Une confiance fragile
Le dossier préparé par notre collègue Fabien Deglise, publié dans notre édition de samedi, posait la question: «Manger Made in Québec, une utopie?» En cette saison d'abondance, les étals des marchés et des supermarchés regorgent de produits frais dont bon nombre ont été cultivés chez nous.
Les Québécois aiment acheter les produits d'ici. Non pas seulement pour encourager leurs voisins agriculteurs, mais aussi, peut-être même surtout parce qu'ils leur font davantage confiance pour leur propre santé qu'aux producteurs du Chili, du Mexique ou de Californie. Pourtant, si l'on se fie à un rapport du Centre québécois d'inspection des aliments, l'analyse de 500 échantillons de fruits et de légumes frais du Québec effectuée en 2004 et 2005 a révélé la présence de résidus de pesticides dans 33 % des échantillons!
En guise de comparaison, l'Agence canadienne des aliments (organisme fédéral), qui effectue des analyses encore plus nombreuses et plus poussées, n'a détecté de résidus de pesticides que dans 9,6 % des 11 119 échantillons prélevés d'un bout à l'autre du pays, dans 10,3 % des échantillons de produits provenant des États-Unis et 9,6 % des échantillons mexicains.
La présence de résidus ne signifie pas que l'on a enfreint les normes, puisque dans seulement 1,5 % des cas, le maximum de résidus autorisé avait été dépassé. C'est peu, mais, là encore, le Québec fait mauvaise figure quand on le compare à l'ensemble du pays (0,23 % des échantillons), aux États-Unis (0,39 %), au Mexique (0,54 %), au Chili (0,61 %), et il se rapproche même de la Chine dont 1,68 % des échantillons analysés dépassaient les normes.
Les agriculteurs du Québec qui font face à la concurrence de pays où le climat est beaucoup plus doux, utilisent beaucoup de pesticides au lieu d'investir dans des équipements et des méthodes de culture plus coûteuses. Et quand les organismes deviennent résistants, on augmente la dose... C'est le cercle vicieux!
Voilà qui est inquiétant à la fois pour notre santé à tous et pour la santé économique des agriculteurs. Dans un sondage récent effectué pour l'Association médicale canadienne, 88 % des répondants se disaient préoccupés par la qualité des contrôles en vigueur dans les pays producteurs de fruits et légumes importés. La montée en popularité de l'agriculture biologique est en elle-même la preuve de cette méfiance qui s'installe à l'égard des méthodes de culture traditionnelles.
Jusqu'à ce jour, les agriculteurs du Québec ont su profiter de la confiance manifestée par leur clientèle locale. Or cela pourrait changer très rapidement si des efforts importants ne sont pas consacrés à l'adoption de méthodes plus respectueuses de l'environnement et de la santé du client, qu'il soit consommateur ou acheteur dans une grande chaîne.
En agriculture comme dans le commerce en général, le prix des produits est capital, certes, mais une partie de plus en plus importante des consommateurs est prête à dépenser un peu plus pour obtenir l'assurance que les aliments sont tout à fait exempts de pesticides, non seulement une fois cuits, mais dès l'achat. Faute de comprendre cette évidence, l'agriculture québécoise perdra encore du terrain sur son propre marché au cours de la prochaine décennie.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Les Québécois aiment acheter les produits d'ici. Non pas seulement pour encourager leurs voisins agriculteurs, mais aussi, peut-être même surtout parce qu'ils leur font davantage confiance pour leur propre santé qu'aux producteurs du Chili, du Mexique ou de Californie. Pourtant, si l'on se fie à un rapport du Centre québécois d'inspection des aliments, l'analyse de 500 échantillons de fruits et de légumes frais du Québec effectuée en 2004 et 2005 a révélé la présence de résidus de pesticides dans 33 % des échantillons!
En guise de comparaison, l'Agence canadienne des aliments (organisme fédéral), qui effectue des analyses encore plus nombreuses et plus poussées, n'a détecté de résidus de pesticides que dans 9,6 % des 11 119 échantillons prélevés d'un bout à l'autre du pays, dans 10,3 % des échantillons de produits provenant des États-Unis et 9,6 % des échantillons mexicains.
La présence de résidus ne signifie pas que l'on a enfreint les normes, puisque dans seulement 1,5 % des cas, le maximum de résidus autorisé avait été dépassé. C'est peu, mais, là encore, le Québec fait mauvaise figure quand on le compare à l'ensemble du pays (0,23 % des échantillons), aux États-Unis (0,39 %), au Mexique (0,54 %), au Chili (0,61 %), et il se rapproche même de la Chine dont 1,68 % des échantillons analysés dépassaient les normes.
Les agriculteurs du Québec qui font face à la concurrence de pays où le climat est beaucoup plus doux, utilisent beaucoup de pesticides au lieu d'investir dans des équipements et des méthodes de culture plus coûteuses. Et quand les organismes deviennent résistants, on augmente la dose... C'est le cercle vicieux!
Voilà qui est inquiétant à la fois pour notre santé à tous et pour la santé économique des agriculteurs. Dans un sondage récent effectué pour l'Association médicale canadienne, 88 % des répondants se disaient préoccupés par la qualité des contrôles en vigueur dans les pays producteurs de fruits et légumes importés. La montée en popularité de l'agriculture biologique est en elle-même la preuve de cette méfiance qui s'installe à l'égard des méthodes de culture traditionnelles.
Jusqu'à ce jour, les agriculteurs du Québec ont su profiter de la confiance manifestée par leur clientèle locale. Or cela pourrait changer très rapidement si des efforts importants ne sont pas consacrés à l'adoption de méthodes plus respectueuses de l'environnement et de la santé du client, qu'il soit consommateur ou acheteur dans une grande chaîne.
En agriculture comme dans le commerce en général, le prix des produits est capital, certes, mais une partie de plus en plus importante des consommateurs est prête à dépenser un peu plus pour obtenir l'assurance que les aliments sont tout à fait exempts de pesticides, non seulement une fois cuits, mais dès l'achat. Faute de comprendre cette évidence, l'agriculture québécoise perdra encore du terrain sur son propre marché au cours de la prochaine décennie.
j-rsansfacon@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

