Le nouvel homme des sept merveilles du monde
Bernard Weber s'apprête à dévoiler une liste mondiale rafraîchie, concoctée en marge de l'UNESCO
Bernard Weber se rendant porter, à dos de chameau, le certificat de candidature officielle de Pétra, en Jordanie, au titre d'une des sept merveilles du monde.
Le Québécois Bernard Weber travaille depuis des années à l'identification des sept nouvelles merveilles du monde. La liste finale, désignée par un scrutin mondial, sera dévoilée samedi.
Philon de Byzance vivait à Alexandrie. Le Suisse d'origine Bernard Weber vit à Montréal. Vingt-deux siècles les séparent. Une même passion pour les merveilles architecturales et artistiques du monde les unit.
Vers 200 avant Jésus-Christ, du moins selon une douteuse tradition, Philon aurait dressé la fameuse liste des sept merveilles du monde antique, grec et plat, qui comprenait les jardins suspendus de Babylone, la statue de Zeus, le temple d'Artémis à Éphèse, le colosse de Rhodes, le mausolée d'Halicarnasse, les pyramides d'Égypte et le phare d'Alexandrie, sa cité d'adoption.
En 2000 après Jésus-Christ, Bernard Weber a eu l'idée de désigner les sept nouvelles merveilles du monde. La Grande Toile lui a permis de sonder par dizaines de millions ses contemporains en deçà et au-delà des colonnes d'Hercule. La liste des 20 stars du monde globalisé et sphérique en lice pour les sept places finales ne comprend ni le Stade olympique de Montréal ni aucune autre construction canadienne.
L'Europe en compte huit (Acropole, Alhambra, Stonehenge, Colisée, Sainte-Sophie, Kremlin, tour Eiffel et château de Neuschwanstein), l'Amérique quatre (pyramide de Chichén Itzá, Christ Rédempteur à Rio, Machu Picchu, statue de la Liberté), l'Océanie deux (Opéra de Sydney et statues de l'île de Pâques), l'Asie cinq (Pétra, Taj Mahal, Agra, Grande Muraille, temple d'Angkor et temple Kiyomizu). L'Afrique n'a qu'une seule inscription avec Tombouctou, au Mali.
Le résultat du scrutin sera dévoilé à Lisbonne le 7 juillet prochain. Le 07-07-07, quoi.
«J'ai eu l'idée de ce projet fou alors que je finissais le travail sur un film traitant des voyages africains de Saint-Exupéry, À la recherche du Petit Prince, diffusé par Télé-Québec et la chaîne européenne Arte», explique Bernard Weber au Devoir. «La toute dernière phrase du Petit Prince dit: "Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite... " J'ai pris la demande à la lettre et ç'a donné le livre Le Prince du désert. Des millions de personnes avaient lu ce livre culte. Personne n'avait osé réaliser une idée évidente. J'ai alors pris conscience de l'importance d'aller au bout de ces rêves les plus fous ou les plus simples. En parlant avec ma compagne, qui enseigne l'histoire, j'ai eu à peu près en même temps l'idée de développer une liste des nouvelles merveilles du monde. C'était une autre idée toute simple, et j'ai décidé de la réaliser. Je trouvais aussi que c'était un beau projet pour le tournant du millénaire.»
Suisse d'origine, le polyglotte parle un français parfait, avec un léger accent québécois. L'entretien téléphonique, accordé depuis l'Europe, a duré une petite demi-heure et a été interrompu par deux appels en provenance de médias du Brésil et des États-Unis. Bernard Weber est devenu une star mondiale, comme son projet.
Touche-à-tout, il est également spécialiste des arts visuels et de l'architecture, comme sa mère, fondatrice du Centre Le Corbusier, à Zurich, où est d'ailleurs installé le quartier général de sa fondation New 7Wonders (n7w.com). Il a été formé à la New York University Film School au début des années 70 et a travaillé quelque temps comme assistant de Fellini avant de s'installer à Montréal comme réalisateur de films pour la télévision. Il y possède toujours une résidence.
«Je dis toujours que les natifs du pays n'ont pas de mérite d'être canadiens, alors que moi, j'ai choisi de le devenir il y a 25 ans et que je le suis resté sans avoir jamais regretté ce choix», commente M. Weber, décrit comme un «aventurier» dans sa biographie officielle. «Je me suis déplacé en Europe pour réaliser le travail sur les sept merveilles parce que la logistique me dépassait complètement. J'ai reçu la proposition d'une compagnie Internet allemande pour abriter le site moyennant l'exclusivité de la pub pour un an. Finalement, la bulle "dot com" a tout emporté, sauf ce projet, qui a trouvé d'autres moyens de financement, par l'entremise de la fondation, créée en 2001.»
Une idée vieille comme le monde
L'antique idée de la liste (Hérodote en aurait dressé une dès le Ve siècle avant Jésus-Christ) a été périodiquement actualisée. Des séries moyenâgeuses mentionnent Stonehenge ou la tour de Pise. L'American Society of Civil Engineers a concocté une sélection du monde moderne comprenant l'Empire State Building, le Golden Gate Bridge, le canal de Panama, le tunnel sous la Manche et la tour du CN à Toronto.
La fameuse Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO vient d'accepter de nouvelles désignations de trésors naturels ou culturels. L'organisme des Nations unies a d'ailleurs émis un communiqué pour affirmer qu'il n'y a «aucun point de comparaison entre la démarche médiatique de M. Weber et le travail scientifique et éducatif résultant de l'inscription des sites» sur cette liste.
«Notre travail a nécessité quelques millions d'euros, dit M. Weber sans plus de précisions. Si le projet avait été réalisé par l'UNESCO, il aurait coûté entre 20 et 30 millions.» Le site, très visité, rapporte en publicité et offre différentes «occasions d'affaires», dont la possibilité de télédiffuser l'annonce des grands gagnants le 7 juillet. Les documents officiels annoncent que 55 % des revenus de la Fondation N7W seront consacrés à des projets de restauration du patrimoine de l'humanité. Bernard Weber milite notamment pour la reconstruction des bouddhas géants de Bâmiyân, en Afghanistan, dynamités par les talibans iconoclastes.
Le concours du patrimoine mondial a débuté avec 77 sites, dont un seul canadien, la tour du CN. La sélection a été réduite à 21 mentions (trois fois sept) pour le vote final par un groupe de spécialistes présidé par Federico Mayor, ancien directeur général de l'UNESCO. On y retrouve notamment les architectes Tadao Ando et Zaha Hadid. Les experts ont jugé les trésors érigés de main d'homme selon divers critères, dont la valeur artistique et la reconnaissance universelle. Les pyramides, la seule merveille survivante de la liste de Philon, ont finalement été retirées sous les pressions de l'Égypte, scandalisée par la démarche wébérienne.
Le best-of du voyageur de notre temps
La sélection des 20 finalistes est soumise au scrutin mondial depuis le 1er janvier 2006. «Nous aurions pu retenir dix, cent ou mille sites, pourquoi pas, explique Bernard Weber. Mais les Anciens n'étaient pas bêtes: sept, en plus d'être un chiffre magique, est aussi le nombre clé d'une liste facile à retenir par n'importe qui. Philon avait compris cela avec sa liste. C'était le premier guide de voyage, le best-of du voyageur de son temps.» Tellement que le terme grec désignant l'heptade fait davantage référence à des monuments «à voir» qu'à des «merveilles» comme telles.
Le nouveau pense-bête imite aussi l'ancien en faisant remonter son assortiment sur plus de deux millénaires. L'Acropole aurait même pu figurer sur le premier tableau d'honneur. Par contre, le nouveau choix est établi par tous plutôt que par un seul. À deux semaines de la fin, le décompte des voix, transmises par Internet ou par téléphone, dépassait déjà les 60 millions. Il est même possible d'obtenir un certificat personnalisé de vote, à 2 $ l'exemplaire.
«Il y a d'importantes différences régionales ou nationales dans les votes», reconnaît M. Weber, qui ne nie pas la perfectibilité de sa mécanique virtuelle. «Le roi d'Espagne, son fils le prince et le premier ministre espagnol ont tous voté avec enthousiasme, devant les caméras de télé. Ils ont choisi l'Alhambra, évidemment. L'élite allemande vote beaucoup elle aussi. Mais la population de ces deux pays suit peu. Par contre, en Jordanie, les gens se mobilisent massivement. Je pense qu'un Jordanien sur deux a voté, comme pour rappeler au monde que cette région centrale n'a pas que des problèmes et plonge ses racines dans l'histoire de l'humanité.»
Sept années passionnantes s'achèveront pour lui et son équipe avec une cérémonie spectaculaire animée par les stars de l'écran Bipasha Basu, Hilary Swank et Ben Kingsley, à laquelle participeront aussi bien Jennifer Lopez que Neil Armstrong. «C'est le projet d'un monde globalisé, mondialisé. C'est une image positive des échanges planétaires, avec une force symbolique puissante. Cette liste va rassembler symboliquement les humains de la Terre. Elle célèbre les différences culturelles et ce qui unit tous les hommes. C'est un nouveau miroir tendu au monde qui s'est élargi depuis l'Antiquité.»
Et puis après? Philon le Jeune annonce qu'il va relancer sa machine pour encore sept ans. «Je vais mettre en branle le projet des sept merveilles naturelles, dit finalement Bernard Weber. Et cette fois-ci, le Canada aura certainement sa chance de figurer sur la liste finale.»
Philon de Byzance vivait à Alexandrie. Le Suisse d'origine Bernard Weber vit à Montréal. Vingt-deux siècles les séparent. Une même passion pour les merveilles architecturales et artistiques du monde les unit.
Vers 200 avant Jésus-Christ, du moins selon une douteuse tradition, Philon aurait dressé la fameuse liste des sept merveilles du monde antique, grec et plat, qui comprenait les jardins suspendus de Babylone, la statue de Zeus, le temple d'Artémis à Éphèse, le colosse de Rhodes, le mausolée d'Halicarnasse, les pyramides d'Égypte et le phare d'Alexandrie, sa cité d'adoption.
En 2000 après Jésus-Christ, Bernard Weber a eu l'idée de désigner les sept nouvelles merveilles du monde. La Grande Toile lui a permis de sonder par dizaines de millions ses contemporains en deçà et au-delà des colonnes d'Hercule. La liste des 20 stars du monde globalisé et sphérique en lice pour les sept places finales ne comprend ni le Stade olympique de Montréal ni aucune autre construction canadienne.
L'Europe en compte huit (Acropole, Alhambra, Stonehenge, Colisée, Sainte-Sophie, Kremlin, tour Eiffel et château de Neuschwanstein), l'Amérique quatre (pyramide de Chichén Itzá, Christ Rédempteur à Rio, Machu Picchu, statue de la Liberté), l'Océanie deux (Opéra de Sydney et statues de l'île de Pâques), l'Asie cinq (Pétra, Taj Mahal, Agra, Grande Muraille, temple d'Angkor et temple Kiyomizu). L'Afrique n'a qu'une seule inscription avec Tombouctou, au Mali.
Le résultat du scrutin sera dévoilé à Lisbonne le 7 juillet prochain. Le 07-07-07, quoi.
«J'ai eu l'idée de ce projet fou alors que je finissais le travail sur un film traitant des voyages africains de Saint-Exupéry, À la recherche du Petit Prince, diffusé par Télé-Québec et la chaîne européenne Arte», explique Bernard Weber au Devoir. «La toute dernière phrase du Petit Prince dit: "Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite... " J'ai pris la demande à la lettre et ç'a donné le livre Le Prince du désert. Des millions de personnes avaient lu ce livre culte. Personne n'avait osé réaliser une idée évidente. J'ai alors pris conscience de l'importance d'aller au bout de ces rêves les plus fous ou les plus simples. En parlant avec ma compagne, qui enseigne l'histoire, j'ai eu à peu près en même temps l'idée de développer une liste des nouvelles merveilles du monde. C'était une autre idée toute simple, et j'ai décidé de la réaliser. Je trouvais aussi que c'était un beau projet pour le tournant du millénaire.»
Suisse d'origine, le polyglotte parle un français parfait, avec un léger accent québécois. L'entretien téléphonique, accordé depuis l'Europe, a duré une petite demi-heure et a été interrompu par deux appels en provenance de médias du Brésil et des États-Unis. Bernard Weber est devenu une star mondiale, comme son projet.
Touche-à-tout, il est également spécialiste des arts visuels et de l'architecture, comme sa mère, fondatrice du Centre Le Corbusier, à Zurich, où est d'ailleurs installé le quartier général de sa fondation New 7Wonders (n7w.com). Il a été formé à la New York University Film School au début des années 70 et a travaillé quelque temps comme assistant de Fellini avant de s'installer à Montréal comme réalisateur de films pour la télévision. Il y possède toujours une résidence.
«Je dis toujours que les natifs du pays n'ont pas de mérite d'être canadiens, alors que moi, j'ai choisi de le devenir il y a 25 ans et que je le suis resté sans avoir jamais regretté ce choix», commente M. Weber, décrit comme un «aventurier» dans sa biographie officielle. «Je me suis déplacé en Europe pour réaliser le travail sur les sept merveilles parce que la logistique me dépassait complètement. J'ai reçu la proposition d'une compagnie Internet allemande pour abriter le site moyennant l'exclusivité de la pub pour un an. Finalement, la bulle "dot com" a tout emporté, sauf ce projet, qui a trouvé d'autres moyens de financement, par l'entremise de la fondation, créée en 2001.»
Une idée vieille comme le monde
L'antique idée de la liste (Hérodote en aurait dressé une dès le Ve siècle avant Jésus-Christ) a été périodiquement actualisée. Des séries moyenâgeuses mentionnent Stonehenge ou la tour de Pise. L'American Society of Civil Engineers a concocté une sélection du monde moderne comprenant l'Empire State Building, le Golden Gate Bridge, le canal de Panama, le tunnel sous la Manche et la tour du CN à Toronto.
La fameuse Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO vient d'accepter de nouvelles désignations de trésors naturels ou culturels. L'organisme des Nations unies a d'ailleurs émis un communiqué pour affirmer qu'il n'y a «aucun point de comparaison entre la démarche médiatique de M. Weber et le travail scientifique et éducatif résultant de l'inscription des sites» sur cette liste.
«Notre travail a nécessité quelques millions d'euros, dit M. Weber sans plus de précisions. Si le projet avait été réalisé par l'UNESCO, il aurait coûté entre 20 et 30 millions.» Le site, très visité, rapporte en publicité et offre différentes «occasions d'affaires», dont la possibilité de télédiffuser l'annonce des grands gagnants le 7 juillet. Les documents officiels annoncent que 55 % des revenus de la Fondation N7W seront consacrés à des projets de restauration du patrimoine de l'humanité. Bernard Weber milite notamment pour la reconstruction des bouddhas géants de Bâmiyân, en Afghanistan, dynamités par les talibans iconoclastes.
Le concours du patrimoine mondial a débuté avec 77 sites, dont un seul canadien, la tour du CN. La sélection a été réduite à 21 mentions (trois fois sept) pour le vote final par un groupe de spécialistes présidé par Federico Mayor, ancien directeur général de l'UNESCO. On y retrouve notamment les architectes Tadao Ando et Zaha Hadid. Les experts ont jugé les trésors érigés de main d'homme selon divers critères, dont la valeur artistique et la reconnaissance universelle. Les pyramides, la seule merveille survivante de la liste de Philon, ont finalement été retirées sous les pressions de l'Égypte, scandalisée par la démarche wébérienne.
Le best-of du voyageur de notre temps
La sélection des 20 finalistes est soumise au scrutin mondial depuis le 1er janvier 2006. «Nous aurions pu retenir dix, cent ou mille sites, pourquoi pas, explique Bernard Weber. Mais les Anciens n'étaient pas bêtes: sept, en plus d'être un chiffre magique, est aussi le nombre clé d'une liste facile à retenir par n'importe qui. Philon avait compris cela avec sa liste. C'était le premier guide de voyage, le best-of du voyageur de son temps.» Tellement que le terme grec désignant l'heptade fait davantage référence à des monuments «à voir» qu'à des «merveilles» comme telles.
Le nouveau pense-bête imite aussi l'ancien en faisant remonter son assortiment sur plus de deux millénaires. L'Acropole aurait même pu figurer sur le premier tableau d'honneur. Par contre, le nouveau choix est établi par tous plutôt que par un seul. À deux semaines de la fin, le décompte des voix, transmises par Internet ou par téléphone, dépassait déjà les 60 millions. Il est même possible d'obtenir un certificat personnalisé de vote, à 2 $ l'exemplaire.
«Il y a d'importantes différences régionales ou nationales dans les votes», reconnaît M. Weber, qui ne nie pas la perfectibilité de sa mécanique virtuelle. «Le roi d'Espagne, son fils le prince et le premier ministre espagnol ont tous voté avec enthousiasme, devant les caméras de télé. Ils ont choisi l'Alhambra, évidemment. L'élite allemande vote beaucoup elle aussi. Mais la population de ces deux pays suit peu. Par contre, en Jordanie, les gens se mobilisent massivement. Je pense qu'un Jordanien sur deux a voté, comme pour rappeler au monde que cette région centrale n'a pas que des problèmes et plonge ses racines dans l'histoire de l'humanité.»
Sept années passionnantes s'achèveront pour lui et son équipe avec une cérémonie spectaculaire animée par les stars de l'écran Bipasha Basu, Hilary Swank et Ben Kingsley, à laquelle participeront aussi bien Jennifer Lopez que Neil Armstrong. «C'est le projet d'un monde globalisé, mondialisé. C'est une image positive des échanges planétaires, avec une force symbolique puissante. Cette liste va rassembler symboliquement les humains de la Terre. Elle célèbre les différences culturelles et ce qui unit tous les hommes. C'est un nouveau miroir tendu au monde qui s'est élargi depuis l'Antiquité.»
Et puis après? Philon le Jeune annonce qu'il va relancer sa machine pour encore sept ans. «Je vais mettre en branle le projet des sept merveilles naturelles, dit finalement Bernard Weber. Et cette fois-ci, le Canada aura certainement sa chance de figurer sur la liste finale.»
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