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Silence, s'il vous plaît

Qui eût cru qu'un jour le silence serait devenu subversif? Qui eût imaginé qu'un enseignant passerait pour un original en imposant à ses élèves une minute de silence avant son cours avec, comme résultat, une accalmie dans sa classe? Aujourd'hui, le silence fait peur. À tel point que rares sont ceux qui ne possèdent pas la panoplie technologique à s'enfoncer dans les oreilles. On s'étonnera alors qu'à force d'écouter tout le monde et tant de bruit, on ne soit plus en mesure d'être à l'écoute de l'autre et avant tout de soi, chose à ne pas confondre avec le nombrilisme.

À l'époque frénétique qui est nôtre où le temps s'atomise, le silence représente une menace. Garder le silence, aux yeux de plusieurs, devient une sorte de fantaisie à la limite de l'exploit. La radio, la télé, le téléphone portable et le iPod sont autant de prothèses à nos âmes affolées. Car le silence, croit-on, est un espace inquiétant où se tapit l'angoisse.

De plus, la solitude est désormais meublée, un fil à l'oreille gauche, un portable à l'oreille droite. On écoute sa musique pour être coupé des bruits ambiants et on parle au téléphone pour s'exclure de l'entourage. De cette façon, on n'est jamais avec les gens qui nous sont physiquement proches et qu'on transforme par la force des choses en objets.

Je me suis retrouvée cette semaine à la caisse de la SAQ derrière un agité qui gueulait dans son téléphone: «It's bullshit! Don't accept this shitty deal!» tout en tentant d'extraire de sa poche une carte de crédit. Devant lui, une jeune caissière patiente, souriante, plus que polie, subissait le rustre, lequel a réglé la facture sans un regard vers elle, continuant de japper à voix haute devant les clients ahuris. «Je vois ça tous les jours, maintenant», a dit une cliente timide, l'air découragé, dont on est sûr qu'elle n'allait certes pas boire à la santé de pareil énergumène.

Le silence, à vrai dire, est devenu un luxe que s'offrent des êtres privilégiés qui ont saisi la dimension thérapeutique de l'exercice. Le silence est aussi une ascèse que les ordres religieux contemplatifs pratiquent depuis des millénaires. Étonnons-nous qu'il en existe si peu désormais, de ces hommes et de ces femmes pour qui la méditation et le silence sont une façon de témoigner de la préciosité de la vie. Bientôt, les spas, ces monastères païens où se pratique le culte du corps, offriront peut-être des cures de silence afin de désintoxiquer les hyperactifs et autres énervés, victimes du modèle actuel d'agitation perpétuelle.

L'engouement pour les massages relaxants en tout genre démontre bien le malaise qui nous atteint tous. Mais ceux qui sont entichés de massages sont souvent incapables de supporter le silence total. Ce qui explique cette musique supposément zen avec reflux de vagues, pépiements d'oiseaux et autres pollutions gnangnan qui accompagnent la liturgie où les bougies odorantes jusqu'à l'écoeurement se consument jusqu'au tapotage final. «Bon massage», m'a dit un jour un masseur d'une voix mielleuse. «Pourriez-vous enlever l'océan et les oiseaux?», ai-je osé demander. «Les clients adorent ça, et moi, ça m'aide à mieux vous masser», a répondu l'officiant, qui sentait l'encens et le thé vert. Je me suis dit que le silence pouvait parfois tenir lieu de massage et qu'il n'en coûte qu'un peu de courage.

Car il faut être courageux pour s'imposer le silence de nos jours alors que la vertu extrême consiste à communiquer à tout prix. On dit communiquer pour éviter de parler, c'est-à-dire converser, cet art d'échanger selon des règles souples mais exigeantes. À dire tout ce qui nous passe par la tête, on devient incapable de mûrir sa propre pensée. Le silence, en plus d'être une démarche introspective, le lieu privilégié de la méditation, est aussi le terreau dans lequel s'épanouit la pensée. Comment réfléchir sans silence? Voilà bien la véritable question. Chez les nouvelles générations, il semble évident que la concentration fasse bon ménage avec un arrière-plan sonore appelé musical. Les jeunes étudient le iPod dans les oreilles. Ils écoutent de la musique tout en parlant à des interlocuteurs. Certains dorment même avec leur appareil. À croire que le silence est devenu une réalité d'un autre âge.

Faire l'éloge du silence, c'est donc prendre le contre-pied de l'époque. C'est aller à contre-courant de la pollution sonore perçue comme un trait culturel de modernité. C'est s'inscrire dans une démarche où la dimension psychologique peut même se confondre avec la recherche spirituelle, cette nourriture de l'esprit sans laquelle un être humain s'étiole et perd ses repères et son sens.

S'éloigner du silence, c'est sans doute lutter contre l'angoisse actuelle qui caractérise nos vies. Or le silence, s'il contient l'angoisse, peut aussi nous en libérer et à tout le moins atténuer sa douleur. Aucune agitation, aucun bruit ne console. Ils anesthésient, alors que seul le silence ouvre parfois la voie à une forme de sérénité.

denbombardier@videotron.ca
 
 
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  • l poisson
    Inscrite
    samedi 6 octobre 2007 03h35
    Si lent silence jusqu'à ces si lents cieux
    Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire. Proverbe chinois

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 03h57
    Le silence et la pensée
    Ce n'est pas du silence dont notre société a peur, mais de la pensée.
    Le silence n'est pas vraiment subversif, mais la pensée l'a toujours été?
    Songez à cette interdiction religieuse d'essayer de comprendre les mystères!

    Il est bien normal et prévisible, qu'une minute de silence, imposé à ces jeunes qui vivent dans un monde constant de bruit et qui par conséquent n'ont jamais le loisir de mettre leur pensée en fonction, ait pour résultat une accalmie et engage, d'une certaine façon, le processus de réflexion. Lorsque l'on pense, on s'arrête, on devient calme. Pour réfléchir vraiment nous devons souvent interrompre l'action et paradoxalement, l'action, ou plutôt la création génère la réflexion. Il faut trouver l'équilibre entre l'action et la réflexion.
    Un esprit sain dans un corps sain, ça ne date pas d'hier!

    Je ne crois pas que le silence représente une menace ou s'il finit par en devenir une, c'est bien plus sa conséquence qui est redoutable. Le silence en soi est complètement inoffensif sauf peut-être quand il est utilisé comme moyen de pression psychologique. Cessez de parler à votre conjoint, à votre ami ou à quiconque avec qui vous avez une communication régulière et vous constatez la force du silence pour exprimer votre malaise, votre dégoût, votre reproche et tant d'autres émotions ou revendications. Le silence, dans cette circonstance, devient un élément efficace et même redoutable.

    Par contre dans notre société, le silence n'a pas la même valeur, son absence n'est pas dû à ce qu'on en a peur, du moins pas par l'ensemble de la société. Le silence ne fait pas peur. Par contre, la pensée, la réflexion, ça oui! La réflexion qui entraîne le débat d'idée qui est perçu ici, dans notre société québécoise, comme des chicanes à éviter. C'est aussi une menace pour tous ceux qui manipulent votre esprit, votre pensée, votre opinion. On nous bombarde d'information (sic) qui est souvent beaucoup plus de bruit que d'information réelle. Le bruit est constant, partout le silence est absent pour éviter que les gens puissent enclencher leur processus de réflexion.
    Comment manipuler un esprit qui réfléchit? Il ne faut pas laisser de silence, sinon...
    Il faut enchaîner rapidement pour empêcher la réflexion. Vous vous souvenez: "Don't move! Stay with us! Because at eight o'clock, we have a very good show, with so and so! (Yvon Deschamp) Pas de silence, pas de pause, pas de réflexion, un auditoire au cerveau captif: "Don't move! Listen listen listen, watch watch watch!

    La technologie moderne favorise le bruit. Par bruit, il faut entendre, musique, musique, musique, rythme, rythme, gueulage imbécile constant, peu et même pas du tout de questionnement, un tourbillon constant de beat et d'images "vidéo clip" où l'on ne peut saisir l'essence de l'action, le fond de pensée, où le cerveau est constamment occupé à décrypter l'observation de l'environnement et où il ne reste plus de temps pour réfléchir sur l'information perçue. Nous sommes en état de perception constant et nous n'avons plus de temps de digestion, pour installer la pensée. Le silence devient alors un moment privilégié.

    La radio, la télé, le téléphone portable et le iPod ne sont pas des prothèses, mais plutôt des anesthésiants à notre esprit qui n'est pas affolé, mais constamment sollicité, occupé. Le silence n'est pas un espace inquiétant où se tapit l'angoisse, le silence est inconnu, tout simplement, le silence est plate tout simplement, parce que la jeunesse ne l'a jamais vécu et ne sait pas quoi en faire. Le monde a perdu sa faculté intérieure de meubler le silence, le monde ne sait plus que le silence nourri. Le silence est plate, tout simplement!
    Le silence est devenu une punition. Et pourtant, on pourrait en faire...

    - "Vite les amis, sortez vos crayons, je me tais, on se fait un petit bout de silence et si vous pensez à des choses, vous pouvez les écrire pour ne pas les oublier!"
    Et au retour de l'école, vous demandez à votre enfant:
    - "Qu'est ce que vous avez fait d'intéressant aujourd'hui?"
    - "Du silence! C'était plate au début, mais après un bout de temps, c'était l'fun...!"
    Imaginez, enseigner le silence!
    Le carburant de la pensée. Comment pourrait-on manipuler des cerveaux qu'on laisse penser?


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 07h42
    Le silence est d'or
    A force vivre dans le bruit, on a peur du silence.
    Le silence énerve quelqu'un qui vit dans le bruit.
    Il n'est pas bien dans sa bulle.
    Cette semaine, au restaurant, un couple avait dans leurs bras, un bébé de 2 semaines qui était au prise avec le bruit. Ses oreilles fragiles ne pouvaient supporter ce décor. Nos grand-mères savaient qu'on amène pas un enfant dans un lieu public où règne le bruit. On lui mettait un bonnet pour le protéger du froid alors qu'aujourd'hui, on les met en contact avec l'air climatisé. Le père tenait l'enfant de deux semaines dans ses bras et le brassait constamment, ce qui est mauvais pour un bébé qui est fragile dans sa structure non protégée.

    Nos mères actuelles ne connaissent pas la puériculture et si on lui donne un conseil, on nous répond que cette théorie était dans le temps passé mais maintenant, c'est changé...

    C'est vrai que le silence ouvre la voie à la sérénité. C'est mieux que les anti-dépresseurs pharmaceutiques.

  • Daniel Couture
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 07h51
    Silence et paix
    Vous parlez du silence "extérieur", à contre-pied de la pollution sonore. Vous auriez dû spécifier que l'introduction de ce silence dans notre vie est le signe d'un silence "intérieur" et que c'est celui-ci qui est le fruit d'"une démarche où la dimension psychologique peut même se confondre avec la recherche spirituelle, cette nourriture de l'esprit sans laquelle un être humain s'étiole et perd ses repères et son sens".

    La "recherche spirituelle" est concomittante au dépassement et non à la confusion de l'ordre psychique.

    Daniel Couture

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 08h08
    Bravo, madame Bombardier
    C'est rafraichissant de savoir qu'il y a encore des gens qui n'ont pas peur du silence et qui ne s'enferment pas dans un vacarme qui les empêchent de réfléchir. Beaucoup de gens ont peur de réfléchir parce qu'ils ont peur de s'apercevoir que la vie qu'elles mènent n'a que très peu de sens ou même pas du tout. Ces mêmes personnes ont peur de découvrir l'immense vide dans leur existence et surtout de se sentir obligées d'y apporter les correctifs qui s'imposent.
    Paul Lafrance
    Québec

  • Stéphan Gauvin
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 08h11
    Un monde athée ne peux pas être silencieux
    On dit que Dieu nous parle dans le silence. Pour des athées il est donc interdit d'avoir un silence dans sa vie, qui sait le silence pourrait le convertir? Mais comme les athées ne veulent pas entendre Dieu leur parler, ils imposent le non-silence.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 09h09
    Ils anesthésient ...
    C'est la panacée aujourd'hui Mme!
    Dans tous les domaines, même pour la médecine, l'anesthésie est fournie en pilules et en permanence.

  • Marie-Eve C
    Inscrite
    samedi 6 octobre 2007 09h12
    ***
    (silence)

  • Jean-Louis Souriac
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 09h31
    Appréciation de votre article "Silence, s'il vous plait"
    Merci Mme Bombardier

    Silencieusement, merci

  • S Brandon
    Inscrite
    samedi 6 octobre 2007 09h39
    Silence
    Bonjour,
    Taire la psychose infligée par l`actualité serait-il le seul moyen de s`en libérer? Faire preuve de bon sens, en pensant à l`avenir de nos enfants serait certainement plus efficace. Comment penser silence quand on nous rappele à tous les jours, que notre survit dépend de tout ce qui est incohérent et injuste? Comment l`expliquer et préparer nos enfants au bien-être du devenir. Ecrire ... en silence. Voilà un avenu très cohérent. Vous êtes une belle source d`inspiration pour moi Madame Bombardier. Portez-vous bien!

  • Guy Fafard
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 11h01
    silence, Commerce, Québec (province)
    Le silence.

    Bonjour Denise Bombardier,

    Votre ode au silence m'est précieuse et d'une grande valeur.

    Quand j'étais plus jeune, sur semaine il m'arrivait d'aller dans une église vide, pas pour prier ; mais pour me retirer des bruits de la ville et me repaître du silence bienfaisant.

    Par votre article vous m'avez ressourcé à ces souvenirs dont la réminisssence me relaxe encore aujourd'hui.

    Vous avez le don de donner des déclics déconcertants dans nos vies grapillées par tant de décibels sur les vagues de la surinformation et de la désinformation. -Merci.

  • Pierre Dufresne
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 12h39
    Je fais du bruit, donc je suis
    Descartes disait: «Cogito, ergo sum» «Je pense, donc je suis».
    Quelle sagesse!
    Aujourd'hui, il semble que la règle est: «Je fais du bruit, donc je suis».
    Quelle pitié!

  • l poisson
    Inscrite
    samedi 6 octobre 2007 15h31
    si lent ce / silence / jusqu'aux / si lents cieux
    "Il faut deux ans pour apprendre à parler
    et toute une vie pour apprendre à se taire"

    Voilà pourquoi je ferme parfois le son de la télé
    pendant les nouvelles ou les commentaires,
    À mes yeux renaîssent alors Charlie Chaplin ou Buster Keaton.

    Mais quand nos bien-pensants aprrendront-ils à se taire ? Prière de ne pas répondre.

  • Pierre Faubert
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 18h37
    Une belle reconnaissance!
    Merci Mme Bombardier d'avoir réagi aussi positivement à mon expérience de silence avec mes élèves. C'est une expérience qui transcende les mots...
    PF

  • Marc Lavallée
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 21h35
    Le silence n'existe qu'en tant qu'absence relative de bruit.
    Parce que le silence permet d'accéder à un univers sonore qui autrement n'est pas accessible. Le bruit et son corollaire le manque de civisme n'est qu'une manière de masquer cet univers qui ne nous appartient pas et qui agresse par son étrangeté et sa subtilité. La force du silence est insupportable à ceux qui refusent l'existence des autres, et ils cherchent alors par une compétition bruyante sans limite à exister plus que ces autres; ce comportement est malheureusement devenu la norme. Jacques Attali a écrit en 78 un essai sur le musique et son occupation de l'espace public. Ça date un peu, mais c'est toujours d'actualité: http://www.aecoute.net/musicotherapie/bruitsattali
    Sinon, pour l'activiste du silence en vous, il existe le regroupement québécois contre le bruit (http://www.rqcb.ca/).

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 22h51
    La loi du silence
    Non, il ne s'agit pas d'une omerta.

    Mais au fait, qu'est-ce que le silence ? Le silence, c'est l'absence de bruit, bien sûr. On ne perçoit pas le silence, mais le bruit. Vous savez les vibrations sonores qui vous mettent au diapason de l'univers. La vrai loi du silence.

    Prenez garde au silence ! Parfois, il signifie que l'on vous y a réduit.

  • GERARD LAMONTAGNE
    Inscrit
    dimanche 7 octobre 2007 11h15
    Le silence, une pause.
    Le silence nous permet de regarder où nous en sommes dans nos vies. Si nous ne faisons jamais silence, nous nous rerouverons quelque part où nous n'aurions jamais voulu aller.

  • Laurette Drouin
    Abonnée
    dimanche 7 octobre 2007 21h04
    Et puis après ?
    J'aimerais bien, Madame Bombardier, que vous répondiez à ma question. Soit. J'en conviens: le silence devient une denrée rare comme l'air pur ou une vue sur l'eau, rivière ou bord de mer. Tout doit se payer depuis l'eau en bouteille, la vue imprenable ou le chalet à la Baie James. Mais est-ce simplement un manque de civisme si mon voisin est une vraie nuisance?
    Je demeure dans un quartier soi-disant chic du West Island où d'année en année, les avions se rapprochent de plus en plus du lieu que j'habite.Au début, des citoyens se sont plaints, mais peine perdue, il fallait que ça se passe ici et non à Mirabel, question de gros sous."Subissez le bruit, nous dit-on, c'est payant." C'est payant , en effet, de prendre l'avion sans subir la congestion des ponts qui entourent l'ile. Quoi de plus pratique, en effet, que de rester le plus près possible de PET. On se bâtit donc des résidences dernier cri totalement insonorisées aux bruits d'avion avec murs en béton le long de la 20 érigés dans le but de nous soulager du bruit des autoroutes ou des voies ferrées.
    Ce n'est pas le "Home, sweet home" qui importe. Ce n'est pas le plaisir de s'asseoir dehors par un bel après-midi d'été qui importe. Non. C'est fini, ce temps-là.Ce qu'on entend, ce sont des foreuses, des scies à planches ou à pierre bien installées pour six mois, un an, deux ans pour augmenter la valeur de la propriété ou les paiements d'hypothèque aux banques. Ah! ces chers quartiers cossus où l'on voit des joggers ou des cyclistes respirant du mieux qu'ils peuvent l'air qui n'entre plus dans leur maison puisqu'ils sont dotés d'un système de climatisation dernier cri.
    En 1950, Henry Miller parlait de l'American way of life comme d'un cauchemar climatisé . Nous y sommes.
    Que faire ? Moi, Madame Bombardier, je veux bien prendre mes responsabilités de citoyen, mais est-ce assez de blâmer mon voisin quand la loi contre le bruit consiste, dans ma municipalité, à en faire sans restriction aucune entre 7 heures du matin et 9 heures du soir? Avec un tel laxisme qui indique la peur de nos édiles à prendre leur responsabilité, on ne doit pas se surprendre de voir tout un chacun user de sa liberté illimitée au détriment de ceux qui se doivent de se boucher les oreilles ou de se terrer dans leur sous-sol pour pouvoir lire en paix.
    Que faire ? Je vois d'ici ce qu'il en sera dans 10 ou 20 ans. On érigera entre chaque propriété des murs en verre comme il en existe déjà en certains endroits. Si la chose vous intéresse, je vous le dis, cher lecteur: dépêchez-vous à investir dans une PME appelée "Glass Cocooning". En effet, la seule chose qui compte, c'est de faire de l'argent dans cette belle démocratie libérale qui est la nôtre.
    Que pensez-vous de mon idée, madame Bombadier ?

  • Guy Lafond
    Abonné
    dimanche 7 octobre 2007 22h19
    Le silence de la nuit
    Madame Bombardier, je vous trouve formidable d'écrire sur le silence. S'arrêter un moment et réfléchir sur l'essentiel, ça n'arrive pas souvent dans les journaux. S'il vous plaît, d'autres tribunes sur la tempérance, l'impermanence, les plaisirs simples ... En fait tout ce que la Terre nous offre et qu'on repousse à cause de cette angoisse mal contrôlée de disparaître un jour.

    Comment ne pas aussi parler de la nuit quand il s'agit de bannir le bruit. Ce fidèle refuge qui nous laisse tous songeur.

    Mes plus belles nuits, je les ai passé à la campagne, dans les Laurentides, un des plus beaux jardins de la terre comme se plaisait à le répéter une station de radio de mon enfance. Le silence de la nuit est sublime pour débusquer la mélodie d'une brise qui s'éteint dans le tremble alors qu'elle avait à peine pris son envol. Le silence de la nuit est saisissant quand il surprend au loin l'aboiement d'un chien. Un drap noir de silence et d'étoiles offert sur un plateau d'argent (sauf à Las Vegas, cela s'entend).

  • Daniel Epinat
    Inscrit
    lundi 8 octobre 2007 09h17
    Salle de classe
    Mme Bombardier, toujours un charme de vous lire.

    Merci pour votre article. En tant qu'enseignant, j'essaie par tous les moyens de débuter mes cours au secondaire dans le silence. Je court-circuit donc le renouveau pédagogique. En effet, si je devais appliquer la réforme tel que décrite dans les nouveaux manuels j'irai directement en épuisement professionel. Il est clair que le ministère de l'éducation ne sait pas ce qu'il fait ou approuve comme matériel pédagogique. Et nous, enseignantes/enseignants, en sommes les victimes. Remarquez que j'emploie le nous. Et si, le manuel demande un moment de silence, ce sera beaucuop trop court. D'ailleurs je n'enseigne pas seulement avec le manuel.

    De plus, quand j'observe mes élèves à perdre les pédales devant une tâche qui demande de la concentration, de la réflexion ou même de la lecture silencieuse afin de répondre à certains objectifs, alors je comprends mieux pourquoi la réforme se targue d'être la réforme des réformes: Tant que les élèves vivent dans le bruit, ils n'auront pas à affronter la réalité de l'éffort. Ils/elles cachent leur faiblesse pédagogique tant en lecture, écriture. Et on a osé me traiter de judéo-chrétien pour défendre des valeurs pédagogiques. Le réforme masque l'éffort individuel mais aussi les faiblesses.

    Et, je continuerai de demander le silence au début des cours.

    Réforme ou non.

    Daniel Épinat
    enseignant au secondaire

  • Mohamed Lotfi
    Inscrit
    lundi 8 octobre 2007 09h51
    Chut, tu n'as rien à dire..!!
    ''Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence'' Euripide.

    Les mots de Mme Bombardier ne sont pas assez forts. Il s'ajoute aux bruits.

    Je peux citer une série de sujets sur lesquels nous gardons le silence. Et si trop de cacaphonies poluent nos espaces publique et privés, c'est pour éviter de parler de l'essentiel.

    Au lieu de bavarder sur le thème du silence, parlons de ce dont personne ne parle pas ou très peu..

    Le silence qui entoure le taux de suicide au Québec (4 par jour) ne me donne aucune envie de garder le silence. Bien d'autres sujets me donnent envie de hurler d'indignation..

    Le seul silence que je garde c'est à la mémoire des victimes de nos silences..

    ''Il y a des silences qui sont de dangereux explosifs !'' Daniel Pennac

  • danielle leblanc
    Inscrite
    lundi 8 octobre 2007 17h11
    Le "SILENCE" ce thème que je chéris...
    Bonjour Madame Bombardier,
    Depuis depuis toujours, aussi loin que je me souvienne, j'ai recherché le silence, cet ami le plus précieux de tous. Vous avez raison de dire que le bruit est omniprésemt dans la vie des gens. Je vois des gens près ou loin de moi, souper dans un restaurant avec un ipod, un téléphone cellulaire et un ordinateur portable, et, cela me stupéfie. J'ai eu la "chance" d'un retour aux études, et, le silence fut mon meilleur ami lors de mes lectures et de mas travaux.
    J'aime aussi la musique mais lorsque j'en écoute, je ne me coupe pas de tout ce qui m'entoure, je continue d'être à l'écoute de ce qui se passe autour de moi et des gens qui m'entourent. Lorsque je vais me coucher, je me coupe du bruit pour écrire mon journal intime, je fais un peu de lecture et le silence m'aide à comprendre ce que je lis et à réfléchir sur certains points de ma lecture. Je me détends parfaitement dans une solitude et un silence propices à une bonne nuit. Je voudrais donner une référence à celles et ceux qui ont oublié les bienfaits du silence. Je les encourage à lire "L'Éloge du silence" de Marc de Smedt. Alors ils pourront refaire connaissance avec eux-mêmes et l'autre, les autres qui les entourent. Le silence recèle des trésors que je souhaite qu'ils découvrent. Merci Madame Bombardier de me permettre d'en parler à mon tour!

  • Françoise Dumitrescu
    Abonnée
    lundi 8 octobre 2007 19h31
    Je suis une droguée du silence
    Bonsoir,

    En ce qui me concerne, le silence est un rituel dont je ne saurais me passer. Après une journée bien remplie, il devient mon inséparable compagnon, ensemble nous faisons une rétrospective des évènements de la journée. Parfois, nous allons au-delà du 24 heures, pour aborder des situations qui ne sont pas toujours résolues ou encore, pour revisiter des évènements heureux qui font toujours plaisir.

    Non vraiment, le silence ne me fait pas peur. Au contraire, j'aurais une peur bleue s'il fallait que je n'ai plus accès à cet univers qui permet à l'imagination de se déployer avec grâce et d'appréhender les rêves et le futur.

    Je vous laisse et retourne à mon silence contemplatif, méditafif, ennuyant pour certain mais oh combien apaisant pour la personne que je suis.

    Bonne fin de soirée

    Françoise

  • Chryst
    Abonné
    jeudi 11 octobre 2007 15h47
    Le silence
    Il nous permet de voir à l'intérieur de soi.

    Je me souviens d'un des cadeaux fait à ma conjointe. Une fin de semaine dans un centre santé comprenant séance de massage. J'avais choisi de l'accompagner.

    Dans le silence total, ce fut oh! combien ressourçant. Il a été possible de revenir face à soi-même. Comme lorsque je méditais auprès des enfants. C'était comme si le temps s'arrêtait. Je me souviens de la réaction des enfants. Ils devaient se dire :< quel énergumène j'étais >.

    Aujourd'hui je suis plus serein malgré les bas de la vie. Serait-ce parce que les contemplatifs (genre Krisnamurti et Edgar Cayce) ont attiré mon attention vers la quarantaine.

    La vie n'est qu'un passage. Le sens qu'on donne aux épreuves nous aide à accepter notre condition de mortel. Le silence nous aide à atteindre cet état méditatif régénérateur.

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