jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 08h29
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Histoires de cochons

En crise depuis quelques années, l'industrie porcine québécoise nécessiterait un changement de cap radical

On l'annonçait comme la panacée, comme un grand succès commercial du Québec inc. et agricole, une source intarissable d'emplois, de revenus et de renommée à travers le monde. Mais les années passent et, finalement, l'industrie porcine québécoise peine toujours à livrer la marchandise.

Pis, en crise depuis quelques années, ce pan de l'agriculture moderne nécessiterait maintenant un changement de cap radical non seulement pour affronter les nouvelles réalités mondiales en matière de commerce mais surtout pour répondre aux préoccupations environnementales, sociales et sanitaires qui viennent avec l'intensification des élevages de cochons.

Mais le changement souhaité par plusieurs n'est pas sur le point d'arriver en raison de règles en vigueur qui sont loin d'annoncer une évolution du monde agricole, déplorent les auteurs de Porcheries! - La porciculture intempestive au Québec (Écosociété).

«Le régime québécois en matière d'agriculture impose un moule à la production porcine: celui de l'élevage industriel, des usines à viande destinée en grande partie à l'exportation et dont les flots de lisier engorgent nos campagnes», écrivent Denis Proulx et Lucie Sauvé, qui ont orchestré ce collectif d'auteurs sur le thème du cochon et de toutes ses cochonneries. «Il marginalise toute autre façon de faire et bâillonne les revendications citoyennes pour une agriculture responsable.»

Voilà: le décor est posé. Il annonce aussi, sans grande surprise, un énième procès en règle de ce secteur de l'agroalimentation qui, tout en faisant la fierté de ses artisans — à commencer par la Fédération des producteurs de porcs du Québec et l'Union des producteurs agricole (UPA) —, fait naître ailleurs dans la société de vives contestations, parfois exprimées de façon franchement épidermique.

Les raisons de la colère

Le tout-cochon tel qu'énoncé par le gouvernement dans les années 90 n'en finit pas de déranger. Et les raisons de la colère ne manqueraient visiblement pas. Parmi celles-ci, les généreux programmes de subventions occupent une place de choix. Par le passé et encore aujourd'hui, Québec a au bout du compte encouragé l'industrialisation de l'élevage du cochon en favorisant les volumes de production. Rien que les volumes. Et ce, à grands coups d'aide financière et d'aménagements législatifs.

Conséquence: l'aide aux gros producteurs a fait disparaître (dans le pire des cas) ou encore largement affaibli (dans le meilleur des cas) les petits producteurs, dénoncent les auteurs de ce bouquin qui, en plus de 350 pages, remue le couteau dans la plaie de l'homogénéisation des aliments pour mieux mettre en lumière les nombreux effets pervers qui accompagnent la chose.

Il est forcément question de la pollution des cours d'eau par les lisiers de cochon, dont la quantité augmente naturellement avec la croissance du cheptel.

Certes, le secteur agricole réagit depuis plusieurs années en adoptant des pratiques moins nocives. Mais ces mesures, qualifiées de timides, ainsi que les résultats anticipés ne semblent toujours pas plaire aux activistes anti-mégaporcheries qui dénoncent la monoculture du cochon au Québec et, au passage, l'arrogance de ses promoteurs.

Cette arrogance n'est d'ailleurs pas pour favoriser le dialogue entre les citoyens et les producteurs lors de l'implantation de porcheries dans les campagnes. Ces projets — quelques-uns sont traités dans le livre — induisent chaque fois des mouvements de contestation et de vives tensions dans les salles de conseils municipaux.

Clones et transgéniques

L'absence de communication risque également de très mal faire passer, au cours des prochaines années, les grandes révolutions que le secteur porcin aimerait bien faire naître afin de sortir de la crise où il patauge. L'appel au clonage des cochons pour mieux les protéger, notamment contre les maladies, ainsi qu'à des bêtes génétiquement modifiées dont les rendements seraient, plus encore qu'aujourd'hui, calculés en laboratoire en font partie et donnent déjà des haut-le-coeur aux opposants.

Loin d'encourager le monde agricole à emprunter ce chemin, les écolos, puisque c'est bien d'eux qu'il est finalement question dans ce Porcheries!, militent pour une profonde remise en question des fondements de cette industrie. «Si le cadre actuel de subventions axées sur le volume de production ne change pas, écrit Maxime Laplante, président de l'Union paysanne, un autre type de production va remplacer l'industrie porcine lorsque celle-ci sera à bout de souffle.»

Le scénario est envisageable. Mais M. Laplante ne veut certainement pas l'envisager.

Des fermes à dimension humaine

Alors que cette industrie doit réfléchir à son avenir, poussée par une chute du prix du porc sur les marchés internationaux, la montée de concurrents féroces (le Brésil en tête) et la fermeture d'abattoirs, M. Laplante préfère plutôt envisager autre chose: un monde où les fermes à dimension humaine prendraient désormais le dessus sur les approches plus industrielles. Avec l'aide de l'État, bien entendu.

La demande, tout comme la critique sous-jacente, n'est pas nouvelle. Elle s'exprime aussi en continu dans ce bouquin qui, s'il alimente un seul côté d'une médaille et souffre parfois d'un manque de nuances propre au militantisme, a tout de même le grand mérite de susciter une réflexion à propos d'un secteur envahissant qui, visiblement, ne peut plus continuer à avancer de la sorte.

conso@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • lise jacques
    Abonnée
    samedi 6 octobre 2007 07h54
    Un désiquilibre des forces entre le monde agricole et l'environnement!
    Quelques exemples;

    - L'élevage du porc est fort polluant; la fabrication d'un kilo de viande produit 23 kilos de fumier. Lorsque cet engrais est répandu sur les terres, l'azote et le phosphore qu'il contient s'infiltrent et s'écoulent dans les rivières.

    - Les déjections produites par l'engraissement de 7,500 cochons pendant cinq mois représentent l'équivalent des eaux usées dans une ville de 80,000 habitants.

    - Chaque année, les fermes porcines laissent dans la nature neuf millions et demi de mètres cube de lisier, soit l'équivalent de quatre stades olympiques remplis.

    - Au Québec, plus du tiers des terres agricoles démontrent déjà des signes avant-coureurs de stérilité, nous dit Hugo Latulippe sans son fillm « Bacon », un documentaire qui jette un regard très critique sur les méthodes de l'industrie porcine et sur les politiques du gouvernement. C'est aussi une parabole pour dénoncer les ravages de la mondialisation, explique le cinéaste.


    En mars 1998, a eu lieu une importante rencontre du monde agricole québécois. Une des principales décisions qui a été prise était celle de doubler les exportations du secteur agricole, grâce à des investissements gouvernementaux de 7,5 milliards $ et qui visait à créer 15,000 emplois. Cette décision a été prise sans aucune consultation ni même information de la population.

    Cette ouverture à l'exportation a entrainé une augmentation importante de la production, qui a son tour a eu des impacts négatifs importants sur le milieu social, sur l'environnement et sur la qualité des cours d'eau du Québec. Qu'un tel projet ait été financé à même les fonds publics constituent une aberration!

    Le mouvement est maintenant bien lancé et les exploitants agricoles qui tirent leurs profits de l'exportation ne voudront jamais entendre parler de restrictions à l'accroissement de leur production. Étant donné le fort lobby de l'Union des producteurs agricoles(UPA) et de ses syndicats affiliés (dont la FPPQ) , les mesures mises en place pour protéger l'environnement ne font pas le poids face à l'augmentation des exportations et sont donc inefficaces.

    En 2001, le gouvernement du Québec décrète un moratoire sur l'implantation de nouvelles porcheries dans 165 municipalités situées dans des régions ou l'industrie porcine est la plus développée. La production de porcs est alors de 7 millions / an, et elle augmente au rythme de 250,000 / an.

    Un déséquilibre des forces entre le monde agricole et l'environnement.

    En portant un regard élargi sur l'agriculture et particulièrement sur la production porcine au Québec, deux constats importants peuvent être faits quant au modèle de prise de décision : le monde agricole prend des décisions en circuit fermé, sans la population et il existe un rapport de forces inégal entre l'industrie agricole/MAPAQ et le MDDEP.

    Au cours des dernières années, les autorités locales ont vu leurs pouvoirs de gestion des usages du territoire être encore plus limités qu'ils ne l'étaient auparavant. De plus, la population n'a pas accès à suffisamment d'information pour savoir ce qui se passe et faire valoir son point de vue et ses oppositions. A l'intérieur de notre système de production porcine actuel, il ne peut être question de véritable protection de l'environnement parce que c'est un système encore en bonne partie dicté par les lois du marché, de l'économie industrielle et du profit basé sur la réduction de couts sans tenir compte de l'environnement.

    Malheureusement au Québec et au Canada, nous vivons dans une société ou les décideurs politiques et économiques considèrent l'environnement comme un cout économique à court terme, au lieu de le voir comme la source du développement durable de notre société à long terme. Le rapport de forces est donc encore très inégal en faveur de l'industrie agricole, au détriment de l'ensemble de la société d'aujourd'hui et de demain.


    La façon dont l'agriculture s'est modernisée et développée au Québec a été influencée de façon décisive par les programmes gouvernementaux de politique agricole. Il est donc légitime de penser que c'est également par le truchement des programmes gouvernementaux de politique agricole qu'il sera possible de modifier les modes de production actuels, par exemple, en influençant les producteurs, à l'aide de programmes de financement gouvernementaux, vers une agriculture plus diversifiée et des pratiques agricoles plus durables. Mais c'est tout le contraire qui se produit.

    On peut se demander pourquoi le gouvernement a choisi de financer l'adaptation des productions sur fumier liquide aux normes environnementales plutôt que la conversion vers des productions sur fumier solide dont les impacts environnementaux sont bien moins grands. Les programmes d'assurance récolte et de soutien au revenu basent les compensations sur les volumes de production et ne portent aucune attention à la diversification des productions, la rotation des cultures, la préservation des bandes riveraines, etc. Et ils portent encore moins d'attention au soutien d'une agriculture biologique, alors que c'est la meilleure façon de protéger notre environnement. De plus, le demande est sans cesse grandissante. En fait, une grande proportion des produits biologiques achetés au Québec est importée, alors que nous exportons des porcs dont la production ruine notre environnement et notre eau!

  • Mario Tremblay
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 09h20
    Un seul côté d'une médaille ...
    Les propos des tenants du statu quo alimenteraient-ils 2 côtés de la médaille ?

  • Jean-François Trottier
    Inscrit
    dimanche 7 octobre 2007 11h47
    Campagne en ville
    J'ai lu je ne sais plus où qu'à Amsterdam il y a des usines d'élevage porcin dans la ville même. Il semble que personne ne s'en plaint. On contrôle les odeurs et voilà. Quant au lisier, je suppose qi'il serait possible de l'ensiler et le traiter, non?
    En tout cas je crois qu'il vraudrait la peine de regarder ce qui s'y fait.

    Bonne journée

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012