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La douceur des 16 ans

Seize ans. Geneviève Jeanson avait à peine 16 ans lorsque les premières doses d'érythropoïétine (EPO) ont coulé dans ses veines de cycliste. Droguée? Portée surtout par ce mystérieux et insatiable appétit pour la victoire. Et tristement pilotée par des figures qui ont profité d'une dualité étrange: la force extraordinaire qui guide les athlètes et la vulnérabilité innocente de l'adolescence.

Impossible de rester de marbre devant l'évolution du reportage-choc mené par le journaliste d'Enquête, Alain Gravel, et diffusé jeudi soir. Sacrée reine du vélo au Québec, puis soupçonnée pendant des années de traverser les fils d'arrivée sous l'influence d'une adrénaline artificielle, Mme Jeanson, sous l'oeil de la caméra, défonce une épaisse cloison de mensonges. Après dix ans de demi-vérités, de négations et de faussetés, la collision est brutale.

«Je n'ai jamais touché à de l'EPO de ma vie», affirmait la femme de 26 ans avec un aplomb déconcertant, visiblement exaspérée par l'opprobre dont elle était couverte depuis si longtemps. Quelques semaines plus tard, confrontée à une de ses propres contradictions, elle craque: «J'en ai pris.» Depuis la douceur de ses 16 ans. «Presque à l'année longue.»

Ce n'est que quelques instants plus tard que la caméra transmet l'émotion la plus douloureuse lorsqu'elle avoue, brisée: «Ce qui me fait le plus mal, c'est d'avoir menti au monde qui me croyait.»

Le cercle de ceux qui adhéraient encore à la version Jeanson s'était radicalement rétréci au fil du temps. Tout comme a fondu la confiance portée à ce sport de compétition, tant il est sali par les scandales à saveur de dopage. Dernier en lice: l'Américain déchu Floyd Landis, qui, un an après un contrôle positif à la testostérone, était reconnu coupable de dopage jeudi. Son feuilleton, qui reprend avec une similitude étonnante le parcours de Geneviève Jeanson, lui vaut de perdre son titre au Tour de France 2006.

Au-delà des aveux et de l'extraordinaire parcours d'une enfant plongée dans le mensonge, ce qui heurte le plus violemment dans ce récit est sans doute l'évidence la plus simple: qu'une athlète aussi physiquement entraînée soit victime de sa tête davantage que de son corps. Ce bête constat renvoie brutalement à la responsabilité des adultes qui entouraient l'adolescente au moment où décision fut prise de gagner en frondant la nature.

La deuxième tranche du reportage risque à cet égard d'être éclairante: on nous promet de braquer les projecteurs sur le personnage d'André Aubut, qui composait avec Mme Jeanson un ténébreux couple entraîneur-entraîné. Le sport d'élite est un milieu extraordinaire, réservé à des personnalités d'exception, tant du côté des athlètes que de celui de leurs maîtres à penser.

On voit maintenant à quel point la fusion de ces caractères uniques conduit à briser des destins. Hors de ce cercle vicieux, Geneviève Jeanson peut maintenant rouler le fil de sa vie hors du factice et retourner à la quiétude d'avant ses 16 ans.

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 22 septembre 2007 08h11
    Inévitable
    « C'est inévitable... », a déclaré Geneviève Jeanson. Affirmation que peu de commentateurs ont relevé, voulant continuer de croire et de faire croire qu'en cyclisme comme dans bien d'autres sports, la victoire est possible sans dopage. Bien sûr, comme l'ont affirmé quelques cyclistes maintenant hors compétition, il est possible de pratiquer le cyclisme pour les sensations fortes et les moments d'extase qu'il procure. Mais pour ceux et celles qui veulent triompher des compétiteurs et accéder à la gloire et à l'argent, cette satisfaction purement sportive ne suffit pas. Et en cela, ils et elles ne font rien d'autre d'adopter la morale actuelle : tous les moyens sont bons pour réussir, quitte à y perdre l'estime de soi-même.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    samedi 22 septembre 2007 15h53
    L'absence des inconnus !
    Il est étrange que lors de ces reportages sur le dopage et sur les athlètes qui décident de passer aux aveux, on ne fait nul mention de ces autres athlètes qui, en raison des victoires frauduleusement acquises de ces repentis, sont tombés dans l'oubli ou ont dû quitter la scène sportive parce qu'incapables de suivre le rythme imposé artificiellement.

    Les dopés du sport n'ont pas juste gagné frauduleusement mais ils ont aussi, ce faisant, brisé des carrières. Il faudrait en prendre compte lorsque l'on évalue leur niveau de responsabilité.

    Raymond Vaillancourt
    Prospect Gestion

  • Irène saint-pierre
    Inscrite
    lundi 24 septembre 2007 10h07
    A vouloir trop gagner...
    La douceur des 16 ans...J'ai entendu son père dire en onde qu'il l'a toujours laissée libre de faire ce qu'elle voulait...Elle voulait gagner, gagner et gagner. Avait-elle gagné l'affection de ses parents? Il n'est pas normal qu'on laisse sa jeune fille de 16 ans vivre dans un monde où les loups rôdent fort! Enfin, sans mettre le blâme sur les parents, je me dis qu'ils étaient bien loin de leur petite fille et que la gloire a fermé leurs yeux...On peut se répéter chaque jour: "mea culpa, mea culpa"...Ceci vaut pour tous ceux qui l'ont encouragée dans sa descente aux enfers...

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