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Chirurgie esthétique au centre-ville

Une rue de Saint-Césaire, en Montérégie. L’entrée de la ville ressemble à bien d’autres au Québec, une horreur à bien des égards, mais lorsqu’on se donne de pénétrer à l’intérieur de la municipalité, on se promène sur de petites rue
Photo : Jacques Nadeau
Une rue de Saint-Césaire, en Montérégie. L’entrée de la ville ressemble à bien d’autres au Québec, une horreur à bien des égards, mais lorsqu’on se donne de pénétrer à l’intérieur de la municipalité, on se promène sur de petites rue
L'automobiliste qui arrive à Saint-Césaire, en Montérégie, bute sur un paysage qu'il a vu des centaines de fois auparavant: une route principale, la 112, saupoudrée de l'habituelle recette que sont les Tim Hortons, McDonald's, stations-services, quincailleries, etc. Et pourtant. À l'intérieur du village, des rues étroites parsemées de maisons coquettes mènent à un centre-ville tout de même sympathique que les commerces ont délaissé. Objectif: lui redonner vie.

«Un milieu de vie, ce n'est pas une autoroute ou des grandes distances qu'il faut parcourir en voiture», dit François Varin. Le jour où l'auteur de ces lignes l'a finalement joint au téléphone après plusieurs jours de poursuite, M. Varin était à Saint-Hyacinthe. S'il arpente le Québec, c'est probablement parce qu'il dirige la Fondation Rues principales, une firme-conseil sans but lucratif qui offre de la consultation aux municipalités pour revitaliser leur centre-ville.

Du travail, M. Varin en a. Il faut dire que les centres-villes ont eu la vie dure depuis les années 1970. L'assaut est venu de sources multiples. La montée en puissance des centres commerciaux, l'attraction des grands centres régionaux, l'étalement, l'exode, l'affirmation interminable d'un mode de vie axé sur l'automobile et la tendance favorable aux grandes surfaces ont eu des effets aussi troublants les uns que les autres.

De Rivière-Rouge à Gaspé en passant par Mont-Laurier, Saint-Césaire et Donnacona, des administrations municipales se prennent en main. Depuis 1985, elles sont plus de 200 à avoir eu recours aux conseils de la Fondation pour coordonner leurs efforts. Par de petits gestes, qu'il s'agisse de restauration de maisons patrimoniales ou de promotions d'activités sur les rues principales, elles ont tout mis en oeuvre pour insuffler une vie nouvelle à leurs centres-villes.

Écologique

Si l'exercice consiste à redonner aux centres-villes leur fonction commerciale de proximité, sa dimension ratisse plus large qu'on pourrait le croire, dit François Varin. «Dans le contexte écologique actuel, où on doit prendre la voiture, où on se plaint que les gens ne font pas d'exercice, où on déplore la pollution, le fait de déplacer l'activité commerciale source de pollution, de recentrer les activités dans les lieux qui ont été naturellement créés pour ça, n'est-ce pas une bonne façon d'agir pour encourager le développement durable?»

La revitalisation n'est rien de nouveau. Aux États-Unis, les efforts ont débuté au cours des années 1970. Le National Trust for Historic Preservation se donnait justement pour but de faire revivre la vocation commerciale des centres-villes. D'abord en déterminant les raisons pour lesquelles ils se mouraient à petit feu, puis en proposant des stratégies d'intervention pour endiguer le problème et inverser la tendance.

Au Québec, les efforts se sont formalisés un peu plus tard. Certes, des stratégies de revitalisation de rues principales ont vu le jour dans les années 1970 et 1980, mais elles étaient souvent faites en vase clos, un peu à tâtons. Paul Lewis, aujourd'hui professeur d'urbanisme à l'Université de Montréal, se souvient de l'expérience hulloise en 1976. Il était urbaniste, et le défi consistait à redresser la Promenade du Portage, qui ne fonctionnait pas du tout. «À l'époque, on ne savait pas trop pourquoi... En fait, on savait pourquoi, mais on ne savait pas trop quoi faire pour renverser la vapeur.»

Le premier réflexe, dit M. Lewis, a été de blâmer le problème du stationnement. «J'ai fait faire une enquête et on s'est rendu compte que le problème n'était pas là, mais plutôt dans l'obsolescence des structures commerciales, qui étaient moins attrayantes que les centres commerciaux», dit M. Lewis. La ville a fini par faire ce qui s'est fait un peu partout à la grandeur du Québec: on a refait l'espace public comme s'il sortait d'un catalogue, notamment en posant des pavés «interblocs» au sol, des «faux vieux lampadaires» et des bancs ici et là. Ce n'était pas suffisant. «Au bout de 15 ou 20 ans, les villes se sont rendu compte que ça n'allait pas mieux, ou que les choses empiraient», dit-il.

Le coup de main de Québec

Il vint un temps où les villes ont pu cesser de fonctionner en mode solo. En 1983, le gouvernement du Québec a lui aussi mis la main à la pâte. Son programme, ReviCentre, visait justement ces villes dotées d'un centre d'activité traditionnel et de bâtiments anciens nécessitant un certain degré de rénovation. Il a été en vigueur de 1983 à 1987.

La problématique des villes est très clairement expliquée dans un rapport publié en 1994 par le ministère des Affaires municipales. Ce dernier y évoque le pouvoir d'attraction des «capitales régionales» et de certaines villes comme centres d'emplois et de services. Les plus petites municipalités, forcément, écopaient depuis les années 1960 et 1970. «La diminution et l'affaiblissement du dynamisme des activités commerciales, industrielles et de services, traditionnellement localisées dans les villes-centres et les centres ruraux, ont entraîné une dégradation des immeubles et des équipements de ces centres, écrivait-il sans détour. Un effort considérable a été fait pour revitaliser ou reconvertir ces espaces.»

De 1983 à 1987, indique le ministère des Affaires municipales dans le même rapport, 87 villes ont reçu des subventions totalisant 50,7 millions. Les villes ont elles-mêmes investi 62 millions alors que le secteur privé, pour sa part, a injecté 170 millions.

Initiative récente

À Saint-Césaire, une petite ville de 5000 habitants entre Saint-Jean-sur-Richelieu et Granby, on procède un bâtiment à la fois. Le rez-de-chaussée de ces bâtiments abritait souvent des commerces, lesquels ont aujourd'hui installé leurs locaux sur la grande route à deux coins de rue du centre-ville.

«Vous voyez, ils viennent tout juste de teindre les galeries», dit Kellie Viens-Messier, une architecte qui s'occupe présentement du dossier de revitalisation à l'Hôtel de ville, lors d'une promenade dans le quartier où sont concentrés les travaux de rénovation et de restauration. Un peu plus loin, l'ancien bureau de poste est sur le point de subir un lifting.

La Ville a décidé de joindre le Réseau Rues principales en 2005. Depuis lors, le coeur s'embellit petit à petit, maison par maison, façade par façade. Pour attirer du monde, il faut d'abord se faire beau. «Au fil des ans, l'activité commerciale au centre-ville a délaissé les biens pour s'orienter sur les services», dit Kellie Viens-Messier. Résultat? Ça bouge beaucoup moins. «On veut ramener les commerçants au centre-ville.»

Il faut donc travailler sur l'aspect visuel. Cette année, par exemple, la Ville de Saint-Césaire distribuera 90 000 $ à des projets de restauration. La moitié de cette somme provient de la Société d'habitation du Québec. Le secteur d'intervention est très clairement délimité entre telle et telle rue. «On a envoyé 130 formulaires de demande dans le quartier. En une semaine seulement, on avait déjà 36 réponses...», dit Mme Viens-Messier.

Un volet communautaire, qui comporte une fonction de rassemblement, fait aussi partie de l'exercice. Car devant l'hôtel de ville se trouve un énorme stationnement qui nage en pleine démesure. Le projet à l'étude consisterait à transformer cette surface d'asphalte inutile en espace public qui, quelques jours par semaine, se transformerait en marché public. Quoi de mieux pour accueillir les produits agricoles cultivés dans les environs?
 
 
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  • Jack Ruby - Inscrit
    8 octobre 2007 05 h 26
    beauté, fonctionnalité, et ambition
    Les Québécois vont devoir choisir s'ils veulent continuer d'habiter dans un des endroits les plus laids et les plus mal aménagés de l'Occident ou s'ils veulent définir une voie un peu plus heureuse, ambitieuse et digne d'attention pour eux-mêmes et pour leurs contemporains.
    Jusqu'ici, les Québécois se sont le plus souvent satisfaits de la laideur, du "botchisme" le plus radical et de l'ininteligence généralisée en matière d'aménagement et d'occupation du territoire.
    Il est le plus souvent gênant et embarassant d'accueillir des étrangers au Québec.
    Même les Etats-Unis, même l'Ontario parfois, sont mieux aménagés que le Québec en général...
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