Pornographie non désirée
Un jeune internaute sur sept a reçu une offre d'ordre sexuel
Photo : Agence France-Presse
Un jeune sur trois a été exposé à du matériel pornographique non sollicité dans Internet. Un sur 25 s’est carrément fait demander une photographie.
Pendant que les jeunes naviguent dans le cyberespace, disséminant çà et là des photos et des informations personnelles sur leurs pages personnelles, les prédateurs sexuels, eux, traquent le moindre détail. Leur but? Cibler les proies potentielles et tâter le terrain par le biais de propositions non sollicitées. En tout, un jeune internaute sur sept aurait reçu des offres sexuelles sur le Web et un sur 25 s'est carrément fait demander des photos de lui dans le plus simple appareil ou dans une position mimant des jeux sexuels, montre une étude publiée dans le dernier Journal of Adolescent Health par le Centre de recherche sur les crimes contre les enfants de l'Université du New Hampshire.
Principalement actifs dans les clavardoirs (chat rooms) et sur les messageries instantanées, les prédateurs sexuels utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées pour parvenir à leurs fins, explique l'auteure principale de cette étude, la psychologue Kimberly Mitchell. «De nos jours, les enfants sont plus au courant des dangers qui les guettent dans Internet. Ils savent qu'ils peuvent tomber sur des adultes dont les intentions sont mauvaises. Le problème, c'est que les prédateurs ont aussi adopté leur discours. Les jeunes cherchent à en savoir plus sur le sexe tout en cherchant la romance et l'amour, et c'est souvent ce que ces gens leur font miroiter.»
Les agresseurs sont en effet de très fins observateurs, confirme Chad Harms, chercheur à l'école de journalisme de l'Université de l'Iowa. «Lorsqu'un agresseur interagit avec une victime potentielle, il porte une grande attention à ce qu'elle lui confie et prend en compte toutes les informations qui lui sont données.» Une fois rassemblées, ces informations lui permettent d'adapter son discours aux besoins de sa victime afin de mieux saisir ses moments de vulnérabilité.
Menée auprès de 1500 jeunes Américains âgés de 10 à 17 ans, cette étude a permis de mettre en lumière deux groupes de jeunes qui s'avèrent particulièrement vulnérables, soit ceux qui ont déjà été agressés auparavant et ceux qui sont en conflit ouvert avec leurs parents. «Ces jeunes sont souvent isolés, déprimés. Ils n'ont pas toujours un bon appui parental et je crois que les pédophiles savent tirer partie de cela, du moins c'est ce que nos données suggèrent», explique Mme Mitchell en entrevue téléphonique depuis son bureau situé sur le campus de son université, à Durham.
D'autant que les agresseurs prennent souvent la peine d'établir des liens suffisamment étroits pour que le jeune se sente en confiance, poursuit la psychologue. «D'autres recherches menées au centre nous ont montré que, bien souvent, de telles demandes proviennent de personnes qui entretiennent une relation significative avec l'enfant, ce qui rend la délation très difficile.» Sans oublier le fait que, sous les traits de l'agresseur, se cachent bien souvent d'autres adolescents (43 %) ou de jeunes adultes (30 %) n'ayant pas dépassé les 25 ans et qui sont, en quelque sorte, idéalisés par leurs jeunes victimes.
Parmi les 300 jeunes qui ont fait l'objet d'abus directs en ligne, 45 % ont dit s'être fait demander des photos d'eux. La moitié des demandes spécifiaient que ces photos devaient être de nature sexuelle. Que cette demande ait été accordée ou non, pas moins de 15 % ont reçu en retour des photos du demandeur dans une position compromettante ou explicite. Tous ces chiffres ne lèvent toutefois le voile que sur une petite partie du phénomène, de l'aveu même de Mme Mitchell. «Nous croyons que les chiffres sont beaucoup plus élevés, car les jeunes sont peu enclins à dénoncer ouvertement ce genre d'abus. En fait, seuls 12 % des jeunes ont osé contacter la police pour dénoncer une sollicitation non désirée, alors qu'il s'agit pourtant d'actes de nature criminelle.»
Heureusement, le vent semble en voie de tourner, en partie parce que les gestionnaires sont de plus en plus enclins à faire leur part. La semaine dernière, par exemple, le portail communautaire MySpace, qui rassemble les pages personnelles de milliers de membres, a pour la première fois accepté de collaborer à une enquête qui a permis d'arrêter sept pédophiles hébergés chez lui. Plus près de chez nous, un homme de Charlesbourg a été arrêté la semaine dernière pour avoir sollicité les faveurs d'une adolescente de 15 ans par le biais d'un site de clavardage.
Mais il en faudra plus pour que le nombre de sollicitations non désirées diminue et que le harcèlement cesse, croit la psychologue. «Nous devons être plus créatifs. Pour l'instant, l'essentiel de nos messages est destiné aux parents, mais certains enfants n'ont pas ce soutien parental et ce sont ceux-là qui tombent le plus facilement dans les pièges qu'on leur tend.» Même là où les parents veillent au grain, les abus persistent, malgré l'usage croissant des filtres informatiques pour bloquer l'accès aux indésirables (55 % des foyers en avaient en 2005, contre 33 % en 2000). À preuve, pendant cette même période, l'exposition non sollicitée à de la pornographie a grimpé de 25 % à 34 %.
Les jeunes doivent aussi apprendre à mesurer l'impact de telles demandes et à se montrer très prudents, même avec les gens qu'ils apprécient, croit la chercheuse. «Il faut qu'ils comprennent que tout ce qui va sur le Web restera sur le Web pour la vie. Et ce n'est pas parce qu'on envoie une photo à un ami qu'on est l'abri. Bien souvent, ce sont eux qui ouvrent le bal.»
Selon Mme Mitchell, il faudrait interpeller directement les jeunes en allant les chercher là où ils sont: dans les salles de classe, les clubs sportifs ou de loisirs et même les cabinets de médecin. «On ne peut pas dire: "N'allez pas dans Internet" ou "N'allez pas dans tel site", car ils vont y aller quand même. Il faut plutôt les outiller pour qu'ils puissent reconnaître les agresseurs. Ils doivent aussi apprendre à dénoncer.»
La chercheuse croit d'ailleurs que les ressources mises à la disposition du public devraient faire l'objet de campagnes plus soutenues, au premier chef le site mis en ligne par le National Center for Missing and Exploited Children américain, CyberTipLine, qui permet de dénoncer tous les abus commis en ligne. Basé aux États-Unis, cet organisme a des antennes en Australie, au Royaume-Uni et même au Canada, par le biais du portail Cyberaide.ca, largement inspiré de son cousin américain.
Principalement actifs dans les clavardoirs (chat rooms) et sur les messageries instantanées, les prédateurs sexuels utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées pour parvenir à leurs fins, explique l'auteure principale de cette étude, la psychologue Kimberly Mitchell. «De nos jours, les enfants sont plus au courant des dangers qui les guettent dans Internet. Ils savent qu'ils peuvent tomber sur des adultes dont les intentions sont mauvaises. Le problème, c'est que les prédateurs ont aussi adopté leur discours. Les jeunes cherchent à en savoir plus sur le sexe tout en cherchant la romance et l'amour, et c'est souvent ce que ces gens leur font miroiter.»
Les agresseurs sont en effet de très fins observateurs, confirme Chad Harms, chercheur à l'école de journalisme de l'Université de l'Iowa. «Lorsqu'un agresseur interagit avec une victime potentielle, il porte une grande attention à ce qu'elle lui confie et prend en compte toutes les informations qui lui sont données.» Une fois rassemblées, ces informations lui permettent d'adapter son discours aux besoins de sa victime afin de mieux saisir ses moments de vulnérabilité.
Menée auprès de 1500 jeunes Américains âgés de 10 à 17 ans, cette étude a permis de mettre en lumière deux groupes de jeunes qui s'avèrent particulièrement vulnérables, soit ceux qui ont déjà été agressés auparavant et ceux qui sont en conflit ouvert avec leurs parents. «Ces jeunes sont souvent isolés, déprimés. Ils n'ont pas toujours un bon appui parental et je crois que les pédophiles savent tirer partie de cela, du moins c'est ce que nos données suggèrent», explique Mme Mitchell en entrevue téléphonique depuis son bureau situé sur le campus de son université, à Durham.
D'autant que les agresseurs prennent souvent la peine d'établir des liens suffisamment étroits pour que le jeune se sente en confiance, poursuit la psychologue. «D'autres recherches menées au centre nous ont montré que, bien souvent, de telles demandes proviennent de personnes qui entretiennent une relation significative avec l'enfant, ce qui rend la délation très difficile.» Sans oublier le fait que, sous les traits de l'agresseur, se cachent bien souvent d'autres adolescents (43 %) ou de jeunes adultes (30 %) n'ayant pas dépassé les 25 ans et qui sont, en quelque sorte, idéalisés par leurs jeunes victimes.
Parmi les 300 jeunes qui ont fait l'objet d'abus directs en ligne, 45 % ont dit s'être fait demander des photos d'eux. La moitié des demandes spécifiaient que ces photos devaient être de nature sexuelle. Que cette demande ait été accordée ou non, pas moins de 15 % ont reçu en retour des photos du demandeur dans une position compromettante ou explicite. Tous ces chiffres ne lèvent toutefois le voile que sur une petite partie du phénomène, de l'aveu même de Mme Mitchell. «Nous croyons que les chiffres sont beaucoup plus élevés, car les jeunes sont peu enclins à dénoncer ouvertement ce genre d'abus. En fait, seuls 12 % des jeunes ont osé contacter la police pour dénoncer une sollicitation non désirée, alors qu'il s'agit pourtant d'actes de nature criminelle.»
Heureusement, le vent semble en voie de tourner, en partie parce que les gestionnaires sont de plus en plus enclins à faire leur part. La semaine dernière, par exemple, le portail communautaire MySpace, qui rassemble les pages personnelles de milliers de membres, a pour la première fois accepté de collaborer à une enquête qui a permis d'arrêter sept pédophiles hébergés chez lui. Plus près de chez nous, un homme de Charlesbourg a été arrêté la semaine dernière pour avoir sollicité les faveurs d'une adolescente de 15 ans par le biais d'un site de clavardage.
Mais il en faudra plus pour que le nombre de sollicitations non désirées diminue et que le harcèlement cesse, croit la psychologue. «Nous devons être plus créatifs. Pour l'instant, l'essentiel de nos messages est destiné aux parents, mais certains enfants n'ont pas ce soutien parental et ce sont ceux-là qui tombent le plus facilement dans les pièges qu'on leur tend.» Même là où les parents veillent au grain, les abus persistent, malgré l'usage croissant des filtres informatiques pour bloquer l'accès aux indésirables (55 % des foyers en avaient en 2005, contre 33 % en 2000). À preuve, pendant cette même période, l'exposition non sollicitée à de la pornographie a grimpé de 25 % à 34 %.
Les jeunes doivent aussi apprendre à mesurer l'impact de telles demandes et à se montrer très prudents, même avec les gens qu'ils apprécient, croit la chercheuse. «Il faut qu'ils comprennent que tout ce qui va sur le Web restera sur le Web pour la vie. Et ce n'est pas parce qu'on envoie une photo à un ami qu'on est l'abri. Bien souvent, ce sont eux qui ouvrent le bal.»
Selon Mme Mitchell, il faudrait interpeller directement les jeunes en allant les chercher là où ils sont: dans les salles de classe, les clubs sportifs ou de loisirs et même les cabinets de médecin. «On ne peut pas dire: "N'allez pas dans Internet" ou "N'allez pas dans tel site", car ils vont y aller quand même. Il faut plutôt les outiller pour qu'ils puissent reconnaître les agresseurs. Ils doivent aussi apprendre à dénoncer.»
La chercheuse croit d'ailleurs que les ressources mises à la disposition du public devraient faire l'objet de campagnes plus soutenues, au premier chef le site mis en ligne par le National Center for Missing and Exploited Children américain, CyberTipLine, qui permet de dénoncer tous les abus commis en ligne. Basé aux États-Unis, cet organisme a des antennes en Australie, au Royaume-Uni et même au Canada, par le biais du portail Cyberaide.ca, largement inspiré de son cousin américain.
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