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Quand «acheter local» peut nuire à la diversité

Les tables du Québec croulent désormais sous les bananes, les oranges, les clémentines, les ananas, le café, le thé, le sucre et autres produits que le climat d’ici est tout simplement incapable de livrer. Et dont les consommateurs ne souhaitent c
Photo : Pascal Ratthé
Les tables du Québec croulent désormais sous les bananes, les oranges, les clémentines, les ananas, le café, le thé, le sucre et autres produits que le climat d’ici est tout simplement incapable de livrer. Et dont les consommateurs ne souhaitent c
L'achat d'aliments locaux, c'est bien, clament les défenseurs de ce mode de vie. Mais le modèle proposé a aussi de nombreuses limites, répondent les spécialistes de l'agroalimentaire au Québec.

«Il faut être lucide», dit Mario Hébert, économiste à la Coopérative fédérée et également adepte des paniers de fruits et légumes livrés chaque semaine par des producteurs de sa région. «La demande alimentaire a beaucoup évolué dans les dernières années. Elle s'est aussi considérablement diversifiée sous la pression de la mondialisation, des voyages et de l'immigration.»

Conséquence: les tables du Québec croulent désormais sous les bananes, les oranges, les clémentines, les ananas, le café, le thé, le sucre et autres produits que le climat d'ici est tout simplement incapable de livrer. Et dont les consommateurs ne souhaitent certainement plus se passer.

«On ne veut pas retourner dans les années 50 où la diversité des fruits et légumes était très limitée», résume JoAnne Labrecque, professeure aux HEC et spécialiste du commerce de détail.

Étant donné que les récoltes du Québec se font sur une courte période de temps, les importations de fruits et légumes de la Chine, du Mexique, du Salvador ou du Vietnam deviennent naturellement incontournables. Nuisant du même coup à l'idée d'un régime alimentaire composé à 100 % de produits d'ici et au concept de souveraineté alimentaire où le Québec nourrirait entièrement le Québec. Au nom de l'économie et de l'écologie.

Souveraineté vs autosuffisance

«Je ne crois pas en ce concept-là, lance Jean Garon, l'ancien ministre de l'Agriculture. C'est sympathique, mais ça ne va pas loin. Il faut plutôt faire avancer l'idée d'autosuffisance alimentaire en s'assurant d'être performants dans les secteurs qui sont à notre avantage, mais aussi en faisant en sorte que nos importations de produits agricoles soient payées par nos exportations. C'est plus réaliste.»

Avec une balance commerciale excédentaire dans le secteur agricole, le Québec semble d'ailleurs avoir remporté ce pari que Jean Garon s'était donné à l'époque où, sous René Lévesque, il détenait le portefeuille de l'Agriculture. En 2005, ce surplus s'est élevé à 349 millions de dollars, contre 45 millions en 1997.

Pour Mario Hébert, ces chiffres démontrent qu'il est possible de faire payer notre goût d'exotisme, de café, de mangues ou de thon au reste du monde en y vendant ce que l'on fait de mieux. «Il faut être stratégique, dit-il. Notre agriculture, c'est une peau de chagrin. Notre marché est à maturité [comprendre: il ne peut pas faire manger plus que la capacité des estomacs québécois est capable de recevoir]. Pour croître, le secteur agricole est donc forcé d'exporter» et ce faisant, d'accepter aussi qu'en vendant à l'étranger, il doit en retour, sur la base de l'échange, acheter de l'étranger.

La guerre des bas prix

Tout le monde y trouverait d'ailleurs son compte. À commencer par la majorité des consommateurs d'ici qui, pour des raisons purement budgétaires, se préoccupent surtout du prix des aliments avant de les acheter. «La consommation de masse est ainsi faite, dit Jean Garon. Certains produits de l'étranger arrivent ici à des prix plus concurrentiels et répondent ainsi à la demande d'une majorité de consommateurs.» C'est le cas entre autres de plusieurs fruits et légumes que les producteurs québécois ne peuvent pas concurrencer. Pour une raison simple: ici, l'année donne une récolte, alors que la Chine, le Mexique ou le Brésil, pour des productions similaires, peuvent en avoir... trois sur la même période de temps. Ce qui forcément est plus rentable et permet de tirer les prix vers le bas.

Dans ce contexte, le «made in Québec» risque de se cantonner aux produits les plus propices à l'écologie du coin — les crucifères en font partie — et aux aliments dits de niche. Ce mode de vie pourrait aussi ne rejoindre qu'une mince couche de la population. Celle qui est plus riche. «Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras et ne pas encourager la consommation de la plus grande part possible de produits issus des champs et des campagnes du Québec», poursuit l'ex-ministre.

À la fin des années 1980, son rêve était d'en voir 75 % dans les assiettes de ses contemporains. Actuellement, cette part serait d'un peu plus de 50 %. «Et quand on va avoir atteint 60 %, on sera sans doute arrivé à la limite», dit Mario Hébert.

Sous cet angle, il reste encore un peu de chemin à parcourir. Et le Québec ne va certainement pas emprunter la route à reculons, croit Jean-Pierre Lemasson, du Groupe de recherche sur la gastronomie de l'UQAM. «Aujourd'hui, plusieurs effets cumulatifs [peurs alimentaires, craintes écologiques, préoccupations économiques] ont légitimé ce principe d'achat local dont on entend parler depuis plus d'une dizaine d'années, dit-il. Sans compter que ce comportement répond aussi à des questions identitaires.»

Cette quête de soi, tout en inscrivant les comportements alimentaires dans le territoire québécois, tend aussi à rendre «la nourriture des autres [celle que l'on importe] pas nécessairement satisfaisante d'un point de vue symbolique.» Au grand bonheur des fabricants de fromages, des pêcheurs de crabes, des éleveurs de pintades et des cultivateurs de carottes — la liste n'est pas exhaustive — qui devraient à l'avenir de plus en plus en profiter.
 
 
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  • Pierre Vincent
    Inscrit
    samedi 18 août 2007 02h04
    Excédent commercial agro-alimentaire trompeur
    Si l'auto-suffisance alimentaire est qualifiée avec dérision de 'sympathique', on ne devrait pas par ailleurs exhiber un triomphalisme enfantin en prétendant dégager un excédent commercial dans ce secteur, alors que nombre d'intrants directs et indirects (par exemple les engrais, pesticides, carburants, machinerie, etc) sont importés (ou fabriqués à partir d'intrants importés), pour une très large part. La contrepartie québécoise (exportaion d'intrants agricoles) est très certainement beaucoup plus modeste. De plus, à cet aspect de comptabilité commerciale, il faut nécessairement ajouter les coûts écologiques inhérents aux pratiques agricoles 'modernes' (qui sont des déséconomies externes) supportés par la collectivité dans son ensemble. Finalement, bien que le lien de causalité soit plus difficile à établir, la centralisation et la concentration de la fonction de distribution peut avoir faciliter sa prise de contrôle quasi-totale par des intérêts extérieurs (souvent ontariens). De la sorte, outre le biais (mentionné dans l'article) dans les politiques d'approvisionnement des grands détaillants, une partie non négligeable de la valeur ajoutée du secteur, soit les activités propres aux sièges sociaux, échappe au Québec. Tout compte fait, la performance du secteur agro-alimentaire québécois dans son ensemble n'est pas si reluisante.

    Nous pouvons faire beaucoup mieux (plutôt que simplement 'beaucoup plus').

  • Renaud Blais
    Inscrit
    samedi 18 août 2007 11h25
    Excédent commercial à quel prix pour nos enfants ?
    Je suis heureux de manger des bananes et autres fruits exotiques.
    Je ne suis pas heureux de la glorification que nos dirigeants politiques, à jenous devant nos dirigeants économiques, se font de nos excédents commerciaux.
    La mesure des excédents commerciaux devrait être mise à jour.
    Ceci pour inclure les TOUS les coûts de nos exportations.
    Je veux faire référence aux coûts ÉCOLOGIQUES, de la production porcine, par exemple.
    Aussi, nous devrions payer TOUS les coûts de nos importations.
    Par exemple les coûts cachés de SACRIFICES HUMAINS dans les pays qui nous vendent ces fruits exotiques.
    En terminant, je me passerais de bananes et d'oranges si je pouvais manger des bleuets en conserve tout l'hiver...
    Renaud Blais
    Citoyen pour un achat local, le plus possible...

  • Maurice Monette
    Abonné
    dimanche 19 août 2007 14h52
    Il faudrait faire attention...
    Je suis presque certain de me faire rabrouer par une majorité des participants(es) à ce THÈME de la DIVERSITÉ mais, je veux juste faire remarquer que, si NOUS sommes ici, au CANADA, ce n'est pas dû au HASARD. Donc, que les importations soient rendues plus faciles par la LIBÉRALISATION des MARCHÉS à cause de la soit-disante MONDIALISATION, c'est la partie émergeante d'un essai de NIVELER toutes le$ $ociété$ au même dénominateur commun... Mais, cette façon de procéder a entraîné la disparition des BARRIÈRES LIMITROPHES entre les pays, par LESQUELLES NOUS pouvions avoir un contrôle plus serré des MARCHANDISES importées...

    Ainsi, sous l'argumentaire de faire des ÉCONOMIES de MARCHÉS, NOUS occultons totalement le fait qu'en subvenant à nos BESOINS PRIMAIRES par des IMPORTATIONS, CELA réduit d'autant plus notre RESPONSABILITÉ de maintenir les emplois qui étaient associés à la production des ces DENRÉES de première nécessité et, ÇA, c'est causer un GRAVE DÉFICIT à notre CAPACITÉ de maintenir toutes les couches de NOTRE $ociété ACTIVES.

    Alors, la GÉNÉRALISATION de cette biodiversité ne devrait que s'appliquer à certaines catégories de DENRÉES qu'on ne peut trouver qu'exclusivement à l'ÉTRANGER car, s'approvisionner en CHINE (à titre d'exemple) pour des DENRÉES produites ici, parce qu'ELLES sont meilleur marché, c'est "JOUER" contre notre PROPRE $URVIE.

    LÀ est l'EFFET PERVERS de cette MONDIALISATION, qui mènera à l'EXTINCTION de notre IDENTITÉ, à plus ou moins long terme !!!

  • Maurice Monette
    Abonné
    dimanche 19 août 2007 22h06
    Adage
    Malheureusement, avec toutes ces tentatives de MONDIALI$ATION, on auraient oublié un ADAGE qui pourtant s'appliquerait très bien à cette situation pour le moins désaventageuse pour les producteurs(es) d'ICI: "CHARITÉ BIEN ORDONNÉE doit TOUJOURS COMMENCER par SOI-MÊME"...

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