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La quête d'authenticité s'accompagne d'une recherche identitaire

Fabien Deglise   29 septembre 2007  Actualités en société
À première vue, le lien n'est pas évident. Et pourtant. La quête très contemporaine d'authenticité serait finalement étroitement liée à une autre quête qui fait pas mal jaser le Québec au grand complet depuis plusieurs années: celle de l'identité.

«Le culte de l'authenticité, c'est une des conséquences de l'individualisation des conditions, résume le sociologue Fabien Loszach, doctorant à l'UQAM, mais c'est aussi une des formes que prend la quête identitaire.»

Ceci explique donc cela. Et plus encore... Par un truisme, tenez: alors que dans un passé pas si lointain, les identités individuelles étaient données, structurées par la famille, l'État, l'Église, voire les syndicats, aujourd'hui, le «moi», comme disent les philosophes, doit être construit par chaque citoyen. «Comme ils n'ont plus rien au-dessus d'eux, alors ils se doivent d'être eux-mêmes», poursuit Fabien Loszach. Donc, d'être authentique.

Loin d'être entré dans L'Âge des ténèbres, comme le prétend le réalisateur Denys Arcand, le Québec dans son ensemble serait plutôt arrivé à «l'âge de l'apparence intérieure», prétend le sociologue. Et un petit tour de câble — ou de satellite — suffit d'ailleurs à s'en convaincre, selon lui. «Dans les années 1960, la télévision était d'obédience humaniste, elle était versée dans l'éducation des masses et dans les débats publics. Aujourd'hui, c'est une télé où tout le monde dit "je".»

La retransmission, depuis quelques jours, des travaux de la commission Taylor-Bouchard sur les accommodements raisonnables en est sans doute une très belle illustration. Instaurée à la suite d'un certain malaise devant le pluralisme des valeurs du Québec contemporain, cet espace de réflexion, tout en permettant aux participants d'exprimer le fait qu'ils veulent être eux-mêmes, vient également mettre en lumière un paradoxe dans la quête très contemporaine d'authenticité.

«Avec la liberté d'être soi, vient l'incertitude, dit Loszach. La recherche de liberté ne peut pas se faire sans les autres sur qui on s'appuie, dans un rapport spéculaire, afin d'avoir confirmation que notre moi est vrai, bon, sincère et qu'il a de la valeur.» En somme, on confronte son «je» au «nous».

Or, par ce processus, il est facile aussi, poursuit-il, de s'appuyer sur des fantasmes d'identité collective. «Et quand ces choses sont fantasmées, cela peut devenir dangereux.»

Voilà! On la croyait belle, romantique et pleine de bon sens. Mais l'authenticité peut finalement s'accompagner de «dérives idéologiques», tempère le philosophe Jean-Marc Ferry. «La réclamation pathologique et conflictuelle identitaire en est une, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'un différentialisme excessif.»

Et ce n'est pas tout. La nécessaire transparence qui alimente ce courant très actuel serait aussi sur le point de faire naître une sorte de puritanisme moderne avec, en trame de fond, «la privatisation de la vie et la publicisation du privé», dit Fabien Loszach, qui oblige à «se confesser en permanence». Et devant tous. «L'exigence d'unité de la personne oblige à se mettre en position de répondre de tout, y compris de sa vie privée». L'utilisation de terres publiques sur un domaine — et pour l'accès à un château — bien personnel du côté de l'île Bizard entre là-dedans!

La quête d'authenticité comme critique de la raison étant là pour rester, il va donc falloir apprendre à vivre avec. Tout en espérant que cette recherche inlassable du vrai ne devienne pas trop, avec le temps, dogmatique, dit M. Ferry. «Il faut que ce soit équilibré, lance le philosophe. Il y a toujours un danger d'hégémonie d'une figure de la raison par rapport à une autre. Et si cette figure devait devenir trop dominante, il va sans doute y avoir beaucoup de souffrance.» Mais contrairement à quelques souffrances exprimées dans les superficielles années 1980 ou dans la cynique décennie 1990, celle-là aura toutefois le mince avantage d'être vraie.
 
 
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  • Rolland St-Gelais - Abonné
    29 septembre 2007 00 h 44
    Une question devra d'abord être résolue !
    Une question devra d'abord être résolue dans le débat sur les accommodements raisonnables : Qui ne sommes-nous pas ? Le fait d'avoir transposé une identité de canadienne-française à celle appelée "québécoise" a favorisé une dilution des traits typiquement ethniques. À ce Canadien-Français qui savait qui il était, voilà qu'est apparu un Québécois qui ignore ce qu'il n'est pas. Commençons avant tout par nous définir dans la négation pour en arriver à nous construire dans le positivisme. Bref, en disant NON à certains critères, nous pourrons alors dire OUI à une multitude d'opportunités.
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  • Menu fretin - Inscrit
    29 septembre 2007 06 h 05
    Tu y es
    Tu y es, tu y es presque.
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  • morneau sylvain - Inscrit
    30 septembre 2007 12 h 22
    Le moi du Québec (en soi)
    D'adord bravo pour ce texte miroir; je m'y vois ou veux bien m'y voir...
    ...autre chose :qu'est-ce qu'un différentialisme excessif ?

    Ensuite, la privatisation de la vie dont vous parlez n'est-elle pas opposée à la publicisation du privé ? Et sinon; s'il y a similitude ou complémentarité, n'y aurait-il pas équilibre, donc une tendance vers une plus grande sécurité ou une diminution d'un danger ?

    Enfin, y a-t-il possibilité de transposer cette authenticité dans la sphère politique ?

    Une réponse s.v.p.
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