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    L'histoire du Vieux-Québec, sans fard

    Jean Provencher rêve d'écrire la version urbaine de Quatre saisons dans la vallée

    L’historien Jean Provencher photographié dans une rue enneigée du Vieux-Québec.
    Photo: Clément Allard L’historien Jean Provencher photographié dans une rue enneigée du Vieux-Québec.
    Travailleur infatigable, éternel pigiste, Jean Provencher vient de pondre un énième livre sur l'histoire du Vieux-Québec dans lequel il a réussi l'impossible: dévoiler des aspects méconnus d'une histoire pourtant mille fois contée.

    Québec — Quand la Commission de la Capitale nationale l'a approché, l'historien n'était pas convaincu de la pertinence d'un tel projet. «Je me suis dit: sur l'histoire du Vieux-Québec, tout a été dit. C'est archi-usé comme sujet. Usé à la corde... » Mais l'histoire en a voulu autrement.

    Intitulé L'Histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine, l'ouvrage de quelque 200 pages sort des sentiers battus. À preuve, il ne contient qu'un seul paragraphe sur le château Frontenac, souligne fièrement son auteur. Pas de château non plus sur la couverture, mais la nouvelle Fontaine de Tourny et l'édifice Price.

    Provencher avait pour mandat de tout relire. Il est donc retourné à la source, a dépouillé la matière de centaines d'études et de rapports de recherche produits depuis 40 ans par les institutions de la capitale. «J'avais des boîtes et des boîtes à consulter à la Ville de Québec. Écoutez, chaque porte du Vieux-Québec est documentée!»

    L'auteur fait une pause et regarde de l'autre côté de la rue Couillard, parce que, évidemment, l'entrevue se déroule au mythique Café Temporel. «Vous voyez: Calixa Lavallée a composé le Ô Canada juste de l'autre bord de la rue en 1880-1882. C'était pour un grand rassemblement de la Saint-Jean-Baptiste.»

    Travailleur autonome depuis 30 ans, Jean Provencher est l'auteur de pas moins de 25 livres, fruits de démarches personnelles et de commandes diverses. Depuis sa biographie de René Lévesque — la première sur le sujet écrite en 1973 —, cet historien originaire de Trois-Rivières a raconté les Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent (1988), le patrimoine agricole du Québec, la place Royale, les plaines d'Abraham, le Carnaval de Québec et même l'histoire des transports dans la capitale.

    L'histoire en boîtes

    L'auteur rêve maintenant d'écrire la version «urbaine» des Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, mais il n'a pas l'argent pour le faire. «Dans les salons du livre, ça fait 20 ans que les gens me demandent de faire la même chose [Les Quatre saisons dans...] pour la ville. Je pensais que ça n'avait pas de sens, mais j'étais vraiment dans les pommes de terre! En 2005, pendant six mois, j'ai dépouillé les journaux de la presse québécoise de 1890 à 1910. Pas juste de Québec mais aussi de Chicoutimi, Joliette, Sherbrooke, Rivière-du-Loup, Rimouski, Montréal. Avec la notion des quatre saisons en ville. J'ai déjà 253 pages de matière brute: des activités, des fêtes, des moments de vie propres à chaque saison de l'année.»

    Pour écrire, il se terre chez lui pendant des semaines, avec son chat qui se construit des abris temporaires dans les boîtes pleines de documents. C'est le choix d'une vie sans luxe qu'il n'a pas voulue routinière. «Je ne sais pas ce que c'est, la retraite. J'ai des amis qui m'en parlent, et je ne sais pas comment s'écrit le mot en français; j'essaierais de l'écrire que je ferais plein de fautes. J'ai prévenu mes enfants: ils vont me retrouver la tête couchée sur le clavier.»

    Provencher défend une vision vivante de l'histoire. «J'aime parler du vécu des gens, ramener le monde aux choses concrètes, plutôt que de faire l'histoire des personnes politiques et des évêques. Ce qui m'intéresse, c'est l'histoire du climat, de l'alimentation, des manières de fêter...» Les festivals en costumes le mettent mal à l'aise: «Il ne faut pas déguiser le monde. On est en 2008. Moi, je ne me suis jamais déguisé comme historien, par respect pour la discipline sans doute. L'histoire, ça mérite d'être respecté. C'est ton père, ta mère, ta grand-mère, tu ne joues pas avec ça.»

    Fêter le 4000e de Québec!

    Pour lui, il s'agit de pénétrer dans les maisons du passé. De recueillir ces petits détails qui permettent de reconstituer le quotidien de nos ancêtres. Sans fla-fla. Parce que la vraie vie est déjà assez intéressante telle qu'elle est.

    «Quand tu sais lire les documents historiques, tu vois toute la vie des gens. Un inventaire de biens, c'est un moment de jouissance!», lance-t-il dans un grand rire. Et de raconter que, dans les documents d'un notaire de Québec, il a trouvé les indices d'un étonnant personnage: un maître voilier du XIXe, Henry Muchemore, résidant du Vieux-Québec.

    Un bon vivant qui jouait de la flûte, de l'accordéon et du concertino en plus de s'intéresser à l'astronomie. Et le temps de quelques lignes, l'historien devient poète. «Et les soirs de belle nuit, avec sa lunette d'approche, la tête dans les étoiles, il aime se demander s'il y a âme qui vive dans ces mondes si lointains ou cherche simplement à reconnaître le visage de l'homme dans la Lune.»

    Par delà une mise en pages vivante et fort bien illustrée (bravo à Frédéric Smith), l'histoire du Vieux-Québec se révèle à travers toutes sortes de petits détails. Derrière les portes d'un restaurant, la plus ancienne habitation de Québec. En lieu et place des touristes de la rue du Petit-Champlain, on imagine les travailleurs irlandais affectés au déchargement des navires. Rue Saint-Antoine, une indication dans le trottoir rappelle que l'eau montait jusque-là vers 1600.

    Il y a aussi ce squelette d'Amérindienne trouvé place Royale. L'enterrement aurait eu lieu entre 1000 et 1534. Pourquoi avait-elle les jambes relevées, un bébé près d'elle? Elle serait morte en couches? À la place d'Youville, on a trouvé les traces d'un feu et des outils encore plus anciens. «On fête le 400e mais on devrait fêter le 4000e», suggère l'historien.

    Comme tout le monde à Québec, il espère que les fêtes de 2008 seront un succès. Or les organisateurs ont fait l'erreur, à son avis, de ne pas se donner un porte-parole. Il ne pense visiblement pas à lui en disant cela... Et pourtant, avec son rire de sorcier, ses cheveux blancs ébouriffés, ses yeux perçants et ses propos inspirés, il aurait sûrement fait mieux que bien des porte-paroles.

    Collaboratrice du Devoir












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