Histoires de cochons
En crise depuis quelques années, l'industrie porcine québécoise nécessiterait un changement de cap radical
On l'annonçait comme la panacée, comme un grand succès commercial du Québec inc. et agricole, une source intarissable d'emplois, de revenus et de renommée à travers le monde. Mais les années passent et, finalement, l'industrie porcine québécoise peine toujours à livrer la marchandise.
Pis, en crise depuis quelques années, ce pan de l'agriculture moderne nécessiterait maintenant un changement de cap radical non seulement pour affronter les nouvelles réalités mondiales en matière de commerce mais surtout pour répondre aux préoccupations environnementales, sociales et sanitaires qui viennent avec l'intensification des élevages de cochons.
Mais le changement souhaité par plusieurs n'est pas sur le point d'arriver en raison de règles en vigueur qui sont loin d'annoncer une évolution du monde agricole, déplorent les auteurs de Porcheries! - La porciculture intempestive au Québec (Écosociété).
«Le régime québécois en matière d'agriculture impose un moule à la production porcine: celui de l'élevage industriel, des usines à viande destinée en grande partie à l'exportation et dont les flots de lisier engorgent nos campagnes», écrivent Denis Proulx et Lucie Sauvé, qui ont orchestré ce collectif d'auteurs sur le thème du cochon et de toutes ses cochonneries. «Il marginalise toute autre façon de faire et bâillonne les revendications citoyennes pour une agriculture responsable.»
Voilà: le décor est posé. Il annonce aussi, sans grande surprise, un énième procès en règle de ce secteur de l'agroalimentation qui, tout en faisant la fierté de ses artisans — à commencer par la Fédération des producteurs de porcs du Québec et l'Union des producteurs agricole (UPA) —, fait naître ailleurs dans la société de vives contestations, parfois exprimées de façon franchement épidermique.
Les raisons de la colère
Le tout-cochon tel qu'énoncé par le gouvernement dans les années 90 n'en finit pas de déranger. Et les raisons de la colère ne manqueraient visiblement pas. Parmi celles-ci, les généreux programmes de subventions occupent une place de choix. Par le passé et encore aujourd'hui, Québec a au bout du compte encouragé l'industrialisation de l'élevage du cochon en favorisant les volumes de production. Rien que les volumes. Et ce, à grands coups d'aide financière et d'aménagements législatifs.
Conséquence: l'aide aux gros producteurs a fait disparaître (dans le pire des cas) ou encore largement affaibli (dans le meilleur des cas) les petits producteurs, dénoncent les auteurs de ce bouquin qui, en plus de 350 pages, remue le couteau dans la plaie de l'homogénéisation des aliments pour mieux mettre en lumière les nombreux effets pervers qui accompagnent la chose.
Il est forcément question de la pollution des cours d'eau par les lisiers de cochon, dont la quantité augmente naturellement avec la croissance du cheptel.
Certes, le secteur agricole réagit depuis plusieurs années en adoptant des pratiques moins nocives. Mais ces mesures, qualifiées de timides, ainsi que les résultats anticipés ne semblent toujours pas plaire aux activistes anti-mégaporcheries qui dénoncent la monoculture du cochon au Québec et, au passage, l'arrogance de ses promoteurs.
Cette arrogance n'est d'ailleurs pas pour favoriser le dialogue entre les citoyens et les producteurs lors de l'implantation de porcheries dans les campagnes. Ces projets — quelques-uns sont traités dans le livre — induisent chaque fois des mouvements de contestation et de vives tensions dans les salles de conseils municipaux.
Clones et transgéniques
L'absence de communication risque également de très mal faire passer, au cours des prochaines années, les grandes révolutions que le secteur porcin aimerait bien faire naître afin de sortir de la crise où il patauge. L'appel au clonage des cochons pour mieux les protéger, notamment contre les maladies, ainsi qu'à des bêtes génétiquement modifiées dont les rendements seraient, plus encore qu'aujourd'hui, calculés en laboratoire en font partie et donnent déjà des haut-le-coeur aux opposants.
Loin d'encourager le monde agricole à emprunter ce chemin, les écolos, puisque c'est bien d'eux qu'il est finalement question dans ce Porcheries!, militent pour une profonde remise en question des fondements de cette industrie. «Si le cadre actuel de subventions axées sur le volume de production ne change pas, écrit Maxime Laplante, président de l'Union paysanne, un autre type de production va remplacer l'industrie porcine lorsque celle-ci sera à bout de souffle.»
Le scénario est envisageable. Mais M. Laplante ne veut certainement pas l'envisager.
Des fermes à dimension humaine
Alors que cette industrie doit réfléchir à son avenir, poussée par une chute du prix du porc sur les marchés internationaux, la montée de concurrents féroces (le Brésil en tête) et la fermeture d'abattoirs, M. Laplante préfère plutôt envisager autre chose: un monde où les fermes à dimension humaine prendraient désormais le dessus sur les approches plus industrielles. Avec l'aide de l'État, bien entendu.
La demande, tout comme la critique sous-jacente, n'est pas nouvelle. Elle s'exprime aussi en continu dans ce bouquin qui, s'il alimente un seul côté d'une médaille et souffre parfois d'un manque de nuances propre au militantisme, a tout de même le grand mérite de susciter une réflexion à propos d'un secteur envahissant qui, visiblement, ne peut plus continuer à avancer de la sorte.
conso@ledevoir.com
Pis, en crise depuis quelques années, ce pan de l'agriculture moderne nécessiterait maintenant un changement de cap radical non seulement pour affronter les nouvelles réalités mondiales en matière de commerce mais surtout pour répondre aux préoccupations environnementales, sociales et sanitaires qui viennent avec l'intensification des élevages de cochons.
Mais le changement souhaité par plusieurs n'est pas sur le point d'arriver en raison de règles en vigueur qui sont loin d'annoncer une évolution du monde agricole, déplorent les auteurs de Porcheries! - La porciculture intempestive au Québec (Écosociété).
«Le régime québécois en matière d'agriculture impose un moule à la production porcine: celui de l'élevage industriel, des usines à viande destinée en grande partie à l'exportation et dont les flots de lisier engorgent nos campagnes», écrivent Denis Proulx et Lucie Sauvé, qui ont orchestré ce collectif d'auteurs sur le thème du cochon et de toutes ses cochonneries. «Il marginalise toute autre façon de faire et bâillonne les revendications citoyennes pour une agriculture responsable.»
Voilà: le décor est posé. Il annonce aussi, sans grande surprise, un énième procès en règle de ce secteur de l'agroalimentation qui, tout en faisant la fierté de ses artisans — à commencer par la Fédération des producteurs de porcs du Québec et l'Union des producteurs agricole (UPA) —, fait naître ailleurs dans la société de vives contestations, parfois exprimées de façon franchement épidermique.
Les raisons de la colère
Le tout-cochon tel qu'énoncé par le gouvernement dans les années 90 n'en finit pas de déranger. Et les raisons de la colère ne manqueraient visiblement pas. Parmi celles-ci, les généreux programmes de subventions occupent une place de choix. Par le passé et encore aujourd'hui, Québec a au bout du compte encouragé l'industrialisation de l'élevage du cochon en favorisant les volumes de production. Rien que les volumes. Et ce, à grands coups d'aide financière et d'aménagements législatifs.
Conséquence: l'aide aux gros producteurs a fait disparaître (dans le pire des cas) ou encore largement affaibli (dans le meilleur des cas) les petits producteurs, dénoncent les auteurs de ce bouquin qui, en plus de 350 pages, remue le couteau dans la plaie de l'homogénéisation des aliments pour mieux mettre en lumière les nombreux effets pervers qui accompagnent la chose.
Il est forcément question de la pollution des cours d'eau par les lisiers de cochon, dont la quantité augmente naturellement avec la croissance du cheptel.
Certes, le secteur agricole réagit depuis plusieurs années en adoptant des pratiques moins nocives. Mais ces mesures, qualifiées de timides, ainsi que les résultats anticipés ne semblent toujours pas plaire aux activistes anti-mégaporcheries qui dénoncent la monoculture du cochon au Québec et, au passage, l'arrogance de ses promoteurs.
Cette arrogance n'est d'ailleurs pas pour favoriser le dialogue entre les citoyens et les producteurs lors de l'implantation de porcheries dans les campagnes. Ces projets — quelques-uns sont traités dans le livre — induisent chaque fois des mouvements de contestation et de vives tensions dans les salles de conseils municipaux.
Clones et transgéniques
L'absence de communication risque également de très mal faire passer, au cours des prochaines années, les grandes révolutions que le secteur porcin aimerait bien faire naître afin de sortir de la crise où il patauge. L'appel au clonage des cochons pour mieux les protéger, notamment contre les maladies, ainsi qu'à des bêtes génétiquement modifiées dont les rendements seraient, plus encore qu'aujourd'hui, calculés en laboratoire en font partie et donnent déjà des haut-le-coeur aux opposants.
Loin d'encourager le monde agricole à emprunter ce chemin, les écolos, puisque c'est bien d'eux qu'il est finalement question dans ce Porcheries!, militent pour une profonde remise en question des fondements de cette industrie. «Si le cadre actuel de subventions axées sur le volume de production ne change pas, écrit Maxime Laplante, président de l'Union paysanne, un autre type de production va remplacer l'industrie porcine lorsque celle-ci sera à bout de souffle.»
Le scénario est envisageable. Mais M. Laplante ne veut certainement pas l'envisager.
Des fermes à dimension humaine
Alors que cette industrie doit réfléchir à son avenir, poussée par une chute du prix du porc sur les marchés internationaux, la montée de concurrents féroces (le Brésil en tête) et la fermeture d'abattoirs, M. Laplante préfère plutôt envisager autre chose: un monde où les fermes à dimension humaine prendraient désormais le dessus sur les approches plus industrielles. Avec l'aide de l'État, bien entendu.
La demande, tout comme la critique sous-jacente, n'est pas nouvelle. Elle s'exprime aussi en continu dans ce bouquin qui, s'il alimente un seul côté d'une médaille et souffre parfois d'un manque de nuances propre au militantisme, a tout de même le grand mérite de susciter une réflexion à propos d'un secteur envahissant qui, visiblement, ne peut plus continuer à avancer de la sorte.
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