qui fut lieutenante-gouverneure du Québec pendant 10 ans. Après investigation, les vérificateurs généraux d'Ottawa et de Québec en sont venus à des conclusions convergentes: Mme Thibault a fait des dépenses injustifiées de plus de 700 000 $. Une enquête de la Sûreté du Québec a été déclenchée. Mme Thibault a été remplacée le 7 juin par l'ancien secrétaire de l'Assemblée nationale, Pierre Duchesne, qui se donne pour mots d'ordre «sens du devoir», «partage» et «sobriété»... - Antoine Robitaille
Ségo-Sarko. Ce devait être une campagne à l'américaine, ce fut la première campagne de l'ère de la télé-réalité. Un an et demi avant la candidature d'Hillary Clinton, la France faisait mentir sa réputation de pays macho. D'un côté, une candidate imposée par sa popularité contre les éléphants socialistes. De l'autre, un ministre redoutable dont les déclarations fracassantes n'avaient d'égales que l'influence médiatique. Partie en avance dans les sondages, Ségolène Royal multiplie les maladresses. Nicolas Sarkozy mène une campagne sans faille. Le président doit maintenant prouver qu'il peut venir à bout d'une croissance anémique et réconcilier la jeunesse des ghettos avec son pays. Un défi qui n'a plus rien à voir avec la télé-réalité. - Christian Rioux
Taser. Le mot était à peine connu au début de l'année, mais il fait désormais partie de notre vocabulaire indigné! Le pistolet à décharge électrique se retrouve au banc des accusés à la suite du décès de Robert Dziekanski à l'aéroport de Vancouver. Le monde entier a vu les images de ce ressortissant polonais frappé de deux décharges de 50 000 volts sans aucune provocation. Depuis 2001, le Taser est mis en cause dans la mort de 270 personnes aux États-Unis et de 18 personnes au Canada. Les corps policiers et les pouvoirs publics semblent pourtant réticents à faire leur examen de conscience. L'usage expéditif de l'arme pose davantage problème que ses propriétés. - Brian Myles
Unisson. Comme ont vibré les voix des participants du Rendez-vous novembre 2007 - Montréal métropole culturelle et des États généraux du théâtre. Les 1300 intervenants du sommet de Montréal ont tous appelé à des relations plus étendues entre artistes et milieux d'affaires et applaudi les 120 millions notamment annoncés pour le Quartier des spectacles. Mais l'unisson sentait aussi l'autocongratulation pour des mesures attendues depuis (trop) longtemps. En choeur aussi, les 400 praticiens de théâtre de tous les horizons ont instauré une nouvelle façon de travailler ensemble afin de mieux intégrer la jeune relève. - Frédérique Doyon
Vieux. Ils auraient pu se retrouver sous la lettre A, pour aînés, ou P, pour personnes âgées. Mais à voir l'indifférence avec laquelle le Québec a accueilli leurs confidences comme leurs cris d'alarme, leur place est bel et bien sous la lettre V, pour vieux. Le mot est cru? Il témoigne pourtant d'une époque où l'âgisme ne fait pas de quartiers. Quoi qu'en dise la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui a mené sa consultation d'
Aveux. Dure année pour la drogue, disait l'autre. Geneviève Jeanson finit par se mettre à table en pleine télévision de Radio-Canada, Marion Jones fond en larmes en déballant la marchandise quand l'étau de la justice devient insupportable. Point commun: de longues années de mensonge... duquel certains autres n'arrivent toutefois pas à s'extirper. Floyd Landis perd sa couronne du Tour de France 2006, mais il continue de clamer son innocence, et le baseball majeur doit faire appel à une enquête indépendante pour ouvrir enfin le panier de crabes. Le sport organisé n'a pas fini de fouiller son lourd passé, même si une sombre interrogation se dégage: pour un qui se fait prendre, combien de dizaines qu'on n'arrivera jamais à pincer? - Jean Dion
Bye-bye Boisclair ! La dégringolade d'André Boisclair fut aussi brusque que son accession à la tête du Parti québécois fut flamboyante. Porté aux nues en novembre 2006 par les militants qui voyaient en lui l'occasion d'un renouvellement dynamique et un rajeunissement du PQ, André Boisclair a fait face à une contestation ouverte de son leadership 18 mois plus tard. Son règne tumultueux fut marqué par des déclarations maladroites et des manques de jugement à répétition. Les résultats électoraux furent un revers cinglant pour le PQ qui s'est retrouvé en troisième place. Sous la pression, André Boisclair a rendu les armes le 8 mai 2007, finalement remplacé par Pauline Marois. Il fera un retour à la vie active en janvier en enseignant à l'université Concordia, où il donnera un cours sur la gestion de crise. - Kathleen Lévesque
Crac ! Les fondements de l'expression «coulé dans le béton» ont été fortement ébranlés cette année. Si bien qu'on ne sait plus trop si cela réfère aujourd'hui à quelque chose de fiable ou de friable... Seule certitude: le béton québécois a connu des heures difficiles en 2007. Décortiqué miette après miette par la commission Johnson (d'avril à octobre), l'effondrement du viaduc de la Concorde aura fait prendre conscience à la population et aux autorités que les structures du Québec sont en piteux état. L'inspection de 135 ponts et viaducs imposée cet été par Pierre Marc Johnson l'a éloquemment démontré. Cela sans compter le «quasi-effondrement» du centre-ville de Montréal, dont toute l'assise semblait ne tenir qu'à une dalle fissurée en cette soirée du 24 août... - Guillaume Bourgault-Côté
Daltonisme. Celui de Stéphane Dion. Le chef du Parti libéral du Canada peut bien confondre les verts pâles et les jaunes, les violets et les bleus: dans un univers politique en noir et blanc, il fait le pari du gris. Cette nuance intellectuelle, dépeinte comme une faiblesse, lui a fait très mal. Liza Frulla n'est pas revenue, les élus Joe Comuzzi et Wajid Khan ont déserté, plusieurs ex-ministres ont pris leur retraite. Dion a perdu Outremont et, devant le désastre électoral appréhendé, s'est abstenu de renverser le gouvernement. L'homme espère que ses positions de principe (peine de mort, Omar Khadr) réussiront à séduire en 2008. - Hélène Buzzetti
Ex de la politique. Certains sont devenus des experts médiatiques, comme Le Club des ex justement, sur RDI, ou Michel Gauthier à TQS. Il y a aussi les «ex» qui servent de belle-mère, comme ce fut le cas de Bernard Landry avec André Boisclair. Mais les plus redoutables «ex», ce sont les anciens premiers ministres qui récrivent l'histoire dans leurs mémoires, au premier chef: Jean Chrétien et Brian Mulroney. Le premier a reçu un traitement de star au Salon du livre de Montréal et à Tout le monde en parle. Quant au deuxième, ça ne s'est pas passé comme prévu... - Paul Cauchon
Filou. Pour l'affaire Norbourg, qui a floué 9200 investisseurs et entraîné un procès de plus de 50 jours. Reconnu coupable d'avoir supervisé ce scandale de 115 millions de dollars, Vincent Lacroix connaîtra sa sentence le 28 janvier. Mais il ne se fait pas d'illusions. La saga, quant à elle, n'est pas terminée. Il y a aussi la possibilité d'accusations criminelles, un recours collectif et des centaines de victimes qui, en raison d'une loi qui n'indemnise pas les cas de fraude de cette nature, n'ont toujours pas vu la couleur de leur argent. - François Desjardins
Gâchis. Celui, immobilier, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a ébranlé tout autant ses finances que son image. L'université populaire avait fait le pari du développement en s'alliant au promoteur privé Busac pour le projet de l'îlot Voyageur. Résultat: sous-évaluation des coûts, surévaluation des revenus, double comptabilité, administrateurs tenus dans l'ignorance, contrat cadenassé avec Busac, intervention musclée du gouvernement du Québec et enquête du vérificateur général. L'endettement lié aux projets immobiliers s'élève aujourd'hui à 400 millions et atteindra le demi-milliard d'ici cinq ans. L'UQAM est maintenant sommée de retrouver l'équilibre budgétaire et tout le milieu universitaire est sous
surveillance. - Kathleen Lévesque
Haentjens. Brigitte de son prénom. Parce qu'elle vient de connaître une année exceptionnelle en mettant en scène un spectacle fort remarqué sur Virginia Woolf (Vivre), en travaillant à un Sarah Kane (Blasté) qui prendra l'affiche en mars et aussi parce qu'elle a reçu coup sur coup deux prix prestigieux: le Gascon-Thomas de l'École nationale de théâtre et le Siminovitch pour l'ensemble de son oeuvre. Bravo, madame H! - Michel Bélair
Imprévisible ! À Québec, la mairesse Boucher nous a pris au dépourvu jusqu'à la fin. Ainsi, le sort a voulu que le jour de son décès, la correspondante du Devoir à Québec se trouve à... Montréal. Doublement étonnante fut ensuite la tendance des uns à élever au rang de sainteté cette mairesse bien mal aimée de son vivant. Durant la course à sa succession, ses anciens adversaires ont tous osé se réclamer de son héritage, y compris la chef de l'opposition Ann Bourget. Mais, coup de théâtre, l'autre Mme B. a été détrônée in extremis par un certain Régis Labeaume qui a obtenu une majorité de près de 15 % supérieure à celle qu'avait obtenue Mme Boucher en 2005. - Isabelle Porter
Jos Louis. S'il fallait une preuve que le gouvernement Harper a une vision plutôt «sucrée» de la mission en Afghanistan, le ministre Maxime Bernier s'en est chargé à l'automne en distribuant des Jos Louis aux soldats à Kandahar. Les résidants de la Beauce ont sûrement apprécié que leur usine de gâteaux soit bien représentée, mais les partis d'opposition ont plutôt accusé le gouvernement de prendre la mission à la légère, surtout lorsqu'il est question des allégations de torture dans les prisons afghanes. De plus, un rapport sur l'Afghanistan déposé en février par le gouvernement brossait un portrait rose de la situation alors qu'au même moment, les hauts fonctionnaires écrivaient dans un document secret que l'année avait été pénible sur plusieurs fronts. - Alec Castonguay
Kif-kif. Trois partis à l'Assemblée nationale et aucun ne se démarque! Depuis les élections du 26 mars, qui ont donné un gouvernement minoritaire historique aux Québécois, les trois formations politiques pataugent dans la marge d'erreur pour ce qui est des intentions de vote. Chacune a eu ses bons moments: l'ADQ de mars jusqu'à juin (un sondage Léger lui a donné jusqu'à 38 % fin mars); «effet Pauline» aidant, le PQ a progressé à l'automne, assurent différents sondages. Quant au PLQ, la satisfaction à l'égard du gouvernement a crû. Seule tendance claire: l'ADQ et son chef sont maintenant en baisse. - Antoine Robitaille
Lacs. La multiplication des algues bleu-vert dans nos lacs l'été dernier n'est que la pointe de l'iceberg récemment désigné par le commissaire à l'environnement du Québec dans son premier rapport, où il constate l'inapplication généralisée de la politique nationale de l'eau. En tout, 258 lacs et portions de rivières du Québec ont connu des explosions d'algues bleu-vert, soit plus du double des 107 cas relevés en 2006. Destruction des berges naturelles par les agriculteurs et villégiateurs malgré les normes, destruction des milieux humides par les remblayeurs de l'immobilier, inefficacité croissante de plusieurs ouvrages d'épuration municipaux et industriels, fosses septiques incapables de retenir le phosphore et l'azote des rejets domestiques: tout est en place pour une réédition en 2008. - Louis-Gilles Francoeur
Mirage ? Non, ce n'est pas un mirage! On l'a enfin vue à travers la lentille du télescope Hubble. La matière sombre dont on avait indirectement deviné l'existence a été observée cette année plus distinctement que jamais. Cette observation exceptionnelle permettra aux chercheurs d'en élucider le comportement et la nature, qui demeurent jusqu'à maintenant une énigme. Alors que la matière visible formée des étoiles, des montagnes, des humains, soit de tous les corps émettant ou reflétant de la lumière, ne constitue que de 4 % à 5 % de l'univers, la matière sombre en compose le quart. Plus mystérieuse encore est l'énergie sombre qui forme l'essentiel de l'univers, soit 70 % de son ensemble. - Pauline Gravel
Notes ou cotes ? Voilà une question philosophique qu'a tranchée la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, au printemps dernier. Dès les premières semaines de son mandat, le gouvernement libéral s'est empressé de concrétiser cette promesse électorale de l'Action démocratique du Québec, ramenant en prime la moyenne de groupe, chassée lors de l'implantation de la réforme scolaire. Quelques mois et une rentrée scolaire plus tard, les directives ont fini par être transmises: les enseignants ont le choix entre continuer de noter avec des cotes pour ensuite les convertir en notes ou encore noter directement en notes. Bien noté? - Clairandrée Cauchy
Opposition. Comme celle, spectaculaire, des moines bouddhistes en Birmanie, descendus dans la rue en août et en septembre pour manifester contre le régime hideux des généraux qui sans sourciller, tiennent le pays en étau depuis le début des années 1960. R comme le réflexe répressif de la junte qui n'a pas hésité longtemps avant de lancer l'armée contre le soulèvement. C comme la flagrante complaisance, accompagnée pour la forme de quelques grincements de dents, de la communauté internationale envers la dictature. O comme l'oubli dans lequel sont redisparus les Birmans sitôt la situation ramenée «à la normale». - Guy Taillefer
Passe-passe. On ne peut pas vraiment dire que Vladimir Vladimirovitch Poutine s'accroche au pouvoir puisqu'il jouit d'une cote de popularité de 80 %. Le pouvoir, il l'exerce, il l'incarne, il est porté par lui et il le porte, d'autant plus facilement qu'il lui va comme un gant. Après avoir mis au pas les médias et les ONG, l'ancien agent du KGB a dû trouver un truc pour rester aux commandes. Vu que la Constitution lui interdit de solliciter un troisième mandat à la présidence, les partis qui le soutiennent viennent de lui désigner un dauphin, Dmitri Medvedev, qui a proposé à Poutine de devenir son premier ministre lorsque lui-même aura été élu président en mars 2008. Ô surprise! Vladimir Vladimirovitch a dit da. - Claude Lévesque
Qualité recherchée. Chine, plomb et qualité. Ce cocktail n'a pas été très digeste pour l'industrie mondiale du jouet qui, cette année, a dû rappeler plusieurs de ses produits. Fabriqués dans l'empire du Milieu, ces jeux étaient jugés non sécuritaires en raison de la teneur élevée de plomb, un métal neurotoxique, dans les peintures. Au total, plus de 21 millions de jouets ont dû être retirés du marché. Diego l'aventurier, Dora l'exploratrice et les membres de Sesame Street étaient du nombre, forçant ainsi la multinationale Mattel à gérer une grave crise de confiance chez des consommateurs désormais en quête de jouets de fabrication plus locale et mieux encadrée. - Fabien Deglise
Royale comme la vice-reine déchue. «Parlez-moi d'une déchéance royale»: on imagine bien Jean Lapointe prononcer cette phrase. Une enquête du Journal de Montréal a mis au jour les pratiques douteuses de Lise Thibault, qui fut lieutenante-gouverneure du Québec pendant 10 ans. Après investigation, les vérificateurs généraux d'Ottawa et de Québec en sont venus à des conclusions convergentes: Mme Thibault a fait des dépenses injustifiées de plus de 700 000 $. Une enquête de la Sûreté du Québec a été déclenchée. Mme Thibault a été remplacée le 7 juin par l'ancien secrétaire de l'Assemblée nationale, Pierre Duchesne, qui se donne pour mots d'ordre «sens du devoir», «partage» et «sobriété»... - Antoine Robitaille
Ségo-Sarko. Ce devait être une campagne à l'américaine, ce fut la première campagne de l'ère de la télé-réalité. Un an et demi avant la candidature d'Hillary Clinton, la France faisait mentir sa réputation de pays macho. D'un côté, une candidate imposée par sa popularité contre les éléphants socialistes. De l'autre, un ministre redoutable dont les déclarations fracassantes n'avaient d'égales que l'influence médiatique. Partie en avance dans les sondages, Ségolène Royal multiplie les maladresses. Nicolas Sarkozy mène une campagne sans faille. Le président doit maintenant prouver qu'il peut venir à bout d'une croissance anémique et réconcilier la jeunesse des ghettos avec son pays. Un défi qui n'a plus rien à voir avec la télé-réalité. - Christian Rioux
Taser. Le mot était à peine connu au début de l'année, mais il fait désormais partie de notre vocabulaire indigné! Le pistolet à décharge électrique se retrouve au banc des accusés à la suite du décès de Robert Dziekanski à l'aéroport de Vancouver. Le monde entier a vu les images de ce ressortissant polonais frappé de deux décharges de 50 000 volts sans aucune provocation. Depuis 2001, le Taser est mis en cause dans la mort de 270 personnes aux États-Unis et de 18 personnes au Canada. Les corps policiers et les pouvoirs publics semblent pourtant réticents à faire leur examen de conscience. L'usage expéditif de l'arme pose davantage problème que ses propriétés. - Brian Myles
Unisson. Comme ont vibré les voix des participants du Rendez-vous novembre 2007 - Montréal métropole culturelle et des États généraux du théâtre. Les 1300 intervenants du sommet de Montréal ont tous appelé à des relations plus étendues entre artistes et milieux d'affaires et applaudi les 120 millions notamment annoncés pour le Quartier des spectacles. Mais l'unisson sentait aussi l'autocongratulation pour des mesures attendues depuis (trop) longtemps. En choeur aussi, les 400 praticiens de théâtre de tous les horizons ont instauré une nouvelle façon de travailler ensemble afin de mieux intégrer la jeune relève. - Frédérique Doyon
Vieux. Ils auraient pu se retrouver sous la lettre A, pour aînés, ou P, pour personnes âgées. Mais à voir l'indifférence avec laquelle le Québec a accueilli leurs confidences comme leurs cris d'alarme, leur place est bel et bien sous la lettre V, pour vieux. Le mot est cru? Il témoigne pourtant d'une époque où l'âgisme ne fait pas de quartiers. Quoi qu'en dise la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui a mené sa consultation d'
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